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deepseek_pdf_Lugan - Afrique Histoire à l'Endroit

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Pages 1-144 (partie 1)

Révision critique de l'historiographie africaine par Bernard Lugan

La dénonciation d'une contre-histoire idéologique

Depuis quelques années, l'histoire de l'Afrique s'est transformée en acte d'accusation. La mainmise du tiers-mondisme sur les études africaines explique en grande partie l'essor de ce qui est devenu une contre-histoire.
  • Bernard Lugan présente son ouvrage comme une correction de vingt ans de recherches face à une « désinformation » et une « contre-histoire » véhiculées par certains médias et historiens. Il accuse le tiers-mondisme d'avoir pris le contrôle des études africaines en France, dominant les revues, instituts et départements universitaires, et imposant une vision manichéenne. Contester ce récit dominant mène, selon lui, à une mise au ban de la communauté scientifique. Son livre se veut donc une réponse à cette « dictature intellectuelle et morale », visant à rétablir une connaissance objective face à des a priori idéologiques qu'il juge réducteurs et non scientifiques.
  • L'auteur annonce son intention de déconstruire plusieurs « tabous » et idées reçues. Il prévient qu'il remettra en question des notions centrales du récit tiers-mondiste, comme l'antériorité exclusive des Noirs sur le continent, l'image de sociétés précoloniales pacifiques et équilibrées, ou la responsabilité unique de la colonisation dans les maux actuels de l'Afrique. Il estime au contraire que la colonisation fut une « chance historique » mal saisie et que l'indépendance, trop brutale, a eu des aspects négatifs. Cette introduction pose ainsi le ton polémique et révisionniste de l'ensemble de l'ouvrage.

La diversité africaine et les défis de son historiographie

Il n'existe pas plus une Afrique qu'un homme africain. Sur ce continent d'aspect massif, tout est diversité, toute unité politique importée.
  • Lugan insiste sur l'extrême diversité géographique, climatique et humaine de l'Afrique, qu'il présente comme un obstacle majeur à toute généralisation. Il décrit un continent fragmenté par des barrières naturelles (déserts, forêts, fleuves) et divisé en « Afriques » distinctes (désertiques, des savanes, des forêts, des hautes terres, tempérées). Cette diversité physique a, selon lui, conditionné une histoire marquée par l'isolement et des évolutions en vase clos, l'ouverture au monde extérieur n'étant due qu'à des acteurs non africains (Arabes, Portugais). Il rejette ainsi l'idée d'une unité africaine précoloniale, la qualifiant d'artificielle et importée, comme le montre l'exemple de l'État du Zaïre, construction coloniale regroupant des peuples antagonistes.
  • L'auteur analyse les sources de l'histoire africaine précoloniale, qu'il juge fragmentaires, diversifiées et inégalement réparties. Il porte un regard très critique sur la fiabilité des traditions orales, qu'il considère comme souvent manipulées idéologiquement et peu fiables scientifiquement. L'exemple détaillé du Rwanda montre comment les traditions dynastiques étaient falsifiées à plusieurs niveaux (par les récitants, par la magie, par l'institution royale, par le vocabulaire) pour servir le pouvoir en place. Face à cela, il prône une approche rigoureuse, fondée sur la critique historique et l'archéologie, et déplore que l'historiographie contemporaine soit trop focalisée sur la période coloniale au détriment de la « longue durée ».

Le peuplement de l'Afrique : antériorités et migrations

Avant leur expansion, l'Afrique sub-saharienne était peuplée de chasseurs-cueilleurs non négroïdes. Aujourd'hui, les rares survivants de ces populations vivent dans les milieux inhospitaliers où les Noirs les ont relégués.
  • Ce chapitre s'attaque au « mythe » selon lequel les Noirs seraient les premiers et uniques habitants autochtones de l'Afrique. Lugan affirme qu'avant l'expansion des populations noires, l'Afrique subsaharienne était peuplée de groupes de chasseurs-cueilleurs non négroïdes, dont les descendants actuels sont des populations résiduelles comme les Pygmées d'Afrique centrale et les Khoisan (Bushmen et Hottentots) d'Afrique australe et orientale. Il mentionne également les Bassari d'Afrique de l'Ouest comme possibles survivants métissés de ce peuplement ancien.
  • L'auteur retrace une chronologie du peuplement : les premiers « négroïdes » apparaissent en Afrique de l'Ouest et en Nubie il y a 12 000 à 15 000 ans. Leur grande expansion vers le sud et l'est du continent, liée aux migrations des peuples bantouphones, n'aurait débuté que durant le premier millénaire avant J.-C. Ainsi, les sociétés noires organisées en Afrique occidentale, orientale et australe ne seraient apparues, selon lui, qu'aux XVe-XVIe siècles. Il en conclut que les ethnies noires actuelles sont des « nouveaux venus » par rapport à ces populations paléo-négrilles qu'elles ont refoulées, éliminées ou absorbées, brisant ainsi le mythe d'une antériorité noire absolue.

L'Afrique noire dans l'Antiquité : un continent isolé

Désormais, le Sahara devient une barrière coupant l'Afrique en deux. Au nord, une Afrique méditerranéenne tournée vers tous les foyers de civilisation de l'Antiquité et ouverte à leurs influences. Au sud, une Afrique isolée, livrée à elle-même.
  • Lugan développe l'idée que l'Afrique noire au sud du Sahara a vécu dans un isolement quasi total durant l'Antiquité, à l'exception notable de la Nubie en contact avec l'Égypte. La désertification croissante du Sahara à partir de 3000 av. J.-C. aurait constitué une barrière infranchissable, coupant le continent en deux. Cette Afrique subsaharienne, « livrée à elle-même », aurait ainsi évolué en vase clos, à l'écart des grands courants de civilisation du monde méditerranéen et asiatique.
  • L'auteur souligne que les rares ouvertures et contacts avec le monde extérieur n'ont pas été initiés par les Africains noirs eux-mêmes. Il cite le commerce transsaharien, ouvert par les Berbères et les Arabes à partir du VIIIe siècle, et les contacts maritimes sur les côtes est-africaines, établis par les Arabes pré-musulmans puis musulmans, et par les Portugais à l'époque des Grandes Découvertes. Même l'exploitation des richesses minières (or du Zimbabwe, d'Afrique de l'Ouest) n'aurait, selon lui, véritablement pris son essor économique qu'avec l'arrivée de ces acteurs extérieurs. Cette analyse vise à contester l'image d'une Afrique précoloniale dynamiquement connectée au reste du monde.

L'Afrique, continent récepteur

Quand l'Afrique sort de son isolement, c'est en effet à des non-Africains qu'elle le doit.
  • Ce thème prolonge le précédent en insistant sur le caractère « récepteur » de l'Afrique noire, qui aurait peu innové mais beaucoup reçu de l'extérieur. Lugan énumère les apports extérieurs majeurs : les plantes américaines (manioc, maïs, patate douce, haricot) introduites par les Portugais, qui ont révolutionné l'agriculture et permis un essor démographique ; les techniques et les biens matériels transitant par le Sahara ; les influences culturelles et religieuses (islam, christianisme).
  • L'auteur présente une vision nuancée, voire controversée, de la Traite atlantique. Il reconnaît la « ponction d'hommes » terrible qu'elle a représentée, mais avance que l'introduction parallèle des plantes américaines a créé les « conditions d'un essor démographique ». Il suggère ainsi que les conséquences de la période des contacts (XVe-XVIIIe siècles) sont complexes et ne se résument pas à un pillage unilatéral. Cette approche cherche à dépasser le récit victimisant pour une analyse plus équilibrée des échanges, bien qu'elle minimise souvent le caractère destructeur de la traite esclavagiste.

Les dynamiques internes : guerres, esclavage et systèmes de domination

On masque soigneusement la réalité. On ne dit plus que, quand débuta la colonisation, les populations africaines sous-alimentées étaient minées par toutes les parasitoses...
  • Lugan s'emploie à déconstruire le mythe rousseauiste du « bon sauvage » et de l'Afrique précoloniale paradisiaque. Il affirme que les sociétés africaines traditionnelles étaient marquées par des fléaux endémiques : guerres tribales constantes, ethnocides, épizooties régulières, pratiques comme l'esclavage interne, les mutilations sexuelles ou l'anthropophagie. Il décrit des populations déjà vulnérables, minées par des maladies (paludisme, bilharziose, etc.) et la sous-alimentation bien avant l'arrivée des colonisateurs.
  • L'auteur consacre des sections spécifiques à des exemples concrets de ces dynamiques internes. Il évoque le rôle des Africains eux-mêmes dans la traite esclavagiste (« Quand des Noirs vendaient d'autres Noirs »), présentant l'Afrique noire comme un « vivier humain » pour les marchands musulmans. Il analyse aussi les « apartheids noirs », c'est-à-dire les systèmes de domination et de ségrégation ethnique au sein des sociétés africaines, comme la relation entre Tutsi et Hutu au Rwanda. Pour lui, ces réalités démontrent que les conflits et les hiérarchies ethniques sont une constante de l'histoire africaine, antérieure et indépendante de la colonisation.

Le cas de l'Afrique du Sud : une antériorité contestée

En Afrique du Sud, les Blancs ont précédé les Noirs sur 50 pour 100 du territoire.
  • Ce chapitre est central dans la thèse révisionniste de Lugan. Il conteste frontalement l'idée d'une antériorité noire exclusive en Afrique du Sud. Il affirme que les premiers habitants étaient les Khoisan (chasseurs-cueilleurs), suivis par les colons européens (néerlandais) à partir de 1652. Les populations bantouphones (ancêtres des Zoulous, Xhosas, etc.) n'auraient atteint la région du fleuve Kei, à l'est du pays, qu'à la fin du XVIIe ou au début du XVIIIe siècle, soit après l'établissement de la colonie du Cap.
  • Lugan s'appuie sur des cartes et des chronologies pour argumenter que les Blancs et les Noirs se sont installés sur des portions distinctes du territoire sud-africain à peu près à la même époque, les premiers à l'ouest et les seconds à l'est. Il en déduit qu'aucun des deux groupes ne peut revendiquer une antériorité globale sur l'ensemble du pays, et que la notion de « vol de terre » est donc, selon lui, un anachronisme. Cette argumentation vise à délégitimer le fondement historique des revendications territoriales contre le régime d'apartheid.

Bilan de l'indépendance et perspectives d'avenir

La production alimentaire y croit plus lentement que la population, les intérêts de la dette ne peuvent plus être remboursés et l'ethnisme enraye le progrès.
  • Le bilan dressé par Lugan des trente premières années d'indépendance (écrit vers 1989) est extrêmement sombre. Il liste les échecs : croissance démographique supérieure à la production alimentaire, endettement massif et insoluble, échec de tous les projets de développement, recrudescence de l'« ethnisme » (conflits tribaux) qui bloque toute avancée. Pour lui, l'Afrique des années 1950, présentée comme la partie « la plus paisible du monde » et ignorant les famines, a régressé après des indépendances « trop brutales ».
  • En conclusion, Lugan rejette les explications habituelles du sous-développement africain (climat, héritage colonial, pillage économique). Il pointe plutôt des causes internes : mauvaise gouvernance, détournement de l'aide internationale, persistance des divisions ethniques. La question qu'il pose aux pays développés est donc radicale : « que faire de plus pour sauver l'Afrique, pour éviter de continuer à dilapider une aide qui, détournée de ses objectifs, finit par aggraver la situation ? » Son analyse, sans proposer de solution claire, implique un profond scepticisme sur l'efficacité de l'aide extérieure dans le contexte politique et social qu'il décrit.

