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Pages 1-69 (partie 1)

L'UNESCO : Sa philosophie évolutionniste et sa mission humaniste

Les fondements constitutionnels de l'UNESCO

les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix
  • La Convention de l'UNESCO définit une double mission : servir les objectifs de paix des Nations Unies et promouvoir l'éducation, la science et la culture dans leur acception la plus large. Le préambule rejette explicitement le dogme de l'inégalité des races et affirme que la paix ne peut reposer uniquement sur des accords économiques et politiques, mais doit s'établir sur "la solidarité intellectuelle et morale de l'humanité". Les États signataires s'engagent à assurer l'accès égal à l'éducation, la libre poursuite de la vérité objective et l'échange libre des idées. L'article 1 précise les méthodes : favoriser la compréhension mutuelle par les mass media, impulser l'éducation populaire, et aider à la conservation du patrimoine universel ainsi qu'à la coopération intellectuelle internationale.
  • La Convention présente certaines limitations, notamment un accent insuffisant sur la production artistique nouvelle par rapport à la conservation patrimoniale, et une ambiguïté sur le degré de coopération internationale (création d'institutions véritablement internationales ou simple échange). Toutefois, Huxley souligne que ces détails se préciseront naturellement face aux tâches concrètes. La philosophie sous-jacente est déjà claire : rejet du sectarisme, affirmation de la dignité humaine et nécessité d'une approche unifiée et mondiale des problèmes humains.

La nécessité d'une philosophie humaniste et évolutionniste

Son action présuppose une philosophie, une hypothèse de travail qui tende à expliquer les buts et les fins de l’existence humaine
  • L'UNESCO ne peut adopter aucune philosophie sectaire, qu'elle soit religieuse (Islam, Catholicisme, Bouddhisme...), politique (libéralisme capitaliste, communisme marxiste...) ou philosophique restrictive (existentialisme, déterminisme économique). Elle rejette explicitement les doctrines plaçant l'État au-dessus de l'individu ou fondées sur l'opposition de classes. Sa charte interdit toute théorie de supériorité raciale ou ethnique. Une philosophie dualiste ou centrée sur une autre vie est également incompatible avec sa mission terrestre.
  • La philosophie nécessaire est un "humanisme scientifique universel" unifiant les aspects matériels et spirituels de l'existence. Cet humanisme doit être mondial (visant l'union de tous les peuples), scientifique (intégrant les apports de la science) et surtout évolutionniste. La théorie généralisée de l'évolution fournit le cadre intellectuel pour comprendre la place de l'homme dans la nature, discerner les tendances progressives et définir la destinée humaine comme "faire le maximum de progrès dans le minimum de temps". Cette perspective évolutionniste est le seul guide capable d'éviter des mesures fragmentaires ou contradictoires.

L'évolution et la définition du progrès humain

la destinée de l’homme peut se résumer très simplement : c’est de faire le maximum de progrès dans le minimum de temps
  • Huxley distingue trois domaines évolutifs : inorganique (évolution extrêmement lente), biologique (accélération par sélection naturelle) et humain (accélération maximale par tradition cumulative et conscience). Le progrès se mesure par l'augmentation de complexité, le contrôle accru sur l'environnement, le développement des capacités mentales et, spécifiquement dans le domaine humain, la compréhension croissante des valeurs intrinsèques. Une caractéristique essentielle du vrai progrès est qu'il permet toujours un progrès ultérieur, évitant les impasses évolutives.
  • L'application de ce critère évolutif est directe pour l'UNESCO. Par exemple, l'application des sciences médicales doit être jugée à l'aune de ses effets sur la qualité de vie, pas seulement sur la quantité d'individus. De même, l'accroissement du pouvoir sur la nature ou de la complexité sociale n'est souhaitable que s'il sert de fondement à de futurs progrès. Cette vision oblige l'UNESCO à adopter des programmes transversaux intégrant éducation, science et aspects sociaux, constamment évalués à la lumière de la direction évolutive.

