Clipsy Clipsy Résumez vos propres vidéos

deepseek_pdf_jamesmonroewithb00gilm

Chaîne : Source externe

Chapitre 1: Chapitre I

James Monroe : Jeunesse, Formation et Débuts Militaires

Introduction et Contexte Biographique

Le nom de James Monroe, cinquième président des États-Unis, est associé aux principaux événements politiques de l'histoire de ce pays pendant une période d'un peu plus de cinquante ans.
  • Le texte présente James Monroe comme une figure centrale de l'histoire américaine sur plus d'un demi-siècle, couvrant la Révolution, la seconde guerre contre la Grande-Bretagne et la guerre Séminole. Sa carrière est exceptionnellement diversifiée : soldat, délégué et sénateur au Congrès, gouverneur de Virginie, diplomate en France, en Espagne et en Angleterre, acteur clé dans les achats de la Louisiane et de la Floride, membre du cabinet de Madison cumulant les portefeuilles de la Guerre et des Affaires étrangères, et enfin président élu deux fois, la seconde presque à l'unanimité. Malgré cela, l'auteur souligne l'absence d'une biographie complète et la difficulté d'accès à ses archives, contrairement à ses prédécesseurs.
  • L'auteur établit un parallèle entre Monroe et d'autres illustres Virginiens tombés dans l'oubli, citant une lettre de St. George Tucker à William Wirt. Tucker déplore que des hommes comme Peyton Randolph, Thompson Mason, George Mason ou Dabney Carr, pourtant talentueux et influents, soient largement méconnus. Cette introduction sert à justifier l'entreprise biographique, présentée comme un champ de recherche essentiel pour les étudiants avancés, permettant de raviver la mémoire historique et de comprendre l'évolution des événements passés à travers des destins individuels.
  • L'objectif déclaré de l'auteur n'est pas de produire une biographie personnelle et domestique exhaustive, ni d'analyser en détail les volumineux écrits de Monroe, mais de se concentrer sur sa carrière publique. Il s'agit d'examiner sa conduite dans ses fonctions législatives, diplomatiques et administratives, ainsi que son influence sur le progrès du pays. L'étude inclura sa formation précoce et l'analyse des opinions portées sur lui par ses contemporains et la postérité, se voulant une esquisse fidèle avant qu'un portrait plus élaboré ne soit possible avec la publication future de ses écrits.

Origines Familiales et Terre Natale

Westmoreland County, où naquit le futur président, se trouve sur la rive droite du Potomac, entre cette rivière et le Rappahannock. Elle est célèbre pour la fertilité de son sol, et pour les hommes éminents qui ont été parmi ses habitants.
  • James Monroe est né le 28 avril 1758 à Westmoreland County, en Virginie, près du cours d'eau Monroe's Creek. Sa famille, selon la tradition, descendait d'Hector Monroe, un officier écossais de Charles Ier. Ses deux parents étaient Virginiens : son père, Spence Monroe, et sa mère, Eliza Jones, sœur de Joseph Jones, un délégué au Congrès Continental et futur juge. Cette ascendance le place d'emblée dans l'élite terrienne et politique de la colonie.
  • La région de sa naissance est décrite comme un foyer exceptionnel de leadership et de talent, un "Athènes de la Virginie". Elle a vu naître ou grandir des figures majeures comme George Washington, Richard Henry Lee, "Light Horse Harry" Lee (père de Robert E. Lee), Bushrod Washington et James Madison. Cette concentration géographique de futurs leaders nationaux suggère un environnement culturel et politique particulièrement stimulant, façonné par la richesse agricole et une tradition de service public.
  • Le texte évoque le climat politique tumultueux de l'enfance de Monroe, marqué par l'opposition aux mesures britanniques comme le Stamp Act de 1765. Dès 1766, son père Spence Monroe et son oncle John Monroe se joignirent à Richard Henry Lee pour protester contre son application. Cet engagement précoce de son entourage familial dans la défense des libertés coloniales a indéniablement influencé sa formation politique et son patriotisme naissant.

Formation au College of William & Mary et Engagement Révolutionnaire

Au signal de la rébellion contre l'autorité britannique, trois des professeurs et entre vingt-cinq et trente étudiants sont dit avoir rejoint leurs camarades de Harvard, Yale et Princeton dans les rangs militaires.
  • Monroe entre au College of William & Mary à Williamsburg peu avant la guerre. Fondé en 1693, c'est alors le collège le plus riche d'Amérique du Nord avec un revenu annuel de 4000 livres. Williamsburg est le centre du pouvoir colonial et intellectuel. L'auteur note avec regret les vicissitudes de cette institution mais souligne son rôle crucial dans la formation des élites.
  • L'esprit révolutionnaire imprègne l'établissement. Comme dans d'autres universités, étudiants et professeurs s'engagent massivement dans la cause patriotique. Monroe et son futur collègue John Marshall font partie de ces jeunes qui "jetèrent précipitamment la toge" pour prendre les armes. Un discours cité de H.B. Grigsby célèbre ces deux camarades de classe dont la valeur sur les champs de bataille préfigurait leurs futures carrières éminentes dans la magistrature suprême et la présidence.
  • C'est également à William & Mary que naît, en décembre 1776 dans la salle Apollo du Raleigh Tavern, la première société savante à lettres grecques, la Phi Beta Kappa. Bien que les noms de John Marshall et Bushrod Washington figurent parmi les membres fondateurs, celui de James Monroe n'y apparaît pas, indiquant peut-être que son engagement militaire était déjà total à cette date.

Carrière Militaire : De Lieutenant à Lieutenant-Colonel

Ces actes particuliers de bravoure n'ont jamais été remarqués, pourtant ils ne sauraient être trop appréciés, puisque c'est à eux que l'on peut, dans une large mesure, attribuer la facilité de notre succès.
  • La carrière militaire de Monroe débute en 1776 lorsqu'il rejoint l'armée continentale près de New York comme lieutenant dans le 3e régiment de Virginie du colonel Hugh Mercer. Il participe aux batailles de Harlem (16 septembre) et de White Plains (28 octobre). Son moment de gloire survient à Trenton le 26 décembre 1776, où il commande l'avant-garde de la gauche américaine aux côtés du capitaine William Washington.
  • Lors de l'assaut de Trenton, Monroe et Washington repoussent les Britanniques et capturent deux pièces d'artillerie. Tous deux sont grièvement blessés, Monroe à l'épaule. Un récit des mémoires du général Wilkinson (confirmé par des manuscrits des papiers Gouverneur) souligne que leur action décisive, bien que peu connue, fut largement responsable du succès facile de l'engagement. Cette blessure honorable marque son baptême du feu.
  • En 1777-78, il sert comme aide-de-camp volontaire avec le rang de major auprès du général Lord Stirling. Il participe ainsi aux batailles de Brandywine (11 septembre 1777), Germantown (4 octobre 1777) et Monmouth (28 juin 1778). Cette promotion temporaire dans l'état-major lui fait cependant perdre son poste dans la ligne continentale, créant un obstacle à son avancement permanent malgré ses états de service brillants et les recommandations élogieuses de ses supérieurs.

Le Soutien de Washington et les Déceptions

Le zèle qu'il montra en entrant dans le service à une période précoce, le caractère qu'il soutint dans son régiment, et la manière dont il se distingua à Trenton... font que je souhaite ardemment le voir pourvu d'une manière honorable.
  • Face au blocage de la carrière de Monroe, des influences puissantes se mobilisent. Lord Stirling et surtout George Washington lui-même interviennent en sa faveur. Dans une lettre détaillée adressée au colonel Archibald Cary (destinée à être lue par d'autres), Washington fait l'éloge appuyé du jeune officier : son zèle précoce, sa conduite, sa bravoure à Trenton. Il explique avoir tenté de le nommer capitaine dans un régiment supplémentaire, mais que l'unité n'a pu être recrutée.
  • Washington reconnaît l'impossibilité de réintégrer Monroe dans la ligne continentale et exprime le vœu que l'État de Virginie puisse "faire quelque chose pour lui". Il conclut en disant que l'estime et le mérite de Monroe lui font "souhaiter ardemment" le voir "pourvu d'une manière honorable". Cet appui sans équivoque du commandant en chef témoigne de la haute considération dans laquelle Monroe était tenu.
  • Malgré ce patronage prestigieux et celui de Jefferson, la situation militaire et financière difficile des colonies empêche la création d'un nouveau régiment. Ses services actifs se limitent ensuite à des missions de volontaire pour défendre la Virginie contre les invasions. Une mission notable lui est confiée par le gouverneur Jefferson après la chute de Charleston en 1780 : agir comme commissaire militaire pour collecter des renseignements sur l'armée du Sud, mission qu'il remplit à satisfaction et qui lui vaut le grade de lieutenant-colonel.

Désillusion et Pivot vers le Droit sous la Guidance de Jefferson

Jusqu'à récemment, j'ai vécu en reclus. Chagriné par ma déception de ne pas obtenir le rang et le commandement que je recherchais... je me suis retiré de la société avec presque la résolution de ne jamais y retourner.
  • L'inactivité militaire et l'échec à obtenir un commandement permanent plongent Monroe dans une profonde désillusion. Dans une lettre de septembre 1782 à Lord Stirling, il décrit son état d'esprit : chagriné par ses déceptions professionnelles et personnelles, il s'est retiré en reclus, envisageant même de ne jamais revenir dans la société. Il songe alors à un voyage d'études en Europe, dans le sud de la France et peut-être à Londres.
  • Jefferson, devenu son mentor, lui écrit une lettre d'introduction pour Benjamin Franklin à Paris, mais une série de contretemps empêche son départ. C'est à ce moment crucial que Monroe se place délibérément sous la direction de Jefferson pour étudier le droit. Ce choix marque le pivot décisif de sa carrière, de la voie militaire vers la voie politique et juridique.
  • La relation se formalise lorsqu'il demande conseil à son oncle, le juge Joseph Jones, sur le choix entre suivre les cours de droit de George Wythe à Williamsburg ou accompagner le gouverneur Jefferson à Richmond. Dans une réponse détaillée du 7 mars 1780, Jones analyse les avantages et inconvénients, notant la difficulté pour Wythe d'enseigner un droit en pleine révision. Il encourage finalement Monroe à cultiver l'amitié de Jefferson, le décrivant comme un homme capable, ferme et diligent, dont il faut mériter l'estime.

La Relation Mentor-Élève avec Jefferson : Fondation d'une Carrière

Dans cette situation, vous [M. Jefferson] fîtes ma connaissance, et entreprîtes la direction de mes études ; et, croyez-moi, je sens que ce que je suis actuellement dans l'opinion des autres, ou ce que je pourrai être à l'avenir, a grandement découlé de votre amitié.
  • Suivant les conseils de son oncle et sa propre inclination, Monroe s'attache à Jefferson. Dans sa lettre à Lord Stirling, il présente ce dernier comme "l'un de nos républicains les plus sages et les plus vertueux" et lui a soumis la direction de son temps et de ses plans. Cette soumission intellectuelle et professionnelle est le fondement de son nouveau "plan de vie".
  • En septembre 1780, Monroe exprime sa gratitude à Jefferson dans des termes très forts. Il attribue explicitement à l'amitié et au guidage de Jefferson ce qu'il est et ce qu'il sera à l'avenir, reconnaissant que son soutien l'a sauvé d'une période de perplexité et d'inconvénients qui avaient failli le "détruire". Cette déclaration souligne l'impact profond et structurant de Jefferson sur le jeune homme désorienté.
  • L'auteur conclut que cette intimité précoce avec Jefferson fut "la clé de la carrière politique de Monroe". Le soutien et les conseils du sage aîné influencèrent de manière marquée la vie du cadet pendant des décennies. Leur amitié dura jusqu'à la mort de Jefferson, soit plus de cinquante ans. Elle se manifesta encore à la fin de leur vie lorsqu'ils siégèrent ensemble, avec un autre ex-président (James Madison), au conseil de l'Université de Virginie, scellant ainsi un partenariat intellectuel et politique qui traversa toute l'histoire de la jeune république.

Chapitre 2: Chapitre II

La carrière politique précoce de James Monroe en Virginie

Les débuts législatifs en Virginie

Monroe fut appelé au service de législateur à une période très précoce de sa vie. Si sa carrière publique s'était limitée au service de son État natal, il aurait été remarquable parmi les hommes d'État de Virginie.
  • James Monroe entame sa carrière publique très jeune en tant que délégué à l'Assemblée de Virginie pour le comté de King George et membre du conseil exécutif. Son engagement précoce dans la vie politique de son État natal jette les bases d'une longue carrière au service public. Bien que cette période de onze ans, principalement consacrée au travail législatif, ne laisse pas de traces d'une influence marquante sur les affaires spécifiques de la Virginie, elle forge son expérience et établit son réseau, notamment avec des figures comme Thomas Jefferson. Cette phase illustre la tradition virginienne de formation des futurs leaders nationaux à travers le service local et étatique.
  • L'intimité et la franchise des échanges entre Monroe et Jefferson sont mises en évidence par leur correspondance. En 1782, Monroe écrit à Jefferson pour le ramener à ses devoirs à la Chambre des délégués, montrant une relation de confiance. Plus tard, depuis Paris, Jefferson confie à Monroe ses réticences à publier ses "Notes sur la Virginie", craignant que ses propos sur l'esclavage et la constitution ne fassent plus de mal que de bien. Ces lettres révèlent non seulement une amitié profonde mais aussi le rôle de Monroe en tant que confident et interlocuteur privilégié pour Jefferson, recevant des réflexions cruciales sur les défauts de la jeune nation.

Délégué au Congrès de la Confédération et les faiblesses de l'Union

Il y a devant nous certaines questions de la plus grande conséquence qui puissent se présenter dans les conseils de n'importe quelle nation.
  • En tant que délégué au Congrès de la Confédération de 1783 à 1786, Monroe devient un acteur central des débats révélant les imperfections criantes du premier système de gouvernement américain. Sa correspondance chiffrée avec des figures comme Joseph Jones, Richard Henry Lee, Madison et Jefferson documente les problèmes urgents de l'après-guerre : l'établissement d'une paix durable, la régulation du commerce, la protection des frontières, la colonisation de l'Ouest et la contrecarre des politiques commerciales européennes restrictives. Il assiste à des sessions à Annapolis, Trenton et New York, témoin d'événements fondateurs comme la démission de la commission de Washington.
  • Monroe s'implique fortement dans la question cruciale du pouvoir de régulation du commerce, attribut absent des Articles de la Confédération. Il propose une motion visant à modifier le neuvième article pour donner ce pouvoir au Congrès, avec l'assentiment de neuf États. Il préconise que les droits de douane soient perçus par et pour le bénéfice des États individuels. Son rapport, corrigé de sa main, est lu le 28 mars 1785. Ces discussions, alimentées par des échanges avec Washington et McHenry, mènent à l'impasse et préparent le terrain pour la Convention d'Annapolis, puis de Philadelphie, reconnaissant l'incapacité du Congrès à gérer les affaires nationales.
  • Face à l'inaction du Congrès, Monroe évolue dans sa pensée. Initialement réticent, il finit par soutenir la Convention d'Annapolis, espérant qu'elle résoudra la question du commerce. Dans une lettre à Madison, il exprime son désespoir quant à la situation qui "tombe quotidiennement dans une pire situation", craignant même une dislocation de la Confédération. Sa conviction est claire : "J'ai toujours considéré la régulation du commerce entre les mains des États-Unis comme nécessaire pour préserver l'Union ; sans elle, elle tombera infailliblement en morceaux." Il souhaite aussi l'admission de nouveaux États dans la balance du Sud pour contrebalancer l'influence du Nord.