Pages 1-144 (partie 2)

L'Afrique noire : un continent isolé et récepteur

Les Khoisan et les premières populations d'Afrique australe

Il est fascinant pour un historien de l'Afrique du Sud de constater à quel point les plus méridionaux des bantuphones nguni, à savoir les Xhosa, sont métissés de Khoisan.
  • Le texte explore la distinction historique entre les San (chasseurs-cueilleurs) et les Khoi-Khoi (pasteurs), deux composantes du peuplement khoisan en Afrique australe. Les Européens mirent deux siècles à les différencier. Les langues khoi, comme celles des San, utilisent des « clics » et appartiennent à cinq rameaux, dont seul le nama est encore parlé aujourd'hui. L'arrivée des Khoi-Khoi dans la région du Cap est datée hypothétiquement au XIe siècle, venant du nord. Leur adoption de l'élevage est sujette à débat, certains l'attribuant à des contacts avec des Bantuphones ou des locuteurs du groupe Central Sudanic. L'auteur souligne les vastes zones d'ombre dans l'histoire des Khoisan, cruciales pour comprendre la mise en place des populations de la région.
  • L'interaction entre les populations khoisan et les Nguni (comme les Xhosa) est analysée comme un processus long de cohabitation et d'assimilation. Les Xhosa, lors de leur infiltration vers le sud, n'avaient pas d'avantage numérique ou technique décisif sur les Khoi-Khoi, également éleveurs. L'inversion démographique en faveur des Xhosa s'est faite sur plusieurs siècles, probablement via des alliances matrimoniales. Cela explique la présence de « clics » dans la langue xhosa et des traits physiques khoisan chez ses locuteurs, certains auteurs estimant que 50 à 60% des gènes xhosa proviennent des Khoisan. L'héritage culturel inclut également des techniques comme le bât des bœufs.
  • L'auteur questionne la tendance historiographique, inspirée par R. Elphick, qui privilégie le rôle des Khoi-Khoi au détriment des peuples bantuphones. Si cette approche a le mérite de sortir les Khoisan de l'oubli, l'auteur s'interroge sur sa validité. Il souligne le paradoxe suivant : si les Khoi-Khoi avaient atteint un niveau d'organisation élevé, pourquoi ont-ils disparu face aux Nguni et aux Tswana, et pourquoi leur société s'est-elle désintégrée si rapidement au contact des Blancs (Boers) ? En contraste, les San, pourtant « plus arriérés » et moins nombreux, ont survécu comme groupe ethnique autonome, bien que réduit.

Le Sahara : barrière millénaire et mythe du « Sahara vert »

« Sur le long terme, l'histoire climatique holocène de tout le nord de l'Afrique ne se conçoit que comme une dégradation progressive, entrecoupée seulement de quelques ressauts humides. »
  • Le texte réfute la vision populaire d'un « Sahara verdoyant » à l'époque du Néolithique. La sécheresse sahélienne a débuté il y a environ douze mille ans, bien avant la néolithisation. Les épisodes humides furent des exceptions dans une tendance générale à l'aridification. Selon Muzzolini, le Sahara holocène n'a évolué qu'entre les zones aride et hyperaride, n'étant brièvement semi-aride que sur les massifs vers 7000-6000 av. J.-C. La végétation des plaines est restée désertique. Ainsi, au début de la néolithisation, le Sahara était déjà un « océan de sable ou de cailloux » parsemé d'îlots humides refuges.
  • Le Sahara a joué un rôle de double barrage : désertique et climatique. Il a isolé l'Afrique noire au sud des foyers culturels méditerranéens au nord. Cette coupure fut si totale que l'Antiquité gréco-romaine ignorait l'existence de terres habitées au sud du désert. Le texte souligne qu'aucune trace concrète de contact entre l'Afrique du Nord romaine et l'Afrique subsaharienne n'a été trouvée pour le millénaire séparant la fondation de Carthage de la fin de l'Empire romain, malgré la connaissance qu'avaient les Anciens de la Nubie et de la mer Rouge.
  • L'auteur déconstruit les « preuves » souvent avancées pour le Sahara vert (gisements de bois brûlé, faune résiduelle, peintures d'hippopotames, arêtes de poissons) en expliquant qu'elles témoignent de micro-milieux refuges ou de survivances exceptionnelles dans un processus global d'assèchement. Il cite l'exemple des travaux de J. Leclant sur une zone de chasse en Nubie vers 1400 av. J.-C., qui révèle une savane arbustive. Cela ne prouve pas un Sahara vert, mais plutôt un îlot humide résiduel dans un environnement déjà largement désertique.

L'isolement de l'Afrique noire dans l'Antiquité

L'Afrique doit en partie son retard à l'existence du Sahara, ce désert qui a isolé le monde noir.
  • Le texte détaille l'absence de contacts avérés entre les civilisations méditerranéennes (Égypte, Carthage, Rome) et l'Afrique subsaharienne. L'Égypte, active vers l'est (Phénicie, mer Rouge), se montra indifférente ou défensive à l'ouest et vers le Sahara central. Aucune trace archéologique égyptienne n'a été trouvée à l'ouest de la vallée du Nil (Tibesti, Fezzan). Même la prise de pouvoir par des Libyens (Meshwesh) en Égypte vers 950 av. J.-C. n'entraîna pas d'ouverture vers le Sahara central.
  • Du côté atlantique, l'analyse des textes anciens (périples) et l'archéologie infirment les navigations carthaginoises ou romaines au-delà du cap Juby (Maroc). Raymond Mauny a montré que les vents défavorables et l'absence de traces archéologiques au sud de Mogador prouvent que le littoral ouest-africain est resté inconnu jusqu'aux explorations portugaises du XVe siècle. Les récits de l'Antiquité sont considérés comme des exercices littéraires ou des récits de cabotage méditerranéen.
  • Les mentions de « Noirs » ou d'« Éthiopiens » dans les sources gréco-romaines se réfèrent presque toujours aux Nubiens, connus via le Nil, et non aux populations subsahariennes. Les expéditions romaines rapportées (Nasamons, Balbus, Maternus) se limitèrent au Sahara et n'atteignirent pas l'Afrique noire. L'empire romain, confronté aux nomades berbères, adopta une posture défensive (limes) et n'eut aucune politique d'expansion ou de commerce transsaharien, d'autant que les produits exotiques (animaux, ivoire) étaient disponibles en Afrique du Nord.

L'Afrique noire, un continent récepteur des grandes innovations

Les grandes inventions qui ont permis le progrès de l'humanité ont toutes été faites en dehors de l'Afrique noire.
  • Le texte conteste la manipulation qui consiste à affirmer l'origine africaine de l'humanité pour en déduire que les Noirs auraient apporté la civilisation au monde. Il rappelle que la racialisation est récente et que les premiers hommes n'étaient pas « noirs » au sens moderne. Si l'Homo sapiens sapiens est apparu en Afrique il y a 100 000 ans, les grandes révolutions technologiques (néolithique, métallurgie, écriture) sont nées ailleurs.
  • L'analyse comparative est frappante : la domestication du feu est plus ancienne en Afrique (1,5 million d'années) mais sa maîtrise (foyers aménagés) est attestée en Europe 400 000 ans plus tard. L'art figuratif le plus ancien (30 000 ans) se trouve en France. Pour les piliers de la civilisation, l'Afrique noire est toujours en retard : la céramique saharienne (9000 av. J.-C.) est une exception ; l'agriculture et l'élevage se généralisent avec 5000 ans de retard sur le Moyen-Orient ; la métallurgie du fer est importée ; la roue, la traction animale et la poulie n'apparaissent qu'avec la colonisation.
  • Le cas de l'agriculture est emblématique. Alors qu'elle est établie au Proche-Orient vers 7000 av. J.-C., son développement en Afrique noire est tardif et problématique. L'éleusine, souvent citée comme preuve, est une céréale sauvage qui n'a pas été domestiquée (pas de sélection), posant la question de savoir s'il s'agissait d'agriculture ou de cueillette améliorée. L'hypothèse d'un foyer agricole indépendant en Afrique de l'Ouest vers 4500 av. J.-C. (Murdock) n'est pas confirmée par l'archéologie. La généralisation de l'agriculture est liée à l'expansion bantu et à l'âge du fer, bien après l'ère chrétienne.

La métallurgie du fer : une technologie importée

Dans l'état actuel des connaissances, l'Afrique noire a reçu de l'extérieur les techniques de fonte du fer sous leur forme achevée. Il n'y eut pas d'invention locale.
  • L'Afrique noire est passée directement de l'âge de la pierre à l'âge du fer, sans connaître les âges du cuivre et du bronze (sauf en Égypte, Nubie, Mauritanie). Trois centres de diffusion externes sont identifiés : l'Égypte (VIIe s. av. J.-C.), Axoum (Ier s. ap. J.-C.) via l'Arabie, et Carthage (à partir de 700 av. J.-C.). Cependant, aucun lien archéologique direct n'est établi de manière certaine entre ces foyers et l'Afrique subsaharienne.
  • Les datations les plus anciennes en Afrique noire proviennent d'Afrique de l'Ouest (Ntereso au Ghana, vers 1800 av. J.-C. ; Nok au Nigeria, vers 500 av. J.-C.). La date de Ntereso, si elle était confirmée, indiquerait un foyer quasi contemporain du Proche-Orient, mais elle est considérée avec prudence car aucun indice d'élaboration progressive (tâtonnements) n'a été trouvé. Partout, la métallurgie apparaît comme une technologie achevée et intrusive.
  • La progression de la métallurgie suit un gradient nord-sud clair, confirmant son introduction externe. Elle est présente vers 500 av. J.-C. en Afrique de l'Ouest, autour de l'ère chrétienne en Afrique équatoriale et orientale (avec des dates controversées au Rwanda vers 700 av. J.-C.), entre les Ier et IIIe siècles au Zimbabwe, et à partir du Ve siècle dans le nord de l'Afrique du Sud. Cette diffusion est synchrone de l'expansion des populations bantuphones.

L'expansion bantu : migrations et colonisation du continent

« Il est difficile de ne pas conclure que le premier Age du fer a été introduit en Afrique australe par un important et rapide mouvement de population, porteur d'une culture pleinement constituée, mais étrangère, qui s'était formée ailleurs. »
  • Le « phénomène bantu » est d'abord linguistique : la parenté des langues parlées sur un tiers de l'Afrique a été établie au XIXe siècle. Le foyer d'origine est situé dans la région Nigeria-Cameroun. À partir du dernier millénaire avant J.-C., des locuteurs de ces langues ont entrepris une vaste migration, contournant la forêt équatoriale par le nord et l'est, pour coloniser l'Afrique centrale, orientale et australe. Cette expansion est étroitement liée à la diffusion de l'âge du fer.
  • L'archéologie montre que l'apparition du premier âge du fer en Afrique australe marque une rupture brutale avec les cultures locales de chasseurs-cueilleurs (âge de la pierre). Elle introduit simultanément un package technologique complet et étranger : poterie spécifique, métallurgie du fer, agriculture (igname, sorgho, légumineuses), élevage (d'abord petit bétail). Il n'y a pas d'antécédents locaux à ces éléments, prouvant une introduction par migration.
  • Cependant, l'auteur met en garde contre une assimilation trop simpliste entre « culture du premier âge du fer » et « population bantuphone ». Il n'existe pas de « fossile indicateur » (comme un type de poterie exclusif) permettant de relier directement un artefact archéologique à une langue. Le lien reste hypothétique, fondé sur la concomitance spatiale et temporelle de l'expansion linguistique et de la diffusion de la technologie du fer et de l'agriculture. La prudence méthodologique est de rigueur pour éviter les reconstructions hâtives.

Le déclin des empires sahéliens et le basculement atlantique

Il a fallu l'arrivée des Arabes peuple chamelier par excellence, pour qu'enfin soient efficacement réunies économiquement les deux rives du Sahara.
  • Les premiers contacts durables entre l'Afrique du Nord et l'Afrique noire n'ont lieu qu'avec l'islamisation et l'arrivée des Arabes à partir du VIIIe siècle. Le commerce transsaharien se développe alors, donnant naissance aux grands empires sahéliens (Ghana, Mali, Songhaï). Ces empires, dirigés par des Noirs, doivent probablement leur existence urbaine et commerciale à l'initiative de marchands berbères musulmans.
  • L'apogée de ce système se situe aux XIIe-XIIIe siècles, intégrant le Sahel dans un réseau commercial euro-méditerranéen via l'Espagne musulmane. Cependant, à partir du XVe siècle, le cœur économique se déplace vers l'est (lac Tchad, Libye, Égypte). Surtout, l'arrivée des Portugais sur les côtes ouest-africaines constitue un choc majeur.
  • Les Portugais, puis d'autres Européens, établissent un commerce direct avec les populations côtières (or, ivoire, puis esclaves), court-circuitant les routes transsahariennes. Ce basculement des échanges vers la voie maritime atlantique signe le déclin des empires sahéliens et des caravanes. La tentative marocaine de rétablir le contrôle sur la route de l'or par l'expédition de 1591 qui soumet le Songhaï est un échec à long terme. Désormais, l'initiative historique et économique pour l'Afrique de l'Ouest appartient aux puissances maritimes européennes et aux nouveaux États côtiers.

