Stepan Bandera Selected Works (volume 2 Berserker Books).pdf
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La Lutte de Libération Nationale Ukrainienne et les Conflits Internes au sein de l'OUN
La Préparation Militaire de l'OUN avant 1941
Ce qui a été fait sous la direction de Shukhevych dans le centre militaire de l'OUN à Cracovie... a donné les meilleurs succès qu'on ne pouvait attendre étant donné les conditions et les moyens de travail.
- Le texte décrit les activités intensives de la branche militaire de la direction révolutionnaire de l'OUN (Organisation des Nationalistes Ukrainiens) avant le déclenchement de la guerre germano-soviétique. Sous la direction de Roman Shukhevych, un travail systématique d'organisation et de formation a été mené depuis Cracovie et les territoires occidentaux. Cela comprenait l'enregistrement de tout le personnel militaire, la planification du travail avec les forces professionnelles existantes et l'organisation de cours de formation pour les sous-officiers et les officiers. Des programmes de formation variés, des camps d'entraînement et la rédaction de manuels militaires ont été développés. L'objectif était de créer un noyau militaire compétent, et de nombreux cadets formés à cette époque sont ensuite devenus des officiers de l'UPA (Armée Insurrectionnelle Ukrainienne).
- Une partie cruciale de cette préparation était l'élaboration de plans de mobilisation pour le déploiement des forces en cas de guerre entre l'Allemagne et l'URSS. Ces plans sont devenus la base du travail des « Groupes de Marche » de l'OUN, dont la mission était de se déplacer des terres périphériques ukrainiennes (Pologne, Allemagne, Ruthénie) vers le centre et l'est de l'Ukraine. Ce travail de militarisation morale et organisationnelle a permis à l'organisation d'être prête pour la lutte sur deux fronts qui allait caractériser la période de la guerre.
La Collaboration Tactique avec l'Armée Allemande et la Formation du DUN
Nous avons décidé à l'unanimité d'utiliser l'occasion d'organiser et d'entraîner les unités ukrainiennes conçues avec l'aide des facteurs militaires allemands.
- Au début de 1941, une opportunité s'est présentée de former deux unités ukrainiennes (DUN - Druzhyny Ukraïins'kykh Natsionalistiv) d'environ la taille d'un bataillon (kuren) au sein de l'armée allemande. Cette initiative était soutenue par certains officiers allemands favorables à l'indépendance ukrainienne et opposés aux plans coloniaux de Hitler. L'OUN, dirigée par Shukhevych, a saisi cette chance dans un but précis : acquérir une formation militaire pratique moderne pour ses cadres, tout en préservant son indépendance politique et en préparant sa propre lutte anti-bolchevique.
- L'OUN a posé des conditions strictes à cette collaboration. L'unité devait combattre pour la restauration de l'État ukrainien indépendant et rester sous les ordres de la direction de l'OUN, liée par un serment à cette organisation. Elle ne prêterait pas de serment militaire allemand et conserverait ses règlements internes. Le but politique était de manifester la volonté active de l'Ukraine dans la guerre et de servir de noyau à une future armée régulière si l'Allemagne se montrait amicale, ou de fournir des cadres entraînés à la résistance souterraine dans le cas contraire.
La Rupture avec les Allemands et la Transition vers la Résistance
Le gouvernement nazi a rapidement posé sa main occupante sur l'État ukrainien et toute activité indépendante. Cette main s'est aussi attaquée aux unités du DUN.
- Après la proclamation de l'indépendance à Lviv en juin 1941, le régime nazi a rapidement réprimé les velléités d'autonomie ukrainienne. Les unités du DUN ont été retirées du front, soumises à des pressions pour s'intégrer à la machine de guerre allemande, et finalement internées, transférées en Biélorussie ou dissoutes. Face au refus de prêter serment à l'Allemagne, une grande partie des officiers et soldats, dont Roman Shukhevych, sont passés dans la clandestinité.
- Cette expérience, bien que difficile, a eu un résultat positif : elle a fourni à l'OUN un noyau de cadres militaires excellents et bien entraînés. Ces hommes ont apporté avec eux une connaissance précieuse de l'organisation, de la stratégie et des tactiques de la guerre de partisans, tant du côté bolchevique que des méthodes allemandes de contre-insurrection. Ce savoir-faire s'est avéré crucial pour la création et le développement ultérieur de l'UPA.
La Crise de 1943 et l'Émergence de l'UPA sous Shukhevych
Lorsqu'une situation de crise est survenue dans l'OUN en 1943, l'une des principales raisons en était la question du plan, des formes et des méthodes de la lutte révolutionnaire de l'Organisation.
- En 1943, une crise interne éclate au sein de l'OUN, principalement autour de la stratégie à adopter face à l'oppression nazie croissante (travail forcé, terreur). La base et certains dirigeants, notamment en Volhynie, poussaient pour une lutte armée insurgée de grande envergure impliquant les masses populaires. La crise a été résolue lorsque Roman Shukhevych est devenu le nouveau chef de l'organisation.
- Shukhevych a évalué que la population ukrainienne, face à la terreur nazie et au déclin militaire allemand, était mûre pour une lutte large. Il a donc orchestré le passage de la lutte clandestine à une insurrection ouverte sous la bannière de l'UPA. Cette armée a mené des opérations militaires d'envergure, immobilisant des divisions ennemies et établissant un contrôle de facto sur de vastes territoires. Face à cette force, les Allemands, après des tentatives de répression, ont dû composer et même chercher des trêves, ce que l'UPA a utilisé pour se renforcer contre la future occupation soviétique.
Stratégie Post-1945 : Forces Propres vs. Aide Étrangère
Sa pensée, sa planification et ses actions... n'étaient pas basées sur une conjoncture favorable ou une aide extérieure, mais sur l'exigence de 'soutenir', d'accumuler les forces et la lutte de la révolution nationale de libération ukrainienne par ses propres moyens.
- Après la guerre, des divergences stratégiques majeures sont apparues au sein du mouvement de libération. Une faction, nourrissant l'espoir d'une guerre imminente des Alliés occidentaux contre l'URSS, voulait maintenir une insurrection large pour attirer l'attention et le soutien de l'Ouest. Cette approche impliquait parfois d'adapter le visage du mouvement aux goûts des puissances étrangères.
- Roman Shukhevych et la direction de l'OUN restée en Ukraine rejetaient cette dépendance. Leur concept était basé sur la « force propre » (власні сили). Ils considéraient la révolution de libération comme un processus profond et continu devant reposer sur les forces internes du peuple ukrainien, indépendamment des conjonctures internationales. L'insurrection de l'UPA avait pour but principal de répandre les idées révolutionnaires dans toute l'Ukraine et parmi les autres peuples asservis par le bolchevisme, préparant ainsi le terrain pour une lutte prolongée.
L'Adaptation Tactique et la Lutte Prolongée après 1947
Toujours regardant loin devant, il a pu voir et changer graduellement, mais constamment, la tactique de la lutte de l'insurrectionnelle à la partisane puis à purement clandestine.
- Face à la stabilisation relative de la situation en URSS après 1947 et à la difficulté de maintenir de grandes unités insurgées, Shukhevych a opéré une réorganisation stratégique cruciale. Il a supervisé la transition graduelle de la lutte : des formes insurgées (UPA) vers des actions de partisans, puis vers une lutte purement clandestine menée par le réseau de l'OUN.
- L'accent s'est déplacé du militaire vers les sphères politique et propagandiste. Les unités de l'UPA ont été réduites, et leur commandement a été réintégré dans les structures organisationnelles actives de l'OUN. Cette adaptation flexible a permis de préserver le noyau des forces révolutionnaires, d'éviter l'épuisement et de maintenir l'étincelle de la lutte pendant plus de dix ans dans des conditions extrêmement difficiles, ce qui constitue présenté comme un succès majeur dû au leadership de Shukhevych.
Le Conflit Idéologique et la Scission de 1954 au sein de l'OUN
Les graines du conflit idéologique, politique, structurel et opérationnel... ont germé pendant des années et ont finalement porté leur fruit empoisonné en février 1954 avec le 'deux', et avec lui une scission dans les rangs de l'OUN.
- Le document décrit un conflit profond entre le Comité Central (CC) de l'OUN à l'étranger, dirigé par Stepan Bandera, et une faction opposée centrée autour de la Représentation Étrangère de l'UHVR (Conseil Suprême de Libération Ukrainienne), impliquant des figures comme Mykola Lebed, Lev Rebet et Ivan Hryniokh. L'élément déclencheur fut une prétendue « volonté du Pays » (l'Ukraine) exigeant un changement de leadership, qui s'est avérée plus tard être une provocation du KGB soviétique.
- La faction de l'UHVR, avec Rebet et Zynoviy Matla, a formé un « Collège de Trois Commissaires » censé résoudre le conflit, mais a fini par agir seule (devenant le « Deux ») pour tenter de s'emparer du leadership du CC OUN. Leur action, présentée comme une soumission à l'autorité de l'OUN en Ukraine, était en réalité une manœuvre schismatique. Bandera a déjoué cette tentative, préservant la direction et la pureté idéologique du mouvement, et les oppositionnistes ont été exclus.
Défense des Positions Idéologiques : Nationalisme, Religion et Force Propre
L'idée et la personne dans un mouvement idéologique... sont également importantes et nécessaires à son existence et à son développement.
- L'article « Idée et Homme » de Bandera théorise les composantes d'un mouvement. L'idée (le contenu idéologique et programmatique) est permanente, tandis que le personnel humain est variable. La santé d'un mouvement dépend de la qualité des deux. L'ennemi cherche à corrompre l'idée et/ou la personne. Face à une déviation idéologique interne (comme celle de l'UHVR), il est nécessaire d'identifier et d'éliminer les éléments destructeurs pour préserver l'organisme sain du mouvement.
- Le texte s'oppose vigoureusement à la falsification des positions de libération par la faction de l'UHVR. Il affirme que le mouvement nationaliste ukrainien, tel que façonné par l'OUN, est profondément chrétien dans ses racines et défend activement la religion contre l'athéisme bolchevique. Il rejette la position de « neutralité » prônée par l'UHVR comme une capitulation face au marxisme et une tentative de vider le mouvement de son contenu idéologique.
- Le principe fondamental de la « force propre » est réaffirmé contre l'« opportunisme » et l'orientation vers les forces étrangères. La direction Bandera accuse la faction de l'UHVR d'être devenue totalement dépendante du financement et du soutien politique étrangers (notamment américains), agissant ainsi comme un instrument de ces forces au sein de la vie politique ukrainienne et sapant l'indépendance du mouvement de libération.