L'impératif de l'unité mondiale face au nationalisme

La clef du progrès humain [...] c’est la tradition cumulative
  • Le conflit central entre nationalisme et internationalisme trouve une réponse sans équivoque dans la perspective évolutionniste. La tradition cumulative, méthode distinctive du progrès humain, est bien plus efficace lorsqu'elle est unifiée. Plusieurs traditions distinctes ou rivales ne peuvent égaler les résultats d'un fonds commun unique à toute l'humanité. Le corollaire est que l'unification politique mondiale (gouvernement mondial) est le seul moyen certain d'éviter la guerre, même si c'est un idéal lointain ne relevant pas directement de l'UNESCO.
  • L'UNESCO doit donc œuvrer à préparer les fondations de cette unité politique. Son rôle est de familiariser les peuples avec ce concept, favoriser la compréhension mutuelle et démontrer concrètement les bénéfices de la coopération internationale par des projets phares : Centre de Mathématiques appliquées, Camps de Reconstruction internationaux, Centre mondial de Bibliographie, Institut international du Théâtre, etc. Même en cas de nouvelle guerre, il faut que le monde se souvienne des bienfaits de cette coopération.

Le primat de la qualité sur la quantité

L’Unesco doit se tenir en garde contre la tendance [...] à tout réduire en termes quantitatifs, comme s’il était plus important de compter des têtes que de savoir ce qui s’y passe
  • L'analyse évolutionniste établit le primat de la qualité. La masse du domaine inorganique est infiniment plus grande que le domaine biologique, pourtant c'est dans ce dernier que l'organisation révèle ses possibilités les plus étonnantes. De même, une seule espèce humaine compte plus que le million d'autres espèces. La quantité n'a d'importance que comme moyen et fondement de la qualité. Il existe des dimensions optimales pour les organisations humaines, tout comme pour les organismes biologiques.
  • L'UNESCO doit donc viser à la fois à élever le niveau moyen de bonheur et à élever la limite supérieure des réalisations humaines. Encourager la diversité, le génie et la qualité face à la médiocrité potentielle de "l'époque de l'Homme de la Rue" est un objectif principal. Cela implique de favoriser non seulement l'éducation de base mais aussi la formation de l'élite (savants, administrateurs, artistes) dont le monde a cruellement besoin, comme le montre l'exemple du déficit prévu de 35 000 scientifiques en Grande-Bretagne pour 1955.

Réconcilier égalité des chances et inégalité biologique

le principe de l’égalité des chances dans les limites de l’aptitude
  • Il faut distinguer l'égalité démocratique (égalité des chances) de l'inégalité biologique (différence des dons génétiques). La première est un principe que l'UNESCO doit défendre ; la seconde est un fait scientifique. L'inégalité biologique se manifeste sous deux formes : la simple différence (diversité désirable, comme les aptitudes pour la musique ou les sports) et la différence de niveau (indésirable, comme la débilité physique ou mentale).
  • Préserver la diversité humaine est crucial pour le progrès. Toute tentative d'"épuration" raciale ou d'extermination de groupes est scientifiquement fausse et nuisible. L'UNESCO devrait encourager l'étude des types psycho-physiologiques (comme ceux de Kretschmer) pour mieux orienter les individus et comprendre les sources de l'intolérance. Conciliar le principe d'égalité avec le fait de l'inégalité est une tâche urgente nécessitant éducation du public et recherches nouvelles. L'eugénisme, bien que politiquement impossible à court terme, doit être étudié sérieusement pour élever le niveau moyen des qualités désirables.

Le programme concret : une approche intégrée et appliquée

L’Unesco ne saurait faire montre d’exclusivisme intellectuel et se cantonner dans le seul domaine de la science pure et des beaux-arts
  • L'UNESCO doit adopter une définition large de la "Science" (incluant Naturwissenschaft, Sozialwissenschaft et Geisteswissenschaft) et de la "Culture" (arts de création, culture de l'esprit, et culture au sens anthropologique). Son rôle n'est pas de se substituer aux agences spécialisées (OAA, OIT, OMS) mais d'étudier les applications des sciences et des arts sous l'angle de leurs effets sociaux et de leur contribution au bien-être humain, dans une perspective coordonnée et selon une échelle de valeurs.
  • Sa tâche est triple : identifier les applications négligées par d'autres institutions, étudier les raisons sociales retardant ou déviant les applications bénéfiques, et relier toutes ces applications dans un cadre unifié pour guider l'évolution humaine vers le vrai bonheur. Cela inclut des domaines aussi variés que l'aménagement du territoire, la satisfaction des besoins esthétiques, ou l'application de la psychologie à la technique gouvernementale pour prévenir les dévoiements de la démocratie.