Pages 1-144 (partie 3)

L'expansion bantoue et les migrations en Afrique australe

La zone interlacustre comme foyer archaïque et centre de dispersion

« la zone interlacustre inclut les langues bantu les plus archaïques, ce qui s'expliquerait par le fait que : ( ... ) les locuteurs bantu du courant migrateur oriental sont restés groupés jusqu'à leur arrivée dans la zone interlacustre et ont rayonné ultérieurement vers le sud, le sud-ouest et l'est à partir de celle-ci »
  • La région interlacustre (zone J) apparaît comme un centre archaïque fondamental pour comprendre l'expansion bantoue. Les découvertes archéologiques y révèlent les dates les plus anciennes pour le premier et le second âge du fer, suggérant que ces innovations technologiques ont débuté ou ont été introduites entre le lac Victoria et la crête Congo-Nil avant de se diffuser vers l'est et le sud. Parallèlement, la linguistique identifie cette région comme la plus archaïque de l'aire bantoue, indiquant que toutes les langues bantoues de l'est et du sud en dérivent. Cette convergence de données fait de la zone interlacustre un foyer initial probable et un centre de dispersion majeur pour les populations bantouphones.
  • La lexicostatistique, méthode proposée par Swadesh, offre un outil pour reconstituer la chronologie de cette expansion. En se basant sur le principe d'une constante linguistique (86% de conservation du lien sens-forme des mots sur 1000 ans), elle permet d'établir une chronologie relative. Appliquée aux langues bantoues interlacustres, elle indique que leur dissociation linguistique s'est opérée entre 1000 et 0 avant J.-C. Cette méthode permet de distinguer deux courants migratoires principaux : un premier du nord vers le sud dans la forêt équatoriale, et un second d'ouest en est contournant la forêt par le nord avant de s'infléchir vers le sud dans les savanes interlacustres.
  • Malgré ces avancées, aucun lien probant et péremptoire n'a encore été établi entre les Bantous et le premier âge du fer. Certains auteurs, comme Gramly, nient même tout apport bantou, arguant que ni la céramique, ni la production de nourriture, ni la métallurgie du fer ne se sont répandues simultanément avec l'expansion des langues bantoues. Cette question reste centrale : si les bantouphones n'ont pas introduit la métallurgie, quelle population le fit ? Le débat oppose différentes écoles de pensée sur les causes de l'expansion (conquêtes, prestige technologique, essor démographique) et sur la nature de leur avantage (connaissance rudimentaire du fer et de l'agriculture selon Oliver, absence de preuves archéologiques d'une production alimentaire au premier âge du fer selon Phillipson).

Archéologie, linguistique et reconstruction des migrations bantoues

« les gisements contenant de l'Urewe peuvent être considérés comme appartenant ( ... ) à l'industrie de l'âge du fer ancien géographiquement la plus proche du foyer initial supposé »
  • L'archéologie apporte un élément crucial avec la céramique Urewe, spécifique à la région interlacustre et considérée comme la plus ancienne et la plus archaïque du complexe du premier âge du fer est-africain. Phillipson y voit « la plus forte proportion de traits que l'on est en droit d'attendre d'une tradition primordiale ». Cette ancienneté archéologique fait écho aux conclusions linguistiques sur l'archaïsme du bantou interlacustre, renforçant l'hypothèse d'un foyer initial dans cette région. Les sites à Urewe sont donc considérés comme les plus proches de ce foyer supposé, situé au nord-ouest du lac Albert.
  • L'analyse des termes bantous liés à la métallurgie est complexe et ne permet pas de conclusions définitives. Guthrie argumentait que l'existence de mots pour « fer, soufflet, forge, marteau » prouvait une connaissance pré-expansion. Cependant, il pourrait s'agir d'emprunts sémantiques tardifs, où des termes anciens désignant d'autres activités auraient été appliqués à la nouvelle technologie. De plus, sur de nombreux sites à poterie du premier âge du fer, les traces indubitables de métallurgie sont inexistantes, et son attribution repose souvent sur des associations et comparaisons.
  • Un consensus semble se dégager sur le fait que les proto-bantouphones ne maîtrisaient pas la métallurgie du fer à leur départ du foyer ouest-africain (Cameroun). Phillipson et Van Noten décrivent une population de technologie néolithique suivant la limite nord de la forêt équatoriale et acquérant probablement la maîtrise du fer peu avant ou peu après son arrivée dans la région interlacustre, il y a environ 2000 ans. L'acquisition de cette technologie serait due à un contact avec des populations venues du nord (peut-être du Soudan ou de Méroé), porteuses du premier âge du fer, qui auraient repoussé les bantouphones.

Schéma chronologique de l'expansion bantoue et du premier âge du fer

« Vers 1000 avant J.-C. se serait faite l'émergence des langues bantu dans la région de l'actuel Cameroun et au sein de populations à économie du dernier âge de la pierre. Certains groupes auraient entamé une migration vers 600 avant J.-C. »
  • Phillipson propose un schéma détaillé en plusieurs stades pour corréler langue bantoue et premier âge du fer. Vers 1000 av. J.-C., émergence des langues bantoues au Cameroun. Vers 600 av. J.-C., début des migrations. Vers 400 av. J.-C., certains groupes entrent en contact avec des populations pratiquant l'élevage (bovins, ovins), la culture du sorgho et la fonte du fer. Vers 300 av. J.-C., d'autres groupes se dirigent vers le sud (embouchure du Zaïre). Vers 400-300 av. J.-C., les groupes ayant contourné la forêt par le nord-est atteignent la région interlacustre et y créent une culture du premier âge du fer avec céramique Urewe.
  • La suite du schéma décrit la poursuite de l'expansion. Vers 300-100 av. J.-C., des pionniers quittent la région interlacustre, contournent la forêt par le sud, entrent en contact avec les descendants du courant occidental, créant un mélange culturel. Vers 100 av. J.-C. débute la migration vers le sud des porteurs de cette culture mixte. Enfin, de 300-400 apr. J.-C. jusqu'à 1000-1100, les bantouphones achèvent de s'installer dans leur aire actuelle en Afrique centrale et australe. Ce schéma illustre un processus complexe et multidirectionnel sur près de deux millénaires.
  • En Afrique australe, le premier âge du fer apparaît au sud du Limpopo aux Ier et IIe siècles apr. J.-C. (sites de Tzaneen, Broederstroom, Ngwenta). Pendant longtemps, un amalgame automatique a été fait entre premier âge du fer et bantouphones, conduisant à reculer artificiellement la date d'arrivée de ces derniers pour la faire coïncider avec les datations au carbone 14. Marianne Cornevin a utilisé cet amalgame pour affirmer la présence d'agriculteurs noirs bantouphones en Afrique du Sud 1200 ans avant l'arrivée des Blancs, thèse largement diffusée par l'UNESCO et le MRAP.

Critique des thèses sur l'antériorité bantoue en Afrique du Sud

« Rien ne permet d'affirmer, comme le fait pourtant Marianne Cornevin, que les populations du premier âge du fer constituent la base de l'actuel peuplement noir d'Afrique du Sud »
  • L'auteur, Bernard Lugan, critique vigoureusement les thèses de Marianne Cornevin, pointant des erreurs méthodologiques comme l'utilisation de sources journalistiques (The Star) comme preuve historique. Il souligne que le « phénomène bantou » est avant tout linguistique et ne correspond pas à une unité raciale ou culturelle homogène. Les peuples bantouphones actuels (Hima, Tutsi, Hutu, Pygmées, Swahili, etc.) présentent des différences morphologiques, économiques et culturelles irréductibles.
  • Les recherches actuelles, notamment celles synthétisées dans l'Histoire de l'Afrique de l'UNESCO, remettent en cause l'association automatique entre premier âge du fer sud-africain et bantouphones. Il est désormais établi que le premier âge du fer dans la région (achevant vers 1100 apr. J.-C.) n'est pas uniquement dû aux Noirs bantouphones, mais aussi, au moins en partie, aux Khoi-Khoi (Hottentots). Le site de Lydenberg (Ve siècle) serait même un site « hottentot ». Le deuxième âge du fer, débutant au XIIe siècle, est quant à lui associé aux pasteurs bantouphones.
  • Lugan affirme que les populations noires actuelles d'Afrique du Sud sont probablement les descendantes des groupes du deuxième âge du fer, ayant franchi le Limpopo à partir des Xe-XIe siècles. Les communautés du premier âge du fer, éliminées ou absorbées, font partie du stock génétique mais ne sont pas les ancêtres directs. Les traditions orales des Sotho et Xhosa indiquent une profondeur historique remontant vers 1500. Ainsi, la « course à l'antériorité » est souvent biaisée par des arguments idéologiques.

Le deuxième âge du fer et les migrations pastorales

« Le deuxième âge du fer se caractérise par une nouvelle technologie de la fonte du minerai et par la fabrication d'une nouvelle céramique, lesquelles remplacent les précédentes »
  • Le deuxième âge du fer (ou âge du fer moyen) en Afrique australe dure environ six siècles (vers 1060-1610). Il se caractérise par une nouvelle technologie métallurgique et un nouveau type de céramique qui remplacent les précédents sans continuité évidente, suggérant l'arrivée de nouvelles populations. Contrairement au premier âge du fer, sa diffusion rapide et généralisée indique des migrations à vaste échelle. Oliver et Fagan parlent d'une « invasion pastorale » par des groupes de langues « Central Sudanic », « Nilotic » ou « Para-Nilotic ».
  • Ces nouveaux venus, peu nombreux, étaient organisés en clans et pratiquaient une occupation extensive du sol, semblable à un « saupoudrage ». Leur économie pastorale et agricole itinérante (culture sur brûlis) ne conduisait pas à une sédentarisation immédiate, celle-ci n'intervenant qu'avec l'apparition de la concurrence pour l'espace. Les migrations étaient lentes et progressives, sous forme d'essaimage de petits groupes familiaux qui conservaient des liens symboliques avec le clan d'origine, avançant ainsi le front pionnier pastoral.
  • Les XVIe et XVIIe siècles sont une période charnière où les populations noires actuelles commencent à s'organiser en royaumes et chefferies. En Afrique australe, cette période voit la fin des constructions en boue séchée et le début des constructions en pierre (fin du XVIe siècle), liées à une économie pastorale. Les premiers murs circulaires du Zimbabwe datent de cette époque, le « Grand Enclos » étant du XVIe siècle. Ces développements marquent une complexification sociale et politique.

La rencontre des fronts pionniers blanc et noir en Afrique du Sud

« La vérité scientifique oblige à reconnaître que les Noirs, tout comme les Blancs, sont des étrangers en Afrique du Sud. Les uns ont envahi la région depuis le nord et les autres depuis le sud. »
  • La question de l'antériorité en Afrique du Sud doit se fonder sur des données concrètes. Au sud de l'Orange et de la Fish River, les colons hollandais (à partir de 1652) constituent le premier peuplement sédentaire. Au nord de la rivière Kei, l'antériorité noire (Xhosa) n'est pas contestée. La zone disputée est la région entre les rivières Fish et Kei. Les recherches historiques détaillées montrent que les Xhosa n'ont commencé à sédentariser cette région qu'à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, alors que les Trekboers (colons itinérants) y progressaient depuis le sud.
  • Le contact conflictuel entre les deux fronts pionniers, tous deux pastoraux, a lieu vers 1770. Les causes des affrontements, connus sous le nom de « guerres cafres » ou « guerres de frontière », sont économiques et géographiques. La région du Zuurveld, entre la Fish et la Sundays, est une zone tampon aux pâturages saisonniers, vitale pour les deux groupes. Les méthodes d'élevage diffèrent : les Boers laissent paître librement leur bétail marqué, tandis que les Xhosa gardent constamment le leur, considérant le bétail non gardé comme sans maître et donc saisissable.
  • Les premières guerres de frontière (1779-1781, 1793-1802) voient des succès alternés. Les Xhosa, divisés en clans rivaux (notamment Ndlambe et Ngqika), s'allient parfois avec les Boers ou les Britanniques contre d'autres Xhosa. Les Britanniques, après avoir pris le contrôle de la colonie du Cap en 1795, interviennent militairement. La quatrième guerre (1811-1812), menée par le colonel Graham, aboutit à l'expulsion des Xhosa du Zuurveld (environ 8000 personnes) et à l'établissement d'une ligne de fortins sur la rivière Fish.

