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Stepan Bandera Selected Works (volume 2 Berserker Books).pdf

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Pages 1-386 (partie 1)

La Lutte de Libération Nationale Ukrainienne et les Conflits Internes au Sein de l'OUN

chapter: "1"

title: "La Préparation Militaire et la Formation des Unités Ukrainiennes (1941)"

quote: "Le plan et les méthodes d'organisation et de fonctionnement des formations militaires révolutionnaires, du mouvement partisan et insurrectionnel ont été élaborés."

details:

  • Le texte décrit les activités intensives du centre militaire de l'OUN sous la direction de Roman Shoukhevytch à Cracovie avant 1941. L'objectif était de former des cadres militaires à travers des cours d'officiers, de sous-officiers et de tireurs, ainsi que des camps d'entraînement. Ce travail, bien que limité par les circonstances, a permis de jeter les bases théoriques et organisationnelles pour les futures actions armées. Les plans de mobilisation élaborés à cette époque ont ensuite servi de fondement aux "Groupes de Marche" destinés à se déployer en Ukraine centrale et orientale lors de la guerre germano-soviétique. Cette préparation a créé un état d'esprit de militarisation et de mobilisation au sein de l'organisation.
  • Face à l'imminence du conflit germano-soviétique, l'OUN a saisi l'opportunité de former des unités militaires ukrainiennes (les Bataillons des Nationalistes Ukrainiens - DUN) en coopération avec des officiers allemands opposés à la politique coloniale de Hitler. L'objectif stratégique de l'OUN était double : obtenir une formation militaire moderne pour ses cadres et manifester la volonté de l'Ukraine de lutter pour son indépendance. L'unité, placée sous le commandement de Roman Shoukhevytch, devait servir de noyau à une future armée régulière ukrainienne si l'Allemagne reconnaissait la souveraineté de l'Ukraine, ou sinon, fournir des cadres entraînés à la résistance clandestine.

chapter: "2"

title: "La Crise de 1943 et la Création de l'Armée Insurrectionnelle Ukrainienne (UPA)"

quote: "Roman Shoukhevytch est devenu le chef de l'Organisation et lui a donné l'orientation de ses activités et de sa lutte qu'exigeaient les temps."

details:

  • En 1943, une crise interne au sein de l'OUN éclate, centrée sur les formes et méthodes de la lutte révolutionnaire. La base de l'organisation, notamment en Volhynie, poussait pour un passage à des formes de lutte insurrectionnelle de masse pour défendre la population contre les déportations et la terreur nazies. La nomination de Roman Shoukhevytch à la tête de l'OUN a permis de résoudre cette crise en orientant l'organisation vers une lutte armée élargie, répondant aux besoins et à la volonté de résistance du peuple ukrainien.
  • Sous la direction de Shoukhevytch, l'OUN a créé l'Armée Insurrectionnelle Ukrainienne (UPA), qui est passée d'actions de guérilla à des opérations militaires à plus grande échelle, immobilisant des divisions ennemies entières. Cette insurrection a atteint son apogée à la fin de la guerre, alors que les troupes allemandes se retiraient. L'UPA et l'OUN ont réussi à contrôler de vastes territoires, organisant la vie nationale et forçant même les Allemands, dans un premier temps hostiles, à rechercher des trêves.

chapter: "3"

title: "L'Élargissement de la Structure : Le Conseil Suprême de Libération Ukrainienne (UHVR) et la Concentration du Pouvoir"

quote: "Toute lutte totale, y compris une lutte de libération révolutionnaire, exige une direction unifiée."

details:

  • Pour unifier et élargir la direction du mouvement de libération, le Conseil Suprême de Libération Ukrainienne (UHVR) a été créé comme l'organe suprême de caractère révolutionnaire et étatique. L'objectif était d'y intégrer activement les forces d'autres courants politiques ukrainiens. Pour assurer une direction cohérente dans la lutte complexe sur deux fronts (contre l'Allemagne nazie et l'URSS), la direction suprême de la formation de libération OUN-UPA-UHVR a été concentrée entre les mains de Roman Shoukhevytch, cumulant les rôles de chef de l'OUN, commandant en chef de l'UPA et chef du Secrétariat Général de l'UHVR.
  • Le texte défend cette concentration du pouvoir non comme une dictature personnelle, mais comme une nécessité pratique dictée par les exigences de la lutte elle-même. Cette structure visait à éviter la fragmentation et à maintenir une ligne cohérente face à des ennemis puissants et dans des conditions extrêmement difficiles pour le mouvement clandestin.

chapter: "4"

title: "Les Débats Stratégiques : Compter sur ses Propres Forces ou sur l'Aide Étrangère ?"

quote: "Sa pensée, sa planification et ses actions, comme toujours, et dans la situation de l'époque, ne se fondaient pas sur une conjoncture favorable ou une aide extérieure, mais sur l'exigence de 'tenir', d'édifier les forces et la lutte de la révolution nationale de libération ukrainienne par ses propres moyens."

details:

  • Une divergence fondamentale est apparue au sein du mouvement de libération concernant la stratégie à adopter après la guerre. Une faction, nourrissant des espoirs dans une intervention occidentale contre l'URSS, voulait orienter la lutte insurrectionnelle pour impressionner les Alliés et obtenir leur soutien. À l'inverse, Roman Shoukhevytch et la direction de l'OUN restée en Ukraine prônaient le principe de la confiance dans les forces propres du peuple ukrainien.
  • Pour Shoukhevytch, la révolution de libération était un processus profond et continu qui devait s'appuyer sur ses propres ressources, indépendamment des conjonctures internationales. Le déploiement de l'UPA à la fin de la guerre avait ainsi pour objectif principal de diffuser les idées révolutionnaires au sein de tout le peuple ukrainien et parmi les autres peuples asservis par le bolchevisme, préparant le terrain pour un soulèvement futur, plutôt que de compter sur une aide extérieure incertaine.

chapter: "5"

title: "L'Adaptation de la Lutte dans l'Après-Guerre et l'Héritage de Shoukhevytch"

quote: "Toujours regardant loin devant, il a su voir et modifier progressivement, mais avec constance, la tactique de la lutte de l'insurrectionnelle à la partisane puis à purement clandestine."