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Conflits internes et positionnement idéologique dans le mouvement nationaliste ukrainien (OUN) après la Seconde Guerre mondiale
La falsification du document 'Position politique du gouvernement américain'
L'UHHRU est en particulier directement responsable de ce cas, et certains individus ont commis un abus délibéré de confiance et une tromperie politique délibérée de l'OUN sur l'UZ, en envoyant comme position du gouvernement américain un texte élaboré seulement avec des facteurs étrangers subordonnés.
- Le texte analyse un incident majeur survenu en 1951, lorsque l'UGVR (Ukrayinska Holovna Vyzvolna Rada - Conseil suprême de libération ukrainienne) a transmis à la direction de l'OUN en Ukraine un document intitulé "Position politique du gouvernement américain". Ce document, non daté et non signé, était présenté comme authentique et fut accepté comme tel par la direction sur place (le "Krai"), notamment parce qu'il était apporté par une figure connue de l'UGVR, Vasyl Okhrymovych. L'auteur accuse l'UHHRU (l'étranger) d'être responsable de cette falsification, caractérisant cet acte comme un abus de confiance et une tromperie politique délibérée visant à influencer l'OUN en Ukraine.
- L'analyse révèle que le contenu du document falsifié était fondamentalement aligné sur la ligne du Comité américain pour la libération du bolchevisme, un groupe pro-russe, et qu'il ne mentionnait même pas l'indépendance étatique de l'Ukraine. L'objectif premier des faussaires était d'établir un critère extérieur (l'approbation de "facteurs étrangers pertinents") comme arbitre suprême de la justesse des positions idéologiques du mouvement de libération ukrainien. Cela s'inscrivait dans une tendance plus large au sein d'un groupe spécifique à s'éloigner du nationalisme pour adopter des positions socialistes et démocratiques plus "opportunistes", guidées par les tendances internationales du moment.
- Le second objectif de cette falsification était de soutenir l'autorité de l'UGVR et de discréditer le Comité central de l'OUN, dirigé à l'époque par Stepan Bandera. Le document prétendait exprimer la "pleine confiance du gouvernement américain en la direction de l'UHHRU" tout en déplorant la politique du Comité central de l'OUN. Cette manœuvre est décrite comme une tentative désespérée de légitimer l'UGVR après son discrédit auprès du mouvement de libération, en invoquant l'autorité d'une puissance étrangère, même de manière frauduleuse.
- L'auteur souligne que cette tromperie était aussi un acte politique, car une déclaration de confiance d'un gouvernement étranger aurait dû s'accompagner d'une attitude positive envers l'indépendance de l'Ukraine, ce qui n'était pas le cas de la politique américaine de l'époque, toujours perçue comme alignée sur des intérêts pro-russes (AKVNR-AKVB). Envoyer un tel document au Krai équivalait donc à une double tromperie : falsification d'auteur et mensonge politique sur le soutien réel des États-Unis à la cause ukrainienne indépendante.
Les conséquences néfastes de l'action de l'UHHRU et la défense de l'autonomie du mouvement
Pour faire tomber la lutte de libération de ses propres fondements et de ses propres pieds équivaut à la renverser, car elle ne pourra jamais se tenir sur les pieds de quelqu'un d'autre.
- Les actions de l'UHHRU sont évaluées comme extrêmement nuisibles au développement du mouvement de libération. Le pire aspect est la tromperie du Krai sur la nature fondamentale de la politique d'un État étranger. L'auteur argue que l'UHHRU a fait de la transmission d'influences et de tentatives étrangères au mouvement la raison d'être de son existence, plutôt que de représenter les affaires du mouvement de libération auprès du monde extérieur. Cette réorientation visait à rendre le mouvement dépendant des forces et politiques étrangères.
- Cette dépendance aurait conféré au groupe de l'UHHRU une position dominante en tant que facteur détenant la "confiance" des forces extérieures. L'auteur utilise une métaphore forte : priver la lutte de libération de ses propres fondements revient à la renverser, car elle ne peut pas se construire sur des bases étrangères. Le mouvement doit rester ancré dans le sol national, issu de la nature nationale et des conditions de la lutte du peuple ukrainien.
- Une autre conséquence désastreuse est l'importation d'un conflit étranger au sein du Krai. Ayant perdu le conflit interne qu'elle avait initié sur le terrain ukrainien, l'UHHRU a recours à des conflits étrangers et les porte devant les cadres du Krai comme arbitres. Ces manifestations sont qualifiées de regrettables et comparées à des "fléaux historiques" comme la division et la ruine. Elles ont provoqué un rejet généralisé au sein du mouvement révolutionnaire, tant dans le Krai qu'à l'étranger.
- Malgré cette réaction de rejet, l'action irresponsable de l'UHHRU a causé de nombreux désastres, particulièrement dans le Krai où les conditions de la lutte clandestine, les difficultés de communication et l'exploitation par l'ennemi de toute faille ont été exacerbées. L'auteur affirme la nécessité de résister à la tromperie des cadres révolutionnaires en Ukraine et à l'introduction de facteurs étrangers dans la résolution des affaires internes ukrainiennes, en concentrant les efforts pour neutraliser ces influences nocives sur le terrain de l'émigration.
La critique des transfuges : le cas de Iouri Bobrovsky
Là où il n'y a pas de principes inébranlables dans la vie, où la vérité est remplacée par la dialectique, le caractère par l'absence de colonne vertébrale, la loyauté par la vénalité.
- Cette section analyse un article signé "A. Vlast" critiquant l'associé professeur Iouri Bobrovsky, dont les écrits récents dans le "Ukrainian Samostoynyk" marquent un revirement complet par rapport à ses positions passées au sein de l'OUN. L'auteur dénonce Bobrovsky comme un exemple symptomatique d'opportuniste intellectuel qui a changé de camp pour rejoindre le groupe "dualiste" du ZP (l'UHHRU). Il est accusé de répéter comme un "disque de gramophone" les calomnies des apostats de l'OUN.
- L'analyse contraste les positions actuelles de Bobrovsky avec ses lettres passées. Par exemple, dans une lettre de 1949, Bobrovsky défendait la nécessité pour les membres de l'OUN d'accepter des postes rémunérés dans l'administration des camps de personnes déplacées pour pouvoir travailler, alors que dans ses articles de 1954, il critique cette même pratique. L'auteur voit dans cette contradiction la preuve d'un manque de principes et d'une adaptation aux exigences de ses nouveaux maîtres.
- Bobrovsky est présenté comme le type même de l'"intellectuel" au sens péjoratif utilisé par ses nouveaux alliés : une personne pour qui la vérité est remplacée par la dialectique, le caractère par l'absence de colonne vertébrale et la loyauté par la vénalité. L'auteur oppose cette figure à l'intellectuel véritable, qui maintient un haut niveau de forces et de valeurs spirituelles, où la foi, la connaissance et l'action vont de pair.
- Le revirement de Bobrovsky est attribué à son désir de justifier l'action de l'UHHRU, notamment en essayant de prouver dans un article intitulé "À qui appartient l'aide d'autrui" que le ZP de l'UHHRU utilise de manière opportune l'assistance de facteurs étrangers. L'auteur rejette cet argument en dressant un bilan négatif de six ans d'action de l'UHHRU, caractérisée selon lui par la division, le sabotage idéologique et la collaboration avec des tentatives pro-russes, plutôt que par le renforcement des forces de libération ukrainiennes.
Le bilan destructeur de l'action de l'UHHRU
Le contenu du travail de ce groupe au sein du mouvement révolutionnaire de libération était et est la création de division et de décomposition.
- L'auteur dresse un inventaire accablant des activités de l'UHHRU sur une période de six ans. Il énumère une série d'actions qu'il qualifie de sabotage au sein du mouvement de libération : la création de divisions (schismes en 1948 et 1954), la confiscation et l'utilisation contre l'OUN de ses organes de presse comme la "Tribune ukrainienne" et le "Ukrainian Samostoynyk", le recours à la calomnie, la diffamation et la dénonciation.
- Les méthodes incluent également une alliance avec le provocateur Petro Yablon, la corruption et le chantage pour "décomposer et recruter à nouveau" des personnes au caractère faible, la création de démoralisation et de division parmi les anciens combattants de l'UPA arrivés du Krai, et la création d'organisations parallèles pseudo-révolutionnaires pour entretenir la discorde et compromettre le mouvement.
- Sur le plan idéologique, l'UHHRU est accusée de nier et de déformer le contenu nationaliste authentique du mouvement, de lui substituer une orientation proche du "national-communisme" (influence de Maistrenko), et d'imposer un néo-traditionalisme matérialiste tout en niant les fondements chrétiens du mouvement. Ce sabotage idéologique était mené depuis l'étranger vers le Krai pour l'influencer.
- L'action la plus grave reste la grande tromperie politique contre la direction du Krai via le faux document "Position politique du gouvernement américain", accompagnée de fausses promesses d'aide massive conditionnée au soutien de la ligne de l'UGVR contre l'OUN. L'auteur s'interroge sur les motivations des facteurs étrangers finançant ces activités destructrices, suggérant qu'elles ne peuvent qu'affaiblir le front anti-bolchevique au seul bénéfice de Moscou.
Pour une compréhension correcte du processus révolutionnaire de libération
Le mouvement de libération ukrainien, tel que défini par l'OUN, est un processus multidimensionnel de renaissance intérieure-spirituelle et politique de la nation.
- Dans cette section signée par Stepan Bandera, l'auteur opère un bilan critique de la décennie d'après-guerre. Il constate la profonde déception causée par l'inaction des puissances occidentales face à l'expansion bolchevique et à la lutte de l'UPA. Il en tire la conclusion que fonder la lutte de libération sur l'assistance décisive des puissances occidentales est une impasse, un "vœu pieux" éloigné de la réalité.
- Bandera affirme que le concept des "forces propres", de l'identité et de l'indépendance complète du mouvement de libération ukrainien, tant dans le Krai qu'à l'étranger, est le seul certain et réel. Bien que ces forces soient modestes, elles sont certaines et peuvent être mobilisées dans toutes les situations pour construire une action de libération et mobiliser toute la nation.
- L'auteur rejette une vision étroite du mouvement de libération comme une simple campagne politico-militaire limitée dans le temps. Une telle vision, focalisée uniquement sur la stratégie militaire, conduirait à considérer la décennie écoulée comme un échec, car l'insurrection générale n'a pas eu lieu et les forces de l'UPA ont diminué. Cette perspective est jugée erronée car elle ignore l'essence même de la révolution.
- Bandera définit le mouvement de libération comme un processus profond et multidimensionnel de renaissance spirituelle et politique intérieure de la nation. Il s'agit d'une lutte pour le contenu propre, l'identité et le libre développement dans tous les domaines de la vie. Ce processus de formation interne du peuple, des fondements spirituels jusqu'à la mobilisation révolutionnaire, est la composante fondamentale sans laquelle la lutte technique serait vaine.