L'intérêt pour l'Ouest : territoire, voyages et ordonnance

Ainsi, il espère 'acquérir une meilleure connaissance des postes que nous devrions occuper, la cause du retard de l'évacuation par les troupes britanniques, le tempérament des Indiens envers nous, — ainsi que du sol, des eaux, et en général la vue naturelle du pays.'
  • Monroe développe un intérêt marqué pour le territoire du Nord-Ouest. En mars 1784, avec Jefferson, Hardy et A. Lee, il remet au Congrès l'acte de cession des revendications de la Virginie sur ce territoire. Pour se renseigner directement, il entreprend un long voyage d'observation à l'été 1784, passant par Albany, les Grands Lacs et descendant l'Ohio. Ce périple vise à évaluer la présence britannique, les relations avec les nations amérindiennes et le potentiel du territoire. Ses observations influencent directement son action politique.
  • Sur sa motion, un grand comité est formé pour envisager la division du territoire occidental. Plus tard, il préside un comité chargé de proposer une forme de gouvernement temporaire pour les futurs États de l'Ouest. Son rapport initial, qui ne mentionne pas l'esclavage, est rejeté. Le récit de Bancroft, cité dans le texte, décrit le processus aboutissant à l'Ordonnance du Nord-Ouest de 1787. Sous l'influence d'hommes du Sud comme Grayson et Lee, et par le travail de Nathan Dane, l'article interdisant l'esclavage au nord de l'Ohio est ajouté et adopté avec les voix de plusieurs États du Sud, dont la Virginie. Monroe fait ensuite partie du comité de l'Assemblée de Virginie qui confirme cette ordonnance historique.

La question du Mississippi et les tensions diplomatiques

Parmi les autres sujets auxquels Monroe prit un vif intérêt en tant que délégué au Congrès, la navigation du Mississippi était prééminente.
  • Monroe se montre un défenseur intransigeant du droit à la libre navigation du Mississippi, garanti par le traité avec la Grande-Bretagne mais contesté par l'Espagne. En 1786, il rédige un mémoire pour prouver ce droit des habitants de l'Ouest. Il s'oppose fermement aux compromis proposés, notamment par John Jay, qui envisageait de renoncer à ce droit en échange d'avantages commerciaux avec l'Espagne. Selon John Quincy Adams, Monroe fut "conspicuous above all others" dans cette opposition, au point que la colère générée par ce différend le poussa à démissionner d'une commission d'arbitrage entre le Massachusetts et New York.
  • Son rôle dans cette affaire démontre sa vision à long terme pour l'expansion et la sécurité de la jeune nation. La fermeté de Monroe et d'autres sur cette question empêcha la reconnaissance des prétentions espagnoles et préserva les droits qui permettraient plus tard l'acquisition de la Louisiane et de la Floride, finalisée lorsqu'il fut président. Cette position reflète aussi les préoccupations des États du Sud et de l'Ouest, craignant que les intérêts de la Nouvelle-Angleterre en matière commerciale ne sacrifient leurs besoins de développement.

L'opposant à la Constitution et la Convention de Virginie de 1788

Je considère le gouvernement proposé comme dangereux, et calculé pour assurer ni les intérêts ni les droits de nos concitoyens. 'Sous un tel gouvernement, je serais opposé à embarquer les meilleurs espoirs d'un peuple libre.'
  • Monroe n'est pas membre de la Convention de Philadelphie mais observe ses travaux avec anxiété, craignant qu'elle ne "complète notre ruine" si elle échoue. Dans la convention de Virginie pour la ratification en 1788, il rejoint l'opposition menée par Patrick Henry, aux côtés de Grayson et Mason, contre les partisans comme Madison, Marshall et Randolph. Il prononce un discours érudit le 10 juin, s'appuyant sur des exemples historiques (la ligue amphictyonique, la ligue achéenne, etc.) pour argumenter contre un gouvernement central trop puissant.
  • Ses objections principales à la Constitution sont le pouvoir de taxation directe, l'absence de déclaration des droits (Bill of Rights), le manque de responsabilité des branches législative et exécutive, et la rééligibilité indéfinie du président, qu'il craint pourrait mener à une élection à vie. Il s'inquiète particulièrement de la sécurité de l'Ouest sous le nouveau gouvernement. Finalement, il accepte une ratification conditionnelle, avec l'adoption d'amendements proposés par la Virginie. Ses écrits ultérieurs, comme sa lettre à Jackson en 1816, révèlent sa conviction que certains fédéralistes avaient des tendances monarchistes, un combat qu'il considérait comme fondamental entre républicanisme et gouvernement royal.

Sénateur des États-Unis et opposition à l'administration Washington

Il ne semble pas qu'il ait été remarquable comme débatteur ; mais il se fit sentir d'autres manières, et fut considéré comme l'un des opposants les plus décidés à l'administration de Washington.
  • Malgré son opposition initiale à la Constitution, Monroe est élu sénateur des États-Unis par la législature de Virginie en 1790 pour remplacer William Grayson décédé. Il sert jusqu'en mai 1794. Durant ce mandat, il est perçu comme un opposant résolu aux politiques de l'administration Washington et d'Alexander Hamilton. Il s'oppose aux mesures de stabilisation des finances nationales, propose de suspendre un article du traité avec la Grande-Bretagne, et critique les nominations de Gouverneur Morris et John Jay comme ministres en France et en Angleterre.
  • Son hostilité envers Hamilton est si forte qu'il transgresse l'étiquette sénatoriale en écrivant directement au Président Washington pour s'opposer à une éventuelle mission de Hamilton en Angleterre. Il joue un rôle d'"obstructionniste", doutant de la sagesse des mesures visant à renforcer le gouvernement fédéral. C'est pourquoi sa nomination surprise comme ministre en France en 1794, alors qu'il est encore sénateur, suscite des critiques et des moqueries, notamment parce qu'il avait lui-même critiqué la nomination de juges fédéraux à des postes diplomatiques.

Gouverneur de Virginie : élection et répression d'une révolte d'esclaves

Les malheurs de la Virginie peuvent être compris en une courte phrase : Monroe est élu gouverneur !
  • Monroe est élu deux fois gouverneur de Virginie : une première fois en 1799 (avec 101 voix contre 66 pour John Breckenridge), servant trois ans après son rappel de France ; et une seconde fois en 1811, avant de démissionner pour entrer dans le cabinet de Madison. La presse fédéraliste, comme le "Richmond Federalist", accueille sa première élection avec consternation, la qualifiant de "jour de deuil".
  • L'événement le plus marquant de son premier mandat est la découverte et la répression d'une vaste conspiration d'esclaves en 1800, connue sous le nom de révolte de Gabriel. Un esclave nommé "Gabriel", réputé intelligent et influent, et un autre nommé "Jack Bowler", auraient planifié avec près de mille complices une attaque sur Richmond pour exterminer la population blanche. La conspiration est éventée lorsqu'un esclave nommé "Pharaon" s'échappe pendant un orage et avertit les autorités. Le gouverneur Monroe mobilise immédiatement la milice. Les inondations retardent les insurgés, permettant leur défaite. Les meneurs sont exécutés, mais tant d'implications sont découvertes qu'un mouvement de clémence met fin aux poursuites.

Relations complexes avec John Randolph et ambitions présidentielles

La vie ne m'a offert que peu de jouissances que je valorise en comparaison de votre amitié.
  • Après 1806, John Randolph entretient une correspondance fréquente et flatteuse avec Monroe, l'encourageant à revenir d'Angleterre et nourrissant l'espoir de le porter à la présidence à la fin du mandat de Jefferson, au détriment de James Madison. Randolph dépeint un climat politique corrompu par l'intrigue et flatte l'amitié de Monroe. Cependant, cette alliance se brise lorsque Monroe, de retour, semble à Randolph renier ses anciennes positions pour accéder au poste de gouverneur.
  • La rupture définitive intervient lorsque Monroe entre dans le cabinet de Madison en 1811. Randolph, toujours querelleur, attaque violemment Monroe par la suite, notamment en 1814 en s'opposant à son projet de conscription et en lui reprochant son hypocrisie. Il rappelle que Monroe, en tant que gouverneur, avait fait construire l'arsenal de Richmond pour permettre à la Virginie de résister aux empiètements fédéraux, l'accusant maintenant de soutenir ces mêmes empiètements. Cette relation tumultueuse illustre les factions et les rivalités personnelles au sein du parti républicain-démocrate de l'époque.

Chapitre 3: Chapitre III

La première mission diplomatique de James Monroe en France

La nomination et le contexte diplomatique délicat

Monroe’s career as a diplomatist exhibits first the misfortune and then the good fortune which may attend ministerial action in a foreign land, when long periods must elapse before letters can be interchanged with the government at home.
  • La mission de James Monroe en France en 1794 intervient dans un contexte international extrêmement tendu. Le président Washington, confronté au risque d'une implication des jeunes États-Unis dans les guerres européennes entre la France révolutionnaire et la Grande-Bretagne, cherche à éviter un conflit qui menacerait l'Union naissante. Sa stratégie est d'envoyer des émissaires jugés acceptables par les pays destinataires : John Jay est ainsi envoyé en Angleterre, tandis que Monroe, connu pour ses sympathies républicaines et son admiration pour la Révolution française, est choisi pour Paris. Cette décision, qualifiée plus tard par John Quincy Adams comme l'un des événements les plus mémorables de l'histoire de l'Union, visait à apaiser les tensions avec la France tout en préservant la neutralité américaine.
  • La nomination de Monroe n'était pas le premier choix de Washington. Le poste fut d'abord proposé à Thomas Pinckney, puis à Robert R. Livingston et James Madison, qui tous déclinèrent. Aaron Burr était également en lice. Monroe fut finalement choisi le 28 mai 1794, une décision qui le surprit lui-même. Le secrétaire d'État Edmund Randolph lui expliqua que le Président était résolu à envoyer un Républicain en France pour assurer un accueil favorable, étant donné les sympathies connues de Monroe pour la cause française. Cette nomination reflétait les profondes divisions partisanes internes, les Fédéralistes étant plus favorables à la Grande-Bretagne, tandis que les Républicains, comme Monroe, soutenaient la France.

L'état d'esprit au Congrès et les craintes de guerre

I think we are in no danger of being drawn into the European war, unless the French should be mad enough to declare war against everybody that will not fraternize with them.
  • Une série de lettres privées du représentant Joshua Coit, datant de janvier à avril 1794, offre un témoignage précieux sur l'atmosphère fiévreuse au Congrès avant le départ de Monroe. Les débats sont dominés par les propositions commerciales de James Madison, perçues comme hostiles à la Grande-Bretagne et favorables à la France. Coit note une "frenésie française" principalement parmi les membres du Sud, notamment les Virginiens, qu'il attribue en partie aux dettes dues à la Grande-Bretagne et à leur opposition aux mesures financières du gouvernement fédéral comme la création de la banque.
  • La crainte d'être entraîné dans "le torrent qui ravage l'Europe" est palpable. Les membres du Congrès débattent de mesures radicales comme un embargo sur le commerce ou la séquestration des dettes britanniques pour indemniser les victimes de saisies. Coit exprime sa profonde inquiétude quant à la survie même de l'Union en cas de guerre, soulignant la jeunesse du gouvernement et sa dépendance aux revenus du commerce extérieur. Ces extraits révèlent à quel point la politique étrangère était inextricablement liée aux fractures politiques internes et à la viabilité de la jeune nation.

L'arrivée triomphale et la réception devant la Convention

Republics should approach near to each other. In many respects they have all the same interest; but this is more especially the case with the American and French republics.
  • Monroe arrive à Paris peu après la chute de Robespierre. Face à l'hésitation du Comité de Salut public à le recevoir, il prend l'initiative audacieuse de s'adresser directement à la Convention nationale le 15 août 1794. Son discours, prononcé en anglais et lu en traduction française, est un vibrant hommage à l'amitié franco-américaine et aux principes républicains communs. Il affirme que l'Amérique n'est pas un "spectateur insensible" de la Révolution et présente les déclarations de soutien de toutes les branches du gouvernement américain, y compris du président Washington.
  • La réception est un triomphe théâtral. Le "procès-verbal" de la Convention, redécouvert plus tard par le ministre américain Washburne, décrit comment les expressions de fraternité de Monroe sont accueillies avec "la sensibilité la plus vive" et couvertes d'applaudissements. La Convention décrète à l'unanimité sa reconnaissance comme ministre plénipotentiaire, ordonne l'impression de son discours en "français et américain", et fait joindre le drapeau des États-Unis à celui de la France dans la salle des séances. Monroe reçoit même l'"accolade" (une embrassade fraternelle) du président de la Convention, Merlin de Douai, un rituel républicain symbolique.

Les tensions avec l'administration Washington et la question du traité Jay

Jay’s treaty surpasses all that I feared, great as my fears were of his mission. Indeed, it is the most shameful transaction I have ever known of the kind.
  • La mission de Monroe se complique gravement avec la nouvelle de la négociation d'un traité entre John Jay et la Grande-Bretagne. Dès décembre 1794, le Comité de Salut public, par la voix de Merlin de Douai, demande des explications à Monroe, exprimant sa crainte que les États-Unis n'aient oublié leurs obligations envers la France. Monroe, qui n'a pas reçu les détails du traité, tente de calmer les esprits mais est lui-même profondément hostile à l'accord, qu'il juge honteux dans une lettre privée.
  • Lorsque les termes du traité Jay sont connus, l'indignation française est extrême. En février 1796, le Directoire considère que l'alliance franco-américaine est rompue et envisage d'envoyer un envoyé spécial pour exprimer son mécontentement. Monroe réussit à éviter cette mesure et engage une correspondance détaillée avec le ministre des Affaires étrangères, M. de la Croix, pour répondre point par point aux griefs français. Cependant, l'administration Washington, désormais dirigée par le secrétaire d'État Timothy Pickering, reproche amèrement à Monroe de ne pas avoir suffisamment défendu la politique américaine et d'avoir échoué à désamorcer la crise.

Le rappel et la publication polémique du "View"

In this book is to be found the most complete justification of the Executive for his recall, in every respect except that it was so long delayed; for the book contains the most singular display of incapacity, unfaithfulness, and presumption...
  • Monroe est officiellement rappelé le 22 août 1796 et remplacé par Charles Cotesworth Pinckney. À son retour, accueilli chaleureusement par l'opposition républicaine, il publie en 1797 un pamphlet de 500 pages intitulé "A View of the Conduct of the Executive". Cet ouvrage rassemble ses instructions, sa correspondance officielle et des lettres privées pour justifier sa conduite et accuser l'administration Washington d'hostilité envers la France et de duplicité, notamment en lui cachant la teneur du traité Jay.
  • La publication déclenche une violente guerre pamphlétaire. Les Fédéralistes, comme le représentant Harper, attaquent violemment Monroe, l'accusant d'incapacité et de servilité envers la France, allant jusqu'à insinuer la corruption. À l'inverse, l'historien fédéraliste Hildreth rejette ces insinuations, affirmant que Monroe était sincère dans ses convictions, partagées par une large partie de l'opposition. Washington lui-même, retiré à Mount Vernon, annote copieusement son exemplaire du "View", écrivant par exemple : "La vérité est que M. Monroe a été cajolé, flatté... il faisait, ou était disposé à faire, tout ce qui était plaisant pour cette nation."

Les activités annexes et l'héritage de la mission

We have ever looked to France as our natural friend... but there is one spot on the globe, the possessor of which is our natural enemy. That spot is New Orleans.
  • Au-delà de la diplomatie officielle, la mission de Monroe est marquée par des actions humanitaires et symboliques significatives. Il œuvre activement à la libération de citoyens américains emprisonnés en France, et intervient pour Thomas Paine, qu'il héberge chez lui pendant dix mois. Il s'occupe également du sort du marquis de Lafayette, emprisonné, et de son épouse. Par ailleurs, il présente un drapeau américain à la Convention, porté par le commodore Barney, et suit avec attention l'éducation de jeunes Américains, dont son neveu, placés dans des écoles françaises.
  • L'échec apparent de cette première mission est en réalité un échec de parti, cristallisant la fracture entre Fédéralistes et Républicains sur la politique étrangère. Cependant, l'influence de Monroe est notée par l'historien français Thiers, qui rapporte que ses conseils de prudence au Directoire contribuèrent à éviter une rupture immédiate. Ironiquement, les événements confirmeront plus tard la logique des craintes de Monroe. Comme l'écrit Jefferson en 1802, la possession de La Nouvelle-Orléans par la France pourrait faire des États-Unis l'"ennemi naturel" de cette dernière, un revirement complet qui prépare le terrain pour la future et plus célèbre mission d'acquisition de la Louisiane, confiée à Monroe.