details:

  • Après 1947, face à la stabilisation relative de la situation internationale et interne en URSS, il est devenu nécessaire d'adapter les formes de lutte pour assurer la survie à long terme du mouvement. Sous la direction de Shoukhevytch, la tactique a évolué des grandes actions insurrectionnelles vers des actions partisanes, puis vers un travail purement clandestin et de propagande. L'accent s'est déplacé du militaire vers le politique, avec un renforcement du réseau souterrain de l'OUN et une réduction des unités de l'UPA.
  • La mort héroïque de Roman Shoukhevytch en 1950 est décrite comme une perte immense pour le mouvement de libération. Cependant, le texte souligne que l'esprit et les fondations qu'il a posés, ainsi que la résilience démontrée par la lutte de l'OUN-UPA pendant plus de dix ans dans des conditions sub-bolcheviques, constituent son plus grand héritage et prouvent l'échec des tentatives bolcheviques pour écraser la résistance nationale.

chapter: "6"

title: "Le Conflit et le Schisme au Sein de l'OUN à l'Étranger (Années 1950)"

quote: "Les graines du conflit idéologique, politique, structurel et opérationnel entre le Centre à l'Étranger de l'OUN et l'UHVR, semées en 1945 par certaines personnes... ont finalement porté leur fruit empoisonné en février 1954."

details:

  • Dans les années 1950, un conflit majeur éclate entre le Centre à l'Étranger de l'OUN (dirigé par Stepan Bandera) et la Représentation Étrangère de l'UHVR (dirigée par des figures comme Mykola Lebed, Lev Rebet et Ivan Hryniokh). La crise culmine en 1954 avec une tentative de la part de Rebet et Zynoviy Matla de s'emparer de la direction de l'OUN à l'étranger via un "Collège de Trois Commissaires", action que Bandera qualifie de schismatique ("l'action de la 'Deuce'").
  • Bandera accuse le groupe de l'UHVR de s'être éloigné des positions nationalistes fondamentales, de glisser vers des influences marxistes et de chercher à s'aligner sur des forces étrangères (notamment américaines) au détriment d'une politique indépendante. Il affirme que cette faction a tenté de tromper la direction en Ukraine en lui envoyant de faux documents, comme un prétendu "État politique du gouvernement américain", pour discréditer le Centre à l'Étranger de l'OUN et imposer sa ligne.

chapter: "7"

title: "La Défense des Positions Idéologiques : Nationalisme, Religion et Forces Propres"

quote: "Le mouvement nationaliste, de libération et révolutionnaire ukrainien, tel que dirigé et encadré par l'OUN, est un mouvement chrétien."

details:

  • En réponse aux déclarations de la Représentation Étrangère de l'UHVR qui affirmait que le mouvement de libération n'était "pas anti-chrétien", Bandera réaffirme avec force le caractère chrétien du nationalisme ukrainien tel que porté par l'OUN. Il argue que les racines spirituelles et la vision du monde du peuple ukrainien sont profondément chrétiennes et que le mouvement défend activement la religion contre la persécution bolchevique. Il rejette toute tentative de neutralité ou d'indifférence en la matière, y voyant un affaiblissement idéologique.
  • Bandera développe longuement le principe cardinal de la confiance dans les "forces propres" (vlasni syly). Il oppose cette conception à l'orientation vers les "forces étrangères" et la conjoncture internationale, qu'il associe à l'opportunisme et à la dépendance. Pour l'OUN, seule la nation ukrainienne est la source et la force décisive de sa libération. Les alliances extérieures ne peuvent être que temporaires et ne doivent jamais conduire à une subordination politique ou à l'abandon des objectifs fondamentaux d'indépendance.

chapter: "8"

title: "Analyse de la Politique Soviétique Post-Stalinienne et de la Lutte de Libération"

quote: "Un regard plus attentif sur la politique dite nouvelle ligne de Moscou renforce notre conviction que les bolcheviks n'ont pas l'intention de changer leur système ou leur politique."

details:

  • Dans une série d'articles critiques, Bandera analyse le "nouveau cours" post-stalinien et le XXe Congrès du PCUS. Il affirme que malgré la dénonciation du "culte de la personnalité" de Staline, la politique fondamentale de Moscou reste inchangée : l'impérialisme expansionniste, l'exploitation économique des républiques (comme l'Ukraine), la répression nationale et le maintien d'un système totalitaire. Il qualifie Khrouchtchev de stalinien poursuivant les mêmes objectifs avec des tactiques adaptées.
  • Bandera réfléchit à la nature de la lutte de libération dans ce contexte. Il rejette l'idée qu'il s'agisse d'une simple campagne militaire limitée dans le temps. Il la définit plutôt comme un processus révolutionnaire multidimensionnel et de longue haleine pour la renaissance spirituelle et politique de la nation, pour la défense de son âme contre la destruction bolchevique. Même si les sacrifices sont immenses, cette lutte est présentée comme nécessaire et juste pour préserver l'existence même de la nation ukrainienne face aux plans d'assimilation et d'extermination de Moscou.

Pages 1-386 (partie 2)

Analyse de la stratégie bolchevique et de la lutte de libération nationale ukrainienne

La dualité stratégique de Moscou et la résistance des peuples

Moscou peut mettre [les moyens auxiliaires] de côté à tout moment quand elle veut opérer avec les os nus d'un prédateur.
  • L'analyse de Stepan Bandera révèle la stratégie constante de l'impérialisme moscovite, qui combine des concessions tactiques avec une répression brutale. Cette dualité est illustrée par la réaction différente du Kremlin aux événements de Pologne et de Hongrie en 1956. En Pologne, Moscou a toléré les aspirations d'autonomie du régime communiste de Gomulka car celui-ci garantissait la préservation du système du parti unique et de la présence militaire soviétique. En Hongrie, où le mouvement populaire était explicitement anti-communiste et anti-Moscou, la réponse fut une répression militaire immédiate et sanglante. Cette divergence démontre que la ligne rouge pour Moscou est la remise en cause de la dictature du Parti communiste et de son hégémonie. Toute concession n'est qu'un « pas en arrière » temporaire, destiné à permettre plus tard « deux pas en avant » dans la consolidation du pouvoir.
  • Bandera soutient que la terreur reste l'outil fondamental et ultime de la politique nationale bolchevique. Malgré la « déstalinisation » et les discours sur une évolution plus « humaine », la nature prédatrice de l'impérialisme moscovite est immuable. Les méthodes de pogrom et de terreur irréfléchie, perfectionnées sur des décennies, sont déployées dès qu'un peuple constitue une « menace sérieuse » pour la domination de Moscou. Cette analyse sert d'avertissement : toute confiance dans des formes plus douces de progression moscovite est « traîtresse et désastreuse ». Les peuples asservis doivent orienter leur stratégie de lutte en tenant compte de ce mode d'action prédateur sous-jacent, et non se bercer d'illusions sur une éventuelle modération du régime.