L'éducation : principes généraux et priorités immédiates

l’education peut être et devrait être continue!le ; l’esprit est capable de se développer pendant toute la vie
  • L'éducation est le processus spécifiquement humain de transmission et de développement des capacités. L'UNESCO doit promouvoir des principes novateurs : l'éducation continue tout au long de la vie, sa fonction sociale (prise de conscience collective du destin), son internationalisation (dans une société mondiale), et son rôle dans l'épanouissement des qualités intrinsèques pour elles-mêmes (joie de connaître, beauté, moralité), pas seulement pour leur utilité pratique.
  • La lutte contre l'analphabétisme est une priorité absolue car elle conditionne tout progrès scientifique, technique, démocratique et international. Cependant, elle n'est pas suffisante et doit être intégrée à l'éducation sociale générale (santé, agriculture, civisme). Le danger est que l'instruction, sans discernement, puisse devenir une simple "drogue de l'esprit" via une presse ou un cinéma de mauvaise qualité, ou même servir des desseins anti-démocratiques (exemple de l'Allemagne nazie). L'UNESCO doit donc aborder le sujet dans toute sa complexité.

La qualité éducative et le défi des aptitudes inégales

Ceux qui peuvent tirer profit de la préparation d’un diplôme universitaire actuel, ne représentent qu’un certain pourcentage
  • Le principe de qualité s'applique aussi à l'éducation. Il ne suffit pas de diffuser massivement l'instruction ; il faut former une élite compétente (techniciens, administrateurs, savants) et admettre le fait biologique que seule une fraction de la population est génétiquement apte à tirer profit d'une éducation supérieure complète. Les tests d'intelligence suggèrent que ce pourcentage se situe entre 10% et 60%, invalidant l'idée que l'enseignement supérieur est un droit pour tous sans condition d'aptitude.
  • Forcer l'accès à l'université pour des individus non qualifiés est un gaspillage de ressources et de jeunesse. L'UNESCO doit encourager des études dans chaque pays pour déterminer les besoins réels en spécialistes de toute catégorie et combler les lacunes. Cela nécessite de concilier le principe d'égalité des chances avec le fait de l'inégalité des aptitudes, en formulant le principe comme "l'égalité des chances dans les limites de l'aptitude". L'éducation doit donc être diversifiée et orientée en fonction des capacités innées.

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Le programme de l'UNESCO pour l'éducation, la science et la culture mondiale

chapter: "1"

title: "Les défis de l'égalité éducative et la diversité des aptitudes"

quote: "Plus l’Unesco réussira dans la tâche qui lui est expressément assignée et qui consiste à favoriser l’égalité des chances d’accès à l’enseignement, plus cet état de choses regrettable sera apparent."

details:

  • L'UNESCO doit prioriser l'étude scientifique de la répartition de l'intelligence et des aptitudes parmi les populations pour préparer une élévation généralisée du niveau d'instruction. Cette analyse révèle que les systèmes éducatifs actuels (universités, grandes écoles) forment principalement des élites intellectuelles et techniques, mais négligent ceux dont les capacités quantitatives sont inférieures. L'organisation doit donc développer de nouveaux types d'enseignement supérieur adaptés à ces profils, permettant une période d'étude post-adolescence sans obligation immédiate de gain financier, intégrant à la fois contenu et méthodes pédagogiques innovantes.
  • La qualité éducative dépasse le seul quotient intellectuel et inclut des aptitudes innées différenciées (mathématiques, musique, arts plastiques) et des tempéraments spécifiques. L'UNESCO doit élaborer des méthodes pour identifier ces aptitudes spécialisées et les intégrer dans les futurs systèmes éducatifs. Les tempéraments, comme la sensibilité excessive de certains adolescents, peuvent entraver la confiance en soi et l'intégration sociale, nécessitant des études psychopédagogiques pour orienter ces individus vers des rôles où leur sensibilité devient un atout (ex: fonctionnarisme, haute administration).

