Une breve histoire de lavenir (Jacques Attali) (Z-Library)
Pages 1-224 (partie 1)
Les trois scénarios de l'avenir selon Jacques Attali
L'urgence de penser l'avenir et les trois scénarios possibles
Aujourd’hui se décide ce que sera le monde en 2050 et se prépare ce qu’il sera en 2100. Selon la façon dont nous agirons, nos enfants et nos petits-enfants habiteront un monde vivable ou traverseront un enfer en nous haïssant.
- Jacques Attali pose d'emblée l'urgence et la responsabilité de l'action présente pour façonner l'avenir. Il affirme que l'Histoire obéit à des lois qui permettent de la prévoir et de l'orienter. Le moteur central de cette histoire est la marche triomphante des forces du marché, expression ultime de l'individualisme, qui explique les soubresauts récents. L'auteur présente trois scénarios prospectifs majeurs pour les décennies à venir : l'hyperempire, l'hyperconflit et l'hyperdémocratie. Ces scénarios ne sont pas mutuellement exclusifs et peuvent se mêler, mais Attali exprime sa conviction en la victoire finale de l'hyperdémocratie vers 2060, comme forme supérieure d'organisation humaine.
- Le premier scénario, l'hyperempire, découle de la poursuite ininterrompue de la logique marchande. L'argent deviendrait la loi unique du monde, détruisant progressivement les États, y compris les États-Unis. Un marché planétaire et insaisissable créerait des richesses mais aussi des aliénations nouvelles, des inégalités extrêmes et une privatisation totale (armée, police, justice). La nature serait exploitée sans limite, et l'être humain, équipé de prothèses, finirait par devenir lui-même un artefact consommable, avant de disparaître, rendu obsolète par ses propres créations.
- Le second scénario, l'hyperconflit, émerge si l'humanité rejette violemment la globalisation. Cela conduirait à une succession de barbaries régressives et de guerres dévastatrices, utilisant des armes de nouvelle génération (électronique, génétique, nanotechnologies). Ces conflits opposeraient États, groupements religieux, entités terroristes et pirates privés. Ce scénario de guerre généralisée pourrait lui aussi mener à la disparition de l'humanité, représentant une impasse mortelle.
- Le troisième scénario, l'hyperdémocratie, représente la voie souhaitable et possible. Elle suppose que la mondialisation soit contenue sans être refusée, que le marché soit circonscrit sans être aboli, et que la démocratie devienne planétaire tout en restant concrète. Cela ouvrirait un nouvel infini de liberté, de responsabilité et de dignité, conduisant à un gouvernement mondial démocratique et à des institutions locales et régionales. Elle permettrait de profiter équitablement des technologies, d'aller vers la gratuité et l'abondance, et de préserver l'environnement.
Les lois de l'Histoire et la longue marche vers la liberté individuelle
De siècle en siècle, l’humanité impose la primauté de la liberté individuelle sur toute autre valeur.
- Pour fonder sa prospective, Attali propose une relecture de l'histoire humaine sur la très longue durée. Il identifie une direction unique et entêtée : la conquête progressive de la liberté individuelle. Cette évolution se manifeste par le rejet des servitudes, les progrès techniques réduisant l'effort, et la libéralisation des mœurs, des systèmes politiques et des idéologies. L'histoire humaine est ainsi celle de l'émergence de la personne comme sujet de droit, libre de maîtriser son destin dans le respect de la liberté d'autrui.
- L'auteur schématise l'histoire politique en trois grands « ordres » successifs, chacun dominé par un type de pouvoir. L'Ordre rituel est dominé par le pouvoir religieux, avec un idéal théologique. L'Ordre impérial est dominé par le pouvoir militaire, avec un idéal territorial. Enfin, l'Ordre marchand est dominé par le pouvoir économique (les marchands), avec un idéal individualiste. Ces ordres coexistent toujours, mais l'un domine à une époque donnée. La stabilité d'un ordre dépend de la capacité du groupe dominant à contrôler le partage des richesses.
- Attali remonte aux origines de l'humanité pour identifier des invariants. Il décrit l'évolution des premiers primates, façonnés par le nomadisme, qui favorise l'adaptation, la transmission du savoir et l'innovation technique comme le feu. Des pratiques comme le cannibalisme (rituel d'appropriation de la force des morts) et la distinction progressive entre sexualité et reproduction sont présentées comme des tendances lourdes. La sédentarisation, née de l'agriculture et du stockage, marque un tournant majeur, faisant basculer le sacré vers la glorification de la propriété du sol.
La naissance de l'Ordre marchand : l'idéal judéo-grec et les démocraties de marché
Ainsi émergent, minuscules et marginales, au sein même de l’ordre impérial, des sociétés radicalement nouvelles, à l’origine de l’idée de liberté. Apparaît là ce qui deviendra, bien plus tard, la démocratie de marché, l’Ordre marchand.
- Le tournant décisif se produit vers 1300 avant notre ère autour de la Méditerranée avec les Grecs, les Phéniciens et les Hébreux. Ces peuples partagent une passion pour le progrès, le neuf et le beau, rompant avec la vision cyclique du monde. Ils érigent la vie humaine et l'égalité (relative) en valeurs, considèrent l'enrichissement matériel comme une bénédiction et voient l'avenir terrestre comme perfectible. Cet « idéal judéo-grec » devient le fondement de l'Occident et de l'Ordre marchand.
- C'est à Athènes que naissent les rudiments de la démocratie et de la monnaie, deux mécanismes révolutionnaires qui retirent le pouvoir aux religieux et aux militaires pour le confier aux marchands. La liberté individuelle et l'Ordre marchand deviennent dès lors inséparables. Attali souligne le grand clivage qui apparaît avec l'Asie : tandis que des penseurs comme Bouddha ou Confucius prônent la libération des désirs, l'Occident cherche à libérer l'homme pour les réaliser.
- L'auteur analyse ensuite la montée et la chute des empires (comme Rome), montrant qu'aucune force, pas même le christianisme avec son message de pauvreté et de non-violence, ne réussit à freiner durablement la marche de la liberté individuelle. La chute de l'Empire romain d'Occident en 476 est un précédent historique majeur : un empire vaincu sans qu'un autre ne lui succède directement. Plus tard, l'islam constitue un empire conquérant et léger, utilisant des banquiers juifs pour financer ses armées, avant de décliner en se fermant à la science au XIIe siècle, tout comme la Chine des Song.
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