L'échec du projet de rééducation bolchevique et les sources de la résistance

Car l'âme humaine vient de Celui qui était avant la vie et sera après la vie, à jamais, et la défense des grandes vérités rapproche l'âme humaine de Dieu plus que la vie elle-même.
  • Bandera analyse l'échec fondamental du projet bolchevique de remodelage de l'homme et des peuples selon la doctrine matérialiste. Malgré quatre décennies de terreur, d'isolement, de propagande totale et de persécution religieuse, le régime n'a pas réussi à éradiquer les aspirations à la liberté, la vérité et la foi. Cet échec est dû à la rencontre avec des « éléments primordiaux dans l'âme de l'homme et du peuple » qui sont indestructibles. L'argument ultime du système – la menace de mort – échoue face à des millions de personnes prêtes à défendre des valeurs plus chères que la vie. Cet échec contraint les dirigeants du Kremlin à maintenir indéfiniment un système de domination basé sur la coercition et la terreur.
  • La foi chrétienne est identifiée comme la source la plus puissante de force pour la résistance et la lutte de libération. Bandera affirme que c'est par une « foi vraie et profonde en Dieu » que chaque personne et chaque nation peut puiser une force inépuisable, surtout dans les situations les plus difficiles. Il insiste sur le fait que la défense de la foi chrétienne et de l'Église ne doit pas être séparée de la lutte de libération nationale, mais en être un pilier central. Cette conviction spirituelle est présentée comme le fondement moral qui motive la résistance contre un système athée et qui fournit l'inspiration et l'endurance nécessaires pour persévérer dans un combat long et sacrificiel.

Le piège du soviétophilisme et la défense du camp national indépendantiste

Tout ce qui se passe dans la vie ukrainienne au détriment de la cause de la libération ukrainienne et en faveur des bolcheviks doit être surmonté et éliminé de la vie politique ukrainienne.
  • L'article « La science oubliée » dénonce vigoureusement les tendances soviétophiles au sein de l'émigration ukrainienne, qu'il considère comme un phénomène de « décomposition idéologique et politique ». Bandera retrace l'histoire du soviétophilisme des années 1920-1930, né des illusions sur la « korenizatsiya » (indigénisation) et l'URSS comme cadre d'un État ukrainien en développement. Il montre comment cette tendance, alimentée par la propagande bolchevique, a causé des dommages en désintégrant le front de libération et en semant la discorde. La résurgence de ces idées après-guerre, sous couvert de « coexistence » ou de reconnaissance de l'URSS comme « État ukrainien existant », est jugée encore plus dangereuse car elle survient après que l'expérience stalinienne ait clairement révélé la nature de l'oppression moscovite.
  • Bandera critique spécifiquement deux courants : l'un, représenté par Ivan Maistrenko, qui cherche à réconcilier l'indépendantisme avec certains aspects du communisme ; l'autre, la URDP d'Ivan Bahriany, qui mise sur les cadres du Parti communiste ukrainien comme futurs moteurs de la révolution nationale. Il rejette catégoriquement cette dernière idée, arguant que les cadres du parti, liés par le sang au régime bolchevique, sont l'ennemi et ne rejoindront la révolution que pour tenter de la trahir et de préserver leurs privilèges. Il les qualifie de « cheval de Troie » pour la révolution ukrainienne. La défense de la pureté du camp national indépendantiste contre toute infiltration d'idées conciliatrices avec le système soviétique est présentée comme une nécessité vitale.

La nouvelle tactique moscovite : le condominium et la réponse ukrainienne

Le condominium de l'Ukraine avec la Russie... devrait être le nouvel idéal et le but des aspirations politiques du peuple ukrainien.
  • Face à l'échec de la terreur pure et à la résistance persistante, Bandera analyse une nouvelle tactique de Moscou dans les années 1950 : promouvoir l'idée d'un « condominium » ou d'une co-dominance de l'Ukraine avec la Russie au sein de l'empire. Cette tactique se manifeste par la célébration du 300e anniversaire du traité de Pereyaslav, par des visites diplomatiques à Kyiv présentée comme une « seconde capitale », et par une propagande insistant sur le rôle dirigeant des « deux peuples frères ». L'objectif est de flatter les sentiments nationaux ukrainiens tout en les canalisant vers une association avec l'impérialisme russe, transformant ainsi l'ennemi le plus ardent en défenseur de l'empire.
  • Bandera rejette absolument cette manœuvre. Il affirme que le peuple ukrainien, forgé par des décennies de souffrances et de lutte, n'est pas dupe de cette « propagande mensongère et de tactiques trompeuses ». Il souligne que les principes directeurs du peuple ukrainien – le désir de liberté et de vérité, le sens de la justice et un haut idéalisme – sont incompatibles avec la complicité dans un projet impérialiste d'oppression d'autres peuples. L'Ukraine, dans sa vision, se bat pour la liberté pour elle-même et la veut pour les autres, refusant catégoriquement de devenir un « complice de Moscou dans son impérialisme anti-national et agressif ».