Chapitre 4: Chapitre IV

La Mission Diplomatique de James Monroe en France, Espagne et Angleterre

Le Contexte et la Préparation de la Mission

Jefferson, never wanting in interest when Monroe’s affairs required counsel, and trusting him implicitly, wrote to the despondent and angry envoy that he ought to come forward again into public life.
  • Après une période de retrait politique et un mandat de gouverneur de Virginie, James Monroe est rappelé au service diplomatique par le président Thomas Jefferson en 1802. Ce dernier, reconnaissant sa loyauté et ses compétences, le choisit pour une mission spéciale et délicate en Europe. La situation est tendue : la France, sous le Consulat de Napoléon Bonaparte, vient de récupérer la Louisiane de l'Espagne et a fermé le port de La Nouvelle-Orléans aux dépôts américains, menaçant l'accès vital des colons de l'Ouest au Mississippi. Jefferson, conscient du danger de conflit et de sécession, décide d'une approche diplomatique pour acheter le territoire.
  • Monroe est nommé ministre plénipotentiaire, d'abord pour la France, puis, par des commissions ultérieures, pour l'Espagne et l'Angleterre. Ses instructions sont claires : négocier avec la France l'acquisition de La Nouvelle-Orléans et de la Floride Occidentale, avec un budget initial de deux millions de dollars. Il doit agir en tandem avec Robert R. Livingston, ministre résident à Paris. Cette mission marque le retour de Monroe sur la scène internationale, chargé d'une tâche qui façonnera l'avenir territorial des États-Unis.

Les Négociations à Paris et les Acteurs Clés

Six individuals were conspicuous in the negotiation. On the American side were Jefferson... Livingston... and Monroe... On the French side stood Bonaparte... Talleyrand... and Marbois.
  • La négociation implique six figures centrales. Du côté américain, le président Jefferson, visionnaire initiateur ; Robert R. Livingston, ministre à Paris depuis deux ans, qui a préparé le terrain en réclamant des indemnités pour les spoliations françaises ; et James Monroe, arrivé avec le soutien populaire et des instructions fraîches. Du côté français, Napoléon Bonaparte, Premier Consul, jeune et tout-puissant ; Talleyrand, ministre des Relations extérieures, rusé mais mis à l'écart ; et François Barbé-Marbois, ministre du Trésor, qui jouera le rôle principal. Marbois, ayant servi en Amérique, partage une relation de confiance avec les plénipotentiaires américains, ce qui facilitera les pourparlers.
  • L'arrivée de Monroe à Paris coïncide avec un tournant décisif. Le 10 avril 1803, après une longue conférence à Saint-Cloud et alarmé par des dépêches anglaises, Napoléon décide soudainement de vendre non seulement La Nouvelle-Orléans, mais toute la Louisiane. Il charge Marbois, et non Talleyrand, de mener les discussions, exigeant initialement 50 millions de francs. Cette décision est motivée par le besoin urgent de fonds pour la guerre imminente contre l'Angleterre et par le désir de créer une puissance rivale à la Grande-Bretagne en Amérique.

Le Processus de Négociation et les Tensions

Livingston pronounced it an exorbitant price, and Marbois did not deny that it was. No conclusion could be reached without consulting Monroe...
  • Les négociations proprement dites débutent dans une atmosphère de marchandage intense. Le 11 avril, Marbois propose la vente de toute la Louisiane pour 100 millions de francs, incluant le règlement des réclamations américaines. Livingston trouve le prix exorbitant. Sans attendre Monroe, il écrit une dépêche à Madison, approuvant le principe de l'achat et suggérant même, de manière surprenante, que les États-Unis pourraient revendre une partie du territoire à une puissance européenne non menaçante pour rentrer dans leurs fonds.
  • Des tensions personnelles et des rivalités émergent entre les envoyés américains. Monroe, fraîchement arrivé, découvre que Livingston a déjà entamé des pourparlers avancés. Une lettre de Livingston à Monroe, écrite avant son arrivée et teintée de pessimisme, sera plus tard utilisée par les partisans de Monroe pour minimiser le rôle de Livingston. Ce dernier se défendra auprès de Madison, affirmant que Napoléon avait déjà pris sa décision de vendre avant l'arrivée de Monroe et que ce dernier n'a fait qu'entériner des propositions déjà formulées.

La Conclusion de l'Accord et les Termes du Traité

As soon as they had signed the treaty the plenipotentiaries rose and shook hands, when Livingston said, expressing the general satisfaction, 'We have lived long, but this is the noblest work of our whole lives.'
  • Après des offres et contre-offres, un accord est finalement trouvé le 30 avril 1803. Le prix est fixé à 80 millions de francs : 60 millions pour la France (soit environ 15 millions de dollars) et 20 millions pour régler les réclamations des citoyens américains contre la France. Napoléon, ayant initialement oublié son accord sur le prix, accepte finalement, déclarant avec exaltation : "J'ai donné à l'Angleterre un rival maritime qui, tôt ou tard, humiliera son orgueil." Le traité de cession est signé le 2 mai, suivi de deux conventions sur le mode de paiement et les réclamations.
  • Le traité est ratifié par Bonaparte en mai 1803 et par le Sénat américain en octobre. Le transfert formel a lieu à La Nouvelle-Orléans fin novembre. Monroe écrit plus tard à Marbois pour saluer la bonne foi de l'exécution française. L'achat, d'une ampleur sans précédent, double la taille des États-Unis. L'auteur souligne le caractère arbitraire et personnel du pouvoir de Napoléon dans cette transaction, contrastant avec les limitations constitutionnelles américaines, et note que cette décision unilatérale a eu des conséquences permanentes et irréversibles.

Les Suites Immédiates : la Question des Florides et le Départ pour l'Angleterre

Monroe, as soon as the Louisiana purchase was completed, determined to go to Madrid and treat for the Floridas, but Cambaceres, who heard him say this one day at dinner, almost forbade him...
  • Une fois la Louisiane acquise, la frontière orientale avec les Florides espagnoles reste floue. Monroe, initialement commissionné pour l'Espagne, prévoit de se rendre à Madrid pour négocier l'acquisition des Florides. Cependant, le gouvernement français, par l'intermédiaire de Cambacérès, le dissuade subtilement. Monroe découvre alors que Livingston a déjà entamé des pourparlers avec l'Espagne, ce qui cause un nouveau froissement entre les deux hommes. La France, qui avait promis son influence, ne la fournit pas, et les négociations américano-espagnoles (menées plus tard par Monroe et Pinckney de janvier à mai 1805) échouent.
  • Conformément à ses instructions, Monroe quitte Paris pour Londres en juin 1803, après avoir pris congé de Napoléon. Sa mission en Angleterre est ardue : il doit défendre les droits maritimes des États-Unis, mis à mal par les pratiques britanniques d'impressment (enrôlement forcé de marins américains), de blocus et de visite des navires. Il arrive dans un contexte de grande tension entre les deux nations, avec un gouvernement britannique instable et peu conciliant.

La Mission Difficile à Londres et l'Échec du Traité de 1806

Long as the negotiations had been, and voluminous as were the results, the treaty failed in two fundamental points. It made no provision against the impressment of our seamen; and it secured no indemnity for losses...
  • Les négociations à Londres sont marquées par l'instabilité ministérielle britannique. Monroe doit traiter avec pas moins de six secrétaires aux Affaires étrangères successifs. En 1806, il est renforcé par William Pinkney. Après des mois de discussions avec les commissaires spéciaux Lord Auckland et Lord Holland, un traité est finalement signé le 31 décembre 1806. Lord Holland décrit Monroe comme un homme franc, sensible et profond, dont les vues sur la France et l'Angleterre ont évolué après son expérience sur place.
  • Cependant, ce traité est un échec du point de vue américain car il ne contient aucune clause interdisant l'impressment et n'offre aucune indemnité pour les saisies passées. Le président Jefferson, sans même le soumettre au Sénat, refuse de le ratifier et le "met au panier". Il estime qu'un traité sans garantie sur l'impressment est inacceptable. Cet échec diplomatique, combiné à l'incident de l'USS Chesapeake attaqué par le HMS Leopard en juin 1807, assombrit la réputation de Monroe et contribue à la marche vers la guerre de 1812.

Le Retour aux États-Unis et l'Héritage de la Mission

I cannot discover that the failure of Monroe to accomplish the purpose of his mission to Spain and England indicates any want of intelligence, assiduity, or fidelity on his part.
  • Monroe rentre aux États-Unis fin 1807 et rédige une longue défense de sa conduite diplomatique. Bien que son échec à Londres ait refroidi son accueil populaire, il ne perd pas la confiance de ses pairs en Virginie, qui le réélisent gouverneur. L'auteur défend Monroe, arguant que son manque de succès en Espagne et en Angleterre n'était pas dû à une incompétence ou un manque de zèle, mais à des circonstances défavorables : l'Espagne ne voulait pas vendre, et l'Angleterre était absolument déterminée à maintenir ses prétentions maritimes en temps de guerre contre Napoléon.
  • L'achat de la Louisiane reste l'œuvre majeure de cette période diplomatique. L'auteur réfléchit à la confluence extraordinaire de facteurs et de personnalités qui l'ont permis, et à ses conséquences incalculables. Il énumère une série d'événements majeurs de l'histoire américaine (le compromis du Missouri, l'annexation du Texas, la ruée vers l'or, etc.) qui n'auraient probablement jamais eu lieu si la Louisiane était restée sous contrôle européen. Cet achat a fondamentalement redéfini la destinée géopolitique et sociale des États-Unis.

Chapitre 5: Chapitre V

James Monroe : Secrétaire d'État et de Guerre pendant la guerre de 1812

Contexte et nomination au poste de Secrétaire d'État

The war, which for several years had seemed inevitable, was now imminent.
  • James Monroe est nommé Secrétaire d'État par le président James Madison en 1811, succédant à Robert Smith. Il rejoint un cabinet comprenant des figures comme Gallatin, Eustis et Paul Hamilton. Le contexte est extrêmement tendu, la guerre avec la Grande-Bretagne paraissant inévitable depuis plusieurs années. Bien que Madison préfère encore la paix, le Congrès, poussé par l'opinion publique, adopte des mesures préparatoires comme l'augmentation de l'armée et de la marine. L'élément déclencheur immédiat est le maintien des « Orders in Council » britanniques, des décrets qui restreignent le commerce neutre. Le ministre américain à Londres, M. Russell, rapporte en février 1812 que le Premier ministre britannique Perceval refuse catégoriquement d'écouter les prétentions des nations neutres, concluant que la guerre ne peut être évitée honorablement.
  • La déclaration de guerre intervient le 18 juin 1812. L'auteur note une coïncidence ironique : l'acte de déclaration est rédigé par William Pinkney et communiqué à l'Angleterre par James Monroe, les deux mêmes hommes qui, quelques années auparavant, avaient échoué dans leur mission de commissionnaires à Londres pour négocier un traité de paix raisonnable. Cette nomination place donc Monroe au cœur des événements diplomatiques et militaires les plus critiques pour la jeune nation, faisant de lui une figure centrale de l'administration Madison pendant cette période tumultueuse.

Diplomatie et défense des droits des neutres avant la guerre

“ It is the interest of belligerents to mitigate the calamities of war, and neutral powers possess ample means to promote that object, provided they sustain, with impartiality and firmness, the dignity of their station.”
  • En sa qualité de Secrétaire d'État, Monroe engage une correspondance soutenue avec le ministre britannique à Washington, M. Foster. Dans une longue dépêche du 23 juillet 1811, il défend vigoureusement les droits des nations neutres. Il y développe un argument éloquent sur l'intérêt des belligérants à atténuer les calamités de la guerre. Il soutient que les puissances neutres, si elles maintiennent leur dignité avec impartialité et fermeté, peuvent jouer un rôle crucial. Il souligne le caractère particulièrement oppressif et dévastateur des guerres napoléoniennes en Europe et voit dans la révocation des décrets français concernant le commerce américain un premier pas positif. Il en appelle à la Grande-Bretagne pour qu'elle suive cet exemple, arguant que tout progrès dans ce sens profiterait à « l'humanité affligée ».
  • Les relations avec la France, bien que moins critiques, requièrent aussi son attention. Monroe donne des instructions étendues au nouveau ministre Joel Barlow, envoyé auprès de l'Empereur. Il y affirme que si la France souhaite profiter du commerce neutre, elle doit en devenir l'avocate, tant en théorie qu'en pratique. Bien qu'un traité de commerce soit proposé, les négociations traînent et Barlow doit se contenter d'assurances générales de Napoléon. Ces efforts diplomatiques illustrent la position difficile des États-Unis, pris entre les deux grandes puissances européennes et cherchant à faire respecter leur souveraineté et leurs droits commerciaux en tant que nation neutre.

Crises au Département de la Guerre et conflit avec le Secrétaire Armstrong

“ I have felt it a duty which I owe to you, as well as to the public, to communicate to you my sentiments on them. I have written them in much truth and without reserve.”
  • Les débuts de la guerre sont désastreux sur le terrain. Le blâme est initialement porté sur le Secrétaire à la Guerre, le Dr. Eustis, qui finit par démissionner. Monroe assure l'intérim jusqu'à la nomination du Général John Armstrong, un vétéran de la Révolution et ancien ministre en France. Cependant, les opérations ne s'améliorent pas et Monroe observe avec une grande méfiance la conduite des affaires par son collègue. Dans une lettre confidentielle et détaillée au président Madison datée du 25 juillet 1813, Monroe expose ses profondes réserves sur le projet d'Armstrong de se rendre sur le front nord pour diriger personnellement les opérations en tant que Secrétaire à la Guerre.
  • Monroe avance trois arguments principaux contre ce plan. Premièrement, sur le plan constitutionnel, il estime qu'une telle concentration de pouvoirs (chef de l'exécutif, secrétaire à la guerre et général) en une seule personne, loin du siège du gouvernement, détruit le système de freins et contrepoids et absorbe le pouvoir exécutif dans des mains où il est « le plus dangereux ». Deuxièmement, sur le plan politique, une telle mesure nuirait gravement à la crédibilité de l'administration Madison. Troisièmement, sur le plan pratique, cela laisserait les autres armées (celles de Harrison, Pinckney, Wilkinson) sans direction centrale et perturberait la logistique. Monroe révèle aussi qu'il a lui-même offert ses services militaires, par sens du devoir face aux désastres initiaux, mais qu'il considère les fonctions de secrétaire et de commandant sur le terrain comme totalement incompatibles.

L'opposition à la conscription et la campagne pour le renvoi d'Armstrong

“ It is painful to me to make this communication to you, nor should I do it if I did not most conscientiously believe that this man, if continued in office, will ruin not you and the administration only, but the whole Republican party and cause.”
  • L'opposition de Monroe à Armstrong s'intensifie. Le 27 décembre 1813, il transmet à Madison une nouvelle mise en garde urgente, basée sur des informations du Secrétaire à la Marine, M. Jones. Il révèle qu'Armstrong promeut l'idée d'une conscription auprès des membres du Congrès, arguant que la milice n'est pas fiable et que les enrôlements réguliers échouent. Monroe et Jones craignent que cette proposition, très impopulaire, ne ruine l'administration.
  • Monroe rapporte d'autres agissements inquiétants : un membre du Congrès, M. Fisk, envisageait une résolution pour demander des comptes sur l'autorité qui a permis à Armstrong de commander l'armée du Nord depuis le front. Plus grave, des sources militaires l'informent qu'Armstrong s'engage dans une « séduction » et une « corruption » des officiers, leur promettant des promotions en son nom propre et les incitant à lui devoir allégeance plutôt qu'au Président. Monroe conclut avec véhémence qu'Armstrong, s'il est maintenu, ruinera non seulement l'administration mais tout le parti et la cause républicaine. Malgré cette remontrance vigoureuse, Armstrong conserve son poste jusqu'à ce que le désastre militaire suivant force son départ.

