Articles from La Gnose (Rene Guenon Berserker Books)+++
Pages 1-264 (partie 1)
Recueil d'articles de René Guénon pour la revue La Gnose (1909-1912)
Programme et définition de la Gnose
Gnose, nous ne saurions trop le répéter, c'est la Connaissance intégrale, la Synthèse universelle, qui a pour objet la Vérité totale, une et immuable sous les diverses formes qu'elle a accidentellement revêtues selon les temps et les pays.
- L'article inaugural « Notre Programme » (novembre 1909) définit l'objectif de la revue La Gnose : diffuser la connaissance ésotérique et les doctrines gnostiques, notamment à travers la publication des écrits de Jules Doinel, restaurateur de la Gnose au XIXe siècle, et la traduction de textes fondamentaux comme les Philosophumena. La revue se veut un organe d'étude de la science ésotérique, une et universelle, laissant à l'exotérisme les sciences expérimentales et les religions extérieures. Elle s'adresse à une élite capable de comprendre que la Vérité ne peut être atteinte par l'analyse fragmentaire mais par la synthèse.
- Dans « À nos lecteurs » (mars 1910), Guénon précise le sens du mot « Gnose ». Il insiste sur le fait qu'elle ne doit pas être confondue avec le gnosticisme historique, qui n'en est qu'une adaptation particulière. La Gnose est la Connaissance intégrale, la racine commune de toutes les traditions orthodoxes. La revue rejette toute polémique et se distingue nettement des écoles occultistes, théosophiques ou spiritualistes, considérées comme expérimentatrices et travaillant sur un plan différent, souvent matérialiste transposé. La véritable union n'est possible qu'entre les centres initiatiques orthodoxes préservant la Tradition.
Le Démiruge et la Métaphysique de l'Unité
Le Parfait est le Principe suprême, la Cause première ; il contient toutes choses en puissance, et il a produit toutes choses ; mais alors, puisqu'il n'y a qu'un seul Principe, que deviennent toutes les oppositions que nous envisageons d'ordinaire dans l'Univers : l'Être et le Non-Être, l'Esprit et la Matière, le Bien et le Mal ?
- La série d'articles « Le Démiruge » constitue le cœur métaphysique des écrits. Guénon y résout le problème du Mal et de la dualité en partant de l'Unité primordiale, l'Infini Parfait, seul Principe de toutes choses. L'imperfect et le Mal n'existent pas en réalité ; ils ne sont que des aspects relatifs, des fragments de la Vérité totale, créés par la distinction analytique et la fragmentation opérée par notre intellect. Cette distinction, source de l'existence individuelle, est symbolisée par la Chute et la dégustation du fruit de l'Arbre de la Science du Bien et du Mal.
- Le Démiruge n'est pas une puissance extérieure à l'homme, mais la volonté humaine elle-même en tant qu'elle réalise la distinction entre Bien et Mal. Il est le « Prince de ce monde », le domaine de la Création et de l'existence individuelle, caractérisé par la multiplicité et la forme. Cependant, ce domaine n'est pas réellement séparé du Principe ; la séparation n'existe que dans la mesure où nous la créons. La libération de l'empire du Démiruge s'obtient par la Gnose, la connaissance intégrale qui permet de s'identifier à l'Esprit universel et de contempler toutes choses en soi.
- Guénon établit une concordance parfaite entre la doctrine gnostique et le Vedânta, citant abondamment le traité de Shankarâchârya. Il distingue trois mondes ou états de l'être : le monde hylicique (matériel), le monde psychique (intermédiaire) et le monde pneumatique (spirituel informel). Seul le Pneumatique, le Yogi qui s'identifie à l'Âtmâ universel, est définitivement sauvé, délivré des naissances mortelles et de l'action. Le Nirvâna n'est pas l'annihilation, mais la plénitude de l'Être, l'extinction de l'agitation.
Critique des écoles spiritualistes et du philologisme moderne
La faute de la plupart de ces doctrines dites spiritualistes est qu'elles ne sont en réalité qu'un matérialisme transposé sur un autre plan, et qu'elles prétendent appliquer au domaine de l'Esprit les méthodes que la science ordinaire emploie pour l'étude du monde hylique.
- Dans « Gnose et les Écoles spiritualistes » (décembre 1909), Guénon rejette toute union avec les courants spiritualistes, théosophiques ou occultistes modernes. Il les accuse de n'être qu'un matérialisme déguisé, utilisant des méthodes expérimentales inadaptées au domaine spirituel. L'étude des « forces psychiques » n'a pas plus d'intérêt métaphysique que celle de toute autre force naturelle. La véritable connaissance ne peut venir que de l'intérieur, en s'appuyant sur la Tradition orthodoxe contenue dans les livres sacrés de tous les peuples.
- Cette critique s'étend aux philologues et érudits officiels dans les articles « À propos d'une mission en Asie centrale ». Guénon commente avec scepticisme les découvertes rapportées par Paul Pelliot, mettant en doute leur ancienneté et leur valeur réelle. Il dénonce surtout l'incompétence des sinologues, prenant pour exemple les traductions erronées de Stanislas Julien, jugées grotesques par les savants chinois eux-mêmes. Il oppose à ces travaux le travail sérieux de Matgioi, dont les traductions ont été approuvées par les détenteurs de la science taoïste.
- Guénon explique que les langues sacrées, souvent idéographiques, ne peuvent être traduites littéralement par des méthodes philologiques modernes conçues pour les langues alphabétiques. Chaque caractère possède une pluralité de sens selon les plans de l'Univers qu'il évoque. Les interprétations des égyptologues et assyriologues sont également remplies d'absurdités. Cette critique vise à souligner que la connaissance traditionnelle échappe aux méthodes analytiques de la science occidentale.
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