La lutte pour l'âme de la nation : l'essence du combat actuel
Dans notre situation et à l'étape actuelle de la lutte de libération et révolutionnaire, ce sont les lois d'un processus révolutionnaire continu et de longue durée, d'une lutte prolongée qui se mène avant tout pour l'âme du peuple, qui gouvernent le développement.
- Bandera analyse la nature spécifique de l'oppression bolchevique, qui ne vise pas seulement la conquête politique ou économique, mais la destruction de l'âme même de la nation ukrainienne, son identité spirituelle et son indépendance. Il énumère les méthodes totalitaires employées : destruction de la religion, de la culture nationale, déstructuration de la famille, imposition forcée de la doctrine communiste, terreur, déportations, etc.
- Face à cela, l'auteur affirme que la lutte principale doit se dérouler sur ce plan spirituel. Il s'agit avant tout de préserver de la destruction ce qu'il y a de plus essentiel dans la vie et le développement de la nation : la foi en Dieu, la liberté, la dignité, les droits et le libre développement du peuple et de l'individu. La lutte de libération est menée précisément pour assurer ces valeurs.
- L'activité actuelle la plus importante de l'OUN doit donc être la défense, l'entretien et la diffusion de ces valeurs spirituelles essentielles attaquées par l'ennemi. À travers cette lutte, l'OUN repousse les attaques du bolchevisme, maintient l'étincelle de la vie indépendante de la nation et continue à construire les bases de la future libération.
- Bandera conclut que considéré sous cet angle, le processus de lutte à l'étape actuelle n'est pas seulement une étape vers la libération, mais le facteur et la preuve les plus importants de la vie et de la vitalité de la nation. Préserver spirituellement la nation est la condition sine qua non pour qu'elle puisse un jour réaliser ses objectifs d'indépendance étatique.
La justification de la lutte malgré les sacrifices immenses
Malgré toutes les douloureuses et très lourdes sacrifices qui sont tombées et tombent encore, malgré les méthodes les plus horribles de l'oppression et de la terreur bolcheviques, toute la lutte de libération révolutionnaire passée et présente... est opportune car elle est nécessaire pour maintenir les fondements de l'existence et du développement originels de la nation ukrainienne.
- Dans un article de Noël 1956, Bandera aborde frontalement la question douloureuse de l'opportunité de la lutte anti-bolchevique au vu des sacrifices immenses qu'elle entraîne, tant parmi les combattants que dans la population civile victime des répressions. Il affirme que la réponse est toujours affirmative.
- Cette nécessité découle des intentions ultimes de Moscou envers l'Ukraine, qui ne se limitent pas à la conquête mais visent à la digestion complète de la substance nationale ukrainienne, à son assimilation pour en faire une partie du "peuple soviético-russe". Le peuple ukrainien est face à un choix inexorable : lutter pour son existence et son indépendance, ou succomber et accepter la mort de la nation et de sa culture.
- L'auteur explique que les victimes de la terreur bolchevique sont de deux types : les victimes "passives", tuées simplement parce qu'elles dérangent, et les victimes de la lutte "active". L'impact de ces dernières est fondamentalement différent. Toute résistance active, même localisée, complique et ralentit les plans de l'ennemi, l'oblige à concentrer ses ressources, et affaiblit ainsi l'ensemble de son système totalitaire particulièrement vulnérable aux perturbations.
- Plus encore, la résistance nationale force l'ennemi à modifier ses plans et à faire des concessions. La propagande bolchevique, deuxième pilier de l'action avec la terreur, a besoin de faits tangibles et doit satisfaire un minimum les aspirations des peuples. La lutte continue empêche Moscou de systématiquement poursuivre ses objectifs d'assimilation et permet de préserver des acquis nationaux. Ainsi, malgré les pertes immédiates, la lutte défend avec succès la vie de la nation et préserve la substance nationale et la base du futur développement libre.
Khroutchtchev : la continuité de l'impérialisme bolchevique sous de nouveaux habits
Les objectifs de la politique étrangère de l'URSS restent inchangés... l'objectif inébranlable des bolcheviks est la maîtrise du communisme dans le monde entier.
- Bandera analyse de manière critique le XXe Congrès du PCUS (1956) et la politique de Khrouchtchev, rejetant l'idée d'un changement fondamental de cap. Il affirme que les objectifs impérialistes de la politique étrangère soviétique restent inchangés : la victoire mondiale du communisme. Toute la politique, intérieure et extérieure, reste subordonnée à cet objectif principal de l'impérialisme moscovite-bolchevique.
- L'auteur décrypte le "double langage" bolchevique. Derrière les phrases sur la "coexistence pacifique" et les "formes différentes de transition vers le socialisme", il discerne la même stratégie agressive. Khrouchtchev indique clairement que lorsque la résistance est forte, les bolcheviks utiliseront la violence et la "lutte de classe révolutionnaire aiguë". L'économie et tout le système interne continuent d'être orientés vers la construction de la plus grande puissance militaire mondiale.
- Bandera souligne la continuité avec Lénine et Staline. Il rappelle que l'agression impérialiste bolchevique a été lancée à pleine échelle par Lénine et Trotski, Staline n'étant qu'un continuateur conséquent. La dénonciation du "culte de la personnalité" de Staline ne signifie donc en rien un renoncement à l'impérialisme agressif. Le Congrès a d'ailleurs réaffirmé la fidélité au léninisme et aux aspirations internationales du communisme.
- Enfin, l'auteur analyse la tactique de Khrouchtchev comme une imitation de la mobilité stalinienne, sans changement stratégique. Les manœuvres comme la dissolution du Kominform ou la diplomatie "pacifique" de Litvinov (reprise par Khrouchtchev et Boulganine) sont des tactiques déjà éprouvées par Staline pour créer l'illusion d'un changement. La politique actuelle prépare en réalité une expansion future, en trompant et en décomposant les nations pour frapper aux points les plus faibles. Seule une analyse lucide de la nature réelle du bolchevisme moscovite permet de voir cette continuité.
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La continuité du stalinisme sous Khrouchtchev et la lutte de libération nationale
La politique nationale impérialiste de Moscou
Nous devons donner une riposte décisive à toutes les manifestations de l'idéologie bourgeoise, y compris le nationalisme, protéger la pureté de notre idéologie communiste, et rechercher sans relâche une unité encore plus grande des peuples de l'URSS et un renforcement supplémentaire de leur grande amitié.
- L'analyse démontre que la politique nationale de Khrouchtchev, exposée lors du XXe Congrès du PCUS, poursuit et consolide le cours impérialiste moscovite de Staline. Sous le vernis de l'«amitié fraternelle» et de la «famille des peuples», se cache un système d'asservissement et de russification. Khrouchtchev ne reconnaît qu'un seul patriotisme soviétique, glorifiant spécifiquement la fierté nationale du prolétariat grand-russe, tout en qualifiant de «bourgeois» et en réprimant les patriotismes ukrainien, biélorusse, géorgien ou d'autres nations non russes. La formule stalinienne d'une «culture nationale dans la forme, socialiste dans le contenu» est réaffirmée comme intangible, ce «socialiste» signifiant en réalité une culture moscovisée et matérialiste. Cette politique vise à détruire les substrats nationaux par des méthodes génocidaires héritées, comme les déportations massives et le mélange des populations, illustrées par les projets de réinstallation de la jeunesse ukrainienne et balte après le Congrès.
- La rhétorique de Khrouchtchev sur l'internationalisme prolétarien est démasquée comme un écran idéologique servant à couvrir les tendances expansionnistes et agressives de Moscou, tant sous forme d'actions subversives communistes que d'agressions militaires directes. L'idée d'une «patrie unique» qu'est l'URSS pour tous les peuples nie leur droit à une patrie nationale distincte. Cette analyse révèle la nature fondamentalement coloniale de l'empire soviétique, où la nation dominante russe jouit de privilèges et d'une identité patriotique pleine, tandis que les identités des peuples asservis sont confinées à un folklore dépourvu de contenu politique et souverain.
L'exploitation économique centralisée et coloniale
Ils doivent, dans le cadre déterminé par les plans économiques nationaux panunionaux, résoudre eux-mêmes les questions concrètes du développement de certains secteurs de leur économie.
- La politique économique de Khrouchtchev, telle que détaillée dans les pages fournies, institue un système colonial au sein du bloc socialiste et de l'URSS. Sous couvert de «coopération» et de «spécialisation», Moscou impose une centralisation extrême, faisant des économies des pays satellites et des républiques soviétiques des appendices dépendants des plans impérialistes du centre. Les «droits élargis» des républiques se limitent à exécuter les tâches fixées par Moscou, toute planification, financement et contrôle des industries clés (comme en Ukraine où seulement 62% de la production industrielle était sous contrôle «républicain») restant aux mains des ministères unionaux à Moscou.
- L'économie est entièrement subordonnée à l'impérialisme moscovo-communiste, priorisant l'augmentation du potentiel militaire et la capacité d'expansion au détriment du niveau de vie des populations. Khrouchtchev réaffirme la nécessité d'une «croissance prépondérante de l'industrie lourde», poursuivant la ligne stalinienne. Les chiffres sur la production de biens de consommation (par exemple, à peine plus d'un mètre de tissu de laine et moins d'une paire et demie de chaussures par habitant en 1955) révèlent le mépris pour les besoins vitaux. L'augmentation de la productivité, présentée comme un succès, est en réalité obtenue par une exploitation extrême et une terreur accrue contre les travailleurs, les gains étant captés par la bureaucratie d'État et du parti.
La terreur stalinienne perpétuée : camps et travail esclavagiste
L'expérience montre que l'extraction du charbon et la production d'électricité dans l'Est sont plus rentables que dans la partie européenne de l'URSS.
- Le document analyse le rôle central du système des camps de concentration (Goulag) dans l'économie et la politique bolcheviques. Ce système sert à la fois à exterminer les opposants politiques et nationaux et à fournir une main-d'œuvre esclave pour des projets économiques autrement impossibles ou trop coûteux. Khrouchtchev, en vantant la rentabilité du développement industriel en Sibérie (comme dans le Kouzbass ou avec la centrale hydroélectrique de Bratsk), révèle involontairement que cette «rentabilité» repose sur le travail forcé des prisonniers, dont le coût pour l'État est négligeable.
- Malgré les tentatives de propagande pour faire croire à un démantèlement du Goulag après la mort de Staline, l'analyse conclut que les bolcheviks ne renonceront pas volontairement à ce système. Ils peuvent procéder à des libérations spectaculaires ou à des changements de nomenclature, mais l'essence du travail esclavagiste et de l'extermination de masse perdurera tant qu'ils détiendront le pouvoir. Le «développement des terres vierges» est présenté comme une variante de cette méthode, visant à déraciner et à détruire les éléments jeunes et dynamiques des nations asservies (comme la jeunesse ukrainienne) sous le prétexte héroïque du volontariat.