chapter: "2"

title: "Les enjeux psychologiques et méthodologiques en éducation"

quote: "Si nous pouvions découvrir quelques moyens pour régulariser le processus de refoulement et ses effets nous serions sans aucun doute en mesure de rendre le monde plus heureux et de lui permettre de mieux fonctionner."

details:

  • L'UNESCO doit étudier l'application de la psychanalyse et des psychologies de l'inconscient à l'éducation. Un refoulement modéré est nécessaire au développement moral, mais un excès provoque des déformations caractérielles et un sens hypertrophié du péché. Cela implique de débuter l'éducation dès le berceau, et non à l'école maternelle, pour optimiser le développement psycho-affectif. Ces recherches visent à harmoniser le développement individuel et social en prévenant les névroses et en maximisant le potentiel humain.
  • La méthode de discussion en groupe, comme pratiquée par le "Bureau of Current Affairs", est essentielle pour la démocratie. Elle favorise une prise de conscience collective des problèmes sociétaux. L'UNESCO doit enquêter sur son applicabilité dans divers contextes sociaux. Inversement, l'information gouvernementale, cruciale pour l'éducation civique des adultes, risque de dégénérer en propagande. Une étude minutieuse de ses usages et abus est urgente, combinant perspectives éducatives et sciences sociales.

chapter: "3"

title: "La méthode scientifique comme pilier du progrès"

quote: "Il est maintenant bien établi que la méthode scientifique est le seul moyen sûr d’augmenter à la fois notre connaissance des phénomènes objectifs de la nature, et notre pouvoir d’agir sur eux."

details:

  • La méthode scientifique rejette l'autorité traditionnelle ou divine et privilégie l'empirisme, l'observation et l'analyse mathématique. Elle combine recherche expérimentale et élaboration théorique, constamment vérifiées par les faits. Cette méthode, dominante dans les sciences naturelles, s'étend maintenant aux sciences sociales pour comprendre et agir sur les phénomènes humains, bien que avec des limitations dues à la complexité des valeurs et émotions impliquées.
  • Contrairement aux dogmes, la science produit des certitudes évolutives : les théories changent, mais les faits vérifiés restent. Par exemple, la révolution einsteinienne n'a pas invalidé les lois newtoniennes pour la plupart des phénomènes macroscopiques. De même, la découverte de la structure complexe de l'atome n'a pas infirmé le concept daltonien de particules élémentaires. L'UNESCO doit promouvoir cette méthode tout en veillant à ne pas devenir dogmatique, en explorant aussi les domaines marginaux comme la parapsychologie ou les techniques mystiques (yoga).

chapter: "4"

title: "Science appliquée, valeurs sociales et responsabilités"

quote: "Les applications de la science font que nous nous heurtons immédiatement à des problèmes sociaux de toutes sortes."

details:

  • L'application de la science, comme l'eugénique, soulève immédiatement des questions de valeurs : quelles qualités humaines favoriser? L'industrialisme, couplé au capitalisme, a transformé ou détruit les modes de vie traditionnels, créé de la laideur environnementale et détourné l'homme de la beauté et de l'art au profit de valeurs financières. L'UNESCO doit veiller à ce que la science soit mêlée d'art et que la société soit imprégnée d'un système de valeurs approprié, évitant de remplacer une tradition classique rigide par un nouveau système tout aussi incomplet basé uniquement sur les sciences naturelles.
  • La science est intrinsèquement internationale et cumulative. Pour progresser, ses résultats doivent être librement et entièrement publiés. Cette mise en commun doit être globale, nécessitant des progrès scientifiques dans toutes les régions du monde, pas seulement dans quelques pays privilégiés, car les problèmes et méthodes d'application varient géographiquement. L'UNESCO doit étudier la part des budgets nationaux consacrée à la recherche et publiciser ces données pour stimuler les efforts mondiaux.