La guerre permanente et l'illusion de la paix face à l'impérialisme bolchevique

Pour l'Ukraine et les autres nations asservies par le bolchevisme, il n'y a pas eu de paix et il n'y a pas de paix, donc la question de la paix ou de la guerre n'existe pas.
  • Dans « Une autre illusion de la paix », Bandera propose une analyse géopolitique radicale : il n'y a pas de paix, mais une guerre permanente menée par Moscou contre le monde. Le bolchevisme est par nature agressif et expansionniste, et son « offensive constante sous diverses formes » constitue un état de guerre, que les puissances occidentales le reconnaissent ou non. Leur espoir de coexistence pacifique ou de « solution pacifique » est une illusion dangereuse basée sur une méconnaissance de la nature de l'impérialisme moscovite. Pour les peuples asservis, la seule question est de continuer la lutte pour la survie nationale.
  • Bandera commente le Traité de l'Atlantique (OTAN) comme une étape importante mais insuffisante. Il y voit un retour timide au réalisme politique, reconnaissant la possibilité d'une guerre défensive, mais il critique son caractère défensif et régional. Il dénonce l'erreur de considérer la guerre comme future et localisée, alors qu'elle est déjà présente et indivisible. Il argue que les fronts de lutte des peuples asservis, comme l'Ukraine, font partie intégrante de cette guerre mondiale contre le bolchevisme, et que leur ignorer revient à une stratégie myope et autodestructrice pour l'Occident, comparable à la confiance dans la ligne Maginot.

Leçons des révolutions en Europe de l'Est et perspectives pour la lutte ukrainienne

La question de savoir si une révolution est possible dans des conditions sub-bolcheviques... a été résolue en Hongrie dans un sens incontestablement positif.
  • L'article tire les conclusions des événements de 1956 (mort de Staline, Poznań, Hongrie) pour la lutte de libération ukrainienne. Le soulèvement hongrois est d'une importance capitale : il prouve qu'une révolution de libération nationale est possible même dans un petit pays sous un système totalitaire consolidé et occupé militairement. Son échec final n'est pas dû à un échec de la révolution elle-même (qui avait renversé le régime et contrôlé le pays), mais à son isolement face à une agression militaire extérieure massive, face à l'indifférence occidentale. Cette leçon renforce la conviction que la révolution est possible, mais que sa victoire finale nécessite qu'elle devienne générale à tous les peuples asservis.
  • Bandera en tire des impératifs stratégiques pour l'OUN (Organisation des Nationalistes Ukrainiens). Il souligne la nécessité de maintenir et de préparer le noyau organisé de la force révolutionnaire en Ukraine. Il insiste aussi sur la préparation de groupes d'organisateurs à l'étranger, prêts à être envoyés pour fournir une direction, des slogans et un plan stratégique au moment crucial, afin d'éviter que l'énergie révolutionnaire spontanée ne se dissipe de manière chaotique. Il met en garde contre toute illusion sur l'aide occidentale, dont la passivité lors de la révolution hongroise a démontré les limites, et réaffirme que la politique de libération doit se fonder principalement sur ses propres forces.

La guerre nucléaire, la révolution et les calculs politiques de l'Occident

La lutte anti-bolchevique de libération nationale s'appuie sur un mode d'action différent, opposé, à la guerre mécanisée moderne.
  • Dans une analyse approfondie, Bandera examine l'impact des armes nucléaires sur la probabilité d'une guerre et sur la lutte de libération. Il rejette l'idée que la terreur nucléaire mutuelle rende la guerre impossible, arguant que Moscou pourrait encore provoquer des conflits limités avec des armes conventionnelles, comptant sur la peur occidentale de l'escalade. Pour la révolution, la mécanisation de la guerre a un effet négatif en réduisant le rôle des masses, mais l'équilibre des forces nucléaires et le développement de tactiques de guerre mobiles et profondes pourraient en fait créer des conditions plus favorables à la guérilla et aux actions subversives au sein de l'armée.
  • Bandera analyse les attitudes occidentales souvent hypocrites ou craintives envers la révolution de libération. Certains cercles ne la soutiennent que dans la mesure où elle pourrait détourner Moscou d'une agression contre l'Occident, sans engagement réel. D'autres la redoutent car elle pourrait obliger l'Occident à intervenir et provoquer un conflit. Il dénonce ces calculs comme égoïstes et dangereux, et affirme que la coopération entre l'Occident et les forces de libération est une nécessité stratégique pour abattre l'ennemi commun. Il met en garde les indépendantistes ukrainiens contre l'adaptation de leur discours aux désirs occidentaux (promettre une révolution sans risque), car cela conduit à des illusions mutuellement néfastes. La politique étrangère du mouvement doit plutôt révéler clairement la menace bolchevique et la nécessité d'une alliance active et résolue.

Pages 1-386 (partie 3)

La Lutte pour la Libération Nationale Ukrainienne et la Structuration Politique en Exil

La Nécessité de la Lutte Révolutionnaire de Libération Nationale

Pour sauver la nation ukrainienne de cette situation et mettre fin au processus constant de son asservissement et de sa destruction, il est nécessaire de renverser la domination de Moscou en Ukraine, d'éradiquer le bolchevisme-communisme en Ukraine et d'éliminer des terres ukrainiennes tous les facteurs de l'impérialisme russe et tous ses soutiens.
  • L'analyse part du postulat que la lutte révolutionnaire est une nécessité vitale pour la nation ukrainienne, et non une simple possibilité à évaluer. L'asservissement par Moscou et le système bolchevique sont présentés comme une menace existentielle pour l'identité, le développement libre et la substance biologique même du peuple ukrainien. L'impérialisme russe, sous sa forme bolchevique, mène une politique de destruction systématique. Face à cette menace totale, l'attitude passive ou l'attente d'une évolution favorable du système sont rejetées comme suicidaires. La seule réponse possible est une lutte décisive et globale visant à renverser la domination étrangère et à éradiquer l'idéologie communiste du territoire national. Cette position est présentée comme une loi de la vie : un organisme menacé mobilise toutes ses forces pour survivre.
  • Le document établit une distinction cruciale entre l'impérialisme russe « ouvert » et le communisme international, tout en les identifiant comme deux formes du même ennemi : Moscou. Le bolchevisme est décrit comme l'instrument le plus perfectionné et le plus dangereux de l'impérialisme russe contemporain. Cette analyse justifie une lutte sur deux fronts : un front principal contre la domination bolchevique en Ukraine, et un front contre l'impérialisme russe sous toutes ses formes, y compris ses versions anti-communistes en exil. Cette compréhension nuance la lutte, qui n'est pas seulement idéologique (anti-communiste) mais fondamentalement nationale et anti-impériale.