La paysannerie asservie et l'absence de démocratisation
Dans la résolution des tâches urgentes du développement ultérieur de l'agriculture, nous devons accorder une attention particulière au développement des sovkhozes, qui représentent la forme supérieure socialiste.
- La politique de Khrouchtchev envers la paysannerie est une continuation agressive de celle de Staline, visant à l'élimination complète de la paysannerie en tant que classe autonome. Les mesures incluent l'envoi de milliers de cadres communistes dans les campagnes pour renforcer le contrôle, le transfert du financement des Stations de Machines et de Tracteurs (MTS) à la charge des kolkhozes, et la création d'un intérêt matériel direct pour les bureaucrates locaux à pressurer les paysans. L'objectif final est la transformation des kolkhozes en sovkhozes (fermes d'État), forme «supérieure» où le paysan devient un serf d'État sans aucun droit de propriété.
- Concernant la démocratisation, le XXe Congrès n'apporte aucun changement substantiel. Khrouchtchev renforce le rôle dominant du Parti dans tous les domaines de la vie, consolidant la dictature totalitaire. Le contrôle du parti sur les services de sécurité (tchékistes) ne signifie pas une réduction de la terreur, mais simplement la victoire d'une clique (Khrouchtchev) sur une autre (Beria). La confiance affirmée envers les «tchékistes honnêtes» et l'usage du terme «tchékiste» lui-même soulignent la continuité avec l'appareil répressif hérité de Lénine et Staline.
Les manœuvres tactiques et la lutte de libération
Un examen plus attentif du prétendu nouveau cours de Moscou renforce notre conviction que les bolcheviks ne vont pas changer leur système ou leur politique, que ce soit sur le plan intérieur ou international.
- L'auteur (identifié comme Stepan Bandera) analyse le «nouveau cours» post-stalinien comme une manœuvre tactique forcée, et non un changement stratégique. Les raisons en sont l'échec relatif de la terreur totale à briser les aspirations nationales (illustré par la résistance de l'OUN-UPA en Ukraine, les émeutes en Allemagne de l'Est en 1953, et les soulèvements dans les camps sibériens) et l'impasse de la Guerre froide. Khrouchtchev cherche à désamorcer la tension extérieure (paix en Corée, conférence de Genève) pour créer un climat plus favorable et couper l'espoir des peuples asservis en un soutien occidental.
- Cette tactique a un double objectif interne : convaincre les peuples que la domination soviétique est stable et incontestée, et créer l'illusion de réformes et d'une amélioration des conditions de vie grâce à la «déstalinisation» et à la critique du «culte de la personnalité». Le but est de démoraliser les mouvements de libération, de les amener à composer avec le régime et de détourner leur énergie vers une prétendue évolution interne du système bolchevique.
L'échec des manœuvres et le renforcement de la résistance
La vie elle-même donnera sans doute une réponse à ces questions. Mais dès à présent, il existe des bases suffisantes pour des prédictions dans ce sens.
- L'analyse prédit que les manœuvres tactiques de Khrouchtchev échoueront. Le décalage entre la propagande de réformes et la réalité de l'oppression, de l'exploitation et de la répression nationale ne fera qu'accroître la haine et le mépris envers le régime. La critique de Staline par ses anciens complices comme Khrouchtchev, Mikoyan et Boulganine, qui avouent leur lâcheté et leur complicité, expose la pourriture morale du système et discrédite ses dirigeants.
- Au lieu de paralyser la résistance, ces manœuvres vont la renforcer moralement. La prise de conscience que la lutte passée a forcé Moscou à changer de tactique redonnera de l'énergie aux mouvements de libération. L'adaptation des méthodes staliniennes avec un «masque khrouchtchévien» perdra son effet paralysant. Incapable de contenir la pression par la seule manœuvre, Moscou sera contrainte à des concessions réelles, ouvrant la voie à un recul stratégique qui bénéficiera à la lutte pour la liberté, notamment celle de l'Ukraine.
La stratégie immuable : la dualité concession/répression
Tout espoir placé dans d'autres formes et moyens plus doux de la progression de Moscou est trompeur et désastreux.
- Les événements de Pologne (1956) et de Hongrie (1956) révèlent la stratégie constante de Moscou : une dualité entre concessions tactiques et répression brutale. En Pologne, où le Parti communiste local (avec Gomulka) a pu canaliser le mécontentement tout en garantissant la préservation du système communiste, de la dictature du parti et de la présence de l'armée soviétique, Moscou a accepté des compromis.
- En Hongrie, où le soulèvement a immédiatement pris un caractère anti-communiste et anti-Moscou menaçant les piliers mêmes de la domination soviétique, le Kremlin a immédiatement et brutalement réprimé la révolution par la force militaire, malgré les déclarations antérieures sur l'égalité et la souveraineté. Cela démontre que la ligne rouge pour Moscou est le maintien de la dictature du Parti communiste dans les pays conquis. Lorsque ce pilier est menacé, toute considération tactique est abandonnée au profit de la méthode fondamentale de l'impérialisme moscovite : la terreur et le pogrome.
Conclusions : la nature prédatrice permanente et le devoir de résistance
Le pogrome bolchevique pour écraser la révolution de libération du peuple magyar a montré le plus clairement que la nature de l'impérialisme de Moscou et du régime communiste n'a pas changé.
- La répression en Hongrie a dissipé les illusions occidentales sur une éventuelle évolution pacifique ou humanisation du régime soviétique. Elle a réveillé le monde à la menace directe que représente Moscou. Cette brutalité n'est pas nouvelle ; elle a été appliquée à plus grande échelle et pendant des décennies en Ukraine, Biélorussie, dans le Caucase et en Asie centrale, souvent dans l'indifférence internationale.
- La conclusion fondamentale est que la tactique prédatrice et terroriste reste le fondement immuable de la politique bolchevique. Tous les autres moyens sont secondaires et peuvent être écartés à tout moment. Par conséquent, les peuples luttant pour leur libération ne doivent nourrir aucun espoir dans une quelconque modération intrinsèque de Moscou. Leur stratégie et leurs tactiques doivent être orientées en conséquence, fondées sur la certitude que seule une lutte résolue et inébranlable peut contraindre l'empire à reculer et mener à la liberté et à l'indépendance nationale.
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Analyse de la politique bolchevique et de la résistance ukrainienne
La nature cyclique de la domination bolchevique
As soon as these guarantees of Moscow-Bolshevik domination over a country are in place, the Bolsheviks can make various temporary concessions to the national, political, economic, religious and cultural aspirations of the people under pressure of necessity.
- L'analyse démontre que la politique bolchevique envers les nations asservies, comme l'Ukraine, suit un cycle prévisible de concessions temporaires et de répression brutale. Sous Lénine et Staline, des périodes de détente comme la NEP (Nouvelle Politique Économique) et les vagues d'"ukrainisation" ont été mises en œuvre lorsque le régime était en difficulté. Ces concessions, concernant les aspirations nationales, culturelles et économiques, n'étaient jamais destinées à être permanentes. Dès que le pouvoir bolchevique se consolidait, un nouveau durcissement survenait. L'objectif fondamental de Moscou est de maintenir les rênes du pouvoir, quitte à les relâcher momentanément. Cette stratégie crée une dépendance à long terme et oblige les nations à servir les intérêts impériaux de Moscou.
- Le document compare les développements en Pologne et en Hongrie (Magyar) pour tirer une conclusion cruciale : lorsque l'intégrité du système communiste et la dictature du parti sont menacées, les bolcheviks réagissent avec une brutalité militaire extrême, sans distinction entre une rupture révolutionnaire ou un développement évolutif. La simultanéité des pogroms en Hongrie et des concessions à la Pologne prouve qu'ils sont toujours prêts à abandonner les tactiques adoucies. Un développement évolutif leur permet d'agir de manière planifiée et de choisir le moment et la méthode les plus appropriés pour une répression dévastatrice, tandis qu'une révolution crée un front de guerre clair et détruit l'appareil de contrôle interne.
Le phénomène du soviétophilisme et sa dangerosité
The attempts of Western politicians to find coexistence with imperialist Moscow also left traces among some of the Ukrainian community in foreign lands.
- Le texte analyse l'émergence et la résurgence du "soviétophilisme" au sein de la diaspora ukrainienne. Ce phénomène, apparu initialement dans les années 1920-1930 pendant la NEP et l'"ukrainisation", repose sur l'idée que la RSS d'Ukraine, malgré ses défauts, constitue une forme d'État ukrainien servant de pilier au développement national. Cette tendance fut alimentée par la propagande bolchevique et exploitait le découragement après les défaites des luttes de libération et l'indifférence des puissances occidentales. Des figures comme Ivan Bahriany (aile droite du URDP) et Ivan Maistrenko (aile gauche) en furent les principaux porte-parole. Le soviétophilisme moderne, réactivé par la politique de coexistence, est considéré comme encore plus dangereux car il survient après que l'expérience passée en a révélé la nocivité.
- L'auteur, Stepan Bandera, dénonce vigoureusement ce courant comme un phénomène de décomposition politique. Il souligne que les bolcheviks ont délibérément utilisé les réalisations culturelles et nationales en RSS d'Ukraine, obtenues grâce à la pression de l'élément national ukrainien, pour répandre leur influence à l'extérieur. Des missions diplomatiques, commerciales et culturelles soviétiques, comme le consulat de la RSS d'Ukraine à Lviv, avaient pour tâche principale de diffuser le soviétisme. Le soviétophilisme affaiblit le front de libération anti-bolchevique de l'intérieur, en émoussant son tranchant et en préparant un rapprochement psychologique et idéologique avec le système soviétique, servant ainsi les intérêts de Moscou.
La faillite du projet de rééducation bolchevique
The Bolsheviks did not succeed in reincarnating people according to the recipes of communist doctrine, nor in imposing the belief that their criminal, anti-people system and the similar goals of communism were truly noble.
- L'analyse révèle l'échec fondamental du projet bolchevique de remodelage de l'homme et des peuples selon la doctrine matérialiste communiste. Malgré quatre décennies de terreur, d'isolement du monde libre, de persécution religieuse, de destruction de la culture nationale et d'un système éducatif totalitaire, les bolcheviks n'ont pas réussi à éradiquer les aspirations à la liberté, à la vérité et à la foi. Le document affirme que cela est dû à la rencontre avec des éléments primordiaux de l'âme humaine qui ne peuvent être changés ni détruits, car leur origine transcende la vie et la mort. Même la menace de destruction physique, l'argument ultime du système, échoue face à des millions de personnes prêtes à défendre des valeurs plus chères que la vie elle-même.