Les guerres de frontière et leurs conséquences politiques

« Le début de la politique des zones tribales (bantustan) est donc dû aux Britanniques et non aux Boers. »
  • Les conflits se poursuivent au XIXe siècle. La cinquième guerre (1818-1819) oppose les clans xhosa de Ndlambe et Ngqika, ce dernier étant soutenu par les Britanniques. Après la défaite de Ndlambe, Ngqika cède la zone entre la Fish et la Keiskamma aux Britanniques, qui en font un territoire tampon. Cependant, les tensions persistent. La sixième guerre (1834) voit une offensive xhosa de 12 000 hommes, finalement repoussée par une coalition britannique, boer et griqua. Les Britanniques annexent alors le territoire entre la Keiskamma et la Kei, créant la « Province de la reine Adélaïde ».
  • Sous la pression de la London Missionary Society et du Dr. Philip, le gouvernement britannique ordonne en 1835 la rétrocession de ce territoire aux Xhosa. Cette décision, perçue comme une trahison par les Boers de la frontière, alimente leur mécontentement et encourage le « Grand Trek » (grande migration vers l'intérieur). Elle illustre l'absence de politique cohérente de Londres et l'influence des lobbies humanitaires. Les guerres suivantes affaiblissent les Xhosa, culminant avec le « suicide national » de 1857, une réaction messianique désastreuse où les Xhosa, suivant une prophétie, égorgent leur bétail et détruisent leurs récoltes, provoquant une famine massive.
  • Après cette catastrophe démographique, les Britanniques consolident leur emprise, installent des colons (dont des Allemands) et intègrent finalement le pays xhosa à la colonie du Cap en 1866. Ces développements historiques précis démontrent que sur une grande partie de l'actuelle Afrique du Sud (notamment entre la Fish et la Kei), les Blancs sont arrivés et se sont sédentarisés avant les Noirs Xhosa, contredisant le récit médiatique simpliste d'une antériorité noire exclusive sur l'ensemble du territoire.

La traite atlantique : réalités, chiffres et responsabilités africaines

« La Traite africaine n'a pas été l'aboutissement d'un processus de développement interne, mais elle a résulté d'une sollicitation, d'une intervention extérieure »
  • L'auteur conteste vigoureusement l'idée, défendue par des auteurs comme Surret-Canale, que la traite des esclaves fut une pure invention européenne imposée à l'Afrique. Il démontre, preuves à l'appui, que l'esclavage et les marchés d'esclaves existaient en Afrique bien avant le contact intensif avec les Européens. L'exemple du royaume du Dahomey est éloquent : c'était un État prédateur qui capturait des prisonniers de guerre (Yoruba, Mahi) et les vendait sur de nombreux marchés intérieurs (Abomey, Savalou, Allada, etc.) pour une « consommation locale ». La traite atlantique s'est greffée sur ce système préexistant.
  • Les estimations chiffrées de la traite atlantique sont l'objet de débats. Les chiffres fantaisistes (15-20 millions transitant par Gorée, avancés par le journaliste Pierre Haski) sont dénoncés. Les travaux d'historiens comme Philip Curtin, basés sur les registres de débarquement en Amérique, établissent des fourchettes plus fiables : environ 11 à 12 millions d'esclaves exportés d'Afrique entre 1450 et 1870, avec des pertes en mer d'environ 10-20% au XVIIIe siècle. Les principales puissances négrières furent, dans l'ordre, l'Angleterre, le Portugal et la France.
  • L'idée que les profits de la traite auraient financé la révolution industrielle européenne (thèse de René Dumont) est réfutée comme simpliste. L'auteur fait remarquer que le Portugal, principal acteur de la traite, n'a pas connu de révolution industrielle précoce, et que les régions industrielles de France (l'Est) n'étaient pas les grands ports négriers (Nantes, Bordeaux). De même, l'impact démographique catastrophique est relativisé : même en prenant les estimations maximalistes, les prélèvements annuels représentent un faible pourcentage de la population africaine supposée, et des régions très touchées (Golfe de Guinée) sont aujourd'hui parmi les plus peuplées.

Impact de la traite et dynamiques internes des sociétés africaines

« localement, au lieu de vider des régions de leur population, la traite aurait plutôt épongé l'excédent d'une population en croissance »
  • L'impact de la traite sur les sociétés africaines est complexe et nuancé. Albert Van Dantzig identifie trois types de sociétés : les victimes (arrière-pays), les pourvoyeurs/razzieurs, et les intermédiaires côtiers. La traite a souvent renforcé ou fait émerger des États centralisés le long des côtes, qui ont bâti leur puissance sur ce commerce. Les exemples du Bénin, du Dahomey, de l'Ashanti et de l'Oyo sont cités. Ces États ont développé des appareils militaires pour capturer des esclaves à l'intérieur et contrôler les routes commerciales vers la côte.
  • Le cas du royaume d'Oyo est particulièrement instructif. Puissance militaire de l'arrière-pays, il razzieait traditionnellement des captifs qu'il utilisait localement. Voyant les profits réalisés par les intermédiaires côtiers qui vendaient ces captifs aux Européens, Oyo chercha à partir de la fin du XVIIe siècle à contrôler directement l'accès à la côte. La traite atlantique a donc été un facteur de transformation politique et militaire, intégré dans des logiques africaines préexistantes de prédation et d'expansion.
  • En conclusion, l'auteur dénonce une vision « tiers-mondiste » qu'il juge idéologique et dépassée, qui fait de l'Europe la seule responsable des malheurs de l'Afrique et occulte les dynamiques internes et les responsabilités africaines dans des phénomènes comme l'esclavage. Il appelle à une analyse historique rigoureuse, fondée sur des sources vérifiables et libérée des pressions politiques et médiatiques, pour comprendre la complexité des processus migratoires, technologiques et commerciaux qui ont façonné l'histoire du continent.

Pages 1-144 (partie 4)

La Traite des Esclaves en Afrique : Rôles Africains et Musulmans

La Traite Atlantique : Un Partenariat Afro-Européen

Les faits sont donc têtus, même s'ils contredisent l'idéologie dominante : des Noirs ont toujours vendu d'autres Noirs; les Européens n'ont introduit ni l'esclavage ni le commerce des esclaves en Afrique, car ces deux institutions ont toujours fait partie de la vie quotidienne des Africains.
  • L'analyse déconstruit le récit dominant en affirmant que l'esclavage et le commerce d'esclaves étaient des institutions endogènes et anciennes en Afrique, bien avant l'arrivée des Européens. Le texte prend l'exemple des royaumes d'Oyo et d'Abomey dans la région du Dahomey actuel au XVIIIe siècle, où des conflits pour le contrôle des routes commerciales et des débouchés maritimes étaient directement liés à la traite. Les Européens (Portugais, Anglais, Français) se sont greffés sur ce système préexistant à partir du XVIe siècle, créant une demande extérieure pour un "produit" déjà disponible sur le marché intérieur africain.
  • Le document souligne que la traite atlantique n'a jamais été un monopole européen, mais une opération économique menée par des "partenaires blancs et noirs". Les Européens, cantonnés dans des forts côtiers et peu nombreux (environ 3000 sur toute la côte, hors Angola), n'avaient pas la capacité de capturer eux-mêmes les esclaves. Ce rôle de "producteurs directs" était dévolu aux Africains eux-mêmes, qui organisaient les razzias, les réseaux de distribution et les marchés continentaux. L'offre intérieure répondait ainsi à la demande extérieure, enrichissant une partie du continent au détriment d'une autre.
  • L'argumentation s'appuie sur les travaux des historiens François Renault et Serge Daget pour décrire la faiblesse du pouvoir européen en Afrique. Les implantations européennes étaient peu nombreuses, vulnérables et dépendaient du bon vouloir des pouvoirs africains locaux, comme le royaume du Bénin qui refusait tout contact direct. Le pouvoir réel restait africain, capable d'éliminer par la force les influences étrangères jugées indésirables, démontrant que la dynamique de la traite était largement contrôlée depuis l'intérieur du continent.

Les Conséquences de l'Abolition et l'Émergence de la Traite Musulmane

Non, le retard de l'Afrique n'est pas dû à la traite. On pourrait même dire que cette pratique a permis l'émergence ou le renforcement d'Etats là où n'existait que l'émiettement en chefferies villageoises.
  • Le texte avance une thèse provocatrice : la traite atlantique aurait permis la consolidation d'États structurés en Afrique de l'Ouest. Son abolition, décidée unilatéralement par les Européens à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle sans consulter les Africains, aurait ruiné ces États en leur coupant leur principale source de revenus, provoquant même leur effondrement. Cette perspective inverse le récit causal habituel qui lie le sous-développement africain aux déportations.
  • L'analyse établit une comparaison chiffrée entre la traite atlantique et la traite musulmane. Si les Européens ont déporté entre 8 et 12 millions d'Africains vers les Amériques du XVIe au XIXe siècle, les musulmans en ont exporté entre 10 et 12 millions du VIIe au XXe siècle vers l'Arabie, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Pourtant, la mémoire médiatique associe principalement la traite aux Européens. Le texte note que l'abolition du XIXe siècle n'a pas concerné les Arabes, dont les réseaux esclavagistes militaires ont continué à dévaster des régions entières.
  • La traite musulmane est présentée comme étant favorisée par des préceptes religieux. La division du monde entre territoires de l'Islam (Dar al-Islam) et territoires de la guerre (Dar al-Harb) légitimait la guerre sainte (jihad) comme pourvoyeuse principale d'esclaves. Cette dimension idéologique est cruciale pour comprendre la persistance et l'extension de ce commerce, qui n'était pas perçu comme une simple activité économique mais aussi comme un acte religieux et social codifié.

Le Mépris Raciste dans les Sources Arabes et la Codification de la Traite

Pour le célèbre historien et homme de lettres musulman Ibn Khaldun (1332-1406), « les seuls peuples à accepter l'esclavage sont les nègres en raison d'un degré inférieur d'humanité, leur place étant plus proche du stade animal ».
  • Le document cite abondamment des auteurs arabes classiques (Ibn Khaldun, al-Abshihi, lyad al-Sabti, Ibn Butlan) pour illustrer un mépris raciste profond envers les Noirs, les dépeignant comme inférieurs, corrompus, proches des bêtes, ou objets de désir paradoxal (pour les femmes). Ces citations visent à démontrer que l'idéologie justifiant l'esclavage des Noirs n'était pas l'apanage du monde occidental, mais était également présente et théorisée dans le monde musulman.
  • Les sources arabes, comme le Recueil de J.M. Cuoq, attestent de l'ancienneté de cette traite, mentionnée dès le IXe siècle. Elles décrivent des pratiques où des tribus noires vendaient d'autres Noirs aux marchands arabes, notamment par le vol d'enfants, une pratique décrite comme courante et socialement acceptée. Des textes comme celui d'Hudûd al-Alam (982) ou d'al-Mukaddasi détaillent la castration des garçons pour produire des eunuques, une spécialité de ce commerce.
  • La traite musulmane était hautement codifiée et régulément organisée. L'exemple du traité d'al-Maghili (XVᵉ siècle), destiné au souverain de Gao, montre que des juristes musulmans établissaient des règles précises gouvernant l'esclavage, y compris la vente des femmes esclaves. Cette institutionalisation contrastait avec la nature plus opportuniste et économique de la traite atlantique, selon le texte, et en assurait la pérennité.

Caractéristiques et Régions de la Traite Musulmane

La traite européenne portait surtout sur des hommes en état de travailler sur les plantations; la traite musulmane d'abord sur les jeunes filles (60 %), puis sur les jeunes enfants (10 %). Elle apparaît donc comme gravement traumatisante pour la démographie des peuples victimes.
  • L'analyse souligne une différence démographique majeure : la traite atlantique ciblait majoritairement les hommes adultes pour les plantations, tandis que la traite musulmane prélevait en priorité les jeunes filles (pour le service domestique et les harems) et les enfants (garçons souvent émasculés pour devenir eunuques). Cette sélection avait un impact dévastateur sur la structure démographique et le renouvellement des populations victimes.
  • La mortalité associée à cette traite était extrêmement élevée, non seulement lors des razzias dévastatrices, mais aussi pendant les marches à travers le désert ou la savane, et à cause des mutilations. L'historien Murray Gordon est cité, estimant qu'un seul enfant sur 200 survivait à l'émasculation. Les pertes humaines globales, incluant les morts lors des captures et des transports, dépassaient de loin le nombre d'esclaves effectivement vendus.
  • La traite musulmane concernait trois vastes régions. La première était l'Afrique de l'Ouest sahélienne, intégrée aux échanges transsahariens (or, ivoire, sel, esclaves) sur des pistes millénaires. Ici, les Arabes agissaient souvent par l'intermédiaire d'États ou d'ethnies noires organisées pour les razzias, comme l'empire de Samory à la fin du XIXe siècle. Les témoignages d'explorateurs européens (Mungo Park, Hugh Clapperton) décrivent l'horreur de ces caravanes.