chapter: "5"

title: "Philosophie, valeurs humaines et éthique évolutionniste"

quote: "En présence de valeurs rivales, l’Unesco ne peut être neutre."

details:

  • L'UNESCO doit encourager l'étude philosophique pour clarifier les notions de valeur et se doter elle-même d'une échelle de valeurs réfléchie. Une philosophie de l'humanisme évolutionniste, scientifique car basée sur les faits de l'existence, prolonge la théologie naturelle en cherchant une direction dans l'évolution plutôt qu'un dessein statique. Elle fonde l'éthique sur les directions discernables de l'évolution biologique et sociale, promouvant une organisation sociale permettant l'épanouissement individuel compatible avec le progrès collectif.
  • L'éthique doit être socialisée et étendue à des actions collectives et impersonnelles. Les avancées scientifiques (bactériologie) et géopolitiques (mondialisation) créent de nouvelles responsabilités morales (santé publique, famines internationales). Le crime de génocide, défini à Nuremberg, illustre cette extension nécessaire. La Section de Philosophie de l'UNESCO doit stimuler, avec les sciences naturelles et sociales, la recherche d'un nouveau système moral adapté au savoir moderne et à la société contemporaine, visant une philosophie mondiale unificatrice.

chapter: "6"

title: "Les sciences sociales : complexité méthodologique et applications"

quote: "L’application sous une forme appropriée de la méthode scientifique aux problèmes humains doit donner des résultats aussi importants et aussi révolutionnaires que ceux auxquels ont abouti les sciences dans le reste de l’univers."

details:

  • Les sciences sociales doivent développer des méthodologies adaptées à leur objet d'étude, où les valeurs sont incontournables et l'expérimentation rare. Les méthodes de corrélation statistique, issues de la biologie non expérimentale, et les techniques de "recherche opérationnelle" développées pendant la guerre, sont précieuses. Le travail en équipes pluridisciplinaires est essentiel pour résoudre des problèmes complexes comme le logement, impliquant physiciens, ingénieurs, psychologues et sociologues.
  • La méthode comparative, justifiée en biologie par la parenté génétique, est plus complexe en sciences sociales due à l'hérédité culturelle transmissible, formant un réseau de convergences et divergences plutôt qu'un arbre. L'analogie avec la biologie peut éclairer l'organisation sociale et le gouvernement, comparables au système nerveux central d'un animal supérieur pour coordonner l'information et l'action. Une collaboration entre neurologues comparatifs et experts en administration pourrait enrichir la compréhension des mécanismes de gouvernance.

chapter: "7"

title: "Les arts créateurs : fonctions sociales et éducatives"

quote: "L’art peut servir à exprimer, comme ne peut le faire aucun autre moyen d’expression, l’esprit d’une société, ses idées et ses fins, ses traditions et ses espoirs."

details:

  • Contrairement à la science, l'art concerne les valeurs et la souveraineté de l'œuvre individuelle. Sa variété doit être encouragée. L'art exprime des idées et émotions complexes sous une forme communicable et organisée, éveillant une émotion esthétique intuitive et irrationnelle. Il a des fonctions sociales cruciales : expression de l'identité nationale (exutoire légitime au nationalisme), source de joie collective par l'architecture, la musique, la peinture, et développement de la personnalité individuelle et collective.
  • L'éducation artistique doit viser à donner une compréhension et un amour de l'art, et à développer une personnalité plus complète. De mauvaises méthodes pédagogiques peuvent tuer l'intérêt. L'art indigène des peuples non industrialisés, d'une beauté et vigueur extraordinaires, risque de disparaître au contact de la civilisation industrielle. L'UNESCO doit faire comprendre sa valeur unique et étudier les méthodes pour le préserver sans le fossiliser. Dans les pays industrialisés, l'artiste est souvent isolé; il faut repenser le mécénat public et intégrer l'art dans l'information gouvernementale pour mobiliser la société.