Le désastre de Bladensburg et la prise de Washington

“ During the approach of the British to Washington... all in our army was confusion, and though Winder was called the commander of this motley mass, there was more than one volunteer generalissimo from the President’s mounted cabinet...”
  • La bataille de Bladensburg (24 août 1814) et l'incendie de Washington qui s'ensuit constituent le point culminant des échecs militaires. Les récits de la bataille sont confus et contradictoires. Le général Cullum décrit une armée en pleine confusion, avec des « généraux volontaires » issus du cabinet présidentiel interférant. Il est rapporté que le Secrétaire d'État Monroe, sans en informer le commandant Winder, modifie l'ordre de bataille, et que le Secrétaire à la Guerre Armstrong s'est brièvement vu confier le commandement suprême avant que l'ordre ne soit suspendu.
  • Monroe joue un rôle actif dans les jours précédant la bataille. Dès le 20 août, il effectue des reconnaissances avec une petite escorte. Le 22, il alerte le président du danger imminent pour la capitale, conseille l'évacuation des archives et la préparation à détruire les ponts. Le jour de la bataille, il se précipite pour informer le général Stansbury de la marche des Britanniques vers Bladensburg. Les responsabilités du désastre sont difficiles à établir, mais le résultat est clair : une humiliation nationale qui révèle l'inadéquation criante de la défense et force l'administration à revoir sa stratégie.

Monroe prend la tête du Département de la Guerre et réorganise la défense

“ Under these circumstances, the President requested Mr. Monroe to take charge of the Department of War, and command of the District ad interim, with which he immediately complied.”
  • Dans le chaos qui suit l'incendie de Washington, Monroe émerge comme la figure de la résistance et de la réorganisation. Un mémoire semi-officiel, vraisemblablement inspiré par Monroe lui-même, décrit les événements. De retour à Washington le 27 août, le président Madison trouve une ville en panique, sans défense organisée, Armstrong étant à Fredericktown et Winder à Baltimore. Face à cette crise, Madison demande à Monroe de prendre en charge le Département de la Guerre et le commandement militaire du district, ce qu'il accepte immédiatement.
  • Dès le 28 août, Monroe agit avec une détermination et une énergie nouvelles. Accompagné du président, il inspecte les installations militaires et ordonne la mise en place de batteries défensives à Greenleaf's Point, près du pont et à Windmill Point. Il fait face à l'insubordination, comme celle du Colonel Winder qui refuse d'obéir à un ordre concernant le déplacement de canons, et le force à quitter le champ. Il interdit également aux citoyens de Washington d'envoyer une délégation pour capituler devant les Britanniques, menaçant de repousser une telle démarche « à la baïonnette » et affirmant que la ville sera défendue.

Rétablissement de l'ordre et tournant dans la conduite de la guerre

“ Whatever may have been Monroe’s course on the battle-field at Bladensburg, there can be no doubt that, when he assumed the duties of secretary of war, vigor was at once infused into all the military operations.”
  • Le leadership de Monroe apporte un changement radical. Un témoignage de William Robinson, pourtant opposant politique de Monroe, corrobore son rôle crucial. Robinson le rencontre le 27 août alors que l'armée est en déroute. Monroe exprime une anxiété extrême pour le retour immédiat du président et des hauts fonctionnaires à Washington afin de rétablir l'ordre. Il charge Robinson de porter un message urgent à Madison. Robinson note aussi que le sentiment dans l'armée est si hostile au général Armstrong que sa sécurité personnelle aurait été en danger s'il avait tenté de rejoindre les troupes.
  • Sous la direction de Monroe, la défense s'organise. Washington est sécurisée, Baltimore est sauvée (le drapeau continue de flotter sur Fort McHenry), et les opérations prennent une nouvelle vigueur. L'auteur souligne que Monroe apparaît alors sous son meilleur jour : enthousiaste, déterminé, confiant dans le soutien populaire et audacieux. Il envoie des dépêches énergiques, comme celles aux gouverneurs pour la défense de La Nouvelle-Orléans, les exhortant à mobiliser la milice sans attendre les armes du gouvernement fédéral et à mettre « toutes les armes que vous pouvez trouver entre leurs mains ». Cette infusion de vigueur marque un tournant décisif dans la dernière phase de la guerre de 1812.

Chapitre 6: Chapitre VI

La Présidence de James Monroe (1817-1825)

L'Élection et le Cabinet de Monroe

No one but Washington was ever reelected to the highest office in the land with so near an approach to unanimity.
  • James Monroe devint le cinquième président des États-Unis en 1817, à l'âge de 59 ans, et servit deux mandats complets jusqu'en 1825. Sa première élection fut une victoire écrasante avec 188 votes électoraux contre 34 pour le fédéraliste Rufus King. Sa réélection en 1820 fut encore plus consensuelle, ne recevant qu'une seule voix électorale contre lui, donnée à John Quincy Adams. Ce niveau d'unanimité n'avait été égalé que par George Washington, marquant une période dite de "bon sentiment" où les divisions partisanes semblaient s'estomper. Son vice-président durant les deux mandats fut Daniel D. Tompkins.
  • Pour former son cabinet, Monroe s'appuya sur des principes de représentation géographique et de mérite, cherchant à apaiser les anciennes animosités partisanes. Il nomma quatre hommes qui restèrent en poste durant ses deux mandats : John Quincy Adams au Département d'État, John C. Calhoun à la Guerre, William H. Crawford au Trésor et William Wirt comme Attorney General. Ce cabinet était composé de figures fortes, plus jeunes que le président, et représentant déjà des rivalités futures pour la succession présidentielle, tout en étant unis par leur loyauté envers Monroe.
  • La sélection de John Quincy Adams comme secrétaire d'État fut particulièrement judicieuse. Âgé de 50 ans, Adams apportait une expérience diplomatique incomparable, ayant été ministre en Hollande, Prusse, Russie et Angleterre, et négociateur du traité de Ghent. Son intégrité, son patriotisme et son indépendance d'esprit en firent un pilier du cabinet, essentiel pour gérer les questions internationales complexes de l'administration, comme l'acquisition de la Floride et ce qui deviendra la Doctrine Monroe.
  • En revanche, la relation avec Henry Clay fut immédiatement tendue. Clay, un soutien de Monroe, déclina le poste de secrétaire à la Guerre et fut mécontent de ne pas être nommé secrétaire d'État. Son hostilité envers l'administration persista, créant des frictions, notamment sur des questions d'indemnités pour ses services diplomatiques. Ironiquement, c'est le soutien des partisans de Clay qui permit à Adams de devenir président en 1824, lequel nomma ensuite Clay secrétaire d'État.

Principes Politiques et Voyages de Conciliation

To preserve the Republican party and prevent the revival of the Federal, was to be his aim as a politician, for he did not regard the existence of parties as necessary to free governments.
  • Monroe articula clairement sa philosophie de gouvernance dans sa correspondance avec Andrew Jackson. Il croyait que les chefs de département devaient représenter les quatre grandes régions du pays (Est, Centre, Sud et Ouest) pour assurer une union nationale. Son objectif principal était de consolider le Parti républicain-démocrate et d'empêcher la résurgence du Parti fédéraliste, qu'il considérait comme vaincu. Il prônait la modération et une politique généreuse envers les anciens fédéralistes pour favoriser l'unité nationale, bien que des résidus d'animosité aient parfois persisté.
  • Dans cet esprit de conciliation, Monroe entreprit en 1817 un long voyage présidentiel de trois mois et demi dans le Nord et l'Est du pays. Officiellement, le but était d'inspecter les fortifications côtières et les ports, une priorité après la guerre de 1812. Il était accompagné du chef ingénieur de l'armée, le Général Joseph G. Swift. Ce voyage avait aussi une dimension politique claire : apaiser les fédéralistes encore hostiles dans des régions comme la Nouvelle-Angleterre et présenter le président comme une figure unificatrice.
  • Les réactions à ce "tour de conciliation" furent mitigées. Le secrétaire au Trésor William Crawford, dans une lettre à Albert Gallatin, y vit un "jubilé politique" temporaire où fédéralistes et républicains semblaient réconciliés, mais doutait de la pérennité de cet effet et craignait que Monroe ne perde en popularité chez ses soutiens du Sud, qui pourraient voir dans ces acclamations nordistes une forme d'"adoration de l'homme". Un admirateur nordiste, en revanche, célébrait ces scènes comme l'expression d'une admiration authentique de citoyens libres pour leur dirigeant légitime.

La Guerre Séminole et l'Acquisition de la Floride

He crossed the Florida line in pursuit of the fugitive red men ; he captured and garrisoned a fortress on Spanish territory; he seized Pensacola and captured the Barrancas...
  • Un défi majeur fut la reprise des hostilités avec les Indiens Séminoles en 1818. Le Général Andrew Jackson fut envoyé en Géorgie pour mettre fin aux raids. Avant de partir, Jackson suggéra à Monroe une politique extrêmement vigoureuse, proposant de saisir l'île Amelia et même toute la Floride orientale comme indemnité pour les outrages espagnols. Il est incertain si Jackson reçut une réponse explicite l'autorisant à agir, mais il mena une campagne agressive, franchissant la frontière espagnole, capturant des forts, prenant Pensacola et approuvant l'exécution sommaire de deux sujets britanniques, Ambrister et Arbuthnot.
  • Ces actions audacieuses placèrent les États-Unis au bord de la guerre avec l'Espagne et irritèrent la Grande-Bretagne. Le secrétaire d'État John Quincy Adams rédigea une note diplomatique pour justifier la conduite de Jackson, qui fut également soutenu par la Chambre des Représentants. Cependant, une vive controverse éclata plus tard, en 1830, pour déterminer si Monroe avait secrètement autorisé Jackson via l'intermédiaire du Congrès John Rhea. Monroe nia avoir donné de tels ordres, et la fameuse "lettre de Rhea" ne fut jamais produite, laissant planer le doute.
  • Le succès militaire de Jackson, bien que controversé, renforça la position américaine dans les négociations pour l'acquisition de la Floride. Le 22 février 1819, le traité Adams-Onís fut signé à Washington, par lequel l'Espagne cédait la Floride aux États-Unis. Malgré l'opposition de Henry Clay, le traité fut ratifié à l'unanimité par le Sénat, assurant le contrôle américain sur la totalité du littoral atlantique et du Golfe, du Saint-Croix au Sabine, une réalisation majeure de la diplomatie de Monroe et Adams.

Le Compromis du Missouri et la Question de l'Esclavage

Here was the beginning of that wandering in the wilderness for forty years which resulted in emancipation.
  • La demande d'admission du Missouri dans l'Union en tant qu'État esclavagiste déclencha un débat national violent et prolongé de 1819 à 1821, aboutissant au fameux Compromis du Missouri. La crise mit en lumière les divisions sectionnelles profondes sur l'expansion de l'esclavage. Le débat au Congrès fut mené par des figures comme Rufus King (anti-esclavagiste) et John Randolph (pro-esclavagiste), créant une intense agitation à Washington, où la question dominait toutes les conversations.
  • Le compromis, adopté le 1er mars 1820, stipulait que le Missouri serait admis sans restriction sur l'esclavage, mais que l'esclavage serait interdit dans tous les territoires de la Louisiane au nord de la latitude 36°30' (la frontière sud du Missouri). Cette ligne géographique devint la solution temporaire pour équilibrer pouvoir entre États libres et esclavagistes. Cependant, la discussion rebondit l'année suivante, nécessitant un second compromis pour finaliser l'admission du Missouri.
  • Dans une lettre privée du 15 février 1820, Monroe exposa sa position constitutionnelle complexe. Il était fermement attaché à l'Union et croyait que tous les États devaient avoir des droits égaux. Il s'interrogeait sur le pouvoir du Congrès de restreindre l'esclavage dans les territoires, notant que l'esclavage était reconnu par la Constitution. Il jugeait injuste d'empêcher un propriétaire d'emmener son esclave dans un territoire, mais se demandait si la Constitution accordait au Congrès le pouvoir d'imposer une telle restriction. Il était prêt à suivre une interprétation claire de la Constitution, tout en pesant les considérations d'injustice et d'impolitique.

La Doctrine Monroe et les Affaires Étrangères

...the resistance to foreign interference in American affairs, this last being formulated in that famous declaration which is known as the Monroe Doctrine.
  • Bien que le texte intégral de la Doctrine Monroe ne soit pas cité dans ces pages, le document en décrit la genèse comme la réponse aux craintes d'intervention européenne dans les affaires du Nouveau Monde, notamment après les révolutions d'indépendance en Amérique latine. Cette politique fut élaborée principalement par le secrétaire d'État John Quincy Adams et annoncée par Monroe dans son message annuel au Congrès de 1823. Elle affirmait que les Amériques n'étaient plus ouvertes à la colonisation européenne et que toute tentative d'intervention serait considérée comme un acte hostile envers les États-Unis.
  • La diplomatie de l'administration fut également active en Europe. Richard Rush, ministre américain à Londres, négocia avec Lord Castlereagh et George Canning sur des questions épineuses héritées de la guerre de 1812, comme la violation présumée du traité de Ghent (notamment l'emport d'esclaves par les Britanniques) et l'application de la convention commerciale de 1815. Les actions de Jackson en Floride furent suivies avec inquiétude dans les cercles diplomatiques londoniens, où l'on craignait qu'elles ne mènent à la guerre.
  • La relation avec la Grande-Bretagne resta donc à la fois collaborative et tendue. D'un côté, les deux pays cherchaient à éviter un nouveau conflit et réglaient des différends commerciaux. De l'autre, l'ombre de l'impression des marins américains et la question des pêcheries de Terre-Neuve perduraient. La Doctrine Monroe elle-même était en partie une réponse aux propositions britanniques d'une déclaration conjointe, que Adams rejeta pour affirmer l'indépendance de la politique étrangère américaine.

Améliorations Internes et Fin de Mandat

Congress has not the right under the Constitution to adopt and execute a system of internal improvements, but that such a power, if it could be secured by a constitutional amendment, would have the happiest effect...
  • Monroe se confronta à la question épineuse des améliorations internes (routes, canaux). Le 4 mai 1822, il opposa son veto au Cumberland Road Bill. Dans un long exposé au Congrès, il argumenta que la Constitution n'accordait pas au gouvernement fédéral le pouvoir d'entreprendre un système général d'améliorations internes. Cependant, reconnaissant l'utilité nationale de tels projets, il suggéra qu'un amendement constitutionnel pourrait conférer ce pouvoir, à condition qu'il se limite aux grands travaux d'intérêt national, laissant les améliorations mineures aux États.
  • La fin de sa présidence fut marquée par la visite triomphale du Marquis de Lafayette, "l'hôte de la nation", en 1824-1825. Les liens entre les deux hommes dataient de la Révolution américaine, et Monroe, alors ministre en France, avait tenté d'aider à la libération de Lafayette lorsqu'il était prisonnier à Olmütz. Leur correspondance montre une profonde affection et un respect mutuel. L'administration dut gérer avec soin l'étiquette de la visite, cherchant à s'associer aux sentiments populaires sans paraître partisan.
  • Dans ses lettres après son retour en France, Lafayette exprima son amour durable pour les États-Unis et décrivit avec chaleur l'accueil chaleureux qu'il réservait aux visiteurs américains dans son domaine de La Grange. Il offrit même avec une grande délicatesse une aide financière à Monroe, qui connaissait des difficultés, en lui proposant une hypothèque sur ses propriétés en Floride, rappelant l'aide que Monroe lui avait autrefois apportée. Cet échange illustre la profondeur de leur amitié au-delà des considérations politiques.

Succession et Héritage de l'Ère Monroe

During the pendency of this contest, Mr. Monroe observed a most scrupulous resolve against all interference with the freest expression of the public sentiment in regard to the candidates.
  • À l'approche de la fin de son second mandat en 1825, la course à sa succession mit en lumière les rivalités au sein de son propre cabinet et du parti. Les principaux candidats étaient John Quincy Adams, William H. Crawford, John C. Calhoun, Henry Clay et Andrew Jackson. Monroe maintint une stricte neutralité dans cette compétition, refusant d'utiliser l'influence de l'exécutif pour favoriser un candidat. Ses ministres, y compris ceux en lice, respectèrent cette ligne de conduite.
  • Le biographe de William Wirt, John P. Kennedy, note que cette retenue était considérée à l'époque comme une décence politique essentielle. Toute tentative d'un membre du gouvernement d'influencer le vote populaire était perçue comme un "grand délit politique" méritant réprobation. Kennedy constate que ces opinions, issues d'une époque antérieure, étaient devenues "obsolètes" de son temps, soulignant ainsi un changement dans les mœurs politiques américaines.
  • L'héritage de la présidence de Monroe est donc double. D'un côté, son administration fut marquée par des acquis territoriaux majeurs (la Floride), l'affirmation d'une doctrine de politique étrangère durable, et une période de relative unité nationale et de prospérité souvent appelée "l'Ère des Bons Sentiments". De l'autre, elle vit l'émergence des terribles divisions sectionnelles sur l'esclavage, cristallisées par le Compromis du Missouri, et la montée des rivalités personnelles qui allaient définir la politique de la génération suivante, annonçant la fin du système de parti unique et le retour d'une compétition politique plus âpre.