La Traite Orientale et le Rôle de Zanzibar

« En aucune partie au monde, rien ne dépasse la misère et la souffrance endurées par ces misérables esclaves lors du voyage qui les amène de l'intérieur de l'Afrique... » - Consul britannique Hamerton, Zanzibar, 1841.
  • Au XIXe siècle, la traite orientale, centrée sur Zanzibar, connut une expansion massive, alimentée par la demande en main-d'œuvre pour les plantations de girofliers de l'île. Les réseaux arabes, souvent appuyés par des auxiliaires locaux comme les Yao ou les Nyamwezi, pénétrèrent profondément à l'intérieur, jusqu'au bassin du Congo, sous la direction de chefs comme Tippo Tip. Cette traite est particulièrement bien documentée par les récits d'explorateurs européens horrifiés.
  • Les témoignages de David Livingstone, Richard Burton et Verney Cameron décrivent avec une précision glaçante les méthodes de capture (razzias, guerres intertribales, rapts), les conditions de transport inhumaines (marches enchaînées, exécutions sommaires des faibles) et la mentalité des traitants, pour qui la vie humaine avait moins de valeur que l'ivoire. Les récits font état de scènes d'une brutalité extrême, comme l'abattage d'enfants pour alléger la charge de leur mère.
  • Le marché de Zanzibar était le cœur de ce commerce. Les archives douanières indiquent que 743 000 esclaves y furent vendus officiellement entre 1830 et 1875, un chiffre qui ne tient pas compte de la contrebande. Les profits étaient énormes, la valeur d'un esclave étant multipliée par 5 ou 6 entre l'intérieur et la côte. L'historien Marissal estime que pour un esclave vendu, quatre ou cinq périssaient, ce qui porterait le bilan humain à plusieurs millions de morts pour la seule région desservie par Zanzibar en quelques décennies.

La Lutte pour l'Abolition et la Persistance de l'Esclavage

La colonisation effective amplifiera la lutte et permettra de triompher de la traite, mais l'abolition de l'esclavage ne fut pas acceptée par les musulmans car le Coran considérait cette pratique comme une institution sociale.
  • La fin de la traite orientale ne fut pas le résultat d'une évolution interne, mais d'une pression extérieure et d'une conquête coloniale. Les Britanniques, par des traités (comme le traité Hamerton de 1845) et un blocus naval, tentèrent de limiter le commerce sans pouvoir l'éradiquer. Ce n'est qu'avec l'action combinée des missions religieuses (protestantes, Pères du Saint-Esprit, Pères Blancs de Lavigerie) et, surtout, l'établissement d'administrations coloniales allemandes, britanniques, belges et françaises que les réseaux furent militairement démantelés.
  • Le texte insiste sur le fait que sans la colonisation, la traite aurait persisté. Il souligne la résistance des esclavagistes et la nécessité d'expéditions militaires pour en venir à bout, comme les campagnes belges au Congo ou les batailles navales allemandes sur le lac Victoria. L'abolition fut imposée de l'extérieur à des sociétés où l'esclavage était une institution sociale et religieuse ancrée, notamment dans la loi musulmane (Sharia).
  • L'esclavage a persisté bien au-delà de la période coloniale dans le monde musulman. Le document cite des cas concrets : la dernière caravane signalée en Libye en 1929, des ventes à La Mecque en 1960, au Yémen en 1964. L'abolition officielle en Arabie Saoudite date de 1962. Les situations contemporaines en Mauritanie (où des centaines de milliers de Noirs seraient encore en esclavage) et au Soudan (où la guerre civile a relancé la traite des Dinka dans les années 1980-1990) sont présentées comme la preuve d'une dramatique permanence de ces pratiques.

Étude de Cas : Le Rwanda et la Dynamique Interne de la Traite

« Les marchands d'esclaves ont trouvé il y a quelques années le chemin de ce pays, et ceux qui gouvernent sont assez dépravés de leur côté pour vendre pour quelques brasses d'étoffes les jeunes enfants, les filles surtout. » - Mgr Hirth, 1901.
  • Le cas du Rwanda à la fin du XIXe siècle est analysé comme un microcosme illustrant la dynamique générale de la traite africaine. Le royaume, longtemps fermé aux influences extérieures, connaissait des formes traditionnelles d'esclavage (captifs de guerre, placement en période de famine). Avec l'arrivée des commerçants musulmans à ses frontières dans les années 1890, attirés par l'ivoire et le "vivier humain", le commerce prit une nouvelle ampleur, orienté vers l'exportation.
  • L'ouverture du Rwanda fut motivée par le désir des élites tutsi d'acquérir des biens de prestige comme les étoffes. Les chefs vendaient des enfants, surtout des filles hutu ou des captifs venus de régions voisins comme le Bushi. Le texte décrit des marchés locaux (comme Kivumu) et des filières complexes impliquant des intermédiaires rwandais, intégrant ce commerce lucratif dans les circuits économiques traditionnels (troc contre du bétail).
  • Les sources missionnaires (Mgr Hirth, les Pères Blancs) dénoncèrent vigoureusement cette traite à partir de 1900, entrant en conflit avec les autorités coloniales allemandes qui minimisaient le phénomène. Le document, tout en reconnaissant le parti pris des missionnaires dans leur "croisade anti-esclavagiste", valide la réalité du trafic grâce à des témoignages oraux recueillis dans les années 1970. Il conclut que ce n'est qu'avec l'établissement de l'administration allemande après 1907 que la traite prit fin au Rwanda, confirmant le rôle décisif du pouvoir colonial dans son abolition.

L'Enjeu Contemporain : Tribalisme, Colonialisme et Désinformation

« Assimiler les sociétés africaines à des tribus... c'est aussi affirmer qu'elles sont en conflits permanents entre elles et légitimer une politique systématique de division. » - J. L. Amselle et Elikia M'Bokolo
  • La dernière section aborde un enjeu historiographique et politique majeur : la négation du fait ethnique comme réalité pré-coloniale. Le texte accuse un courant "tiers-mondiste" (citant Catherine Coquery-Vidrovitch, J.-P. Chrétien) de mener une désinformation visant à attribuer les divisions ethniques (tribalisme) et les conflits qui en découlent à une invention ou une manipulation de la colonisation. Pour ces auteurs, les ethnies auraient été "fabriquées" par l'administration coloniale pour mieux diviser et contrôler.
  • L'auteur s'oppose radicalement à cette thèse, affirmant que l'émiettement ethnique et les tensions qui en découlent sont une donnée structurelle et ancienne de l'histoire africaine. Il voit dans la démarche des "tiers-mondistes" une tentative de blanchir l'Afrique de ses problèmes internes et de reporter toute la responsabilité sur l'héritage colonial, préparant ainsi un "schéma culpabilisateur" à destination de l'opinion publique occidentale.
  • Pour étayer son propos, le texte dresse une liste non exhaustive de conflits ethniques sanglants ayant marqué l'Afrique post-coloniale : les persécutions des Peuls en Guinée de Sékou Touré, le génocide des Bubi en Guinée Équatoriale sous Macias Nguema, les massacres entre Haoussas et Ibos au Nigeria, etc. Il suggère que nier la profondeur des clivages ethniques, comme le fait J.-P. Chrétien à propos des Hutu et Tutsi du Rwanda et du Burundi, revient à manipuler l'histoire et à empêcher une compréhension juste des réalités africaines.

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Les Apartheids Noirs et les Conflits Ethniques en Afrique

Les Conflits Ethniques Postcoloniaux au Nigeria et au Congo

En juillet 1966, le général Gowon, un nordiste non haoussa mais chrétien, s'empara du pouvoir. Il réorganisa les structures administratives du Nigeria qui fut divisé en douze Etats. Les Ibos perdaient leur accès à l'Océan avec tous leurs puits de pétrole.
  • La guerre du Biafra (1967-1970) est présentée comme la conséquence directe de la réorganisation territoriale du Nigeria par le général Gowon, qui priva l'ethnie Ibo (Igbo) de ses ressources pétrolières et de son accès à la mer. Cette sécession a entraîné une guerre acharnée et une famine dévastatrice, faisant plus d'un million de morts parmi les Ibos. L'auteur souligne que cette catastrophe a été la première grande famine africaine médiatisée en Europe, marquée par des images d'enfants squelettiques. La défaite militaire du Biafra en 1970 n'a pas mis fin aux tensions, qui persistent sous forme de conflits ethnico-religieux, attisés par des fondamentalistes musulmans et des expulsions massives de migrants.
  • Au Congo (devenu Zaïre), l'indépendance en 1960 a déclenché des guerres tribales d'une extrême violence. L'auteur décrit des scènes hallucinantes à Stanleyville (Kisangani) en 1964, où des bandes comme les Simba se sont livrées à des massacres, des tortures et des actes de cannibalisme. Le conflit était fondamentalement ethnique, opposant les Bakongo au pouvoir central aux grandes ethnies du Sud, les Luba et les Lunda. La sécession du Katanga, peuplée majoritairement de Lunda et menée par Moïse Tshombé, illustre cette fracture. Elle n'a été vaincue que par l'intervention massive du corps expéditionnaire de l'ONU, montrant l'incapacité des structures étatiques à contenir ces dynamiques communautaires.

L'Ethnocide en Ouganda et le Psychodrame Rwanda-Burundi

Entre 1971 et 1979, au moins 500 000 Baganda périrent dans un véritable ethnocide perpétré contre eux.
  • En Ouganda, le régime d'Idi Amin Dada (1971-1979), un Nilotique, a orchestré un ethnocide contre les Baganda (Ganda), l'ethnie historiquement dominante du sud, faisant au moins 500 000 morts. Après le renversement d'Amin par l'armée tanzanienne en 1979, les Baganda ont pris leur revanche, perpétrant à leur tour un ethnocide contre les Nilotiques, ajoutant 500 000 morts supplémentaires. En seize ans, l'Ouganda a ainsi perdu au moins un million d'hommes dans des guerres civiles et des massacres à base ethnique, démontrant la profondeur et la cyclicité de ces violences.
  • Le Rwanda et le Burundi sont présentés comme un « cas d'école » du conflit ethnique permanent, malgré leur ancienneté et leur homogénéité culturelle et linguistique. Leur population est composée d'environ 65% de Hutu, 15% de Tutsi, 1% de Pygmées et 20% d'individus métissés. La décolonisation a déclenché une « jacquerie hutu » au Rwanda, avec le massacre de 50 000 Tutsi. Au Burundi, les Tutsi minoritaires se sont maintenus au pouvoir par une politique répressive, culminant en 1972 avec le massacre de 150 000 à 200 000 Hutu lettrés pour éliminer les cadres potentiels d'une insurrection. Ces cycles de violence se sont poursuivis dans les années 1980.

La Négation Tiers-Mondiste des Réalités Ethniques

Ces événements tragiques dérangent la bonne conscience des tiers-mondistes dans la mesure où ils viennent infirmer leurs postulats.
  • L'auteur critique vivement les intellectuels tiers-mondistes et certains historiens (comme Jean-Pierre Chrétien) qui, selon lui, nient la réalité des oppositions ethniques précoloniales. Il leur reproche d'attribuer la création des catégories Hutu et Tutsi à l'anthropologie coloniale, qui aurait « gelé » et « consolidé artificiellement » des distinctions qui n'étaient à l'origine que des spécialisations économiques temporaires entre agriculteurs et éleveurs. Pour l'auteur, cette vision est une aberration historique qui sert à préserver une idéologie.
  • En opposition à cette thèse, l'auteur s'appuie sur les archives coloniales et missionnaires pour affirmer que les différences entre Tutsi et Hutu étaient profondes et anciennes. Il cite des rapports décrivant la taille élevée des Tutsi, leur « port altier », leurs « traits non négroïdes » et leur idéologie de supériorité raciale. Il mentionne également des pratiques traditionnelles de sélection physique (comme l'élongation de la colonne vertébrale des enfants) visant à se conformer à un morphotype tutsi idéal, preuve selon lui d'une distinction ethnico-raciale antérieure à la colonisation.