chapter: "8"

title: "Conservation et accessibilité du patrimoine culturel"

quote: "Il y a un certain nombre d’institutions et d’organisations qui ont pour double fonction d’assurer la conservation du patrimoine scientifique et culturel et de le rendre accessible au public."

details:

  • Les bibliothèques, musées, jardins zoologiques, réserves naturelles et monuments historiques sont des institutions clés pour conserver le patrimoine et le rendre accessible. L'expression "Bibliothèques et Musées" doit être interprétée largement pour inclure tous ces organismes, en mettant l'accent sur l'éducation et l'accessibilité publique. Ces institutions sont vitales pour la diffusion de la connaissance et de la culture, permettant au public de s'approprier le patrimoine scientifique et artistique de l'humanité.
  • L'UNESCO, comme première organisation internationale chargée des arts, doit œuvrer pour que l'art ait dans le monde de demain une place égale à celle de la science. Le développement technologique a excessivement privilégié l'intelligence et les satisfactions matérielles au détriment des émotions et de la spiritualité. Redonner à l'art son rôle central dans les affaires humaines est essentiel pour l'équilibre et le progrès de la société future.

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Le Rôle de l'UNESCO dans la Gestion des Connaissances et la Construction de la Paix

Modernisation des Techniques de Gestion des Connaissances

L’Unesco doit faciliter la recherche d’un tel système et son adoption par toutes les nations.
  • L'UNESCO se voit assigner un rôle crucial dans l'amélioration des techniques de gestion des connaissances face à l'explosion informationnelle. Le document souligne la nécessité impérieuse de développer des systèmes de classification et de catalogage uniformes et détaillés pour les bibliothèques, afin de faciliter les liens internationaux et la circulation du savoir. Face à la masse écrasante des publications scientifiques qui menace d'étouffer le progrès, l'organisation doit étudier et promouvoir de nouvelles méthodes de publication, incluant la rédaction de résumés analytiques, l'utilisation des microfilms pour un stockage aisé et une reproduction à grande échelle, assurant ainsi une diffusion rapide et efficace des connaissances aux personnes concernées.
  • La mission s'étend à la modernisation des musées, dont les méthodes traditionnelles de conservation et d'exposition sont jugées insuffisantes. L'UNESCO doit explorer des moyens innovants pour partager plus largement ces trésors culturels et scientifiques, que ce soit par des prêts, des expositions itinérantes, des permutations circulaires entre institutions ou l'amélioration des techniques de reproduction. L'accent est mis sur le besoin crucial d'améliorer les techniques d'exposition et de vulgarisation, souvent défaillantes, et d'intégrer ces institutions dans le système éducatif et l'éducation des adultes pour les rendre accessibles au plus grand nombre.

Élargissement du Concept de Bibliothèque et de Musée

L’Unesco doit chercher à étendre l’idée qu’évoque le mot de ‘bibliothèque’... de manière à faire englober dans ce terme les collections de films, de disques de phonographe, d’illustrations et de reproductions.
  • Le document prône une transformation fondamentale de la conception des bibliothèques, qui ne doivent plus être perçues comme de simples lieux de conservation, mais comme des services publics dynamiques intégrés à la vie quotidienne. L'UNESCO doit encourager cette évolution en participant à la recherche de moyens permettant aux bibliothécaires d'anticiper les demandes de publics variés, en soutenant le développement des bibliothèques populaires et mobiles, et en découvrant les meilleures méthodes pour inciter le public à utiliser ces ressources régulièrement, faisant ainsi de la bibliothèque un acteur central de la vie communautaire.
  • De manière similaire, le concept de musée doit être élargi et diversifié au-delà du modèle traditionnel. L'UNESCO est invitée à explorer de nouveaux domaines d'application pour les techniques muséales, tels que les musées de folklore, locaux, d'histoire, d'hygiène, d'éducation ou d'agriculture. Les jardins zoologiques et botaniques sont redéfinis comme des "musées vivants", mais leur réforme est jugée nécessaire pour qu'ils remplissent correctement leurs fonctions éducatives, impliquant une refonte radicale des méthodes d'exposition pour présenter la nature en action plutôt que des échantillons morts.