- Face à cet échec, les dirigeants du Kremlin ont tiré des conclusions pragmatiques et cyniques. Abandonnant l'idée d'une phase transitionnelle vers un homme nouveau, ils ont décidé de perpétuer indéfiniment la domination par la coercition et la terreur. Le Parti communiste forme désormais une bureaucratie dirigeante sélectionnée pour son absence d'idéologie et son caractère impitoyable. L'éducation communiste continue, non pour transformer, mais pour justifier le système, désintégrer toute résistance et empêcher la formation de conceptions du monde hostiles. Le régime s'est résigné à gouverner un peuple qu'il ne peut convertir.
Les nouvelles tactiques impériales : du condominium à la recolonisation
Now, in Bolshevik politics, a new plan for the role of Ukraine in the communist bloc was born. It was to be a kind of condominium of Ukraine with Russia, particularly in the European part of the sub-Bolshevik space.
- Le document examine l'évolution des tactiques de Moscou pour conserver l'Ukraine au sein de son empire. Après l'échec des méthodes staliniennes de terreur pure et la résistance persistante, les bolcheviks ont développé une nouvelle stratégie : le "condominium". Il s'agit de présenter l'Ukraine comme un partenaire quasi-égal de la Russie au sein de l'URSS, notamment dans la sphère européenne. Cette tactique fut inaugurée par la célébration du 300e anniversaire du traité de Pereyaslav et se manifeste par des visites de délégations des pays satellites à Kyiv, présentée comme une "seconde capitale". L'objectif est de canaliser le nationalisme ukrainien vers une co-gestion de l'empire, faisant de l'ennemi le plus ardent un défenseur de l'impérialisme moscovite.
- Cette stratégie s'accompagne d'une politique de repeuplement qui prend un nouveau sens. Les déportations massives d'Ukrainiens, notamment au Kazakhstan, visaient initialement à affaiblir le potentiel révolutionnaire et à briser l'homogénéité nationale. Désormais, Moscou cherche à donner à ces colons ukrainiens le caractère de porteurs de l'impérialisme bolchevique, au même titre que les Russes. Cependant, l'auteur affirme que le peuple ukrainien, forgé par un désir de liberté, de vérité et de justice, ne se laissera pas tromper par ces leurres et refusera toujours d'être le complice des crimes de l'impérialisme moscovite.
L'illusion de la paix et la guerre permanente
For Ukraine and other nations enslaved by Bolshevism, there was no peace and there is no peace, so there is no question of peace or war.
- L'analyse remet en cause la perception occidentale d'un choix entre guerre et paix avec l'URSS. Du point de vue des peuples asservis comme l'Ukraine, la guerre est permanente depuis la conquête bolchevique. Le bolchevisme est décrit comme la forme la plus agressive de l'impérialisme moscovite, engagé dans une marche systématique et incessante pour conquérir le monde. Moscou mène une guerre continue sous diverses formes : occupation et destruction de nations, agression interne par subversion communiste, ou agression militaire directe. Dès lors, la question pour les puissances occidentales n'est pas de préserver une paix illusoire, mais de décider si elles osent combattre activement Moscou ou subir passivement son offensive constante jusqu'au massacre final.
- Le Traité de l'Atlantique (Pacte Atlantique) est analysé comme une étape importante mais insuffisante. S'il marque un retour partiel au réalisme politique en préparant une défense collective contre une agression armée, il pêche par deux prémisses erronées. Premièrement, il limite le problème aux seules puissances occidentales, ignorant les autres fronts de la guerre contre le bolchevisme. Deuxièmement, il suppose que la guerre commencerait seulement avec une agression contre un État occidental, alors qu'elle est déjà en cours. L'auteur plaide pour une vision indivisible de ce conflit et souligne que la lutte des peuples asservis constitue le premier front, crucial pour la défense du monde libre.
Conclusions stratégiques après la mort de Staline
After Stalin's death, the Bolshevik leadership began to look for other, more successful tactics in its national and domestic policies.
- La mort de Staline a créé une crise et forcé le leadership bolchevique à chercher de nouvelles tactiques, reconnaissant que le système de terreur totale avait échoué à extirper les aspirations à la liberté. La peur paralysante commençait à s'estomper. Malenkov tenta d'apaiser les tensions par des concessions économiques (augmentation des biens de consommation), tout en affirmant l'immuabilité de la politique nationale. L'élimination de Beria servit à la fois de règlement de comptes interne et de signal d'intransigeance envers les tendances séparatistes, mobilisant les sentiments impérialistes russes.
- Khrouchtchev, en succédant à Malenkov, tenta une manœuvre plus risquée. Pour désamorcer la pression révolutionnaire sans faire de concessions substantielles, il condamna le stalinisme et promit des réformes et une démocratisation, tout en maintenant la substance du système. Cette tactique, basée sur la propagande et la tromperie, se retourna contre le Kremlin. Au lieu d'apaiser le peuple, elle fut perçue comme un signe de faiblesse interne et de duperie constante, sapant davantage les fondements du système. Ces processus de flottement et de retraite révélèrent la vulnérabilité de l'empire bolchevique face à la pression des forces nationales et anti-communistes, préparant le terrain pour une révolution de libération générale.
Pages 1-386 (partie 5)
La lutte de libération nationale contre l'impérialisme bolchevique
Les fondements de la résistance nationale et le rôle des mouvements organisés
La lutte des peuples asservis par Moscou pour la liberté et leur résistance à tous les actes corrupteurs du communisme naît de cette source et se renouvelle constamment.
- Le texte postule que l'aspiration à la liberté et à l'expression de l'identité nationale est une force motrice innée et permanente chez tous les peuples. Cette lutte spontanée contre l'oppression bolchevique, bien que fondamentale, serait inefficace et excessivement prolongée sans direction organisée. L'analyse souligne que la résilience des peuples dans l'après-guerre a été largement soutenue et intensifiée par des organisations de libération nationale comme l'Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN) et l'Armée Insurgée Ukrainienne (UPA). Ces mouvements ont joué un rôle crucial en tant qu'agents catalyseurs, fournissant un leadership idéologique et un centre de cristallisation pour les processus révolutionnaires, attirant ensuite la sympathie et la coopération active des masses.
- L'activité des mouvements organisés a eu un effet d'entraînement au-delà de leurs frontières immédiates. Même en l'absence de réponse directe, leurs actions et idées révolutionnaires sont décrites comme semant des graines qui germent plus tard. L'exemple de la lutte de l'OUN-UPA a ainsi servi de modèle et d'inspiration pour d'autres nations asservies, démontrant la possibilité d'une résistance armée et organisée contre le système totalitaire soviétique. Ce phénomène illustre comment une lutte localisée peut avoir une résonance et une portée transnationales, contribuant à un sentiment de solidarité et de cause commune parmi les peuples opprimés.
- Le document identifie deux nouveaux facteurs révolutionnaires majeurs apparus après les premières années d'après-guerre. Le premier est la lutte des nationalistes ukrainiens dans les camps de concentration bolcheviques. Cette résistance, débutée de manière spontanée, s'est étendue à l'ensemble du système concentrationnaire. Son importance dépasse le cadre des camps eux-mêmes, car elle a brisé l'image de ces derniers comme instruments de terreur absolue, les transformant en foyers de lutte indomptable. Chaque nouvelle de cette résistance a eu un effet psychologique encourageant considérable sur les peuples asservis.
Les soulèvements spontanés dans les pays satellites et leurs leçons
Ces événements montrèrent comment la tension générale du sentiment révolutionnaire peut s'enflammer à partir de petites étincelles en un feu de perturbations révolutionnaires que le régime bolchevique ne peut réprimer avec les forces et moyens policiers conventionnels.
- Le second facteur révolutionnaire identifié est la lutte spontanée des jeunes et des ouvriers dans les villes, sous forme de grèves et de manifestations de masse. Initiée à Berlin-Est et dans d'autres villes d'Allemagne de l'Est, cette forme de lutte a servi d'exemple pour les populations des pays satellites. Elle a prouvé qu'une résistance de masse était possible et pouvait être efficace même sous un système communiste totalitaire, évoluant parfois vers une forme de guerre de libération. Le soulèvement en Allemagne de l'Est, bien qu'écrasé militairement, constitua une victoire morale.
- Ces explosions spontanées, qualifiées de "signaux d'alarme", ont révélé un potentiel révolutionnaire immense et inattendu. Elles ont démontré aux peuples asservis leur propre force et ont instillé la conviction qu'un soulèvement révolutionnaire coordonné de tous les peuples pourrait anéantir le communisme. Les troubles ouvriers ont également forcé les régimes à faire des concessions, améliorant temporairement la situation matérielle et politique, et ont exposé l'usurpation par le système communiste du nom des travailleurs.
- Les événements en Pologne et en Hongrie à la fin de 1956 sont analysés comme découlant du même terreau : un sentiment anti-bolchevique ayant atteint un point d'ébullition. La politique de "déstalinisation" et de "direction collective" initiée par Khrouchtchev est interprétée non comme une réforme sincère, mais comme une tactique révélant la faiblesse et l'incertitude du régime face à une intransigeance croissante. Cette duplicité, combinée à des signes de flottement interne, a exacerbé la tension révolutionnaire au sein des masses.
Le phénomène du « communisme national » et la crise dans le camp soviétique
Le soi-disant communisme national... est un phénomène transitoire entre l'identité nationale et la subordination à l'impérialisme bolchevique.
- Le texte compare les trajectoires divergentes des Partis communistes de Hongrie et de Pologne face à la pression révolutionnaire. En Hongrie, le parti, dépassé par les événements, a vacillé avant de revenir à son rôle d'instrument obéissant de Moscou lors de la contre-offensive soviétique. En Pologne, le groupe de Władysław Gomułka a pris l'initiative, s'appuyant partiellement sur l'élément national pour s'opposer à l'aile stalinienne pro-Moscou et contrôler la situation.
- Le régime de Gomułka est décrit comme un hybride instable, un "communisme national" cherchant à préserver une Pologne communiste mais indépendante de Moscou. Il joue le rôle de tampon entre les forces nationales et l'impérialisme soviétique. Moscou a toléré cette déviation pour éviter un soulèvement simultané en Pologne et en Hongrie, et pour contrebalancer l'exemple dangereux de la révolution hongroise par l'évolution moins menaçante de Gomułka.
- Le "communisme national" est analysé comme un phénomène à double tranchant pour Moscou. Dans les pays où le communisme n'est pas encore consolidé, il peut affaiblir les sentiments indépendantistes. En revanche, dans les pays déjà sous domination bolchevique, comme les satellites, il est une conséquence de la pression nationale et représente une phase de transition vers une plus grande indépendance, sapant à terme la domination de Moscou. Cette situation a introduit un désordre durable dans le système des satellites, rendant impossible un retour au statu quo antérieur.
La Révolution hongroise de 1956 : une preuve et un catalyseur
La question de savoir si une révolution est possible dans des conditions de soumission bolchevique, sous un système communiste total, a été résolue en Magyar dans un sens incontestablement positif.