Les Fondements Historiques et Économiques du Conflit Hutu-Tutsi

Il devint urgent de 'sauvegarder les droits de la vache contre la rapacité de la houe'.
  • L'opposition entre pasteurs tutsi et agriculteurs hutu est analysée comme le fondement socio-économique du conflit. Dès la fin du XVIIe siècle, la pression démographique hutu et le développement de l'agriculture ont menacé les pâturages essentiels au mode de vie pastoral tutsi. En réponse, les Tutsi ont instauré un droit foncier rigoureux, divisant l'espace rural en deux zones : l'ibuhutu (voué à l'agriculture) et l'ibututsi (réservé aux activités pastorales). Cette division institutionnalisait la domination des pasteurs sur les agriculteurs.
  • Le système politique précolonial du Rwanda est décrit comme un État pastoral où la possession de bovins régissait les relations sociales. Les Tutsi détenaient le pouvoir politique et foncier, attribuant des terres aux Hutu en échange de services, créant ainsi un rapport clientéliste inégalitaire. L'auteur cite un document de 1958 dans lequel des dignitaires tutsi affirment clairement leur différence raciale et leur droit de conquête sur les Hutu, rejetant toute idée de fraternité. Cette idéologie de supériorité, ancrée dans les mythes fondateurs des XVe-XIIIe siècles, est présentée comme la source de l'antagonisme permanent.

Les Conflits Ethniques au Soudan, au Tchad et en Afrique Australe

Le Sudan est aujourd'hui plongé dans la même situation qu'il y a un siècle.
  • Au Soudan, la guerre civile est analysée comme la résurgence de raids esclavagistes du Nord arabe et islamisé contre les populations noires animistes du Sud, notamment les Dinkas. L'auteur estime que la parenthèse coloniale avait mis fin à ces pratiques, mais que l'islamisation forcée et l'application de la loi islamique par le gouvernement ont ramené le pays un siècle en arrière. Les milices arabes armées par Khartoum capturent des esclaves, tuent les hommes et enlèvent femmes et enfants. Cette « guerre oubliée » aurait fait deux millions de victimes.
  • La Namibie et l'Angola sont présentés comme des mosaïques ethniques où les conflits précoloniaux déterminent la politique contemporaine. En Namibie, les Ovambo (majoritaires et base de la SWAPO) sont redoutés par les autres ethnies (Herero, Nama, etc.) qui craignent leur domination après l'indépendance. En Angola, la guerre civile oppose trois mouvements ancrés ethniquement : le MPLA (Mbundu), le FNLA (Bakongo) et l'UNITA (Ovimbundu). L'auteur conclut que l'identité noire africaine unique est un mythe et que le continent est divisé en ethnies souvent plus différentes entre elles que les peuples européens.

Éthiopie : La Famine comme Arme Politique

La carte de la famine recoupant celle des combats, doit-on lui attribuer une cause humaine ?
  • La famine éthiopienne des années 1980 est présentée comme une catastrophe largement politique et non pas uniquement climatique. Bien qu'une sécheresse ait touché les provinces du Tigré et du Wollo, l'auteur argue que l'ampleur du désastre est due à la collectivisation forcée des terres par le régime marxiste du colonel Mengistu, qui a fait chuter la productivité agricole. De plus, ces régions étaient en rébellion contre le pouvoir central, et Addis-Abeba a laissé la famine s'aggraver pour affaiblir les guérillas.
  • L'auteur dénonce un vaste « chantage à la charité » orchestré par le régime éthiopien. Après avoir occulté la famine, le gouvernement a autorisé des reportages télévisés choquants pour susciter une aide internationale massive. Cette aide a ensuite été détournée : utilisée pour payer des dettes envers l'URSS et Cuba, taxée lourdement, ou gaspillée dans des projets somptuaires (comme le 10e anniversaire de la révolution). Des organisations comme Médecins sans Frontières ont accusé le gouvernement de déporter des centaines de milliers de personnes des zones rebelles vers le sud, causant des dizaines de milliers de morts, dans le but de vider les régions insurgées de leur base civile.

Afrique du Sud : Les Guerres Civiles Noires et l'Héritage du Mfecane

En Afrique du Sud, ce sont des Noirs qui massacrent d'autres Noirs dans une guerre civile résultant d'une double rupture : ethnique et historique... et idéologique et sociale.
  • L'auteur conteste le récit médiatique d'une lutte unie des Noirs contre l'apartheid, en documentant de nombreux affrontements inter-ethniques dans les années 1980 (ex: Zulu contre Xhosa, Ndebélé contre Sotho). Il insiste sur la profonde division des peuples noirs d'Afrique du Sud en huit ethnies principales (Zulu, Xhosa, Sotho, Tswana, etc.), aux langues, cultures et histoires distinctes, et sur la permanence des antagonismes historiques.
  • La genèse de ces divisions est retracée jusqu'au Mfecane (le « broyage »), le bouleversement provoqué par l'expansion guerrière du royaume Zulu sous Shaka au début du XIXe siècle. L'auteur décrit en détail l'organisation militaire redoutable des Zulu et les vagues de conquêtes, de massacres et de déplacements de populations qui en ont résulté, dépeuplant de vastes régions. Il réfute les thèses (comme celle de l'historien Cobbing) qui minimisent le rôle des Zulu et des Ndebele pour attribuer ce dépeuplement à des razzias d'esclaves par des groupes Khoisan. Pour lui, le Mfecane est la preuve que les guerres civiles noires sont une réalité historique ancienne, indépendante de la présence blanche.

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Guerres civiles noires et bilan désastreux de l'indépendance en Afrique

Les dévastations précoloniales et la formation de l'espace sud-africain

L'actuelle occupation de l'espace par les populations noires d'Afrique du Sud résulte donc bien des dévastations provoquées dans toute la partie australe du continent antérieurement à l'arrivée des Blancs, qu'elles l'aient été par les Ndebele, les Tlokwa-Mantatees, les Griqua ou les Ngwane. Les faits sont têtus!
  • Le texte décrit en détail les conflits et déplacements de populations qui ont façonné l'Afrique australe avant la colonisation européenne. Il relate notamment les raids des Ngwane (ou Matiwane) entre 1825 et 1828. Après avoir été défaits par les Zoulous et avoir perdu leur bétail, les Ngwane attaquent les Tembu (Xhosa) pour se reconstituer. Ils sont finalement écrasés par une coalition de commandos boers et de troupes britanniques à Mbolompo en 1828. L'argument central est que la répartition géographique des ethnies noires à la veille de la colonisation blanche était déjà le résultat de guerres et de razzias intestines, contredisant le récit d'une occupation pacifique et stable perturbée uniquement par l'arrivée des Européens.
  • Ces événements, comme les migrations forcées des Ndebele ou les actions des Griqua, démontrent une instabilité et une violence endémique dans la région. Le texte insiste sur le fait que ces "dévastations" ont créé le paysage humain que les colons ont ensuite trouvé et administré. Cette analyse vise à historiciser les conflits ethniques et à rejeter une vision idéalisée d'un passé africain harmonieux, en affirmant que les "faits sont têtus". Cette perspective sert de prélude à l'explication des guerres civiles contemporaines dans les townships.

La révolution urbaine et l'émergence des townships en Afrique du Sud

Comme tous les pays du tiers-monde, l'Afrique du Sud a connu une révolution urbaine. Elle s'est opérée en deux étapes, touchant d'abord les Blancs et ensuite seulement les Noirs.
  • Le document analyse l'urbanisation massive en Afrique du Sud comme un phénomène en deux phases. D'abord, les Afrikaners, initialement ruraux, ont été poussés vers les villes par la guerre des Boers, les crises économiques et les sécheresses au XXe siècle. Cette migration a créé un prolétariat blanc afrikaner qui a permis la victoire électorale du Parti national et l'instauration de l'apartheid. Ensuite, à partir des années 1920, une urbanisation massive des Noirs a commencé, passant de 590 000 en 1921 à 7 millions au moment de la rédaction, avec une projection de 20 millions pour l'an 2000.
  • Les nouveaux citadins noirs vivent dans des townships, décrits non comme des ghettos mais comme des villes dotées d'infrastructures administratives et économiques, souvent auto-administrées. Leur composition ethnique varie : mono-ethnique au Natal (Zulu) ou dans la région du Cap (Xhosa), ou mélangée comme à Soweto. Cette urbanisation crée une nouvelle catégorie sociale, les "urbanisés", parfois considérée comme une "dixième ethnie". Le texte souligne que ces mégalopoles sont le terrain de prédilection des révolutionnaires, qui échouent dans les campagnes traditionnelles, et sont le théâtre des affrontements futurs.

Les acteurs de la guerre civile : ANC, communistes et stratégie de déstabilisation

Pour Oliver Tambo, président de l'ANC, il y a longtemps que « la guerre civile est déclarée » dans les townships.
  • L'ANC (African National Congress) est présenté comme un mouvement clandestin et violent, principal outil de lutte contre le régime, prônant la déstabilisation par l'émeute et l'anarchie. Le texte affirme qu'il a été noyauté et contrôlé par le Parti communiste sud-africain (SACP) clandestin. Des preuves avancées incluent le fait que 23 des 30 membres de son comité directeur seraient inscrits au SACP, et que son ancien chef militaire était Joe Slovo, un "Blanc (lituanien) ayant le grade de colonel dans l'Armée Rouge". L'ANC est ainsi décrit non comme un mouvement anti-apartheid, mais comme une "organisation terroriste" inféodée au communisme international.
  • La stratégie de l'ANC et de son bras politique légal, l'UDF (United Democratic Front), consistait à rendre les townships "ingouvernables" en éliminant physiquement les élus municipaux noirs, via des méthodes comme les "colliers de feu". L'UDF, bénéficiant de porte-parole comme Desmond Tutu, servait de façade internationale et de courroie de transmission. Cependant, le texte minimise leur représentativité, citant des sondages qui n'accorderaient qu'à 30% des Noirs urbanisés une réceptivité à leurs mots d'ordre, soit 3 à 4 millions de personnes sur 22 millions de Noirs au total. L'ANC est aussi décrit comme étant dominé par l'ethnie Xhosa, ce qui crée des tensions internes et des accusations de tribalisme.

L'opposition à l'ANC : mouvements noirs nationalistes et Inkatha

Si un mouvement peut légitimement revendiquer le rang de première organisation noire de RSA, c'est bien lui [l'Inkatha], et non l'ANC.
  • Face à la coalition ANC-UDF-SACP, se dressent des mouvements partisans d'un "pouvoir noir" exclusif. L'AZAPO (Azanian People's Organization), héritière de la "conscience noire", est décrite comme ouvertement raciste, adaptant le schéma marxiste pour faire des Noirs des prolétaires et des Blancs des capitalistes, avec pour solution l'expulsion de tous les Blancs. Son allié, le PAC (Pan Africanist Congress), est en perte d'influence.
  • Le mouvement le plus important est l'Inkatha, fondé dans les années 1920 pour sauvegarder la culture zoulou et revitalisé par le chef Buthelezi. Comptant un million de membres, il est présenté comme la première organisation noire du pays. Hostile à la lutte armée de l'ANC, il estime que le fossé entre Blancs et Noirs ne doit pas se creuser et que les campagnes de déstabilisation provoquent un désinvestissement catastrophique pour l'économie et les Noirs. Cette opposition idéologique et ethnique (l'Inkatha est principalement zoulou) dégénère en violents affrontements dans les townships, notamment au Natal, faisant des centaines de morts.

Les dimensions sociales et ethniques des conflits dans les townships

« Une bonne quarantaine de morts depuis le 1er janvier 1988, près de 300 en 1987; environ 1500 victimes entre le début des affrontements en septembre 1984 et la fin de 1986 ... Près de 1 900 tués en trois ans ! »
  • Les conflits dans les townships mêlent luttes politiques, sociales et ethniques. D'un côté, une guerre sociale oppose les Noirs "ayant quelque chose à défendre" (notables, commerçants, employés) considérés comme des "collaborateurs", aux laissés-pour-compte manipulés par la propagande. Ces derniers forment des milices de "Camarades" qui pillent et tuent, face auxquelles se constituent des groupes d'autodéfense, les "Vigilants". L'exemple tragique des batailles de Crossroads en 1986 est cité.
  • Parallèlement, des guerres tribales sanglantes éclatent, comme les affrontements Sotho-Ndebélé, ou Zulu contre Xhosa. Les combattants s'affrontent avec des armes blanches (machettes, couteaux) et parfois des revolvers. La presse internationale (citations de Libération et Jeune Afrique) décrit des scènes comparables à un "mini-Beyrouth". Le texte note amèrement que ces morts interafricains éclipsent en nombre la répression des forces de sécurité, et sont parfois salués par des extrémistes blancs comme un prélude de ce qui arriverait sous un gouvernement noir.