Chapitre 7: Chapitre VII

La Doctrine Monroe : Genèse et Développement d'un Principe Fondateur

Introduction et Texte Fondateur de la Doctrine Monroe

que les continents américains, par la condition libre et indépendante qu'ils ont assumée et maintiennent, ne doivent désormais plus être considérés comme des sujets pour une future colonisation par aucune puissance européenne.
  • Le chapitre s'ouvre sur l'importance capitale de la Doctrine Monroe, présentée comme l'événement le plus indissociable de la présidence de James Monroe. L'auteur souligne que cette déclaration, énoncée dans le message annuel du 2 décembre 1823, est considérée comme un principe fondamental du droit public américain, faisant autorité tant sur la scène nationale qu'internationale. Il note cependant que Monroe lui-même n'était pas un styliste renommé et que peu de documents éclairent le processus de réflexion qui a conduit à cette formulation concise et puissante, suggérant qu'elle exprimait avant tout l'opinion générale de ses concitoyens.
  • Le texte original de la doctrine est présenté en deux passages distincts. Le premier, issu de négociations avec la Russie impériale, établit le principe de non-colonisation, stipulant que les continents américains, désormais libres et indépendants, ne sont plus ouverts à de nouvelles implantations coloniales européennes. Le second passage, plus long, traite spécifiquement des révolutions en Espagne et au Portugal et déclare que toute tentative des puissances européennes pour étendre leur système politique à l'hémisphère occidental serait considérée comme dangereuse pour la paix et la sécurité des États-Unis, tout en réaffirmant la politique de non-intervention dans les affaires européennes.

Contexte et Réception Initiale

Il me paraît probable que Monroe avait bien peu conscience de l'effet durable que produiraient ses paroles.
  • L'auteur avance que Monroe lui-même ne mesurait probablement pas la portée historique et la longévité de sa déclaration. Il souligne que le président parlait sous le coup d'une provocation, après consultation de son cabinet, et qu'il exprimait une conviction partagée. L'essentiel de l'autorité de la doctrine ne provenait pas d'un décret personnel, mais du fait qu'elle cristallisait une tradition et une opinion publique américaines préexistantes, lui conférant ainsi la légitimité du droit public. Une proclamation purement personnelle aurait, selon l'auteur, été rejetée aussi vigoureusement à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays.
  • La doctrine fut rapidement mise à l'épreuve au Congrès, moins de trois ans après son énonciation, lors des débats sur l'envoi de délégués au Congrès de Panama (1826). Certains congressmen, comme McLane et Hives, s'opposaient à tout engagement qui lierait les États-Unis à résister par la force aux interférences européennes en Amérique du Sud. En réponse, Daniel Webster prononça un discours vigoureux en défense de la doctrine, la qualifiant de "page brillante de notre histoire" et d'élément du trésor de réputation nationale qu'il fallait garder, démontrant ainsi son ancrage précoce dans le débat politique.

Les Racines Idéologiques : Précurseurs et Développement Progressif

Un examen attentif des écrits des premiers hommes d'État de la république illustrera la croissance de la Doctrine Monroe en tant qu'idée d'abord vaguement entretenue, mais régulièrement développée par le cours des événements publics.
  • L'auteur entreprend de démontrer que la Doctrine Monroe n'est pas une création ex nihilo de 1823, mais l'aboutissement d'une évolution idéologique remontant aux Pères fondateurs. L'idée d'indépendance continentale, distincte et séparée de l'Europe, était présente dès les débuts de la nation, comme en témoigne l'usage fréquent du terme "continental". Les premiers dirigeants reconnaissaient clairement la valeur de se tenir à l'écart des politiques européennes.
  • Pour étayer cette thèse, l'auteur compile une série de seize citations chronologiques (numérotées de 1 à 16) provenant de figures clés. Cette anthologie montre la continuité de la pensée. Elle inclut des observations du gouverneur Thomas Pownall (1780) sur la nécessité pour l'Amérique d'éviter les complications politiques européennes, des lettres de Jefferson (1801, 1808) plaidant pour un système américain séparé, et des déclarations de Washington et Adams soulignant l'importance de l'indépendance et de la non-ingérence.

La Genèse Immédiate : Consultations et Débats (1818-1823)

La question que vous m'avez présentée... est la plus importante qui ait jamais été offerte à ma contemplation depuis celle de l'indépendance.
  • Cette section se concentre sur les événements et consultations qui ont directement précédé le message de décembre 1823. Dès 1818, Monroe soulevait en cabinet la question de l'interposition européenne en Amérique du Sud, affirmant que les États-Unis ne devraient participer à aucune médiation qui ne viserait pas l'indépendance complète des colonies. La même année, l'ambassadeur Richard Rush informait le ministre britannique Castlereagh de cette position ferme.
  • Le point culminant fut la proposition du ministre britannique George Canning à Rush en septembre 1823, suggérant une action commune anglo-américaine pour empêcher l'intervention européenne. Monroe consulta alors ses conseillers, dont l'ancien président Jefferson. La réponse de Jefferson, datée du 24 octobre 1823, est citée intégralement : il la qualifie de question la plus importante depuis l'Indépendance et énonce deux maximes fondamentales : ne jamais s'embarrasser des querelles de l'Europe, et ne jamais permettre à l'Europe de s'immiscer dans les affaires du côté atlantique des Amériques, plaidant pour un système hémisphérique distinct.

La Question de la Paternité : Monroe, Adams et le Rôle du Secrétaire d'État

si cette fameuse proclamation 'était prouvée être la progéniture d'Adams, une grande partie de l'aura qui l'entoure pourrait s'estomper'
  • L'auteur aborde un débat historiographique concernant la paternité intellectuelle de la doctrine. Il cite un écrivain anglais (Reddaway) pour qui déterminer l'auteur principal a une importance pratique, car l'interprétation d'une phrase peut varier selon qu'elle émane d'un esprit jugé plus ou moins rigoureux. Ce dernier émet l'hypothèse que la "vénération populaire" pour la doctrine tient à son attribution au "patriarche" Monroe, mais que sa substance et sa phraséologie viendraient en réalité de son secrétaire d'État, John Quincy Adams.
  • L'auteur du chapitre reconnaît le rôle actif d'Adams, en citant notamment une entrée de son journal de juillet 1823 où, lors d'une conversation avec le ministre russe, il affirme que les continents américains ne sont plus sujets à de nouvelles implantations coloniales européennes – un "premier indice" de la future doctrine. Il mentionne également le témoignage du congressman William Plumer, qui attribue à Adams la rédaction des passages clés et rapporte comment ce dernier a insisté pour leur maintien face aux hésitations de Monroe à la veille de la lecture du message.

L'Autorité de la Doctrine : Au-delà de la Paternité

Monroe parlait depuis la chaise du Chef de l'Exécutif ; et c'est à lui que les hommes d'État et les historiens ont continuellement attribué la doctrine.
  • En réponse au débat sur la paternité, l'auteur avance une distinction cruciale entre la conception intellectuelle et l'autorité politique. Même si les recherches devaient confirmer le rôle prépondérant de John Quincy Adams dans la formulation, le fait historique et juridique demeure que la doctrine fut annoncée par le Président en exercice, James Monroe. C'est sa sanction officielle, en tant que chef de l'exécutif, qui a élevé ces principes du statut d'opinion personnelle à celui de déclaration de politique étrangère engageant la nation.
  • L'autorité durable de la Doctrine Monroe ne découle donc pas principalement des caractéristiques personnelles de Monroe ou du génie rédactionnel d'Adams, mais de son énonciation à un moment critique depuis la plus haute fonction de l'État, et surtout de son acceptation prononcée par le peuple américain. L'auteur conclut que la doctrine exprimait avec précision les sentiments profonds de la nation, ce qui lui a permis de survivre et d'évoluer comme un principe directeur de la politique étrangère des États-Unis bien au-delà du contexte immédiat de 1823, jusqu'à la guerre hispano-américaine de 1898 et au-delà.

Chapitre 8: Chapitre VIII

Synthèse des Messages Présidentiels de James Monroe

Introduction et Premier Discours Inaugural

Protection of its liberty and prosperity against dangers from within could be secured only by maintaining the excellence of the national character.
  • Le chapitre VIII présente une synthèse exhaustive des discours et messages du président James Monroe, préparée par le professeur J. F. Jameson. Il est noté que ses adresses inaugurales et messages annuels sont plus longs que ceux de ses prédécesseurs, avec quinze messages spéciaux généralement brefs, à l'exception notable de celui du 4 mai 1822 sur les améliorations internes. Dans son premier discours inaugural du 5 mars 1817, Monroe célèbre la condition prospère du pays, attribuée à l'excellence de ses institutions politiques et aux bienfaits de la nature. Il lie la protection de la liberté et de la prospérité à la préservation du caractère national. Pour la sécurité extérieure, il insiste sur l'efficacité des défenses côtières, de l'armée, de la marine et surtout de la milice.
  • Monroe évoque les avantages du développement des ressources nationales et du rapprochement des différentes parties de l'Union par la construction de routes et de canaux, dans la mesure autorisée par la Constitution. Il souligne la nécessité de renforcer le système industriel, de rembourser la dette nationale rapidement et de profiter de la paix pour réaliser ces améliorations. Il promet que sa nouvelle administration œuvrera pour l'efficacité des services publics, le maintien de la paix avec les autres nations et la promotion de l'harmonie au sein de l'Union, jetant ainsi les bases d'une présidence axée sur la consolidation nationale et la défense des principes républicains.

Politique Étrangère et Expansion Territoriale (1817-1821)

As Spain could not govern the region, and would not transfer it, the only course open to our government... was to suppress the establishment at Amelia Island.
  • Les premiers messages annuels de Monroe (1817-1821) sont largement consacrés aux relations étrangères et à l'expansion territoriale. Dans son message du 2 décembre 1817, il aborde les relations diplomatiques avec l'Angleterre, l'Espagne et ses colonies révoltées en Amérique du Sud. Il rapporte l'échec des propositions américaines pour l'ouverture des ports des Antilles britanniques et laisse la réponse au Congrès. Concernant la Floride, il décrit l'impuissance des autorités espagnoles et les dangers posés par les aventuriers et les Amérindiens, justifiant ainsi l'intervention américaine pour supprimer les établissements à Amelia Island et Galveston, tout en affirmant le respect dû à l'Espagne.
  • L'acquisition de la Floride constitue un thème central. Le traité de cession, conclu en 1819, est retardé par la cour espagnole qui invoque des tentatives américaines contre le Texas et une déclaration annexe de l'ambassadeur américain. Dans son message du 7 décembre 1819, Monroe rejette ces accusations avec véhémence, expliquant que la déclaration visait simplement à clarifier un article sur les concessions de terres. Il affirme que la conduite de l'Espagne est injustifiable et que les États-Unis auraient le droit d'appliquer le traité unilatéralement, mais préconise la patience en attendant un envoyé de Madrid, illustrant un mélange de fermeté et de diplomatie.

Défense Nationale, Finances et Développement Interne

He dwells with satisfaction upon the progress of the system of defenses, and upon the admission of a new State, Illinois, believing that the rise of new States within our borders will produce the greatest benefits.
  • Monroe accorde une importance constante à la défense nationale et à la santé financière du pays. Il fait régulièrement état des progrès du système de fortifications côtières et frontalières, qu'il considère comme un investissement essentiel pour prévenir des pertes bien supérieures à leur coût. Il se félicite également de l'état excellent des finances nationales, de la réduction rapide de la dette publique et de la possibilité de supprimer les taxes internes. L'admission de nouveaux États comme l'Illinois est vue comme une source de bénéfices matériels et politiques, renforçant l'Union.
  • La question des Amérindiens est abordée à plusieurs reprises avec un mélange de paternalisme et de pragmatisme. Monroe recommande des dispositions pour "civiliser" les tribus de la frontière ouest, les encourager à l'agriculture et prévenir leur extinction. Il propose de leur accorder des terres en propriété individuelle plutôt que de les traiter comme des nations indépendantes. Cette approche reflète la conviction que l'assimilation et le déplacement vers l'ouest (il évoque même les Rocheuses) sont la seule voie pour leur survie et l'expansion pacifique des colons américains.

La Doctrine Monroe et les Affaires Internationales (1822-1823)

that the American continents, by the free and independent condition which they have assumed and maintain, are henceforth not to be considered as subjects for future colonization by any European powers.
  • Les messages de fin de mandat voient l'émergence des principes qui formeront la Doctrine Monroe. Dans son sixième message annuel (3 décembre 1822), il exprime l'espoir que l'Espagne abandonne la lutte contre ses colonies et montre une forte sympathie pour la cause de la Grèce. Il exhorte la nation à rester vigilante et prête à défendre ses libertés face aux complications européennes. Son message le plus célèbre est le septième, du 2 décembre 1823, où il explique que les négociations sur la frontière nord-ouest ont fourni l'occasion d'énoncer un principe fondamental : l'interdiction de toute nouvelle colonisation européenne dans les Amériques.
  • Ce même message contient le passage célèbre sur la non-ingérence, déjà reproduit dans le livre dont est extrait ce chapitre. Monroe y déclare que le système politique des puissances européennes est différent de celui des Amériques, et que les États-Unis considéreraient toute tentative d'étendre ce système à l'hémisphère occidental comme dangereuse pour leur paix et leur sécurité. Il exprime aussi un vif soutien à l'abolition de la traite des esclaves (qu'il propose de déclarer piraterie) et à l'abolition de la course, tout en souhaitant ardemment l'indépendance de la Grèce, montrant ainsi l'élargissement des préoccupations diplomatiques américaines.

Le Veto sur la Cumberland Road et la Question Constitutionnelle des Améliorations Internes

Disregarding early impressions, I have bestowed on the subject all the deliberation... and the result is a settled conviction in my mind that Congress does not possess the right.
  • La question des améliorations internes (routes et canaux) est un enjeu constitutionnel majeur. Dès son premier message annuel, Monroe exprime des doutes. Le 4 mai 1822, il oppose son veto au Cumberland Road Bill dans un message spécial d'une longueur exceptionnelle, exposant une analyse constitutionnelle détaillée. Il affirme que le pouvoir de construire un tel système n'est ni spécifiquement ni incidemment accordé au Congrès par la Constitution. Un tel pouvoir impliquerait la capacité d'exproprier des terres, d'établir une juridiction et de percevoir des péages, ce qui empiéterait sur la souveraineté des États.
  • Son argumentation se divise en quatre parties. Il retrace d'abord l'origine des gouvernements étatiques et fédéral, soulignant que la souveraineté est passée de la Couronne directement au peuple de chaque colonie, créant ainsi deux gouvernements distincts. Il examine ensuite les sources potentielles du pouvoir contesté (établir des postes, déclarer la guerre, réguler le commerce, etc.) et les rejette une à une. Il conclut que le gouvernement fédéral a le droit d'affecter des fonds à des travaux d'intérêt national, mais pas d'exercer une juridiction ou un contrôle sur eux. Il recommande donc un amendement constitutionnel pour accorder ce pouvoir, en le limitant aux grands travaux nationaux pour éviter les abus.

Commerce International et Relations Commerciales

It was thought... that the proposal was liberal, and that any power acceding to it would also throw open the trade of its colonies to foreign vessels on a similar basis. But England... has declined it for the West Indies, and France has declined it altogether.
  • La politique commerciale est un sujet récurrent. Monroe détaille les effets de l'acte du 3 mars 1815, qui établissait un système de réciprocité : les produits d'une nation importés sur ses propres navires ne paieraient pas de droits supplémentaires, à condition que cette nation accorde le même privilège aux États-Unis. Il rapporte que l'Angleterre a accepté pour l'Europe mais refusé pour les Antilles, et que la France a tout refusé, entraînant l'arrêt du commerce direct avec ces zones sous pavillon américain. Il regrette l'interprétation restrictive de la France sur la clause de la nation la plus favorisée.
  • Les messages font également état de progrès dans les négociations commerciales. Il annonce la conclusion d'une convention satisfaisante avec la France, l'ouverture du commerce avec les colonies britanniques et l'extension du système de réciprocité par des traités avec d'autres puissances. Ces discussions montrent les efforts des États-Unis pour établir des relations commerciales équitables et surmonter les restrictions coloniales, reflétant la croissance de leurs intérêts économiques sur la scène internationale.