- La révolution hongroise est présentée comme une preuve historique de la possibilité d'un renversement réussi du système communiste totalitaire, même par un petit peuple et malgré une occupation militaire soviétique. Son dynamisme réside dans son caractère largement spontané, parti de manifestations de jeunes et d'ouvriers pour se transformer en soulèvement national improvisé qui a paralysé l'appareil d'État communiste.
- La révolution a remporté une victoire initiale concrète : elle a détruit le régime communiste local, neutralisé sa police secrète, obtenu le ralliement de l'armée hongroise et exercé un pouvoir effectif sur tout le pays. Son échec final n'est pas attribué à une défaite interne, mais à une nouvelle agression militaire massive de l'URSS contre un petit pays isolé, sans préparation adéquate et sans soutien extérieur.
- Les leçons tirées de la révolution hongroise sont doubles. Premièrement, elle renforce la conviction qu'un soulèvement révolutionnaire est possible dans les conditions les plus difficiles. Deuxièmement, elle confirme l'expérience de la lutte de libération ukrainienne : une révolution isolée est vulnérable à une contre-attaque extérieure. La conclusion essentielle est donc la nécessité d'étendre la lutte pour qu'elle devienne une révolution anti-bolchevique commune à tous les peuples asservis, afin de lier les mains de Moscou.
La maturation psychologique et l'unité des peuples asservis
La conscience politique et les attitudes des grandes masses des peuples asservis par Moscou sont dominées par une évaluation sobre du monde réel, et non par une sorte de spéculation composée.
- Les événements de 1956, et particulièrement la révolution hongroise, ont accéléré la maturation d'une conscience politique commune parmi les peuples de l'URSS et des satellites. Ils ont renforcé la croyance en la possibilité d'une révolution par leurs propres forces et ont fait naître la conscience que la lutte de libération est une cause commune à tous les peuples liés par le même joug bolchevique.
- Cette conscience s'est manifestée concrètement par des actes de solidarité : sympathie et soutien actif de soldats ukrainiens et autres au sein de l'Armée Rouge envers les insurgés hongrois, actes de sabotage en Ukraine pour entraver l'envoi de troupes, et expressions de sympathie dans les pays satellites. L'idée d'une révolution de libération commune s'est ainsi répandue.
- Le document affirme que les peuples asservis ont développé une évaluation sobre et désillusionnée de la politique des puissances occidentales. À partir de la Seconde Guerre mondiale et du partage du monde en sphères d'influence, ils ont compris qu'ils ne pouvaient compter sur un salut ou un soutien actif de l'Ouest. L'inaction occidentale face à l'agression soviétique en Hongrie a accru l'amertume, mais non le désespoir, car l'attention politique s'était déjà tournée vers la lutte interne et les faiblesses de l'empire bolchevique.
La guerre nucléaire et la stratégie de libération
L'expérience de la dernière guerre a clairement montré que le principe de 'l'ennemi de mon ennemi est mon ami' ne doit pas toujours être un bon.
- Cette section, basée sur un article de Stepan Bandera, analyse les implications stratégiques de l'arme nucléaire pour la lutte de libération. Elle rappelle que les guerres peuvent créer des conditions favorables aux révolutions, mais que cela nécessite des préconditions et que le calcul est risqué. L'expérience de la Seconde Guerre mondiale a montré les limites de l'alliance tactique avec un "ennemi de son ennemi", comme l'Allemagne nazie, qui cherchait à remplacer une domination par une autre.
- Le texte critique la politique défensive et passive des puissances occidentales après 1945. Malgré une supériorité militaire écrasante (y compris le monopole nucléaire) et la possibilité de compter sur les mouvements de libération nationaux, l'Ouest n'a pas cherché à réduire la menace soviétique. Au contraire, sa démobilisation et sa dépendance à la dissuasion nucléaire ont permis à l'URSS de combler son retard technologique et d'étendre son influence par des guerres périphériques (Grèce, Corée, Indochine, etc.).
- L'analyse conclut que la parité nucléaire approximative entre les blocs n'élimine pas le risque de guerre. Moscou, motivé par un expansionnisme constant, pourrait poursuivre son impérialisme par des conflits limités utilisant des armes conventionnelles, calculant que la peur d'une escalade nucléaire retiendra l'Ouest. La décision de faire la guerre dépend donc moins de l'équilibre technique que de la volonté politique. Pour les peuples asservis, une guerre mondiale offrirait des opportunités, mais celles-ci ne pourraient être saisies que par une préparation et une action indépendantes, sans illusion sur un soutien occidental décisif.
Préparation et perspectives de la révolution de libération générale
Consolider les acquis de la révolution et assurer sa victoire finale dépend largement de savoir si la lutte révolutionnaire prend des formes organisées et possède une direction résolue qui agit selon un plan expédient.
- Le document affirme que le processus d'accumulation des énergies révolutionnaires est en cours à grande échelle au sein de l'espace soviétique. Il est impossible de prédire si ce potentiel restera latent plus longtemps ou s'il se manifestera bientôt par une lutte active. Les deux possibilités doivent être envisagées, ce qui impose aux forces révolutionnaires organisées d'être en état de préparation permanente.
- Si des soulèvements spontanés peuvent se développer et détruire les forces ennemies localement, la consolidation de la victoire et l'établissement d'un nouvel ordre dépendent crucialement de l'existence d'une direction organisée, d'un plan et d'une stratégie cohérente. Il est très difficile de forger ces éléments dans le feu de l'action s'ils ne sont pas préparés à l'avance.
- La conclusion pratique et impérative qui en découle est la nécessité absolue de maintenir sur le terrain ("dans le Kraï") le noyau de la force révolutionnaire organisée, en l'occurrence l'OUN. L'activité des unités à l'étranger doit prioritairement soutenir cet objectif. Il est également crucial de préparer l'envoi de groupes d'organisateurs depuis l'étranger vers l'Ukraine dès que les événements l'exigeront, afin d'apporter des slogans, un plan et une stratégie à un processus révolutionnaire qui pourrait autrement manquer de direction.
Pages 1-386 (partie 6)
Guerre, Révolution et Structure Politique dans la Lutte de Libération Nationale Ukrainienne
La Nature Paradoxale de la Technologie Militaire Moderne
Reflecting on the development of modern military technology, one can come to sad conclusions. The general development of technology puts the machine and various technical means at the service of man... Instead, the latest military technology plays the opposite role, making man its slave, the object of its destructive power.
- L'analyse souligne le paradoxe fondamental du progrès technique : alors que la technologie civile libère l'homme, la technologie militaire moderne, en particulier les armes thermonucléaires à longue portée, l'asservit et en fait un objet de destruction massive. Cette évolution transforme la guerre en un crime insensé de meurtre de masse mécanisé, dépourvu des aspects héroïques ou positifs que pouvaient avoir les conflits non mécanisés. Le document affirme que cette dégénérescence est le symptôme d'une civilisation où le progrès matériel n'est pas accompagné d'une élévation spirituelle et morale correspondante des peuples.
- L'existence même des armes lourdes, même si elles ne sont pas utilisées, influence profondément la stratégie, la tactique et la nature de la guerre future. Aucun belligérant ne peut être certain que l'ennemi n'y aura pas recours, ce qui oblige à des déploiements de forces particuliers. L'auteur prédit que les guerres futures seront caractérisées par des fronts mobiles, discontinus et d'une profondeur inhabituelle, où les tactiques de guérilla prévaudront sur la guerre de position. Cette évolution est directement imposée par la menace des armes de destruction massive.
- La course aux armements et la recherche d'une supériorité absolue, notamment par Moscou dans le domaine thermonucléaire, sont présentées comme extrêmement dangereuses. L'équilibre de la terreur (ou "mutual checkmating") est vu comme un état positif car il inhibe l'usage des armes les plus destructrices, mais cet état est précaire et non durable. La perte de cet équilibre, si un camp obtenait une supériorité écrasante, augmenterait dramatiquement les risques de guerre totale.
La Révolution de Libération comme Force Antithétique
The anti-Bolshevik, national liberation revolution relies on a different, opposite mode of action than modern mechanised warfare. The decisive force of the revolution is the individual who, in the name of the highest national and universal ideals, fights against Moscow-Soviet imperialism and man-hating communism.
- Contrairement à la guerre mécanisée qui réduit les masses à l'état d'objets, la révolution de libération nationale place l'individu et ses idéaux au centre de l'action décisive. Son objectif est d'arracher le peuple à l'emprise du régime soviétique, d'en faire des combattants conscients pour la liberté, et de désactiver de l'intérieur tout le mécanisme du pouvoir moscovite, y compris sa puissance militaire. La révolution cherche à retourner l'équipement et les forces armées contre les centres de commandement de l'agresseur.
- Le document explore la relation complexe entre guerre et révolution. Une guerre mondiale déclenchée par l'agression soviétique ne serait pas favorable a priori à la lutte de libération, mais elle pourrait créer des conditions propices à son expansion. La dynamique propre d'une guerre peut dépasser les plans initiaux, et la lutte révolutionnaire des peuples asservis pourrait alors infléchir son cours et son issue. Pour cela, les forces révolutionnaires doivent saisir l'initiative et lancer la lutte à temps, sous des formes et à une échelle qui puissent peser sur la situation militaire globale.
- L'analyse insiste sur la nécessité d'une préparation multidimensionnelle en temps de paix : idéologique, politique, organisationnelle, opérationnelle et militaire. Cette préparation doit permettre de capter et de canaliser l'énergie révolutionnaire potentielle qui émerge en période de guerre, pour éviter qu'elle ne se disperse en explosions spontanées et inefficaces. Le travail révolutionnaire organisé et constant est présenté comme une condition sine qua non pour diriger cette énergie vers la lutte de libération structurée.
La Position Ambivalente des Puissances Occidentales
The current moral, political and military state of the West and the balance of power do not give reason to hope that the Western powers will take the initiative in the development of the international situation.
- Le texte dresse un constat sévère de la position occidentale, jugée passive, indécise et encline au compromis avec Moscou pour éviter la guerre à tout prix. Même en cas de conflit, les puissances occidentales chercheraient à le limiter en intensité et en objectifs, et tenteraient de le conclure par un compromis avec l'URSS. Cette attitude fait que les peuples asservis ne peuvent interpréter une telle guerre comme une guerre de libération.
- En conséquence, la lutte révolutionnaire ne peut faire de la coopération avec les actions militaires occidentales sa tâche principale, à moins que la libération des peuples asservis ne fasse explicitement partie des buts de guerre de l'Occident. Une coopération tactique et ponctuelle est possible, mais elle n'aura pas l'effet d'une coordination totale des objectifs. Si l'Occident n'inclut pas la libération dans ses plans, les forces révolutionnaires doivent organiser leur lutte de manière autonome, en traitant la guerre seulement comme un facteur international facilitateur.