Le bilan catastrophique de trente ans d'indépendance en Afrique

Alors qu'au moment des indépendances de la décennie 1960, le continent était autosuffisant alimentairement, en 1989, 1/3 de sa population, soit 150 millions d'habitants, ne survit que grâce à l'aide étrangère.
  • Le document dresse un constat accablant de la situation économique et alimentaire de l'Afrique post-indépendance. Alors qu'elle était autosuffisante dans les années 1960, elle dépend massivement de l'aide alimentaire à la fin des années 1980. Les revenus par habitant ont baissé de 11% entre 1981 et 1984. La cause principale identifiée est une combinaison de surpâturage, de surculture et de déboisement, conduisant à l'érosion et à la stérilisation des sols. Des données précises sont fournies : recul de 60% de la forêt éthiopienne depuis 1900, baisse des rendements agricoles de 27% en Tanzanie, 18% au Soudan, 16% en Zambie.
  • Cette crise est aggravée par une explosion démographique incontrôlée, avec une croissance moyenne de 3% par an (jusqu'à 4% au Kenya) et une fécondité de 6,9 enfants par femme. Le texte attribue cette explosion aux succès de la médecine coloniale et post-coloniale, qui a fait chuter la mortalité infantile de 25% à 10-12%, citant le président de Médecins sans Frontières, Rony Braumann. Cette surpopulation entraîne une urbanisation galopante (villes quadruplées depuis 1960, croissance de 6-7% par an) créant des "cancers" urbains improductifs qui vivent de la redistribution de l'aide internationale, au détriment des paysans, seuls producteurs réels.

La dette africaine et l'échec des modèles de développement

« Les revenus, la consommation et les investissements des pays en voie de développement ont diminué. Les uns et les autres sont tombés au niveau des années 70, et, dans le cas des pays les plus pauvres et les plus endettés d'Afrique au niveau de ce qu'ils étaient dans les années 60. »
  • Le texte présente des tableaux détaillés de la dette extérieure des pays africains en 1986/1987, distinguant 22 pays "en situation de détresse" (comme le Soudan, la Tanzanie, le Zaïre, la Zambie) et d'autres comme le Nigeria, la Côte d'Ivoire ou le Kenya. Les chiffres montrent l'énormité du fardeau (ex: 36,8 milliards de dollars pour les 22 pays les plus endettés) et des ratios d'endettement insoutenables, souvent supérieurs à 80% du PIB par habitant. Malgré les rééchelonnements, la situation s'aggrave.
  • L'échec est aussi celui des modèles de développement, qu'ils soient capitalistes ou marxistes. L'exemple de la Tanzanie de Julius Nyerere est longuement développé comme un "phare" du tiers-mondisme ayant tourné au "fiasco complet". Son programme socialiste de développement autocentré et d'autosuffisance alimentaire, basé sur des communautés villageoises (Ujamaa), a conduit à la ruine du pays et à une dépendance totale à l'aide alimentaire, comme l'aurait reconnu Nyerere lui-même. Cet échec est présenté comme la preuve de la faillite des solutions préconisées par les idéologues tiers-mondistes.

Critique du tiers-mondisme et révision de l'héritage colonial

« Il faut prendre conscience que la richesse des pays riches se fonde, se maintient, se développe sur la pauvreté, voire sur l'appauvrissement continu du tiers monde. » (Plaquette du CCFD)
  • Le document entreprend une critique systématique de l'idéologie tiers-mondiste, qu'il décrit comme un mélange de marxisme et de culpabilisme chrétien (via des organisations comme le CCFD ou la CIMADE). Cette idéologie accuse la colonisation d'être responsable du sous-développement via trois mécanismes : les cultures d'exportation au détriment des vivrières, la dégradation des termes de l'échange, et l'écrasement des économies traditionnelles par le capitalisme. Elle en appelle à un "Nouvel ordre économique mondial" et à des transferts de technologie.
  • Cette thèse est vigoureusement contestée. L'ouvrage de Jacques Marseille, Empire colonial et capitalisme français, est cité pour démontrer que les colonies ont été un "tonneau des Danaïdes" pour la France. Les produits coloniaux (vin algérien, caoutchouc indochinois, cacao ivoirien, sucre antillais) étaient achetés bien au-dessus des cours mondiaux, constituant une subvention de la métropole à ses colonies. La décolonisation est présentée comme un "délestage" économique bénéfique pour la France, libérant des capitaux pour sa modernisation. Ainsi, l'idée d'un "pillage" colonial est rejetée au profit de celle d'un coût net pour la métropole.

Les causes internes du sous-développement : immobilisme et déterminismes culturels

« Elle n'a pas aménagé de barrages, de systèmes d'irrigation et de drainage. Elle n'a pas de norias, ni de dalous ni même de chadoufs; rien qui tourne, pas plus de moulins à vent que de moulins à eau; pas même d'écopes. » (Pierre Gourou sur l'Afrique noire)
  • Le texte ose une critique des facteurs internes africains du sous-développement, rompant avec le tabou de la seule responsabilité extérieure. Il compare l'Afrique à l'Asie : avec une superficie équivalente, l'Asie tropicale nourrit 1800 millions d'habitants répartis en 16 États, tandis que l'Afrique tropicale peine à nourrir 380 millions d'habitants dans 45 États. La différence tiendrait à la capacité asiatique à aménager l'espace et à innenter face à l'adversité (moussons), contrairement à un certain fatalisme africain.
  • Les blocages sont décrits comme culturels et techniques : absence historique d'États puissants, émiettement ethnique, techniques agricoles archaïques et stérilisantes (culture itinérante sur brûlis, refus de la charrue - seulement 4 à 6% des céréales cultivées à la charrue au Sahel), gaspillage des ressources (déforestation, feux de brousse). Le texte suggère que l'environnement africain, moins hostile (pas de catastrophes naturelles soudaines), n'a pas contraint ses habitants à l'innovation. La colonisation est finalement présentée comme une "chance historique" ayant apporté des plantes alimentaires nouvelles, des outils, la paix, la fin de l'esclavagisme et la médecine, chance que l'Afrique n'a "pas su saisir".

Perspectives d'avenir : repenser l'aide et assumer un discours de vérité

Mais avant tout, déculpabilisons-nous afin que nos rapports avec les Africains puissent être assainis. Les arrière-pensées et les remords empêchent la lucidité et la franchise.
  • En conclusion, le texte propose de repenser radicalement l'aide internationale. Celle-ci, automatique et "à grand spectacle", est jugée contre-productive : elle maintient au pouvoir des gouvernements incompétents, décourage la production agricole locale en concurrençant les paysans, et transforme les populations en "éternels assistés". L'aide doit cesser d'être une "pénitence" fondée sur un sentiment de culpabilité infondé.
  • Quatre principes sont énoncés : 1) Cesser la culpabilisation et reconnaître que le Nord n'est pas responsable du sous-développement. 2) Abandonner l'assistance pure qui aggrave les problèmes. 3) Favoriser le développement par l'intégration aux circuits monétaires et une juste rémunération des paysans, et non par l'autarcie prônée par un Dumont. 4) Orienter l'aide vers les PME/PMI créatrices de richesses. Le texte appelle à un "franc-parler" avec les Africains, libéré de l'idéologie tiers-mondiste, pour aborder les vrais problèmes : ethnisme, absence d'État, fatalisme. Le livre se présente comme une tentative de "libérer l'histoire africaine" de cette "oppressante colonisation tiers-mondiste".

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Bibliographie et index d'un ouvrage sur l'histoire africaine

Sources archéologiques et préhistoriques

COPPENS (Y.), Le Singe, l'Afrique et l'Homme. Paris, 1983.
  • La bibliographie recense un corpus substantiel d'études archéologiques fondamentales pour comprendre les origines de l'humanité et les premières sociétés africaines. Les travaux de Yves Coppens, notamment « Le Singe, l'Afrique et l'Homme » (1983) et « Pré-ambules: les premiers pas de l'Homme » (1988), ainsi que ceux de J. D. Clark (« The Prehistory of Southern Africa », 1959) et de R. Leakey, posent les bases des connaissances sur l'évolution humaine en Afrique. Ces références couvrent des périodes allant du Paléolithique au Néolithique, explorant les transitions cruciales comme la domestication des plantes et des animaux, avec des contributions majeures dans des ouvrages collectifs tels que « Origins of African Plant Domestication » (Harlan et al., 1976).
  • Les recherches sur le Sahara occupent une place importante, illustrant son rôle de carrefour dans la préhistoire africaine. Les études de G. Camps (« Origine de la domestication en Afrique du Nord et au Sahara », 1978) et de M. Cornevin (« Les Néolithiques du Sahara central et l'histoire générale de l'Afrique », 1982) analysent les processus de néolithisation. Les travaux d'A. Muzzolini sur l'art rupestre saharien (« L'Art rupestre du Sahara central », thèse 1983) et de N. Petit-Maire (« Le Sahara de la steppe au désert », 1984) apportent des éclairages essentiels sur les changements climatiques et leurs impacts sur les sociétés humaines, démontrant la dynamique profonde de cette région avant son aridification.
  • L'âge du fer en Afrique subsaharienne fait l'objet de nombreuses références clés, marquant le passage à des sociétés plus complexes. Les travaux de D. W. Phillipson (« The Early Iron Age in Eastern and Southern Africa : A critical Re-Appraisal », 1976) et de F. Van Noten (« The Early Iron Age in the Interlacustrine Region », 1979) sont centraux. Des études plus localisées, comme celles de M. C. Van Grunderbeck sur le Rwanda et le Burundi (« Le premier âge du fer au Rwanda et au Burundi », 1982), fournissent des données précises sur la diffusion de la métallurgie. Ces recherches, souvent associées à des datations au radiocarbone, permettent de reconstituer la chronologie et les routes de diffusion des technologies et des groupes de population.

Linguistique, expansion bantoue et peuplement

VANSINA (J.), «Le phénomène bantou et les savants», RFHOM, LXV, 1978, 241, pp. 543-551.
  • La question de l'expansion bantoue, phénomène central de l'histoire du peuplement de l'Afrique subsaharienne, est abordée à travers un large éventail d'études linguistiques et archéologiques. Les travaux fondateurs de M. Guthrie (« The Classification of the Bantu languages », 1948) et les réflexions de J. Vansina (« Le phénomène bantou et les savants », 1978) ont structuré le débat. Des chercheurs comme R. Oliver (« The problem of the Bantu expansion », 1966), C. Ehret (« Patterns of Bantu and Central Sudanic Settlements », 1973) et D. W. Phillipson (« The Spread of the Bantu languages », 1977) ont croisé données linguistiques et archéologiques pour retracer les migrations et les interactions.
  • Les actes du colloque de Viviers (« L'Expansion bantoue », 1977/1980) publiés par le CNRS représentent une synthèse majeure, regroupant les contributions des meilleurs spécialistes de l'époque. Ils illustrent la complexité du phénomène, qui n'est pas perçu comme une simple migration mais comme un processus long et interactif de diffusion linguistique, technologique (agriculture, fer) et culturelle. Des articles comme celui de R. P. Gramly (« Expansion of Bantu-Speakers versus Development of Bantu Language and African Culture in situ », 1978) reflètent les discussions, parfois vives, entre partisans d'une expansion démographique et ceux privilégiant une diffusion culturelle.
  • La linguistique historique est également mobilisée pour d'autres familles de langues et pour des questions spécifiques. Les études de C. Ehret sur les contacts est-africains (« Ethiopians and East Africans. The problem of contacts », 1974) ou les méthodes de datation glottochronologique évoquées par M. Swadesh (« Towards Greater Accuracy in Linguistic Dating », 1955) en sont des exemples. Par ailleurs, des marqueurs biologiques comme l'intolérance au lactose (études de G. C. Cook, F. J. Simoons) sont cités comme des indices ethnologiques potentiels pour retracer l'histoire des populations pastorales, montrant l'interdisciplinarité des approches convoquées.