Dernières Années et Thèmes Finaux (1824-1825)

He again reminds the nation of the many blessings it enjoys, and exhorts it to preserve them from dangers without and dissensions within.
  • Dans son dernier message annuel (7 décembre 1824), Monroe aborde une série de sujets variés. Il mentionne une convention avec la Grande-Bretagne pour déclarer la traite des esclaves piraterie, et des efforts pour établir des droits des neutres plus justes en temps de guerre. Il recommande d'augmenter le corps des ingénieurs pour les projets d'infrastructure, et évoque avec chaleur la visite du général Lafayette, suggérant que le Congrès lui accorde une provision. Il exprime des sentiments amicaux envers les nouveaux États d'Amérique du Sud et recommande une réorganisation de la Cour Suprême.
  • La question amérindienne reste préoccupante. Il préconise un arrangement "sage et humain", peut-être un déplacement vers le territoire des Rocheuses, pour favoriser leur sédentarisation et leur civilisation, qu'il présente comme un devoir solennel. Il suggère aussi l'établissement d'un poste militaire sur la côte Pacifique. Le message se conclut par une exhortation à préserver les bénédictions de la nation et par des remerciements pour la confiance du public. Les derniers messages spéciaux de 1825 traitent de questions administratives comme ses comptes personnels, des réclamations de la milice du Massachusetts et des rapports sur les améliorations internes.

Bilan et Vision d'une Union Parfaite

that our system will soon attain the highest degree of perfection of which human institutions are capable.
  • Tout au long de ses messages, Monroe développe une vision optimiste et téléologique de la destinée américaine. Il compare fréquemment l'excellence et le succès du gouvernement américain avec les défauts des républiques antiques, exprimant la conviction que le système américain atteindra bientôt le plus haut degré de perfection institutionnelle possible. Cette prospérité est attribuée à la bonté divine et à l'excellence des institutions politiques, formant un "instrument puissant" entre les mains du Créateur.
  • Son bilan final, dans le dernier message, est celui d'une Union renforcée et prospère. Il met en contraste l'état du pays à la fin de la Révolution avec son état en 1824, soulignant l'expansion territoriale, la croissance démographique, l'admission de nouveaux États et le renforcement du système au point où la consolidation excessive et la désunion sont devenues toutes deux impraticables. Ce thème récurrent de l'harmonie et de la force croissante de l'Union sous-tend toute sa présidence et constitue le legs principal qu'il cherche à communiquer à travers ses messages.

Chapitre 9: Chapitre IX

Aspect personnel et relations domestiques de James Monroe

Le mariage et la famille de Monroe

« Vous serez surpris d'apprendre que j'ai formé la connexion la plus intéressante de la vie humaine avec une jeune dame de cette ville... Nous nous sommes mariés il y a environ trois mois. »
  • James Monroe épouse Eliza Kortwright en 1786, alors qu'il est membre du Congrès à New York. Fille de Lawrence Kortwright, une famille de haut rang social, elle est décrite comme une grande beauté. Avant de se fiancer, Monroe consulte son ami et parent de longue date, le juge Jones, qui lui offre des conseils prudents sur les vertus à rechercher chez une épouse : sensibilité, bonté de cœur, bon sens et économie domestique. Cependant, la lettre de Monroe à James Madison annonçant son mariage révèle un homme passionné, dont la décision est guidée par l'attachement plutôt que par une froide analyse. Ce mariage heureux devient le fondement de sa vie familiale et sociale pendant des décennies.
  • Le couple s'installe d'abord à Fredericksburg, en Virginie, où Monroe pratique le droit. Dans une lettre à Thomas Jefferson datée du 19 août 1786, Monroe exprime son désir profond de s'installer près de Monticello pour profiter de la société de Jefferson et de leurs amis communs, indiquant que la vie sociale et familiale constitue son « objet principal » de bonheur. Ce projet illustre l'importance qu'il accorde aux liens d'amitié et à la communauté, valeurs qui resteront centrales tout au long de sa vie, même au plus fort de ses responsabilités politiques.

Les enfants et les liens familiaux internationaux

« L'enfant de la fille de Monroe fut nommé Hortense ou Hortensia, d'après la reine Hortense, qui conserva un vif intérêt pour sa homonyme tout au long de sa vie. »
  • James et Eliza Monroe eurent deux filles : Eliza, qui épousa le juge George Hay de Virginie, et Maria, qui épousa Samuel L. Gouverneur de New York. L'éducation et les alliances des filles de Monroe reflètent son statut et ses connexions internationales. L'aînée, Eliza, fut éduquée à Paris dans la pension célèbre de Madame Campan, où elle se lia d'amitié avec Hortense de Beauharnais, future reine de Hollande et belle-fille de Napoléon. Cette amitié transatlantique fut durable et significative.
  • Cette connexion franco-américaine laissa des traces matérielles. La reine Hortense envoya des portraits à l'huile d'elle-même, de son frère Eugène de Beauharnais et de Madame Campan à Hortensia Hay, la petite-fille de Monroe nommée en son honneur. Ces objets, conservés par une famille de Baltimore, sont décrits comme des « souvenirs intéressants » de cette intimité. L'auteur suggère même que la reine Hortense se souvint de sa homonyme américaine dans son testament, soulignant la profondeur et la longévité de ce lien personnel né d'une amitié d'enfance.

Principes moraux et conseils familiaux

« Le principal danger auquel un jeune homme commençant avec des ressources limitées est exposé... est l'abus de la confiance pécuniaire. Laissez-moi donc vous avertir de ne jamais utiliser l'argent de votre client. »
  • En juin 1794, à la veille de son départ pour une mission en Europe, Monroe adresse une lettre de conseils moraux rigoureux à un neveu. Cette lettre, considérée par l'auteur comme révélatrice des principes moraux de Monroe, insiste sur la vertu, l'industrie, la prudence et l'attention aux apparences. Il souligne que la réputation et le bonheur dépendent non seulement de la possession de ces vertus, mais aussi de la capacité à en convaincre le public.
  • Monroe met en garde spécifiquement contre deux écueils : le détournement de fonds de clients et le jeu. Il décrit l'utilisation de l'argent d'un client comme une tentation quotidienne qui érode « cette chasteté et cette délicatesse de raffinement qui forment la barrière la plus forte pour la protection de la vertu ». Concernant le jeu, il affirme qu'une telle passion « contrôlera, comme elle l'a toujours fait, toute autre » et mettrait en danger les fonds des clients. Ces conseils révèlent un homme profondément soucieux de l'intégrité, de la maîtrise de soi et de la construction d'une réputation inattaquable.

Portraits physiques et de caractère (1799-1825)

« Il est d'une taille moyenne, plutôt solidement bâti... Son visage, lorsqu'il est grave, a plutôt l'expression de la sévérité et de l'irascibilité ; un sourire, cependant... lui donne un air de suavité et de bienveillance des plus impressionnants et engageants. »
  • Le portrait le plus ancien cité est celui de William Wirt, publié en 1803, dépeignant Monroe alors gouverneur. Wirt le décrit comme physiquement robuste et capable d'endurer la fatigue. Son apparence est simple, son attention envers les autres polie mais parfois marquée par une « simplicité inartificielle et même maladroite » qui, paradoxalement, convainc de la sincérité de son âme. Ce contraste entre une apparence parfois austère et une nature fondamentalement bienveillante est un thème récurrent.
  • Un témoignage ultérieur, une lettre de 1825 de Mme Tuley, décrit Monroe lors de sa dernière réception du Nouvel An à la Maison Blanche. Elle le trouve « grand et bien fait », vêtu de façon simple et ancienne (culottes, bas de soie). Son maintien est « calme et digne ». Elle rapporte l'éloge célèbre de Jefferson : « Monroe était si honnête que si vous retourniez son âme à l'envers, il n'y aurait pas une tache dessus. » Ce récit capture l'image publique de Monroe en fin de mandat : un homme d'État vénérable, dont l'honnêteté est proverbiale.

Projets littéraires et intellectuels (1830)

« Je suis engagé dans un travail qui sera intitulé "Une vue biographique et historique des grands événements auxquels M. Monroe fut partie et dont il fut spectateur"... »
  • Dans une lettre de 1830 à son gendre Samuel L. Gouverneur, Monroe décrit ses projets d'écriture durant sa retraite. Le premier est une autobiographie historique couvrant sa carrière, depuis l'armée jusqu'à sa première mission en France, représentant déjà environ 120 pages. Il envisage de la publier par parties. Le second est une œuvre comparative entre le gouvernement américain, les républiques antiques (Athènes, Sparte, Carthage, Rome) et l'Angleterre, pour laquelle il a déjà rédigé une introduction sur la société et le gouvernement.
  • Monroe mentionne également son intention de publier un jour sa volumineuse correspondance officielle en tant que Secrétaire à la Guerre (394 pages in-folio). Il précise que son approche sera factuelle et impartiale, « ne manifestant aucune hostilité envers personne ». Ces projets révèlent un homme d'État soucieux de sa postérité et de la transmission historique, cherchant à analyser et à justifier les principes qui ont guidé sa vie publique à travers une étude comparative et un récit personnel.

Souvenirs personnels par le juge D.R. Watson

« Il n'y avait pas la moindre parcelle de vanité chez M. Monroe, et pourtant il semblait toujours fortement sentir qu'il avait rendu de grands services publics. »
  • Le juge Watson, qui vécut avec Monroe sur ses vieux jours, fournit des souvenirs détaillés. Il décrit Monroe comme un homme grand, large d'épaules, au visage marqué par l'âge et le souci. Il souligne son manque de grâce naturelle et une certaine timidité, contrebalancés par une dignité calme et une politesse extrême envers tous, y compris les esclaves. Watson définit la politesse selon Monroe comme « un sentiment juste contrôlé par le bon sens ». Il rapporte aussi l'endurance physique légendaire de Monroe, qui, pendant la guerre de 1812, aurait porté trois portefeuilles ministériels et serait resté dix jours sans se déshabiller.
  • Watson insiste sur le caractère contrôlé de Monroe, notant qu'il avait des passions fortes mais les maîtrisait parfaitement. En famille, il était « doux comme une femme ou un enfant » et totalement désintéressé. Cependant, Watson estime que Monroe manquait de culture générale, de facilité de conversation et d'imagination. C'était avant tout « un homme d'action », motivé par l'amour du pays et le devoir, et non par la recherche de la gloire personnelle. Sa modestie était telle qu'il n'avait jamais envisagé d'écrire ses mémoires avant que son gendre, le juge Hay, ne le lui suggère.

Sensibilité politique et intégrité officielle

« Une particularité frappante chez M. Monroe était sa sensibilité, sa timidité en référence au sentiment public... il pensait qu'il lui incombait de n'avoir rien à faire avec la politique des partis. »
  • Watson révèle la grande prudence de Monroe concernant l'opinion publique, surtout après sa présidence. Il évitait soigneusement de s'exprimer sur les hommes et les mesures politiques contemporaines, par crainte d'utiliser indûment son influence et de manquer à la dignité d'un ancien président. Il partageait ses opinions confidentielles (sur Jackson, Calhoun, Webster, Clay) uniquement sous le sceau du secret. Une rare critique publique citée est son évaluation de John Randolph de Roanoke : « une main capitale pour démolir, mais je ne suis pas au courant qu'il ait jamais fait preuve de beaucoup d'habileté en tant que bâtisseur. »
  • Cette intégrité scrupuleuse se manifestait aussi dans ses nominations. Selon Watson, Monroe ne nomma aucun parent proche à un poste fédéral durant sa présidence, évitant même toute apparence de népotisme. Ses gendres, George Hay (un juriste éminent) et Samuel L. Gouverneur, ne reçurent des postes (juge fédéral et maître de poste de New York) que sous l'administration suivante de John Quincy Adams. Monroe expliqua qu'il ne voulait pas s'exposer même au soupçon d'être influencé par d'autres considérations que le bien public.

Amitié avec Madison et dernières années

« Je regrette profondément qu'il n'y ait aucune perspective que nous nous revoyions jamais... une séparation finale est parmi les incidents les plus pénibles qui puissent survenir. »
  • La relation entre Monroe et James Madison est décrite comme particulièrement touchante et belle. Watson observe que ce n'est qu'en compagnie de Madison que Monroe pouvait abandonner sa gravité habituelle pour des plaisanteries et des rires. Malgré une rivalité électorale passée, aucune animosité ne subsista. Monroe admirait Washington et Jefferson, mais il « aimait Madison de tout son cœur ». Leurs lettres de 1831, empreintes de tristesse et d'affection, témoignent de cette amitié vieille de plusieurs décennies.
  • Les dernières années de Monroe sont marquées par la maladie, des soucis financiers (liés à des remboursements insuffisants de ses missions diplomatiques) et le chagrin. Sa femme Eliza meurt en 1830 ; son chagrin est profond et il prévoit un caveau pour eux deux. Affaibli par une toux persistante, il décide de vendre sa propriété d'Oak Hill en Virginie et de s'installer à New York près de sa fille Maria Gouverneur. Dans une lettre poignante à Madison, il exprime sa détresse face à cette vente et à la perspective de ne plus revoir son vieil ami. Il meurt le 4 juillet 1831 à New York, peut-être dans l'intention d'y rencontrer aussi son ami William Wirt.

Chapitre 10: Chapitre X (partie 1)

Rétrospective et héritage de James Monroe

La retraite et les préoccupations financières

Monroe, throughout his later days, was somewhat embarrassed in his pecuniary circumstances, and spent a great deal of time in endeavoring to secure from Congress a just reimbursement for the heavy expenses in which he had been involved during his prolonged services abroad.
  • Après sa présidence, James Monroe se retire à Oak Hill, en Virginie, et chez sa fille à New York. Il accepte des fonctions honorifiques, comme celle de régent de l'Université de Virginie aux côtés de Jefferson et Madison, mais refuse de s'engager activement en politique, estimant qu'un ancien président doit rester en retrait. Sa retraite est cependant assombrie par de graves difficultés financières. Il consacre beaucoup de temps et d'énergie à tenter d'obtenir du Congrès le remboursement des dépenses personnelles considérables engagées durant ses longs services diplomatiques en Europe. Cette situation est décrite comme "pitoyable" pour un serviteur aussi patriote, dont l'intégrité n'a jamais été mise en doute. Malgré une offre d'aide délicate de Lafayette, ce n'est qu'après sa mort que ses héritiers reçoivent une modeste compensation pour ses papiers.
  • La correspondance de Monroe durant cette période, notamment une lettre au juge John McLean datée du 5 décembre 1827, révèle un homme préoccupé par sa réputation et sa justification historique. Il y discute de la possibilité de republier ses mémoires et documents pour défendre sa conduite lors de ses missions en France, où il fut rappelé et censuré par l'administration Washington. Il insiste sur la véracité de ses comptes-rendus et son attachement à Washington, malgré leur différend. Cette lettre illustre comment ses préoccupations financières l'ont conduit à une profonde rétrospection sur sa carrière et à un désir de laisser un héritage documenté et défendu.

La controverse avec Andrew Jackson

In these last years his quiet was disturbed by a controversy, already mentioned, as to the action of his cabinet in respect to the proceedings of General Jackson.
  • Les dernières années de Monroe sont troublées par une controverse publique avec le général Andrew Jackson, concernant les actions de son cabinet pendant la guerre de 1812, notamment la défense de La Nouvelle-Orléans. Cette querelle, qui commence vers 1827, est attisée par des articles de presse du Tennessee critiquant l'administration Monroe. Son gendre, M. Gouverneur, exprime son étonnement et son regret que Jackson, un ancien ami et protégé de Monroe, puisse autoriser de telles attaques. Monroe envisage alors de compiler des preuves pour défendre sa position, adoptant une posture défensive.
  • Dans sa correspondance, Monroe cherche à clarifier son rôle et son soutien envers Jackson. Il affirme avoir toujours rendu justice à la "galanterie et [la] conduite très méritoire du Général Jackson" à La Nouvelle-Orléans. Cependant, il souhaite que des proches comme le juge McLean examinent des documents originaux pour juger si Monroe a agi avec équité et amitié envers Jackson, ou s'il a assumé des responsabilités pour lui. Cette controverse révèle les tensions politiques persistantes de l'ère post-1812 et la sensibilité de Monroe quant à son héritage et à l'équité de ses décisions en tant que commandant en chef et secrétaire à la Guerre.