Vers des Institutions Culturelles 'Vivantes' et Participatives

On pourrait enfin ‘vivifier’ les musées, les galeries d’art et les bibliothèques d’une autre manière encore,-en créant... des facilités pour permettre aux gens ordinaires de faire quelque chose, d’accomplir quelque chose.
  • La mission de l'UNESCO inclut la transformation des institutions culturelles en espaces participatifs et créatifs. Il s'agit de dépasser leur rôle passif de conservation pour en faire des "foyers de culture" où le public devient acteur. Cela peut se concrétiser par l'utilisation des bibliothèques comme sources de matériaux pour des cercles de débat, l'encouragement des naturalistes amateurs, ou la création d'ateliers et de studios attachés à ces institutions, permettant aux citoyens d'expérimenter les joies du travail créateur dans des domaines comme la peinture, rendant ainsi la culture tangible et accessible.
  • La double fonction fondamentale de ces institutions est réaffirmée : assurer la conservation active du patrimoine mondial (culturel, scientifique, humain et naturel) et le rendre accessible au public. Cette accessibilité doit aller au-delà de la simple exposition pour embrasser une part importante de l'instruction publique. La conservation ne se limite pas aux objets inanimés mais inclut la préservation de la beauté et de l'intérêt de la nature vivante ainsi que de l'activité créatrice humaine, définissant une mission à la fois protectrice et dynamique pour le patrimoine mondial.

Les Organes d'Information des Masses : Potentiel et Défis

A ce point, 1’Unesco se trouve en face de quelque chose de nouveau dans l’histoire de l’humanité.
  • L'UNESCO est mandatée pour utiliser les Organes d'Information des Masses (presse, radio, cinéma) pour accomplir ses objectifs. Le document reconnaît le caractère révolutionnaire et récent de ces médias, offrant pour la première fois dans l'histoire la possibilité d'une propagation étendue de l'information, permettant la formation d'une opinion publique mieux informée et plus rapide, tant à l'intérieur qu'au-delà des frontières nationales. Cette capacité technique représente une opportunité sans précédent pour le dialogue entre les peuples.
  • Cependant, un revers de la médaille est identifié : ces mêmes outils peuvent être détournés pour former l'opinion publique via une propagande basée sur des informations fausses, déformées ou incomplètes. Malgré le potentiel de diffusion transnationale, cette possibilité est souvent entravée par la censure, le contrôle officiel et la création de barrières psychologiques. Ainsi, l'un des premiers buts de l'UNESCO est un travail "négatif" mais essentiel : identifier et réduire, voire supprimer, ces barrières à la libre circulation de l'information non-déformée entre les nations.

Une Philosophie Positive pour l'Information des Masses

Il faut que cela constitue une philosophie des masses, un credo des masses et il est impossible d’y parvenir sans avoir recours aux Organes d’Information des masses.
  • Au-delà de la suppression des barrières, l'UNESCO doit porter un dessein positif en s'appuyant sur le caractère indivisible des intérêts et des besoins humains qui transcendent les frontières nationales. Le document, citant Grierson, note que des groupes spécialisés (urbanisme, agriculture, etc.) partagent un langage commun indépendamment de leur nationalité. Le besoin de paix est placé au premier plan, mais il ne suffit pas de le prêcher ; il faut démontrer par l'action que la coopération internationale améliore concrètement la santé, le travail, le ravitaillement et la diffusion du savoir.
  • L'organisation doit œuvrer à proposer une philosophie mondiale simple, positive et incitative à l'action, combattant l'apathie et le cynisme. Cette philosophie doit s'appuyer sur un arrière-plan scientifique montrant la réalité du progrès humain, la jeunesse de l'humanité et sa capacité à satisfaire ses besoins fondamentaux. Elle doit rappeler que le besoin de donner et de servir est essentiel à l'épanouissement, et que le progrès dépend d'un choix et d'un effort humains. Il s'agit de détourner les techniques de propagande, utilisées pour la guerre au niveau national, vers les tâches de la paix au niveau international.