Histoire des traites négrières et de l'esclavage

CURTIN (P.), The Atlantic Slave Trade. A census, 1969.
  • La bibliographie accorde une place significative aux études sur les traites négrières, tant atlantique qu'orientale, et sur l'esclavage interne au continent. L'ouvrage pionnier de Philip Curtin (« The Atlantic Slave Trade. A census », 1969) a révolutionné l'approche quantitative du sujet. Les synthèses de F. Renault et S. Daget (« Les Traites négrières en Afrique », 1985) et de P. E. Lovejoy (« Transformations in Slavery A History of Slavery in Africa », 1983) offrent des perspectives globales. Ces travaux ont permis de dépasser les estimations approximatives pour tenter des évaluations démographiques plus fines, comme le montre aussi l'article de D. Richardson (« Slave Exports from West and West-Central Africa, 1700-1810 », 1989).
  • La traite orientale et arabo-swahilie est également bien documentée. Les références incluent les travaux de M. Gordon (« L'Esclavage dans le monde arabe du VIIe au XXe siècle », 1987), de J. Marissal sur Zanzibar et les Grands Lacs (« La Traite orientale à Zanzibar », 1970 ; « Le commerce zanzibarite dans l'Afrique des Grands Lacs au XIXe siècle », 1978), et les récits d'explorateurs comme G. Casati ou H. M. Stanley qui en furent les témoins. L'action des missionnaires, notamment des Pères Blancs de Lavigerie, contre l'esclavage est évoquée à travers les travaux de F. Renault (« Lavigerie, l'Esclavage africain et l'Europe », 1971) et R. Heremans.
  • Les conséquences socio-économiques de la traite sur les sociétés africaines font l'objet d'analyses spécifiques. Les articles de A. Van Dantzig (« Effects of the Atlantic Slave Trade on some West African Societies », 1976), de P. Harries (« Slavery, social incorporation and surplus extraction », 1981) ou de J. Surret-Canale (« Contexte et conséquences sociales de la traite africaine », 1964) explorent comment la traite a déstructuré les équilibres politiques, exacerbé les conflits et transformé les modes de production, préparant parfois le terrain pour la colonisation européenne. L'ouvrage de P. Collister (« The Last Days of Slavery », 1961) se concentre sur la période d'abolition.

Contacts anciens, royaumes et empires précoloniaux

DESANGES (J.), Recherches sur l'activité des Méditerranéens aux confins de l'Afrique (VIe siècle avant J.-C. - IVe siècle après J.-C.), Paris, 1982.
  • Les relations de l'Afrique avec le monde méditerranéen dans l'Antiquité sont documentées par les travaux de J. Desanges (« L'Afrique noire et le monde méditerranéen dans l'Antiquité », 1975 ; « Recherches sur l'activité des Méditerranéens aux confins de l'Afrique », 1982) et de M. Euzennat sur les frontières romaines (« Recherches récentes sur la frontière d'Afrique », 1977). Les études de R. Mauny sur les navigations pré-portugaises (« Les Navigations médiévales sur les côtes sahariennes », 1960) et le « Périple de la mer Érythrée » font le lien avec l'océan Indien. Ces recherches montrent que l'Afrique n'était pas isolée mais intégrée à des réseaux d'échanges anciens.
  • L'histoire des empires et royaumes précoloniaux est abordée à travers des sources arabes et des études historiques. Les recueils de sources arabes de J. M. Cuoq (« Recueil des sources arabes concernant l'Afrique occidentale », 1975) sont essentiels. Des articles analysent des entités politiques comme l'empire du Ghana (N. Levtzion, « Ancient Ghana: a reassessement », 1979), l'empire songhaï (Z. Dramani-Issifou, « Islam et société dans l'empire Sonrhai », 1983), ou la ville de Tadmakka (T. Lewicki, 1979). Pour l'Afrique de l'Est, les travaux de J. Sutton (« L'Afrique orientale avant le VIIe siècle », 1980) et de J. Marissal sur les royaumes interlacustres et l'Islam fournissent des éclairages précieux.
  • La région des Grands Lacs, et particulièrement le Rwanda, fait l'objet d'une attention particulière, reflétant probablement un axe de recherche de l'auteur de l'ouvrage. Les références incluent des travaux historiques et anthropologiques de premier plan : M. d'Hertefelt (« Eléments pour l'histoire culturelle de l'Afrique », 1972), A. Kagame, B. Lugan (thèses et articles sur l'économie, les famines, les contacts avec l'Islam et les missions), et J.-P. Chrétien (« Hutu et Tutsi au Rwanda et au Burundi », 1985). Ces études explorent la complexité des structures sociales, politiques et économiques de ces royaumes avant la colonisation.

Période coloniale, exploitation et résistances

COQUERY-VIDROVITCH (C.), Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires, 1898-1930. Paris, 1972.
  • L'ère coloniale est analysée sous l'angle de l'exploitation économique et de ses mécanismes. L'ouvrage de C. Coquery-Vidrovitch sur le Congo (« Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires », 1972) et son article « Le pillage de l'Afrique équatoriale » (1978) sont emblématiques d'une historiographie critique mettant en lumière le système concessionnaire et ses abus. Les travaux de J. Marseille (« Empire colonial et capitalisme français, histoire d'un divorce », 1984) offrent une analyse économique nuancée des relations métropole-colonies.
  • La construction des sociétés coloniales et les interactions entre colons et populations autochtones sont traitées, notamment en Afrique du Sud. Les livres de R. Elphick (« Kraal and Castle : Khoikhoi and the founding of white South Africa », 1977) retracent les premiers contacts et la dépossession. Les études sur les fronts pionniers, les guerres comme le Mfecane (avec les travaux critiques de J. Cobbing, « The Mfecane as alibi », 1988), et la colonisation des sociétés comme les Tswana (K. Shillington, 1985) ou les Xhosa (J. B. Peires, 1987) illustrent les processus de conquête, de résistance et d'acculturation.
  • L'idéologie coloniale et la construction des catégories raciales et ethniques font l'objet d'une réflexion historiographique. L'article de J.-P. Chrétien (« Les deux visages de Cham », 1977) décortique les perceptions raciales françaises du XIXe siècle. Les références à l'apartheid (M. Cornevin, « L'Apartheid : pouvoir et falsification historique », 1979 ; S. Thion, « Le Pouvoir pâle », 1969) montrent l'aboutissement extrême de ces constructions. La question de « l'alibi ethnique » (Chrétien, 1981) et les analyses des dynamiques ethniques dans des ouvrages comme « Au cœur de l'ethnie » (Amselle et M'Bokolo, 1985) pointent les instrumentalisations politiques de ces catégories.

Afrique contemporaine : crises, développement et critiques idéologiques

DUMONT (R.), Pour l'Afrique, j'accuse, Paris. 1986.
  • Les défis de l'Afrique post-coloniale sont largement présents, avec un focus sur les crises économiques, les famines et les échecs du développement. Les ouvrages polémiques de René Dumont (« L'Afrique noire est mal partie », 1966 ; « Pour l'Afrique, j'accuse », 1986) ont marqué les consciences. Les analyses de P. Gourou (« Terre de Bonne-Espérance », 1983) et Y. Lacoste sur les contraintes environnementales et les problèmes de mise en valeur (« Un exemplaire des difficultés du développement... », 1986) apportent un éclairage géographique. Des rapports comme « L'Afrique en crise » de L. Timberlake (1985) alertent sur la banqueroute environnementale.
  • Les guerres civiles, les conflits et les dictatures sont documentés. Les références vont des guerres en Angola et Mozambique (R. Pélissier, 1987) aux régimes d'Amin Dada, de Mengistu ou de Macias Nguema. Les travaux sur les famines, comme celle du « Rumanura » au Rwanda (B. Lugan, 1976) ou en Éthiopie (R. Pankhurst, 1985 ; J. MacCann, 1987), lient souvent ces catastrophes à des causes politiques. La carte sur « Les guerres civiles noires » indique que l'ouvrage aborde ces conflits de manière synthétique.
  • Une partie significative de la bibliographie reflète un vif débat intellectuel et politique des années 1970-1980 autour du tiers-mondisme, de l'aide au développement et des analyses marxistes. On trouve des critiques virulentes du tiers-mondisme (G. Chaliand, « Les Faubourgs de l'histoire », 1984 ; B. Nezeys, « L'Autopsie du tiers-mondisme », 1988 ; R. Braumann dir., « Le Tiers-Mondisme en question », 1986), des dénonciations de l'aide humanitaire comme alibi (J.-C. Rufin, « Le piège », 1986 ; B. Kouchner, « Charité-Business », 1986), et des analyses du « pillage » du tiers monde (P. Jalée, 1973). Ce corpus montre un rejet des explications purement externes (héritage colonial, impérialisme) au profit d'une critique des responsabilités internes et des idéologies.

Index des noms propres : acteurs de l'histoire africaine

Shaka : 218, 219, 220, 221, 224, 228.
  • L'index des noms propres, bien que partiel dans l'extrait, révèle la galerie des personnages historiques centraux dans l'ouvrage. Il mêle figures précoloniales, acteurs de la colonisation, leaders de l'ère post-coloniale et intellectuels. Les grands souverains comme Shaka (fondateur de l'empire zoulou), Mzilikazi (fondateur du royaume ndébélé), ou Ménélik II d'Éthiopie, côtoient des explorateurs européens (Livingstone, Stanley, Burton, Brazza) et des figures coloniales.
  • Les acteurs des traites négrières et de la résistance à la colonisation sont présents : Tippo-Tip (négrier arabo-swahili), Samory Touré (résistant en Afrique de l'Ouest), mais aussi des missionnaires comme Lavigerie ou John Philip. L'index inclut des dictateurs post-coloniaux (Amin Dada, Mengistu, Macias Nguema) et des leaders de la lutte contre l'apartheid (Nelson Mandela, Steve Biko, Albert Luthuli, Oliver Tambo), ainsi que des intellectuels ayant marqué le débat sur l'Afrique (Frantz Fanon, René Dumont, Yves Coppens, Catherine Coquery-Vidrovitch).
  • La présence récurrente de chercheurs cités dans la bibliographie (comme Chrétien, Vansina, Cornevin, Lugan, etc.) dans l'index suggère que l'ouvrage ne se contente pas de les citer en référence, mais discute et critique probablement leurs thèses dans le corps du texte. Cela indique un travail historiographique engagé, où l'auteur dialogue avec, et se positionne par rapport à, un large spectre d'interprétations de l'histoire africaine, des plus classiques aux plus révisionnistes.

Cartographie et structure de l'ouvrage

VI. Quand les Bantouphones colonisaient l'Afrique . . . . . . . . 90
  • La table des cartes liste quinze cartes thématiques qui structurent visuellement l'argumentation de l'ouvrage. Elles couvrent des domaines variés : fonds physique, politique et linguistique de l'Afrique ; cartes historiques sur la préhistoire (sites archéologiques, populations résiduelles) ; l'Afrique romaine ; l'expansion bantoue et la diffusion de l'âge du fer ; les fronts pionniers en Afrique du Sud ; les traites négrières (européenne et arabe) ; la poussée arabe dans la région des Grands Lacs ; les mosaïques ethniques en Afrique australe ; et les guerres civiles contemporaines.
  • Le titre de la carte VI, « Quand les Bantouphones colonisaient l'Afrique », est particulièrement révélateur du point de vue de l'auteur. L'utilisation du terme « colonisaient », souvent réservé dans l'historiographie traditionnelle à l'action européenne, suggère une volonté de mettre en parallèle ou de relativiser les processus historiques de conquête et d'expansion démographique, appliquant un même vocabulaire analytique aux mouvements de population internes au continent. Cette approche peut s'inscrire dans une critique des lectures victimisantes de l'histoire africaine.
  • L'ensemble de ces cartes, combiné à la bibliographie thématique et à l'index détaillé, dessine les contours d'un ouvrage ambitieux et synthétique. Il semble avoir pour objectif de présenter une histoire globale de l'Afrique, des origines de l'homme à la fin du XXe siècle, en intégrant les apports de l'archéologie, de la linguistique, de l'histoire économique et sociale, et en prenant position dans les débats historiographiques et politiques contemporains sur le développement, le colonialisme et les identités. La présence d'une critique acerbe du tiers-mondisme indique un livre engagé, probablement destiné à un public large et visant à « remettre l'histoire à l'endroit », comme le suggère le titre général « AFRIQUE : L'HISTOIRE À L'ENDROIT ».

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