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ANDERS Gunther - 1956 - Die antiquiertheit des Menschen

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Pages 1-354 (partie 1)

L'Obsolescence de l'Homme à l'Âge de la Seconde Révolution Industrielle

Introduction : La Liberté Illusoire et le Système des Appareils

Auch wir können frei darüber entscheiden, ob wir uns unser Heute als Bombenexplosion oder als Bobsleighrennen servieren lassen. Weil über uns, die wir diese freie Wahl treffen, weil über unsere freie Wahl, bereits verfügt ist.
  • L'introduction établit le paradoxe central de la liberté dans la société technologique moderne. Anders utilise l'analogie du condamné à mort qui peut choisir le goût de son dernier repas pour illustrer une liberté de surface qui masque une détermination profonde. Notre prétendue liberté de consommer ou de rejeter les médias (radio, télévision) est une illusion, car le simple fait d'être placé dans une situation de choix entre des « fantômes du monde » est déjà une décision prise pour nous. Refuser de participer (éteindre l'appareil) ne change rien à la réalité fondamentale : nous vivons dans une humanité où l'expérience directe du monde est remplacée par la consommation de phantasmes mondiaux. La « vraie » réalité elle-même est déjà arrangée pour être optimisée pour la diffusion.
  • Anders développe ensuite la critique de l'idée que les appareils techniques sont de simples « moyens » à notre disposition. Il affirme qu'ils ne sont plus des moyens secondaires servant des fins librement choisies, mais des « pré-décisions » (Vorentscheidungen). Ces objets techniques forment un système total, un « macro-appareil » interdépendant où chaque pièce génère le besoin d'une autre. Ce système n'est pas un outil que nous utilisons ; il est devenu notre « monde », une catégorie ontologiquement différente. Ainsi, le système technique détermine à l'avance les conditions de notre existence et de nos prétendus choix libres, rendant la notion de moyen obsolète.

L'Impossibilité de la Critique et l'Équation Critique=Réaction

Es gibt nichts Prekäreres heute, nichts, was einen Mann so prompt unmöglich machte, wie der Verdacht, er sei ein Maschinenkritiker.
  • Anders décrit le climat intellectuel où toute critique de la technologie est immédiatement discréditée comme étant du « sabotage de machines » (Maschinenstürmerei), un tabou global partagé par tous les systèmes politiques, de Detroit à Pékin. Celui qui ose évoquer les effets « avilissants » d'un appareil se voit automatiquement traité de réactionnaire romantique et est condamné à une mort intellectuelle et sociale. Cette peur de la disqualification paralyse la critique, faisant de celle-ci une question de courage civique. L'auteur rapporte une expérience personnelle où, après avoir décrit les effets abrutissants de l'inondation d'images médiatiques (un « analphabétisme post-littéraire »), il fut traité de « réactionnaire romantique ».
  • L'argument de l'accusateur révèle une idéologie sous-jacente : critiquer un produit, c'est perturber le développement de l'industrie et ses ventes, donc saboter le « progrès ». Le concept de progrès, qui semblait moribond après 1945, est ainsi restauré comme argument au service d'une restauration prospère. L'accusation de « romantisme » est précisément liée à l'insistance « obstinée » sur un concept « humain » de l'homme. Cette équation entre critique et réaction trouve ses racines dans la tactique idéologique du national-socialisme, qui disqualifiait ainsi toute opposition. Aujourd'hui, le débat sur la bombe atomique est bien une discussion sur la destruction d'un appareil, mais elle évite soigneusement le vocabulaire de la critique des machines par honte collective.

La Nouvelle Donne : Le Produit lui-même en Question

Während es damals nicht die Erzeugnisse qua Erzeugnisse waren, die kritisiert wurden... ist es diesmal das hergestellte Produkt selbst, das zur Debatte steht: z. B. die Bombe; oder aussi der heutige Mensch...
  • Anders opère une distinction cruciale entre la critique des machines lors de la première révolution industrielle et celle d'aujourd'hui. Autrefois, la critique (comme celle des tisserands) portait sur le mode de production et la concurrence déloyale des machines, opposant deux stades de production. Aujourd'hui, le débat ne concerne plus les producteurs (artisans, ouvriers) mais tout le monde en tant que consommateur, utilisateur et victime virtuelle des produits. Le point crucial n'est pas qui produit, ni comment, ni même la quantité, mais ce qui est produit.
  • L'objet de la critique est désormais le produit fini lui-même et ses effets. L'exemple paradigmatique est la bombe atomique. Mais plus radicalement, l'homme contemporain est lui-même un « produit », dans la mesure où sa formation, sa « préparation » totale en tant que consommateur d'images du monde et d'opinions produites industriellement, est le résultat d'un processus industriel. Ce problème transcende les classes sociales, les pays et les idéologies politiques ; il est « épochal ». La question n'est pas ce que Washington ou Moscou font de la technique, mais ce que la technique a fait, fait et fera de nous, avant même que nous puissions en faire quoi que ce soit. La technique est devenue notre destin.
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