- L'auteur rejette fermement l'idée d'une attente passive de la victoire occidentale comme garantie d'une libération automatique. Sans une lutte active et indépendante, aucune guerre dans le contexte géopolitique de l'époque n'apporterait la libération. Il met en garde contre l'illusion de concepts qui supposent une défaite facile de l'URSS par l'Occident et un nouvel ordre établi selon ses seuls termes.
Stratégies et Tactiques de la Lutte Révolutionnaire en Temps de Guerre
The most important revolutionary work during the war is directed to the army, to active and mobilised soldiers, to frontline and reserve military units, and they must be urged not to fight for anti-national, imperialist Bolshevik goals, to use good opportunities and turn their weapons against the hated regime.
- Le travail révolutionnaire prioritaire en période de guerre doit cibler l'armée soviétique elle-même. Il s'agit de convaincre les soldats de ne pas se battre pour les objectifs impérialistes bolcheviques, et de saisir les opportunités pour retourner leurs armes contre le régime. L'état de guerre, avec son intensité particulière, crée une disposition propice à l'action révolutionnaire qu'une organisation structurée doit capter et canaliser.
- Les nouvelles conditions de guerre imposées par les armes thermonucléaires (fronts profonds, mobiles, diffus) présentent à la fois des avantages et des inconvénients pour la lutte révolutionnaire. D'un côté, elles facilitent la guerre de guérilla et la propagande au sein de l'armée, rendant le contrôle de la police politique (MVD) moins strict en zone de front. De l'autre, la profondeur des zones de combat peut aussi compliquer certaines actions.
- La question de l'approvisionnement en armes est cruciale. La source principale pour les forces révolutionnaires serait l'armée soviétique elle-même, via ses dépôts et lignes de ravitaillement, avec des possibilités accrues en temps de guerre. Une source secondaire et auxiliaire pourrait être les ennemis militaires de l'URSS, sous réserve de conditions politiques favorables. L'acquisition d'armes spécialisées adaptées à la guérilla pourrait donner un impact extraordinaire à la lutte, en visant à paralyser les centres de pouvoir bolcheviques.
Les Attitudes Nocives de l'Occident envers la Révolution de Libération
The fear of war with the USSR and the desire to avoid it at all costs is the factor that has always paralysed Western policy against Moscow-Bolshevik imperialism, depriving it of initiative and determination.
- Le document analyse et critique plusieurs attitudes occidentales perçues comme nuisibles. La première est un intérêt purement instrumental pour la lutte de libération, vu seulement comme un facteur capable de lier les mains des Bolcheviks et de les empêcher de déclencher une guerre contre l'Occident. Dans cette optique, l'existence même de l'action révolutionnaire suffit, son succès final étant secondaire, conduisant parfois à souhaiter un équilibre entre le régime et les révolutionnaires.
- Une autre attitude critiquée est celle qui souhaite la victoire de la révolution, mais uniquement si elle est obtenue par les seules forces et sacrifices des peuples asservis, sans assistance active de l'Occident qui se limiterait à des sympathies verbales. Cette position exclut tout soutien qui pourrait entraîner un risque de conflit avec l'URSS. L'auteur dénonce également les conceptions qui voient les processus révolutionnaires comme des causes potentielles d'agression soviétique, ou qui proposent une évolution libérale graduelle en coopération avec Moscou plutôt qu'un renversement révolutionnaire.
- Ces attitudes convergent vers un principe paralysant : l'engagement en faveur de la cause de libération ne doit entraîner ni sacrifice important, ni risque de guerre pour les puissances occidentales. En pratique, cela signifie qu'au moment crucial, face aux menaces de Moscou, le soutien promis se réduit à des paroles, laissant la révolution déçue et livrée à elle-même. Cette peur de la guerre est identifiée comme le facteur qui prive la politique occidentale de toute initiative et détermination.
La Nécessité d'un Front Anti-Bolchevique Commun et les Vrais Enjeux
The anti-Bolshevik revolutionary struggle is as important an auxiliary factor and a good opportunity for the Western powers to destroy Moscow-Soviet imperialism as their war with the USSR would be for the liberation struggle of enslaved peoples.
- L'argument central est que la lutte révolutionnaire anti-bolchevique et la résistance occidentale à l'impérialisme soviétique sont deux fronts d'un même combat, également nécessaires et complémentaires. Leur coordination diviserait les forces de l'ennemi. Refuser cette coopération sous prétexte que l'autre partenaire devrait porter seul le fardeau est décrit comme nuisible et irresponsable, tant pour la cause commune que pour le destin propre de chaque partie.
- Le document appelle à une compréhension correcte de la situation par les cercles politiques occidentaux. Soutenir la lutte de libération par tous les moyens est présenté comme un moyen pour l'Occident de se libérer de la menace bolchevique à un coût bien inférieur à celui d'une guerre imposée par l'URSS. Ce soutien ne peut être pleinement efficace que s'il est le fruit d'une décision ferme d'aller jusqu'à la victoire, sans reculer devant le risque de guerre.
- L'auteur plaide pour une franche clarification dans le travail politique extérieur des forces indépendantistes. Il faut rejeter la thèse trompeuse selon laquelle la révolution protégera l'Occident de la guerre, et plutôt réveiller la conscience de la menace bolchevique. Il faut expliquer qu'un conflit né d'un soutien armé à la révolution serait bien moins grave pour l'Occident qu'une guerre d'agression imposée par les Bolcheviks. Seule cette franchise peut produire des résultats durables et utiles.
Pour une Structure Politique Unifiée de l'Émigration Ukrainienne
The current state of Ukrainian political life in foreign countries is often the subject of critical scrutiny and a cause of discontent among the emigrant community. This is not without good reason.
- Cette section, tirée d'un article de Stepan Bandera, diagnostique les graves carences de la vie politique ukrainienne en exil : niveau idéologique et politique insuffisant, tensions, et surtout absence de structure unifiée. Cette désunion nuit à l'efficacité de l'action, décourage la participation de nombreux émigrés, et est exploitée par les forces hostiles pour discréditer la cause ukrainienne à l'étranger.
- Bandera distingue soigneusement le contenu idéologique (où les différences et rivalités sont naturelles et doivent s'exprimer) de la question structurelle. Il rejette toute tentative de résoudre les divergences de fond par des combinaisons structurelles mécaniques. L'objectif n'est pas d'effacer les différences, mais de créer un cadre général qui permette à la fois l'expression de ces différences et l'unification de l'action sur les questions nationales consensuelles.
- Il propose la création urgente d'un "Centre National de Libération" à l'étranger, élu par l'ensemble de la communauté ukrainienne en exil. Ce centre n'aurait pas les attributs d'un gouvernement ou d'un parlement en exil, mais serait l'organe directeur de l'action politique nationale à l'extérieur et le porte-parole autorisé de la lutte de libération devant le monde libre. Son autorité découlerait de son soutien populaire et de son unité politique avec la lutte menée en Ukraine.
Fonctions, Structure et Modalités d'Élection du Centre de Libération
The main task of the Centre will be to pursue Ukrainian independence policy and national liberation activities in foreign lands.
- Les tâches principales du Centre élu seraient de mener le travail politique indépendant de caractère national (hors des clivages partisans), de coordonner les initiatives des différents groupes lorsqu'elles ont une importance nationale, et de représenter de manière autorisée les aspirations à l'indépendance devant le monde extérieur. Il ne s'agirait pas de remplacer les organisations existantes, mais de fédérer leurs actions sur les objectifs communs.
- La structure proposée comprend un organe plénier (législatif/général) et un organe exécutif (l'Exécutif), dirigé par un président élu par le plénier. Bandera insiste sur la nécessité d'une structure fonctionnelle et réaliste, adaptée aux véritables tâches du Centre et non calquée sur un modèle étatique fictif. Le nombre de membres serait limité (30 à 50) pour garantir l'efficacité opérationnelle.
- Le processus électoral est décrit en détail : il nécessite d'abord un accord entre les organisations initiatrices sur les principes (statut, durée du mandat, nombre de membres, etc.). Des commissions électorales centrales, régionales et locales seraient formées, composées de personnalités respectées et non-partisanes. Le suffrage serait universel, avec des listes présentées par les partis ou des groupes ad hoc. L'élection elle-même est présentée comme le moyen le plus légitime et efficace de créer un centre représentatif et de surmonter les blocages des égoïsmes partisans.
Pages 1-386 (partie 7)
Projet d'un Centre Étranger Élu et Perspectives de la Révolution Nationale de Libération Ukrainienne
Le Processus Électoral pour un Centre Étranger
La campagne de propagande pré-électorale des groupes mobilisera simultanément le public ukrainien, chaque personne, à l'activité politique. La participation aux élections pour le Centre Étranger sera une manifestation de soutien actif à la cause de la libération nationale.
- Le document détaille un projet pour établir un Centre de Libération Nationale Ukrainien à l'étranger (UCEC/UCPNV) via des élections générales parmi la diaspora. L'objectif est de créer une institution représentative et fonctionnelle pour diriger l'action politique et la lutte de libération depuis l'étranger. Le processus commence par des commissions électorales qui prennent le relais des organisations initiatrices. Les groupes politiques lancent alors des campagnes pour présenter leurs idéologies, programmes et candidats, revitalisant ainsi la vie politique en exil et offrant au public patriotique une occasion de choisir ses représentants de manière démocratique.
- Le mécanisme de vote est conçu pour les conditions de la diaspora. Il est proposé que le scrutin se déroule sur une période prolongée, utilisant des bulletins de vote par correspondance. Chaque électeur reçoit une carte de vote listant tous les candidats, la marque, et la renvoie à la Commission Électorale Locale. L'accent est mis sur la simplicité et l'accessibilité pour permettre la participation la plus large possible, tout en tenant compte de la dispersion géographique des Ukrainiens hors de leur patrie.
- Les critères d'éligibilité pour voter sont strictement définis. Tout adulte reconnu comme appartenant à la nationalité ukrainienne, quelle que soit son affiliation étatique actuelle, et qui contribue à l'action en faveur de la libération de l'Ukraine, a le droit et le devoir civique de voter. Sont explicitement exclus les personnes d'origine ukrainienne ayant rejoint un camp hostile, comme le camp communiste ou moscovite. La preuve d'affiliation peut être apportée par divers documents ou témoignages.
- Une condition essentielle et innovante pour le suffrage actif est l'obligation pour chaque électeur d'apporter une contribution concrète à la campagne de libération nationale. Cette contribution se matérialise par le paiement d'un « impôt d'auto-évaluation » au profit du fonds de fonctionnement du centre et des coûts électoraux. Ce paiement, dont le montant est uniforme et régulé, est conçu comme un acte réel de soutien financier, pas symbolique, engageant matériellement l'électeur dans la cause. Des exemptions sont possibles en cas d'indigence prouvée.