L'inquiétude pour l'Union et les principes républicains

“ Nothing can be more distressing to me than the approach or possibility of a crisis, which may, in its consequences, endanger our Union.”
  • Une lettre de Monroe à John C. Calhoun, datée du 16 février 1830, exprime avec force son anxiété profonde face aux tensions sectionnelles qui menacent l'Union. Il craint qu'une crise financière ou politique ne mène à une désunion, qu'il considère comme le plus grand malheur possible pour toutes les sections du pays. Monroe prédit qu'un démembrement entraînerait des guerres entre les nouveaux États et la ruine du système républicain, avec des conséquences particulièrement désastreuses pour le Sud en raison de sa population esclavagiste.
  • Monroe fonde son espoir sur le "patriotisme, l'intelligence et la vertu du peuple" et de ses représentants. Il appelle à la modération, à la pondération et à la volonté de faire des concessions et même des sacrifices pour préserver l'Union et le système républicain. Cette lettre montre un Monroe âgé, profondément attaché à l'héritage de la Révolution et de la Constitution, anticipant avec anxiété les conflits à venir sur l'esclavage et les droits des États, même s'il ne les aborde pas frontalement dans ses écrits publics.

Les éloges des contemporains et l'estime posthume

Jefferson said of him, “He is a man whose soul might be turned wrong side outwards without discovering a blemish to the world.”
  • Les mémoires des contemporains de Monroe regorgent d'éloges éloquents sur son caractère et ses capacités. Thomas Jefferson livre le compliment célèbre cité ci-dessus, soulignant une intégrité perçue comme absolue. James Madison note que son intelligence était sous-estimée et sa jugement excellent, et qu'il fit de nombreux sacrifices pour le service public. John Quincy Adams, dans son éloge funèbre, loue "un esprit anxieux et infatigable dans la poursuite de la vérité et du droit, patient dans l'enquête, patient face à la contradiction".
  • D'autres figures majeures appuient ces éloges. John McLean souligne la pureté de ses nominations, exemptes de motifs personnels. Daniel Webster déclare en 1825 que son administration fut "hautement satisfaisante" et non partisane. John C. Calhoun se montre élogieux envers le président qu'il servit. L'évaluation la plus élaborée vient du sénateur Thomas Hart Benton, qui décrit Monroe comme dépourvu de qualités mentales éblouissantes, mais doté d'une discrétion, d'une intégrité, d'une fermeté, d'une diligence et d'une persévérance remarquables, le qualifiant d'"honnête et brave" selon la formule concise de Jefferson.

Une réévaluation de la carrière et du caractère de Monroe

On reviewing all that I have been able to read ... the conclusion is forced on me that Monroe is not adequately appreciated by his countrymen.
  • L'auteur du texte (probablement une biographie) argue que James Monroe est insuffisamment apprécié par ses compatriotes. Cette sous-estimation est attribuée au manque d'une collection publiée de ses nombreux écrits (mémoires, lettres, dépêches, messages), une lacune en cours de correction en 1898. Il a également souffert de la comparaison avec des figures plus brillantes comme Washington, Hamilton, Jefferson et Madison. L'auteur reconnaît qu'il n'était pas leur égal en génie politique ou en puissance intellectuelle, et qu'il fut dans sa jeunesse enthousiaste jusqu'à la témérité et un partisan parfois aveugle.
  • Cependant, en vieillissant, Monroe développa un jugement discipliné, une maîtrise de soi et un patriotisme qui surpassaient les considérations de parti. Ses opposants attaquaient rarement la pureté de ses motifs. Il fut un réformateur de la fonction publique avant l'heure, refusant le népotisme et les nominations indignes. Il devint pauvre au service public par négligence de ses affaires privées et à cause de dépenses officielles importantes. Homme sérieux, industrieux, tempérant et dévoué à sa famille, il conserva jusqu'à la fin le respect de ses pairs et de ses cadets.

L'idée centrale : l'Amérique pour les Américains

The one idea which he represents consistently from the beginning to the end of his career is this, that America is for Americans.
  • Le fil conducteur de la longue carrière de Monroe est identifié comme l'idée que "l'Amérique est aux Américains". Cette conviction se manifeste dès sa jeunesse dans la résistance à la souveraineté britannique, puis dans son insistance sur la libre navigation du Mississippi au Congrès continental. Elle culmine avec des réalisations majeures : la négociation de l'achat de la Louisiane, l'acquisition de la Floride, son rôle d'impulsion dans la guerre de 1812 pour défendre les droits des neutres, et enfin l'annonce de la "Doctrine Monroe" en 1823.
  • Bien qu'il ait été grandement redevable au soutien et aux conseils de Jefferson et Madison, Monroe possédait des qualités qui lui valurent l'approbation populaire. Formé par une expérience pratique variée (législateur, gouverneur, diplomate, ministre, président) plutôt que par des intrigues de parti, il fut un président préparé par "l'école des affaires". Malgré l'hostilité des Fédéralistes, sa réélection ne fut contestée que par une seule voix électorale. L'auteur conclut que lorsque ses écrits complets seraient publiés, il apparaîtrait comme un serviteur public "patriote, infatigable et désintéressé", toujours fidèle à l'idée d'indépendance américaine vis-à-vis de l'Europe.

Décès, inhumation et appendices documentaires

Monroe died in New York, July 4, 1831, and was buried there with appropriate honors.
  • James Monroe meurt à New York le 4 juillet 1831, date symbolique, et y est enterré avec les honneurs. Des années plus tard, répondant au désir des Virginiens, sa dépouille est transférée à Richmond, escortée par un régiment favori de New York, et ré-inhumée dans le cimetière public, cent ans exactement après sa naissance. Cette cérémonie marque la réintégration posthume du président dans le sol de son État natal.
  • Le document se termine par des appendices substantiels. L'Appendice I tracie sommairement la généalogie de Monroe et décrit sa résidence d'Oak Hill. L'Appendice II est d'une importance capitale : il présente pour la première fois les notes critiques que George Washington écrivit en marge de l'appendice du livre de Monroe "A View of the Conduct of the Executive" (1797). Ces notes, vives et parfois sarcastiques, révèlent le profond désaccord de Washington avec la défense que Monroe fait de sa mission en France, l'accusant d'avoir été "cajolé, flatté" par les Français et d'avoir négligé les droits américains. L'Appendice III est une bibliographie exhaustive préparée par J.F. Jameson, listant les écrits de Monroe et les publications le concernant, avec une section détaillée sur la Doctrine Monroe et ses applications ultérieures.

Chapitre 10: Chapitre X (partie 2)

La vie et la doctrine de James Monroe

Jeunesse, formation et débuts politiques

Monroe’s career shaped by Jefferson’s influence, 16 ; his life-long association with Jefferson, 16.
  • James Monroe naît en 1758 en Virginie dans une famille de planteurs. Il étudie au College of William and Mary, où il est initié aux idées révolutionnaires. En 1776, il s'engage dans l'Armée continentale et se distingue par sa bravoure à la bataille de Trenton, où il est blessé. Cette expérience militaire forge son patriotisme et son engagement envers la cause de l'indépendance américaine. Après la guerre, il entame des études de droit sous la tutelle de Thomas Jefferson, une relation qui influencera profondément sa carrière politique et ses idéaux. Jefferson devient son mentor et ami à vie, l'initiant aux principes républicains et à la diplomatie.
  • Ses débuts en politique se font au sein de la législature de Virginie et au Congrès de la Confédération (1783-1786). Il y défend ardemment les intérêts de l'Ouest, en particulier le droit à la libre navigation sur le Mississippi, une question cruciale pour l'expansion et le commerce. Monroe s'oppose aux tentatives, comme celle de John Jay, de renoncer à ce droit en échange d'avantages commerciaux avec l'Espagne. Il participe également à la délivrance par la Virginie de ses territoires du Nord-Ouest au gouvernement fédéral, un acte fondateur pour l'expansion nationale.
  • Monroe se montre sceptique face aux faiblesses des Articles de la Confédération et soutient des réformes pour renforcer le gouvernement central, notamment un projet d'impôt fédéral. Cependant, lors de la Convention constitutionnelle de 1787, il s'oppose à la ratification de la nouvelle Constitution, la jugeant trop centralisatrice et menaçant les droits des États. Il exprime ses craintes dans un pamphlet et, bien qu'il finisse par accepter une ratification conditionnelle, cette position initiale le marque comme un défenseur des principes anti-fédéralistes.

Mission diplomatique en France et l'achat de la Louisiane

Monroe’s policy praised by Thiers, 74.
  • En 1794, le président Washington nomme Monroe ministre en France, dans un contexte de tensions avec la République française naissante, exacerbées par le traité Jay avec l'Angleterre. Monroe reçoit pour instruction de rassurer la France sur l'amitié américaine. Son arrivée coïncide avec la chute de Robespierre. Il est reçu avec enthousiasme par la Convention nationale, à laquelle il présente un drapeau américain, un geste symbolique fort. Il prononce un discours passionné célébrant l'alliance franco-américaine et les idéaux républicains communs, ce qui lui vaut des critiques aux États-Unis de la part des Fédéralistes, qui l'accusent d'excès de zèle pro-français.
  • Sa mission est compliquée par la colère française après la révélation du traité Jay, que Monroe condamne lui-même comme "honteux". Il tente de négocier la libération de citoyens américains emprisonnés et vient en aide à des figures comme Thomas Paine et la famille de Lafayette. Malgré ses efforts pour apaiser les tensions, il est rappelé en 1796 et remplacé par Charles C. Pinckney. De retour, il publie un pamphlet virulent, "A View of the Conduct of the Executive", critiquant la politique étrangère de Washington, ce qui achève de le brouiller avec les Fédéralistes.
  • En 1803, le président Jefferson l'envoie en France comme envoyé spécial pour aider Robert R. Livingston à négocier l'achat de La Nouvelle-Orléans et de la Floride Occidentale. À son arrivée, il découvre que Napoléon, confronté à la reprise de la guerre avec l'Angleterre, est prêt à vendre l'ensemble de la Louisiane. Bien que Livingston ait initié les pourparlers, Monroe joue un rôle clé dans les négociations finales avec le ministre du Trésor Barbé Marbois. Le traité est signé le 30 avril 1803, doublant la taille des États-Unis pour la somme de 80 millions de francs (environ 15 millions de dollars). Monroe considère cet achat comme son plus grand succès diplomatique.

Secrétaire d'État et de la Guerre, et la présidence

His friendly relations with Jackson, 136, 137; his reasons for selection of cabinet officers, 137, 138.
  • Monroe sert comme secrétaire d'État (1811-1817) puis secrétaire à la Guerre (1814-1815) sous le président Madison. Pendant la guerre de 1812, il critique sévèrement l'inefficacité du secrétaire à la Guerre John Armstrong. Lors de la bataille de Bladensburg en 1814, qui précède l'incendie de Washington, il prend personnellement le commandement sur le terrain pour tenter d'organiser la défense, ordonnant même au général Winder de quitter le champ de bataille. Bien que la défaite soit cuisante, son courage et son activisme sont notés. Madison lui confie ensuite le département de la Guerre, où il œuvre à réorganiser et revitaliser l'effort militaire.
  • Élu président en 1816, puis réélu en 1820 presque à l'unanimité (un vote électoral contre), son administration est marquée par "l'Ère des bons sentiments", une période de relative unité nationale et de prospérité après la guerre. Il forme un cabinet de talents, incluant John Quincy Adams (État), John C. Calhoun (Guerre) et William H. Crawford (Trésor). Souhaitant transcender les partis, il entreprend une tournée triomphale dans le Nord en 1817 pour inspecter les défenses côtières, un geste de réconciliation avec les anciens bastions fédéralistes qui rencontre un immense succès populaire.
  • Sa présidence doit faire face à des crises majeures. La première est l'invasion de la Floride espagnole par le général Andrew Jackson en 1818, qui exécute deux sujets britanniques (Arbuthnot et Ambrister) et manque de provoquer une guerre avec l'Espagne et l'Angleterre. Monroe désavoue discrètement les méthodes de Jackson mais soutient finalement son action, qui conduit à la cession de la Floride par l'Espagne en 1819. La seconde est le débat houleux sur l'admission du Missouri en tant qu'État esclavagiste (1819-1821). Monroe, bien que propriétaire d'esclaves, craint que la question ne menace l'Union. Il approuve finalement le Compromis du Missouri, mais exprime en privé ses doutes sur le pouvoir du Congrès de réglementer l'esclavage dans les territoires.

La genèse et l'énonciation de la Doctrine Monroe

Monroe’s message of December, 1823, 160-164; does not realize importance of his action, 164 ; merely aims to express accepted tradition, 164.
  • La Doctrine Monroe est énoncée dans le septième message annuel du président au Congrès, le 2 décembre 1823. Le contexte est la crainte d'une intervention des puissances monarchiques européennes de la Sainte-Alliance (Autriche, Prusse, Russie) pour rétablir le contrôle de l'Espagne sur ses anciennes colonies d'Amérique latine, devenues indépendantes. La Grande-Bretagne, soucieuse de ses intérêts commerciaux, propose par l'intermédiaire de George Canning une déclaration conjointe pour s'y opposer.
  • Monroe consulte ses prédécesseurs Jefferson et Madison, qui l'encouragent à agir. Le secrétaire d'État John Quincy Adams joue un rôle crucial dans la rédaction, arguant avec force contre une alliance formelle avec la Grande-Bretagne et pour une déclaration unilatérale américaine. La doctrine repose sur deux principes corollaires : le "non-colonisation" (les continents américains ne sont plus ouverts à la colonisation future par les puissances européennes) et le "non-intervention" (les États-Unis s'abstiendront des affaires européennes et considéreront toute tentative d'extension du système politique européen dans l'hémisphère occidental comme dangereuse pour leur paix et leur sécurité).
  • La déclaration n'est pas initialement perçue comme une "doctrine" fondamentale. Monroe lui-même la considère comme la réaffirmation d'une politique traditionnelle. Elle reçoit un accueil mitigé au Congrès et à l'étranger. Cependant, avec le temps, elle devient le pilier de la politique étrangère des États-Unis en Amérique latine, interprétée et étendue par ses successeurs. Le document reflète la confiance nationale croissante après la guerre de 1812 et l'aspiration à un destin séparé et souverain pour le Nouveau Monde.

Vie privée, personnalité et héritage

Description of his person and character, by Wirt, 213, 214 ; his presidential levee described, 215, 216.
  • James Monroe épouse Elizabeth Kortright en 1786, une union heureuse dont naissent deux filles, Eliza et Maria. Sa vie familiale est marquée par l'affection et le souci du bien-être de ses proches. En public, il est décrit comme digne, réservé, vêtu à l'ancienne mode, avec des manières formelles mais cordiales. Son ami William Wirt le décrit comme ayant "un air de grande simplicité et modestie". En privé, il pouvait être passionné et têtu. Sa présidence est marquée par une certaine formalité, avec des réceptions (levees) ouvertes à tous, reflétant l'idéal républicain d'accessibilité.
  • Après sa présidence, Monroe connaît des difficultés financières importantes, ses terres ne produisant pas suffisamment de revenus. Il doit vendre ses propriétés et sollicite en vain le Congrès pour le remboursement de ses avances de fonds pendant sa carrière diplomatique. Il passe ses dernières années à Oak Hill, en Virginie, et à New York chez son gendre. Il reste actif intellectuellement, correspondant longuement avec Madison et Jefferson, et projetant d'écrire ses mémoires et une histoire de sa présidence, projets qu'il ne mènera pas à bien. Il devient recteur de l'Université de Virginie.
  • Monroe meurt le 4 juillet 1831, le troisième président fondateur à décéder le jour de l'Indépendance. Son héritage est complexe. Considéré comme moins brillant que Washington, Jefferson ou Madison, il fut néanmoins un serviteur public compétent, intègre et dévoué, dont la carrière épouse l'essor de la jeune nation. La Doctrine Monroe reste son apport le plus durable, définissant pour plus d'un siècle la relation des États-Unis avec l'Europe et l'Amérique latine. Les historiens le voient comme un homme de principes, un patriote dont la grande idée fut l'indépendance et la souveraineté absolue du continent américain.