Le Double Rôle Éducatif et Culturel des Médias

L’abîme qui sépare le possible du réel est souvent trop profond ; et il est du devoir de 1’Unesco de veiller... à ce que cet abîme soit comblé.
  • La seconde tâche essentielle de l'UNESCO dans ce domaine est d'utiliser l'Information des Masses pour encourager l'éducation, la science et la culture pour elles-mêmes. Considérés sous cet angle, ces médias rejoignent les bibliothèques et musées comme des moyens techniques au service des activités supérieures de l'humanité. Chaque média a un rôle spécifique : le livre et la revue pour la littérature, la presse et la radio pour les nouvelles, le film documentaire pour l'éducation du public, et la radio pour élever le niveau musical.
  • Le document reconnaît toutefois que ces organes ont aussi causé du tort en vulgarisant le goût, abaissant le niveau intellectuel et créant de faux idéaux. L'écart entre le potentiel positif des médias et leur réalité est profond. L'UNESCO a donc le devoir de combler cet abîme. Une étude des effets réels de la radio et du cinéma sur les populations illettrées est présentée comme une tâche nécessaire pour utiliser au mieux ces méthodes révolutionnaires. Ainsi, la Section d'Information des Masses a une double mission : une tâche de détail (mettre les médias au service de l'éducation et de la culture) et une tâche d'ensemble (les utiliser pour favoriser la compréhension mutuelle et une conception commune).

La Mission Ultime : Une Culture Mondiale Unifiée

Cette tâche est d’aider à la naissance d’une culture mondiale unique, possédant en propre une philosophie, un arrière-plan d’idées et un vaste dessein.
  • La conclusion affirme l'unité et la nécessité de la mission de l'UNESCO : favoriser l'émergence d'une culture mondiale unifiée, dotée d'une philosophie et d'un projet communs. Cette tâche est jugée historique car c'est la première fois que l'humanité possède à la fois le dispositif technique pour unifier le monde (les médias) et les moyens scientifiques d'assurer une prospérité matérielle minimale pour tous. L'urgence est accentuée par l'affrontement entre deux philosophies de vie opposées, cristallisées autour de l'Ouest et de l'Est, menaçant l'unité et risquant de conduire à un conflit ouvert.
  • Le conflit est décrit comme opposant des systèmes comme l'individualisme au collectivisme, le capitalisme au communisme, ou le christianisme au marxisme. L'auteur exprime sa conviction qu'une synthèse supérieure est possible et nécessaire, surtout pour éviter une guerre qui ferait reculer l'humanité de plusieurs siècles. Atteindre cet objectif de conciliation est présenté comme la tâche primordiale de l'UNESCO. Pour y parvenir, il faut éviter tous les dogmes, quels qu'ils soient, et les "décristalliser", car leur rigidité les rend incapables de réconciliation et dangereusement périmés.

Concilier l'Individu et la Communauté : Un Humanisme Évolutionniste

Le problème n’est pas un problème de métaphysique ou de dogme, mais un problème essentiellement pratique.
  • La différence essentielle entre les philosophies opposées est identifiée comme portant sur le rapport entre l'individu et la communauté. Cette divergence fondamentale entraîne des différences dans tous les domaines de compétence de l'UNESCO : morale, éducation, art, économie, science et libertés. L'auteur est persuadé que cette opposition peut être conciliée dans le cadre d'un "humanisme évolutionniste". Ce dernier reconnaît le plein développement de l'individu comme le but ultime du progrès, tout en admettant que l'organisation sociale appropriée est le mécanisme indispensable pour y parvenir.
  • La solution n'est pas métaphysique mais pratique : il s'agit de concilier les exigences des êtres humains individuels et celles des organisations sociales. Cette conciliation peut être abordée de deux manières complémentaires : intellectuellement, comme un problème de principe, et pratiquement, par l'action concertée. En satisfaisant les besoins universels de compréhension, de maîtrise et de jouissance du monde through l'éducation, la science et la culture, l'UNESCO contribue concrètement à l'élaboration d'une philosophie unifiée. Son positionnement unique, chargée des activités supérieures de l'homme et de leurs applications pratiques à l'échelle internationale, la place en première ligne pour accélérer cette nécessaire conciliation.

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