Évaluation des Possibilités de Changement dans l'Espace Soviétique

Il y a trois possibilités théoriques principales de changement dans l'espace sous-bolchevique. La première possibilité est l'élimination du bolchevisme par des forces extérieures... La deuxième possibilité est l'évolution interne du bolchevisme... La troisième possibilité est la révolution anti-bolchevique, principalement la révolution de libération nationale des peuples asservis par Moscou.
  • Le texte passe en revue les trois scénarios envisagés pour un changement fondamental en URSS. Le premier, une guerre menée par les puissances occidentales contre l'URSS, est jugé incertain dans son déclenchement et problématique dans ses résultats pour les peuples asservis. Le second, une évolution interne pacifique du système bolchevique vers plus de libertés, est catégoriquement rejeté comme une illusion utopique, car toute modification initiée par le régime sert à consolider son pouvoir, non à l'affaiblir.
  • La troisième voie, la révolution de libération nationale menée par les peuples eux-mêmes, est présentée comme la seule réaliste et nécessaire. Le document insiste sur le fait que les concessions réelles arrachées au régime (comme la période de « l'ukrainisation ») l'ont été par la lutte, et non par sa bonne volonté. Cette analyse sert à discréditer les concepts politiques basés sur l'attentisme ou la coopération avec des forces russes anti-communistes mais impérialistes, et à légitimer la stratégie révolutionnaire autonome comme la seule fondée sur la réalité et les intérêts vitaux des nations.

La Guerre et la Révolution : Valeur et Limites

Une guerre entre le bloc occidental et le bloc bolchevique à elle seule n'aurait pas apporté la libération nationale aux peuples asservis. L'indépendance étatique des peuples asservis en URSS ne fait pas partie du concept occidental, et sa victoire dans la guerre contre le bolchevisme n'interrompt pas la chute de l'impérialisme russe.
  • L'analyse de la valeur d'une éventuelle guerre entre l'URSS et l'Occident est nuancée. D'un côté, une telle guerre créerait des conditions bien plus favorables à la lutte révolutionnaire en détournant l'attention et les forces du régime, en affaiblissant son contrôle policier et en mettant des armes entre les mains de masses potentiellement hostiles. Elle briserait également l'inertie internationale défavorable.
  • D'un autre côté, le document met en garde contre une confiance excessive dans ce scénario. La politique officielle des puissances occidentales, notamment américaines, est décrite comme visant uniquement à éliminer le communisme tout en préservant l'intégrité de l'empire russe, au détriment des aspirations indépendantistes des peuples non russes. Cette ligne, influencée par l'émigration russe blanche (comme le NTS), ne garantit donc pas la libération nationale, même en cas de victoire occidentale. La conclusion est que les mouvements de libération doivent se préparer à utiliser les circonstances de la guerre pour développer leur propre lutte, sans en faire le pivot unique de leur stratégie.

Le Front Commun des Révolutions de Libération Nationale

Tous les peuples luttant pour leur libération nationale contre l'impérialiste Moscou sont des alliés naturels et leur compétition crée un front commun.
  • Le texte défend l'idée d'un front commun des peuples asservis par Moscou (Ukrainiens, peuples baltes, Caucasiens, etc.). Cette alliance « naturelle » est fondée sur une situation identique, un ennemi commun (l'impérialisme russe sous toutes ses formes), et la convergence des objectifs finaux : l'effondrement de l'empire et la création d'États-nations indépendants. L'argument central est rationnel : la lutte simultanée de tous ces peuples disperse et affaiblit les forces de Moscou, rendant la victoire de chacun plus probable.
  • Cependant, le document rejette une centralisation organisationnelle ou opérationnelle excessive de ce front commun, la jugeant irréaliste et contre-productive. Chaque mouvement national doit garder l'initiative et la direction de sa propre lutte révolutionnaire. La coopération doit se faire via la coordination politique, l'entraide et, surtout, par l'effet d'entraînement que la lutte intense d'un peuple exerce sur les autres. Le Bloc Anti-Bolchevique des Peuples (ABN) est cité comme une instance de coordination, mais non comme un état-major supranational.

Les Forces Anti-Communistes Russes : Un Allié Impossible

Il n'y a donc pas de terrain d'entente pour un front commun entre les forces de libération nationale et les forces anti-communistes russes.
  • Cette section analyse de manière critique le facteur « anti-communiste russe ». Elle reconnaît l'existence de sentiments anti-régime au sein du peuple russe, mais affirme que ceux-ci sont systématiquement subordonnés et étouffés par des tendances impérialistes persistantes. Les forces organisées de l'émigration russe (comme le NTS) sont décrites comme hostiles aux indépendances nationales et cherchant à préserver l'empire, même débarrassé du communisme.
  • Par conséquent, toute tentative de créer un front commun avec ces forces est jugée vouée à l'échec et dangereuse. Elle obligerait les mouvements de libération à abandonner ou à différer leur objectif d'indépendance, ce qui saperait leur raison d'être et leur dynamique révolutionnaire. La stratégie préconisée est une séparation nette : les peuples asservis mènent leur lutte de libération, et les Russes anti-communistes mènent la leur sur le territoire ethnique russe. Toute ingérence russe dans les affaires des autres peuples doit être combattue.

