Paul kennedy the rise and fall of the great powers 19891
The Rise and Fall of the Great Powers (partie 1)
La Dynamique de l'Ascension et du Déclin des Grandes Puissances : Économie, Stratégie et Conflit de 1500 à 2000
Thèse Centrale et Méthodologie de l'Ouvrage
La richesse est généralement nécessaire pour soutenir la puissance militaire, et la puissance militaire est généralement nécessaire pour acquérir et protéger la richesse.
- L'introduction pose le cadre conceptuel de l'ouvrage, qui examine l'ascension et la chute des Grandes Puissances sur cinq siècles en analysant l'interaction entre l'économie et la stratégie. L'auteur, Paul Kennedy, soutient que la position d'une nation dans le système international est déterminée par sa capacité à équilibrer ses ressources économiques et ses engagements militaires. Il postule une corrélation significative à long terme entre les capacités productives et fiscales d'un État et sa puissance militaire. L'argument central est que la force relative des nations n'est jamais constante en raison de taux de croissance inégaux et des percées technologiques et organisationnelles qui avantagent certaines sociétés plus que d'autres.
- La méthodologie de l'auteur transcende une simple histoire militaire ou économique, en se concentrant sur leur interaction. Il s'appuie sur des comparaisons fréquentes entre divers États pour mesurer la puissance relative. Kennedy reconnaît l'influence d'autres variables comme la géographie, l'organisation militaire, le moral national et les systèmes d'alliance, mais soutient que dans les guerres prolongées, la victoire revient généralement au camp ayant la base productive la plus florissante, citant le proverbe espagnol : "la victoire revient à celui qui a le dernier escudo". Il met en garde contre le déterminisme économique pur, tout en soulignant que les tendances économiques à long terme façonnent inévitablement le paysage du pouvoir.
- Une conclusion majeure identifiée est le "temps de latence" entre la trajectoire de la force économique relative d'un État et celle de son influence militaire et territoriale. Une puissance en expansion peut préférer la richesse aux armements, mais cette expansion crée des obligations à l'étranger. Lorsque des rivaux émergent avec des taux de croissance plus rapides, la puissance déclinante se trouve à dépenser davantage pour la "sécurité", détournant des ressources de l'investissement et aggravant son dilemme à long terme. L'auteur illustre cela avec les exemples de l'Espagne impériale, de la Grande-Bretagne édouardienne et, potentiellement, des États-Unis et de l'URSS de son époque.
- L'ouvrage rejette les théories générales trop rigides, comme celles liant les guerres aux cycles de Kondratieff, préférant une analyse historique nuancée. Kennedy explique que son ambition initiale était un essai, mais que la demande de détails l'a conduit à produire une étude approfondie pour combler un vide historiographique. Il souligne que le livre, bien que lourdement eurocentrique dans ses chapitres intermédiaires, est crucial pour comprendre comment les déplacements des équilibres productifs mondiaux, comme celui vers le "bassin du Pacifique", ne sont pas seulement des préoccupations pour les économistes mais bien pour l'ordre mondial tout entier.
Le Monde en 1500 : Analyse des Centres de Pouvoir Non-Européens
Aucune ne semblait plus avancée, aucune ne se sentait plus supérieure, que celle de la Chine.
- L'auteur entame son analyse comparative avec la Chine de la dynastie Ming, soulignant sa supériorité technologique et démographique au XVe siècle. Avec une population de 100 à 130 millions d'habitants, contre 50-55 millions pour l'Europe, la Chine possédait une culture remarquable, des plaines fertiles irriguées par un système de canaux élaboré et une administration bureaucratique unifiée et hiérarchique. Son avance technologique était frappante : l'imprimerie à caractères mobiles existait dès le XIe siècle, et une industrie sidérurgique massive produisait environ 125 000 tonnes par an dès le XIe siècle, un chiffre surpassant la production britannique aux débuts de sa Révolution industrielle sept siècles plus tard.
- Malgré cette avance, la Chine a délibérément choisi de se replier sur elle-même. Les célèbres expéditions maritimes de l'amiral Cheng Ho (1405-1433), menées avec des flottes de centaines de navires et des dizaines de milliers d'hommes, ont été brusquement interrompues. Un édit impérial de 1436 interdit la construction de navires de haute mer. Cette décision est attribuée à la pression des Mongols sur la frontière nord et, surtout, au conservatisme rigide de la bureaucratie confucéenne, qui se méfiait du commerce, du capital privé et de toute entreprise échappant à son contrôle. Cette mentalité a conduit à la négligence des canaux, à l'arrêt de la production sidérurgique à grande échelle et à l'étouffement de l'innovation.
- Le monde musulman, en particulier l'Empire ottoman, représentait une force d'expansion rapide au XVIe siècle. Profitant d'un vide de pouvoir, les Ottomans ont conquis Constantinople en 1453, puis la Syrie et l'Égypte, établissant une unité officielle de foi, de culture et de langue sur un territoire immense. Leur armée, notamment les janissaires, et leur train de siège étaient redoutables, menaçant directement Vienne en 1529. Sur le plan culturel et scientifique, l'Islam était en avance sur l'Europe dans des domaines tels que les mathématiques, la cartographie et la médecine. Constantinople, avec plus de 500 000 habitants, était la plus grande ville d'Europe.