Annexe bibliographique et sources historiques

Bibliography of writings by and concerning, 260-277.
  • L'annexe du document fournit une bibliographie exhaustive et thématique des sources primaires et secondaires concernant James Monroe et la Doctrine Monroe. Elle est organisée en sections thématiques reflétant les grands enjeux de la politique étrangère américaine du XIXe siècle. Pour Monroe lui-même, elle liste ses propres écrits, ses messages présidentiels, sa correspondance officielle et des biographies contemporaines et ultérieures. Cette section est cruciale pour les chercheurs, cartographiant les archives disponibles sur sa vie et son administration.
  • Une large partie de la bibliographie est consacrée à la Doctrine Monroe et à ses applications. Elle recense les débats parlementaires (Congressional Globe, Congressional Record), la correspondance diplomatique officielle (notamment avec la Grande-Bretagne), et une multitude d'articles de revues américaines et européennes (North American Review, Revue des Deux Mondes, Edinburgh Review, etc.) qui débattent de son interprétation et de sa légitimité. Des sections spécifiques couvrent des crises comme la question du canal interocéanique, l'intervention française au Mexique, la question de Cuba et le différend frontalier entre le Venezuela et la Guyane britannique.
  • Cette annexe démontre l'impact international et la pérennité du débat sur la Doctrine Monroe. Elle montre comment la politique américaine a été scrutée, critiquée et analysée par les chancelleries et les intellectuels du monde entier, en particulier en France et en Grande-Bretagne. La présence d'ouvrages en français, en espagnol et en allemand témoigne de la dimension globale de la question. Cette bibliographie sert de fondement à toute étude sérieuse sur la formation de la politique étrangère des États-Unis et sur l'évolution de l'impérialisme américain au XIXe siècle.

en-têtes

James Monroe : Vie, Carrière et Doctrine

Préface et Contexte de l'Édition Révisée

At the time of the original preparation of this memoir the Monroe manuscripts... had not been calendared or arranged, and it was difficult to examine them with thoroughness.
  • L'auteur, Daniel C. Gilman, président de l'Université Johns Hopkins, explique dans la préface de l'édition révisée (1898) que la première version de cette biographie a été écrite avant que les archives manuscrites de James Monroe ne soient pleinement organisées. Depuis, le Département d'État a publié un calendrier de la correspondance de Monroe, et le bibliothécaire S. M. Hamilton a entrepris la publication complète de ses écrits en plusieurs volumes. Gilman a pu réviser les premiers chapitres de cette édition grâce à des feuillets avancés du premier volume, mais il regrette de ne pas avoir eu accès à la collection complète avant l'impression. Cette préface souligne l'importance des sources primaires et la nature évolutive de la recherche historique, établissant le caractère sérieux et mis à jour de l'ouvrage.
  • Gilman exprime également sa dette envers le professeur John F. Jameson, de l'Université Brown (anciennement de Johns Hopkins), pour avoir préparé et révisé la bibliographie sur la Doctrine Monroe incluse dans le volume. Il souligne l'utilité particulière de cette bibliographie dans le contexte des débats politiques contemporains de 1898, indiquant ainsi la pertinence durable du sujet. La préface se termine par le souhait que quelqu'un, peut-être Henry Adams, entreprenne une étude approfondie des administrations de Monroe, similaire au travail d'Adams sur Jefferson et Madison, ce qui témoigne de la place de Monroe dans la continuité des pères fondateurs.

Structure de l'Ouvrage et Contenu

CONTENTS CHAP. PAGE Annals of Monroe’s Life . . . . xi I. Student and Soldier. 1 II. Legislator and Governor of Virginia . 17 III. Envoy in France.39 IV. Envoy in France, Spain, and England . 77 V. Secretary of State and of War . . 107 VI. President of the United States . . . 128 VII. The Monroe Doctrine .... 159 nu. Synopsis of Monroe’s Presidential Messages 180 IX. Personal Aspect and Domestic Relations 208 X. Retrospect. — Reputation .... 231
  • La table des matières dévoile la structure biographique et thématique complète du livre. L'ouvrage est organisé de manière chronologique, retraçant la vie de Monroe depuis sa jeunesse et son service militaire pendant la Révolution américaine jusqu'à sa retraite et sa mort. Cette approche linéaire permet de contextualiser chaque étape de sa carrière publique. Les chapitres dédiés à ses missions diplomatiques en Europe et à son rôle dans le cabinet de Madison précèdent naturellement l'analyse de sa présidence et de son héritage le plus célèbre, la Doctrine Monroe.
  • Au-delà de la simple chronologie, le livre inclut des sections analytiques spécifiques. Un chapitre entier est consacré à la Doctrine Monroe, indiquant son importance centrale dans l'évaluation historique de sa présidence. D'autres chapitres se concentrent sur des aspects synthétiques, comme un résumé de ses messages présidentiels et une analyse de sa personnalité et de sa vie familiale. La présence d'appendices, incluant une généalogie, des documents historiques et une bibliographie détaillée, montre que l'ouvrage se veut à la fois une biographie narrative et un outil de référence académique.

Jeunesse, Service Militaire et Débuts Politiques (1758-1790)

1776. In the Continental Army, — at Haerlem, etc. . . 18 1777. Aide to Lord Stirling ..19 1780. Student of law, under Jefferson.22
  • Les annales et le premier chapitre décrivent les fondements de la carrière de Monroe. Né en Virginie en 1758, il interrompt ses études au Collège de William et Mary en 1776 pour s'engager dans l'Armée continentale. Il combat à Harlem, est aide-de-camp du général Lord Stirling, et est blessé à la bataille de Trenton. Cette expérience militaire précoce forge son patriotisme et son engagement envers la cause révolutionnaire. Après la guerre, il étudie le droit sous la tutelle de Thomas Jefferson, une relation mentorale qui influencera profondément sa carrière politique et son idéologie jeffersonienne.
  • Ses débuts dans la fonction publique sont rapides et ancrés en Virginie. Il est élu à l'Assemblée de Virginie en 1782, puis siège au Conseil exécutif de l'État. De 1783 à 1786, il représente la Virginie au Congrès continental, où il s'engage sur des questions comme le développement de l'Ouest et le commerce. Il épouse Elizabeth Kortright en 1786. En 1788, il participe à la convention de Virginie pour ratifier la Constitution américaine, exprimant initialement des réserves antifédéralistes avant de finalement la soutenir. En 1790, il est élu sénateur des États-Unis, entamant ainsi sa carrière nationale.

Première Mission Diplomatique en France et Retour en Virginie (1794-1802)

1794. Arrives in Paris (August 2) and is received by the National Convention (August 15) ... 36 1796. Recalled to this country (August 22).38
  • En 1794, le président George Washington nomme Monroe ministre en France, un choix visant à apaiser les relations avec la République française naissante. Monroe arrive à Paris peu après la chute de Robespierre et est chaleureusement accueilli par la Convention nationale, à qui il exprime la solidarité américaine. Cependant, sa francophilie ouverte et ses actions, perçues comme allant à l'encontre de la politique de neutralité de Washington, notamment dans l'affaire du traité Jay avec la Grande-Bretagne, conduisent à son rappel en 1796. Cette expérience est à la fois un honneur et un échec diplomatique qui le place en opposition avec l'administration fédéraliste.
  • De retour aux États-Unis, Monroe publie en 1797 un pamphlet de 400 pages, "A View of the Conduct of the Executive", pour défendre sa conduite en France et critiquer la politique étrangère de Washington. Cet acte aggrave la rupture avec les fédéralistes. Retiré de la scène nationale, il retrouve une influence en Virginie, où il est élu gouverneur à trois reprises de 1799 à 1802. Son mandat est marqué par des défis comme la rébellion d'esclaves menée par Gabriel Prosser en 1800, à laquelle il répond avec fermeté, et par des réformes infrastructurelles et éducatives.

Diplomatie sous Jefferson : Louisiane, Floride et Traité avec l'Angleterre (1803-1807)

1803. Signs the treaty ceding Louisiana (April 30). . . 45 1806. Treaty negotiated (December 31).48
  • Le président Thomas Jefferson renvoie Monroe en Europe en 1803 avec une mission cruciale : aider l'ambassadeur Robert R. Livingston à acheter La Nouvelle-Orléans et la Floride occidentale à la France. À leur arrivée, ils découvrent que Napoléon, engagé dans ses guerres européennes, est prêt à vendre l'ensemble du territoire de la Louisiane. Monroe, bien que surpris et dépassant ses instructions, approuve et signe le traité historique du 30 avril 1803, doublant la taille des États-Unis pour 15 millions de dollars. Ce succès diplomatique majeur consolide sa réputation et illustre l'opportunisme de la diplomatie américaine.
  • Les missions suivantes de Monroe sont plus ardues. En 1804-1805, ses négociations avec l'Espagne pour l'achat de la Floride échouent. En 1806, avec William Pinkney, il est chargé de négocier un traité avec la Grande-Bretagne pour mettre fin aux saisies de navires américains et à l'impression des marins. Le traité qu'ils signent le 31 décembre 1806 ne parvient pas à résoudre ces questions fondamentales et est rejeté par Jefferson, qui refuse de le soumettre au Sénat. Monroe rentre aux États-Unis en 1807, frustré par cet échec et par les tensions croissantes qui mèneront à la guerre de 1812.

Secrétaire d'État et de la Guerre sous Madison (1811-1817)

1814. Appointed Secretary of War (till 1815) .... 56 1814. Capture of Washington by the British.56
  • En 1811, le président James Madison nomme Monroe secrétaire d'État. Partisan des "War Hawks", il pousse vers un conflit avec la Grande-Bretagne pour défendre les droits maritimes américains, ce qui conduit à la déclaration de guerre de 1812. La guerre se passe mal pour les États-Unis, et en 1814, après la démission du secrétaire à la Guerre John Armstrong suite à la capture et à l'incendie de Washington par les Britanniques, Madison confie également ce portefeuille à Monroe. Il occupe ainsi simultanément les deux postes les plus importants du cabinet en pleine crise nationale.
  • En tant que secrétaire à la Guerre par intérim, Monroe travaille énergiquement à réorganiser les défenses, à lever des troupes et à restaurer le moral. Il supervise les derniers mois du conflit, qui se termine par le traité de Gand en décembre 1814 (signé avant la bataille de La Nouvelle-Orléans). Cette période difficile, où il doit gérer une guerre impopulaire et une capitale en ruines, démontre sa loyauté, son sens du devoir et sa capacité d'action en situation de crise, le préparant à la présidence dans une ère d'unité nationale retrouvée.

Présidence : L'Ère des Bons Sentiments et les Défis Nationaux (1817-1825)

1817. Tour to the Eastern States (June 2 to September 17).59 1820. Missouri admitted.61
  • La présidence de Monroe, souvent appelée "l'Ère des Bons Sentiments" en raison de l'apparente disparition des partis, commence par une tournée de bonne volonté dans les États du Nord-Est en 1817. Ce voyage vise à consolider l'unité nationale après la guerre. Son premier mandat est marqué par des réalisations significatives, notamment l'acquisition finale de la Floride de l'Espagne par le traité Adams-Onís de 1819 et le compromis du Missouri de 1820, qui admit le Missouri comme État esclavagiste et le Maine comme État libre, tout en interdisant l'esclavage au nord d'une certaine latitude dans le reste du territoire de la Louisiane.
  • Son second mandat est défini par des questions de politique étrangère. En 1822, sur les conseils de son secrétaire d'État John Quincy Adams, Monroe reconnaît les nouvelles républiques indépendantes d'Amérique latine qui se sont émancipées de l'Espagne. Cette décision prépare le terrain pour la déclaration la plus célèbre de sa carrière. La présidence de Monroe est également marquée par des préoccupations internes, comme le débat sur les tarifs douaniers et les améliorations internes (infrastructures), et par des événements symboliques comme la visite du marquis de Lafayette en 1824.

La Doctrine Monroe : Contexte, Énoncé et Signification (1823)

1823. Enunciation of “ the Monroe Doctrine,” Message of December 2.65
  • La Doctrine Monroe fut énoncée dans le message annuel du président au Congrès le 2 décembre 1823. Elle était une réponse à deux menaces perçues : les tentatives de la Sainte-Alliance (Russie, Prusse, Autriche, France) de rétablir le contrôle espagnol sur ses anciennes colonies en Amérique latine, et les prétentions territoriales russes sur la côte nord-ouest du Pacifique. Le message, rédigé principalement par le secrétaire d'État John Quincy Adams, contenait plusieurs principes fondateurs articulés comme des avertissements aux puissances européennes.
  • La doctrine reposait sur trois piliers principaux. Premièrement, le principe de non-colonisation : le continent américain n'était plus ouvert à la future colonisation européenne. Deuxièmement, le principe de non-intervention : les États-Unis s'abstiendraient des affaires intérieures de l'Europe et considéreraient toute tentative d'extension du système politique européen au Nouveau Monde comme dangereuse pour leur paix et leur sécurité. Troisièmement, la promesse de non-interférence : les États-Unis n'interviendraient pas dans les colonies existantes des puissances européennes. Bien que dépourvue de force légale immédiate, cette déclaration unilatérale est devenue un pilier fondamental de la politique étrangère américaine, affirmant son rôle de puissance hémisphérique.

Vie Personnelle, Retraite et Héritage Posthume

1831. Dies in New York (July 4).73 1858. Reinterred in Richmond, on the centennial of his birth.
  • Après avoir quitté la présidence en 1825, Monroe, comme beaucoup de ses prédécesseurs virginians, connaît des difficultés financières dues à la gestion de ses plantations et à des dettes. Il siège brièvement au conseil des visiteurs de l'Université de Virginie et participe à la convention constitutionnelle de Virginie en 1829. Après la mort de sa femme Elizabeth en 1830, il s'installe chez sa fille à New York, où il meurt le 4 juillet 1831, devenant le troisième président à décéder le jour de l'indépendance. Il est d'abord enterré à New York avant d'être réinhumé à Richmond, en Virginie, en 1858, pour le centenaire de sa naissance.
  • L'ouvrage de Gilman vise à évaluer l'héritage de Monroe. Il est présenté comme un homme intègre, dévoué et compétent, dont la carrière a épousé les grandes étapes de la jeune nation : soldat de la Révolution, législateur de l'ère constitutionnelle, diplomate de l'expansion territoriale, chef en temps de guerre et président d'une ère de consolidation nationale. Bien que parfois manquant du génie politique d'un Jefferson ou d'un Madison, sa fermeté, sa constance et sa loyauté sont saluées. Son héritage le plus durable reste la doctrine qui porte son nom, un principe de politique étrangère qui a défini la relation de l'Amérique avec le monde pendant des siècles.

Appendices et Documentation Historique

III. Bibliography of Monroe and the Monroe Doctrine.260
  • Le livre comprend plusieurs appendices précieux pour les chercheurs. Le premier présente une généalogie de la famille Monroe, établissant ses racines écossaises et son arrivée en Amérique au milieu du XVIIe siècle. Le second appendice contient des notes critiques de George Washington sur le pamphlet que Monroe avait publié en 1797 pour défendre sa conduite en France ("View of the Conduct of the Executive"). Ces notes, écrites par Washington en marge de sa copie du pamphlet, offrent une perspective directe et contradictoire de l'ancien président sur les accusations de Monroe, enrichissant la compréhension de ce différend historique.
  • L'appendice le plus substantiel est une bibliographie détaillée des écrits sur James Monroe et la Doctrine Monroe, compilée et révisée par le professeur John F. Jameson. Cette bibliographie, soulignée par Gilman comme étant d'une "grande utilité" dans les débats politiques de 1898, témoigne de l'importance académique continue du sujet. Elle sert de guide aux recherches futures et consolide l'ouvrage de Gilman non seulement comme une biographie, mais aussi comme un point de départ érudit pour toute étude sérieuse de Monroe et de son impact sur la diplomatie américaine.

Ce résumé a été généré par Clipsy en 2 minutes.
Résumé complet, gratuit et sans compte.

Résumez vos propres vidéos →