Pour une Structure Politique Complète en Exil : Le Centre National de Libération Élu

L'état actuel de la cause de libération ukrainienne et, en particulier, l'état de notre vie politique et de l'action indépendante en terre étrangère, mettent à l'ordre du jour le besoin brûlant d'établir un Centre National de Libération Ukrainien à l'étranger au moyen d'élections générales.
  • Face aux divisions et à l'inefficacité de la vie politique ukrainienne en exil, le document (attribué à Stepan Bandera) propose la création d'un « Centre National de Libération » (CNL) élu par l'ensemble de l'émigration ukrainienne politiquement active. Ce centre aurait pour tâches principales de conduire une politique indépendantiste unifiée à l'étranger, de représenter de manière autoritaire la cause ukrainienne auprès du monde libre, et de coordonner les actions de toutes les forces politiques nationales sur le front anti-bolchevique.
  • Le CNL ne prétendrait pas être un gouvernement en exil ou un parlement, ce qui le distinguerait d'instances comme le Conseil National Ukrainien (UNRada), jugées inefficaces et coupées de la lutte révolutionnaire en Ukraine. Son autorité découlerait de son élection démocratique et de son soutien par la base émigrée, lui donnant une légitimité et une force d'action supérieures aux simples centres inter-partis.

Mécanisme et Principes des Élections au Centre de Libération

L'introduction d'élections générales comme institution normale dans notre vie politique à l'étranger serait le moyen le plus approprié pour éliminer ces anomalies.
  • Le projet électoral est décrit en détail. Il prévoit un scrutin par listes, organisé par des commissions électorales centrales, régionales et locales. Le droit de vote serait accordé à tout Ukrainien adulte à l'étranger reconnu comme tel et contribuant matériellement (via une « auto-taxation ») à la cause de la libération, excluant ainsi les personnes indifférentes ou hostiles.
  • L'objectif avoué est de « normaliser » la vie politique en exil en créant un principe d'ordre supérieur : la volonté de la communauté émigrée, exprimée par les urnes. Ce mécanisme est présenté comme le remède aux « maladies structurelles de l'émigration » : le manque de base populaire des groupes politiques, leur dépendance à des soutiens étrangers, les intrigues inter-partisanes et l'arrogance des élites coupées de leur base. Les élections forceraient les groupes à rendre des comptes à leur société et à se mesurer à leur influence réelle.

Réfutation des Objections et Perspectives

Nous sommes convaincus que l'ensemble de la société répondra par un engagement sincère et un soutien sacrificiel. Car elle aspire à rationaliser et à compléter la structure de notre vie politique en terre étrangère.
  • Le texte anticipe et réfute les principales objections au projet. À l'argument que les États d'accueil ne permettraient pas ces élections, il répond que l'action politique ukrainienne anti-bolchevique est dans la ligne des intérêts des pays occidentaux et que les autorités font preuve de tolérance pour l'essentiel. À l'objection d'un faible taux de participation qui discréditerait la cause, il rétorque que seuls les citoyens politiquement actifs voteront, créant ainsi une base solide et crédible, préférable à une masse passive invoquée de manière abstraite.
  • Enfin, le document reconnaît que le principal obstacle viendra des cercles attachés au Conseil National Ukrainien (UNRada), qui voient en lui le seul centre étatique légitime. Il les accuse d'avoir négligé la lutte révolutionnaire en Ukraine et de s'être compromis par des coopérations opportunistes. Le projet du CNL élu est donc aussi un moyen de dépasser ces structures considérées comme dépassées et inefficaces pour mener la lutte de libération jusqu'à son terme.

Pages 1-386 (partie 4)

Stratégie et doctrine de la lutte de libération nationale ukrainienne contre l'impérialisme moscovite et le bolchevisme

Le Front Commun des Peuples Asservis et la Question du Communisme National

Le front commun des peuples asservis par Moscou existe en raison de la situation similaire imposée à ces peuples par Moscou bolchevique, avec pour objectif principal de gagner l'indépendance de chaque nation par des efforts conjoints.
  • Le document établit la nécessité d'un front commun des peuples opprimés par l'impérialisme moscovite, incluant les nations au sein de l'armée soviétique, des camps de concentration et en exil. Cette alliance est présentée comme une réponse naturelle à une oppression partagée et a pour objectif ultime l'indépendance nationale de chaque peuple. L'analyse souligne que cette coopération ne doit pas se limiter à la lutte de libération, mais doit jeter les bases d'une future collaboration entre États indépendants pour assurer une sécurité durable contre la menace persistante de l'impérialisme russe, dont les racines profondes constituent un danger constant.
  • Le concept de « communisme national » est analysé en profondeur. Il est défini non pas comme une idéologie distincte, mais comme une réaction tactique des éléments communistes locaux à l'hégémonie et au centralisme de Moscou, motivée par des ambitions de pouvoir et une volonté de gouverner selon leurs propres termes. Le document met en garde contre ce phénomène, arguant qu'il ne peut jamais être un véritable défenseur des aspirations nationales, car le communisme reste intrinsèquement l'ennemi de la nation et de ses valeurs. Son émergence peut être soit une réelle rupture avec Moscou, soit une manœuvre tactique orchestrée par Moscou elle-même pour affaiblir la résistance.
  • L'attitude du mouvement de libération nationale envers le communisme national doit être pragmatique et fondée sur une évaluation minutieuse. Le critère déterminant est de savoir si une action ou un groupe donné éloigne les gens du camp bolchevique et les rapproche du camp national-indépendantiste, ou l'inverse. Une distinction cruciale est faite entre les anciens communistes qui rejettent complètement l'idéologie pour rejoindre la révolution nationale (à intégrer) et ceux qui cherchent à préserver des éléments du système communiste sous une forme « nationale » (à combattre).
  • Le document prévoit que le bolchevisme, face à l'effondrement, pourrait se scinder en deux tendances : une visant à préserver la structure impériale en rejetant le système communiste comme un « boulet », et une autre cherchant à maintenir des éléments communistes dans un cadre national tout en rejetant l'impérialisme moscovite. Cette fragmentation représenterait une tentative de survie et de mimétisme. La vigilance est de mise pour démasquer ces manœuvres d'adaptation et s'assurer que les forces émergentes combattent activement les vestiges du bolchevisme.