- Cependant, l'Empire ottoman a également montré des signes de déclin précoces dus à des facteurs internes. Le système, centralisé et despotique, souffrait d'un manque d'initiative et d'une orthodoxie sévère qui étouffait l'innovation. Après 1550, le manque d'expansion territoriale, la hausse des prix, la corruption bureaucratique et la stagnation technologique des forces armées ont commencé à éroder sa puissance. Le refus d'adopter des technologies étrangères, illustré par l'interdiction de l'imprimerie et la destruction d'un observatoire d'État, reflète un conservatisme culturel qui a entravé sa capacité à rivaliser avec une Europe de plus en plus dynamique.
- Le Japon et la Russie sont présentés comme des cas à part. Le Japon, insulaire, a d'abord montré des signes de consolidation politique et de croissance économique sous Hideyoshi puis le shogunat Tokugawa. Cependant, par peur de la subversion, le shogunat a pris la décision draconienne de s'isoler presque totalement du monde extérieur à partir de 1636, interdisant les voyages en haute mer et restreignant le commerce étranger, ce qui a conduit à l'ossification de son système militaire pendant deux siècles. La Russie, bien que technologiquement en retard, a utilisé les armes à feu occidentales pour s'établir comme un "empire de la poudre" et s'étendre vers l'est, tout en résistant à la modernisation sociale et politique.
Le « Miracle Européen » : Fragmentation, Concurrence et Innovation
Le plus grand avantage de l'Europe était qu'elle avait moins de désavantages que les autres civilisations.
- L'auteur soutient que la caractéristique la plus frappante de l'Europe au XVIe siècle était sa fragmentation politique, un trait permanent plutôt qu'un état transitoire entre deux empires. Cette diversité découlait de sa géographie accidentée, avec des chaînes de montagnes et des forêts qui entravaient une conquête unifiée. Cette fragmentation a eu des conséquences cruciales : elle a empêché l'établissement d'un contrôle centralisé et a minimisé la possibilité d'une invasion extérieure totale, contrairement aux vastes plaines d'Asie. Cette carte politique en "patchwork" a favorisé la décentralisation et l'existence de nombreux centres de pouvoir concurrents.
- L'absence d'uniformité politique a engendré un environnement de concurrence permanente qui a stimulé la recherche d'améliorations militaires. Contrairement aux empires centralisés où l'acquisition d'un monopole sur les armes à feu menait à la stagnation, la pluralité des États européens signifiait qu'aucune puissance ne pouvait détenir un avantage décisif. Les services des mercenaires suisses, la production de canons dans divers centres (Weald, Milan, Liège) et la prolifération des compétences en construction navale entre la Baltique et la mer Noire ont empêché la création d'un "empire de la poudre" européen unifié, alimentant une course aux armements primitive.
- Cette course aux armements a conduit à des innovations constantes en Europe. Les améliorations de l'artillerie, avec des canons en bronze plus petits mais plus puissants, ont transformé la guerre de siège. La réponse italienne avec la "trace italienne", un système de fortifications bastionnées, a restauré la sécurité des cités-États et entravé les conquêtes rapides, freinant les tentatives d'hégémonie. Cette dynamique a également préparé la maîtrise navale européenne avec le développement du navire à voile armé à longue portée, capable de transporter un grand nombre de canons, surpassant les galères et les embarcations non-européennes en haute mer.
- L'expansion européenne qui en a résulté a été motivée par un mélange de motifs : gain personnel, gloire nationale, zèle religieux et esprit d'aventure. Les premiers voyages portugais et espagnols, bien que progressifs, ont établi la capacité de l'Europe à contrôler les routes commerciales océaniques. L'exploitation des Amériques, avec l'afflux de métaux précieux et de nouveaux produits comme la pomme de terre, a stimulé le commerce et l'industrie navale européenne. Cette expansion, à l'origine séparée, s'est transformée en un "système-monde" interconnecté où les rivalités européennes se sont étendues aux sphères transocéaniques, créant une spirale d'expansion et de profits.
- Enfin, l'auteur souligne l'importance de la "révolution du savoir" qui a accompagné ce dynamisme. Les progrès en cartographie, navigation, astronomie, médecine et physique ont renforcé la supériorité technologique et militaire de l'Europe. Cette explosion de connaissances, diffusée par l'imprimerie, contrastait fortement avec l'orthodoxie culturelle des autres civilisations. Pour que d'autres sociétés puissent rivaliser, elles n'auraient pas seulement dû acquérir des techniques européennes, mais aussi adopter des caractéristiques essentielles de l'Occident : une économie de marché, une pluralité de centres de pouvoir et une liberté intellectuelle qui défie les dogmes.
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