Les Forces Motrices et le Développement de la Révolution de Libération

Les trois forces motrices de la révolution de libération sont inextricablement liées, de sorte que l'absence de l'une d'entre elles réduit fondamentalement l'efficacité des autres.
  • Le processus révolutionnaire est animé par trois forces motrices fondamentales et interdépendantes : l'idée révolutionnaire (le nationalisme ukrainien comme rejet du bolchevisme), l'organisation révolutionnaire (l'OUN en tant que force dirigeante consciente) et l'action révolutionnaire (la lutte sous toutes ses formes). L'idée fournit la base idéologique et la dynamique, l'organisation assure la planification et la direction, et l'action manifeste la vitalité des deux premières. Leur synergie est essentielle pour surmonter la résistance ennemie.
  • Le développement de la révolution est décrit comme un processus en deux phases : une phase prolongée de révolution permanente (comprenant la lutte clandestine, la guérilla) dans des conditions défavorables à un soulèvement général, et une phase décisive de soulèvement armé national. Le passage à cette seconde phase doit être le fruit d'une maturation interne et d'une conjoncture favorable, car elle exige un effort maximal et entraînera de lourds sacrifices. Le schéma de développement n'est pas linéaire mais ondulatoire, avec des hauts et des bas.
  • La mobilisation révolutionnaire du peuple prend trois formes principales : idéologique et politique (dissémination des idées et éducation morale), par l'action (implication dans des actes de lutte, du sabotage aux actions armées) et organisationnelle et en personnel (recrutement au sein des formations révolutionnaires, notamment l'OUN). Cette dernière forme est la plus exigeante et engage totalement l'individu. La mobilisation doit être proportionnée aux plans de lutte et éviter les expansions massives précipitées sans perspective à long terme.
  • Une attention particulière est portée à la nécessité de conquérir les villes ukrainiennes « de l'intérieur ». Contrairement aux révolutions à caractère social unilatéral, la révolution nationale doit impliquer toutes les couches de la population. Les villes, bien que forteresses de l'ennemi, abritent une population patriotique ukrainienne. Le travail révolutionnaire y est plus difficile mais crucial, notamment parmi la jeunesse et la classe ouvrière, qui constituent un réservoir majeur de potentiel révolutionnaire. La stratégie finale combine les forces révolutionnaires autochtones urbaines, les bases rurales et les formations militaires issues de l'armée soviétique.

Facteurs Internationaux et Politique Étrangère de la Lutte de Libération

La lutte de libération anti-bolchevique des peuples asservis est le point le plus faible, le plus vulnérable de Moscou bolchevique.
  • L'analyse de la situation internationale est cruciale. Le document examine dans quelle mesure les relations entre l'URSS et les autres États lient les mains des bolcheviks et si la lutte de libération peut trouver un soutien à l'étranger. L'attitude ne doit pas être passive : l'OUN mène une activité politique active à l'étranger pour recruter des alliés et activer les ennemis de l'impérialisme moscovite. Cependant, les possibilités d'influencer fondamentalement le cours de la politique des grandes puissances sont reconnues comme limitées.
  • Le document critique sévèrement la politique occidentale d'« coexistence pacifique » avec l'URSS, la qualifiant d'illusion dangereuse et d'encouragement à l'agression bolchevique. Il constate un glissement vers une « coexistence armée » ou « guerre froide », état instable et défavorable à l'Occident. La conclusion est que l'Occident doit abandonner l'idée de coexistence et adopter une stratégie offensive dans la guerre froide, visant à affaiblir structurellement l'empire soviétique.
  • Le mouvement de libération fonde sa stratégie sur ses propres forces, considérant le soutien extérieur comme un auxiliaire important mais non décisif. Il rejette les orientations politiques qui placent tous leurs espoirs dans une intervention militaire occidentale. Pour être un partenaire crédible, une nation doit représenter une force distinctive et efficace. L'inclusion de la cause ukrainienne dans l'agenda politique occidental ne doit pas devenir une fin en soi au détriment d'une action indépendante.
  • Le document met en garde contre deux concepts erronés dans la politique occidentale : la distinction artificielle entre bolchevisme et impérialisme russe (prétendant pouvoir s'allier avec l'un contre l'autre) et le soutien au « titisme » ou communisme national comme allié contre Moscou. Ces approches sont qualifiées d'illusoires et contre-productives, affaiblissant le front anti-bolchevique et servant de « cheval de Troie ».

Tactiques et Formes de la Lutte Révolutionnaire : Clandestinité, Guérilla et Insurrection

La tactique et la forme de l'action révolutionnaire insurrectionnelle sont marquées par deux caractéristiques principales. La première est la formation et le déploiement d'unités militaires plus importantes... La seconde caractéristique est que la lutte insurrectionnelle vise la capture complète, l'épuration de l'ennemi et la tenue d'un territoire.
  • Le document décrit trois tactiques fondamentales de lutte développées par le mouvement national ukrainien. La tactique clandestine repose sur la dissimulation de l'organisation, avec des actions directes (sabotage, terrorisme, distribution de propagande) comme seules manifestations visibles. La tactique de guérilla implique des unités militaires mobiles sans base permanente, menant des actions de combat ou de propagande. La tactique insurrectionnelle combine la formation d'unités militaires plus importantes (proches d'une armée régulière) et l'objectif de libérer et de tenir un territoire de manière durable.
  • Ces tactiques sont souvent combinées (clandestinité-guérilla, clandestinité-insurrection). La forme guérilla-clandestine est typique des périodes de guerre ou des étapes transitoires, capable d'infliger des coups sévères mais pas de libération finale. L'insurrection représente le stade ultime de la révolution, débouchant directement sur la construction étatique. La transition vers des formes insurrectionnelles à grande échelle dépend de la maturation de la situation révolutionnaire et de facteurs externes.
  • Durant la phase de lutte révolutionnaire prolongée, les objectifs sont multiples : préparer la nation au soulèvement décisif, défendre les valeurs nationales contre l'offensive bolchevique, et arracher des concessions à l'ennemi pour améliorer les conditions de vie. Les forces actives dans cette phase sont structurées de manière concentrique : le noyau de l'OUN, ses sympathisants actifs, la population influencée agissant par résistance-sabotage, et les masses imprégnées de sentiments révolutionnaires.
  • Le document souligne les succès de la lutte à ce stade : l'enracinement profond des idées nationalistes dans toutes les terres ukrainiennes et à travers l'URSS, la reconnaissance de l'OUN comme force dirigeante, et surtout, la rupture de l'emprise paralysante du système terroriste bolchevique. Les actions héroïques des nationalistes, tant dans la lutte clandestine que dans les camps de concentration, ont prouvé la possibilité de résister et ont transformé la psychologie des masses.

Préparatifs et Scénarios pour le Soulèvement National Général

Le facteur le plus important dans l'effondrement révolutionnaire général est la création d'un haut relèvement psychologique des masses, qui atteint un point expansif.
  • Le document envisage quatre types de situations pouvant déclencher un soulèvement général réussi : une guerre entre l'URSS et d'autres États ; la massification des actions révolutionnaires et l'ébullition des sentiments nationaux ; une révolution anti-bolchevique à grande échelle dans d'autres pays du bloc soviétique ; une crise majeure et une désintégration au sein du régime bolchevique lui-même. La situation la plus réaliste sur laquelle l'OUN peut influer est la seconde.
  • Deux schémas de déroulement sont prévus. En situation de guerre, la forme armée domine immédiatement. En temps de paix troublé, la rupture commence par des actions socio-politiques de masse (manifestations, grèves) qui, en s'aggravant, débouchent sur la lutte armée initiée par les unités clandestines. Le rôle crucial de l'organisation révolutionnaire est de canaliser l'énergie explosive des masses vers une lutte planifiée et dirigée, évitant les explosions chaotiques.
  • Les foyers de rupture peuvent émerger dans les terres ukrainiennes indigènes (schéma de libération territoriale progressive), dans les concentrations de prisonniers ou d'exilés, ou au sein d'unités soviétiques à majorité ukrainienne. Les plans doivent s'adapter aux circonstances territoriales. L'objectif principal des formations militaires nationales créées en territoire étranger est de regagner leur terre natale pour participer à sa libération.
  • Les principes régissant les relations avec les forces de libération d'autres nations sont précisés : coopération et non-ingérence entre peuples voisins ; égalité et autonomie interne lors d'actions conjointes en territoire étranger ; respect des droits du pays hôte et coordination pour les forces alliées opérant sur son sol. L'attitude envers les Moscovites est différenciée : citoyens loyaux de l'Ukraine (pleins droits), soldats soviétiques non hostiles (aide à former des unités anti-bolcheviques devant quitter l'Ukraine), ennemis actifs (neutralisation selon les lois de la guerre).

La Position de l'OUN : Interviews et Discours de Stepan Bandera

Le nationalisme ukrainien lutte contre l'impérialisme, contre le totalitarisme, le racisme et toute dictature ou usage de la violence.
  • À travers plusieurs interviews et discours, Stepan Bandera, en tant que chef de l'OUN, expose les objectifs et la nature du mouvement. Il affirme que l'OUN lutte pour la libération de l'Ukraine, la destruction du bolchevisme et de l'impérialisme russe, et l'établissement d'un État ukrainien indépendant, démocratique et socialement juste sur le territoire ethnographique. Il insiste sur le fait que le nationalisme ukrainien n'a rien à voir avec le nazisme ou le fascisme, mais est un patriotisme combatif pour la liberté.
  • Bandera décrit les méthodes de lutte, soulignant la combinaison de l'action politique clandestine et de la lutte armée (UPA). Il détaille les énormes difficultés et sacrifices pour maintenir la liaison entre la direction à l'étranger et l'organisation en Ukraine, avec environ la moitié des courriers tués. Il explique l'adaptation des tactiques de l'UPA après la guerre, passant de grandes unités à des actions plus fragmentées mais persistantes.
  • Il analyse la politique de Moscou en Ukraine, dénonçant les tentatives de russification et de destruction de l'originalité nationale, masquées parfois par des concessions tactiques ou une propagande mettant en avant le rôle de l'Ukraine au sein de l'URSS. Il condamne notamment les déportations de jeunesse ukrainienne vers l'Asie soviétique comme une méthode pour affaiblir le potentiel national.
  • Bandera appelle l'Occident à une compréhension correcte de la lutte ukrainienne et à un changement de politique. Il critique la passivité occidentale, l'illusion de la coexistence, et la peur paralysante d'une guerre nucléaire. Il affirme que la victoire ne peut venir que de la propre lutte du peuple ukrainien, mais que celle-ci constitue le point le plus faible de l'empire soviétique et que son soutien serait dans l'intérêt vital des nations libres. Il présente l'Anti-Bolshevik Bloc of Peoples (ABN) comme le front commun de cette lutte.

Hommage aux Figures Historiques et Continuité de la Lutte

L'immortalité de la grande idée perpétue et illumine la mémoire du regretté Colonel, car il a beaucoup fait pour consolider et vaincre cette idée.
  • Le document rend un hommage appuyé aux figures fondatrices et martyres du mouvement nationaliste. Le colonel Ievhen Konovalets est présenté comme l'architecte du mouvement, successeur de la lutte de l'UVO et fondateur de l'OUN. Son assassinat par les bolcheviks est décrit comme une tentative d'éliminer la direction du mouvement, tentative qui a échoué car l'idée et l'organisation lui ont survécu et se sont renforcées.
  • La continuité historique est soulignée : de la lutte pour l'État en 1917-20, à l'action révolutionnaire de l'UVO et de l'OUN contre les occupants polonais et soviétiques, à la proclamation de l'État en 1941 et à la lutte sur deux fronts pendant la Seconde Guerre mondiale, jusqu'à la résistance clandestine persistante après la guerre. Cette continuité prouve la viabilité de la voie révolutionnaire nationale.
  • Le général Roman Shukhevych (Tchouprynka) est honoré comme le leader qui a dirigé l'OUN et l'UPA durant leur phase la plus glorieuse et difficile (la lutte insurrectionnelle d'après-guerre) et a supervisé la transition vers la clandestinité. Son leadership et son sacrifice final sont présentés comme décisifs pour la survie du mouvement.
  • Ces hommages servent à ancrer l'OUN dans une tradition héroïque, à renforcer la cohésion idéologique et à inspirer les militants. Ils transmettent le message que la lutte, malgré les pertes tragiques et les défaites temporaires, se poursuit inébranlablement sur la voie tracée par ses fondateurs, avec la certitude que les sacrifices consentis mèneront à la victoire finale de l'idée d'indépendance nationale.

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