Les Fondements et Justifications du Centre Élu
Le projet de création d'un Centre Étranger élu vise à compléter structurellement la vie politique ukrainienne à l'étranger et en même temps à renforcer toute sa structure en introduisant un système d'élections générales comme institution fondatrice et périodique.
- L'argument central est que l'introduction d'élections générales est le moyen le plus approprié pour éliminer les « maladies structurelles de l'émigration ». Ces anomalies incluent l'isolement des groupes politiques de la base populaire, leur existence « à moitié morte » qui empoisonne l'atmosphère politique, et la tentation de certains de remplacer ce manque d'enracinement par un soutien étranger, conduisant à une dépendance néfaste. Les élections rétablissent un lien direct et une responsabilité envers la citoyenneté.
- Le système électoral proposé utilise une répartition proportionnelle des mandats. Un « nombre clé » de voix par mandat est établi en divisant le total des voix valides par le nombre de mandats à pourvoir. Les mandats sont d'abord attribués selon des quotients entiers, puis les mandats restants sont distribués un à un aux listes ayant les plus grands restes de voix. Ce système vise à assurer une représentation équitable de la force réelle de chaque groupe.
- Les élections sont présentées comme un principe ordonnateur qui assigne à chaque groupement une position proportionnelle à son influence réelle au sein de la société. Cela force les environnements politiques à mériter la reconnaissance et la confiance par leur travail et leurs valeurs, plutôt que de compter sur des intrigues ou des interventions étrangères. La rivalité intergroupe acquiert ainsi un sens plus sérieux, basé sur des réalités vérifiables.
- Le document reconnaît qu'il ne faut pas idéaliser la maturité politique de toute la communauté émigrée. Cependant, il affirme que celle-ci est guidée par un instinct national sain et soutient généralement les actions de libération lorsqu'elles sont correctement présentées. Si des orientations erronées apparaissent, la faute en revient souvent aux partis eux-mêmes qui n'ont pas rempli leur rôle d'éducation politique. Les élections doivent donc stimuler ce travail essentiel parmi le public.
Réfutation des Arguments des Opposants
Opposants des élections utilisent l'affirmation dite que l'émigration et 'l'émigré moyen' n'ont pas le droit de choisir un centre politique qui dirigerait l'action politique ukrainienne à l'étranger et représenterait la cause de la libération ukrainienne devant un tribunal étranger.
- Les opposants, identifiés principalement comme les cercles de la Rada Nationale Ukrainienne (UNRada), avancent deux arguments majeurs. Premièrement, que l'émigration, de composition territoriale trop unilatérale, ne peut pas se substituer à la nation entière. Deuxièmement, qu'un centre élu à l'étranger ne pourrait représenter que l'émigration elle-même, et non le peuple ukrainien dans son ensemble. Ces arguments visent à défendre le monopole de l'UNRada et de son organe exécutif comme seul centre politique légitime à l'étranger.
- La réponse du document est que le rôle de l'émigration doit être considéré en fonction des circonstances. Étant donné que les peuples sous joug bolchevique sont privés de toute capacité d'exprimer librement leur volonté, l'émigration a l'obligation politique d'utiliser sa liberté pour agir en leur nom. La fonction (l'engagement actuel dans la lutte) est plus importante que l'origine (les raisons du départ). La participation aux élections définit précisément l'électeur comme membre de l'émigration politique nationale.
- Un autre argument des opposants est l'impraticabilité technique et légale d'organiser des élections générales à l'étranger. Le document rétorque que le plan présenté offre une réponse pratique et que la société soutiendra ce travail. Sur le plan juridique, il affirme que l'action de libération nationale ne contredit pas les intérêts des États d'accueil occidentaux et libres. Les autorités de ces États, sages, regardent d'abord le fond politique légitime de l'action plutôt que le formalisme juridique, et feront preuve de tolérance comme par le passé.
- Enfin, l'argument dit de « l'effet négatif » est rejeté. Certains craignent que le faible taux de participation (comparé au nombre total d'Ukrainiens à l'étranger) ne soit utilisé par les ennemis pour affirmer que la majorité rejette la cause indépendantiste. Le document répond que la non-participation n'équivaut pas à un boycott actif, et que seuls les votes exprimés comptent comme un actif politique positif. Un noyau actif de plusieurs milliers de votants constitue une base politique réelle et respectable, bien plus significative qu'une masse passive de centaines de milliers.
Critique de la Rada Nationale Ukrainienne (UNRada) et Nécessité d'un Nouveau Centre
La première chose qui a fondamentalement miné sa valeur morale et politique fut l'attitude négative de la plupart des partis de la Rada de l'UNR envers la lutte révolutionnaire de libération en Ukraine et sa formation, l'OUN-UPA-UGWR.
- Le document porte un jugement sévère sur l'UNRada, affirmant qu'elle a gaspillé sa crédibilité initiale. La faute fondamentale est son attitude négative ou négligente envers la lutte armée révolutionnaire menée en Ukraine par l'OUN et l'UPA. Au lieu de s'appuyer sur cette lutte comme base de son travail à l'étranger, l'UNRada l'a ignorée, prouvant ainsi son inutilité pour la cause de la libération.
- Cette attitude a conduit l'UNRada à dévier des principes d'une politique d'indépendance conséquente et à s'engager dans des coopérations compromettantes avec des forces non-décidées. Structurellement, l'UNRada est décrite comme un simple centre inter-partis sans autre base que le soutien des groupes qui y participent, utilisant un principe de parité artificiel et stagnant.
- Le principe de parité, où chaque groupe a un poids égal indépendamment de sa taille ou de son activité, est vivement critiqué. Il est contraire à la nature de la vie politique, conduit à la fragmentation (car les grands groupes ont intérêt à se diviser pour obtenir plus de sièges) et à la dilution de la communauté. Une structure saine doit refléter les rapports de force réels.
- Le document conclut qu'il n'y a aucun espoir que l'UNRada se réforme pour remplir les tâches d'un véritable Centre de Libération Nationale à l'étranger. Son refus de reconnaître le droit de l'émigration à élire un nouveau centre n'est pas justifié, car il s'agit de créer une entité aux tâches différentes et sur une base bien plus large. Le besoin d'un centre fonctionnel devenant de plus en plus urgent, il faut avancer avec le projet d'élections.
Introduction aux Perspectives de la Révolution Nationale de Libération
Le point de départ pour l'Organisation des Nationalistes Ukrainiens dans le choix d'une voie révolutionnaire vers la libération nationale est la question : la lutte révolutionnaire est-elle nécessaire ?
- Cette section introduit un autre texte majeur de Stepan Bandera, « Perspectives de la Révolution Nationale de Libération Ukrainienne », initialement destiné à un usage interne de l'OUN. Son but était de préparer théoriquement les cadres à participer à l'organisation et à la conduite de la révolution dans la patrie. Le document affirme qu'il est souhaitable que tous les Ukrainiens en prennent connaissance.
- Bandera critique l'attitude « opportuniste » qui place comme point de départ la question de la possibilité réaliste de la révolution. Cette approche, teintée de scepticisme et de passivité, affaiblit la volonté de lutte. Pour l'OUN, la question fondamentale est celle de la nécessité. Puisque l'asservissement bolchevique menace l'existence même de la nation ukrainienne, la lutte révolutionnaire est une nécessité vitale.
- Partant de ce postulat, la question n'est pas de savoir si la révolution est possible, mais comment la mener avec les méthodes et moyens les plus appropriés pour assurer son succès. Cette attitude volontariste est présentée comme conforme aux lois de la vie : un organisme menacé utilise toutes ses forces pour se sauver par la voie qui s'offre à lui.
- La lutte de libération est dirigée à la fois contre l'impérialisme moscovite ouvert et contre le communisme international, présentés comme deux formes du même ennemi. Le communisme est l'instrument le plus important de l'impérialisme russe déguisé. Il faut donc distinguer ces fronts dans la lutte, sachant que l'impérialisme russe peut aussi se manifester sous une forme anti-communiste.
Les Trois Possibilités de Changement et le Rôle de la Guerre
Il y a trois possibilités théoriques principales de changement dans l'espace sous-bolchevique. La première possibilité est la suppression du bolchevisme par des forces extérieures... La deuxième possibilité est l'évolution interne du bolchevisme... La troisième possibilité est la révolution anti-bolchevique.
- Le document énumère et analyse trois scénarios théoriques pour un changement fondamental dans l'espace dominé par Moscou : 1) Une guerre victorieuse menée par des puissances extérieures (le Bloc Occidental) contre l'URSS. 2) Une évolution interne du système bolchevique le transformant profondément. 3) Une révolution anti-bolchevique, principalement nationale et de libération, menée par les peuples asservis eux-mêmes.
- Concernant la guerre, le document reconnaît qu'une Troisième Guerre mondiale créerait une situation entièrement nouvelle, débloquant les forces révolutionnaires et faisant s'effondrer les structures artificielles. Elle offrirait des chances utiles à la cause de libération en détournant l'attention et les forces bolcheviques vers des fronts extérieurs, en affaiblissant le contrôle policier interne et en mettant des armes entre les mains de masses susceptibles de se retourner contre le régime.
- Cependant, il est jugé inapproprié de fonder la stratégie de libération uniquement sur l'éventualité d'une guerre. Son déclenchement échappe au contrôle des mouvements de libération et est imprévisible. De plus, une victoire occidentale ne garantit pas la libération nationale de l'Ukraine. La politique occidentale, selon l'analyse, vise à éliminer le communisme mais pas l'empire russe, préférant une Russie « démocratisée » mais intacte, au détriment des aspirations indépendantistes des peuples non russes.
- Cette ligne politique occidentale est attribuée à plusieurs principes : vouloir le moins d'opposants possible, gagner le plus d'alliés possibles (même potentiels, comme le peuple russe), et établir une plateforme anti-bolchevique minimale et consensuelle évitant les questions litigieuses comme l'indépendance nationale. Les mouvements de libération, parce qu'ils sont résolus à lutter quoi qu'il arrive, sont pris pour acquis par l'Ouest, qui cherche à les utiliser pour ses propres objectifs sans nécessairement soutenir les leurs.
La Révolution comme Voie Nécessaire et ses Facteurs
Afin de sauver la nation ukrainienne de cette situation et de mettre fin au processus de son asservissement et de sa destruction constants, il est nécessaire de renverser la domination de Moscou en Ukraine, d'éradiquer le bolchevisme-communisme en Ukraine.
- Face aux limites des autres possibilités (guerre incertaine et évolution interne improbable vers la libération), la révolution nationale anti-bolchevique est présentée comme la voie nécessaire et centrale. Elle est le seul moyen d'atteindre l'objectif fondamental : renverser la domination de Moscou, éradiquer le communisme, et éliminer tous les facteurs de l'impérialisme russe des terres ukrainiennes.
- Le document souligne l'importance mondiale de la libération de l'Ukraine, qui paralyserait l'impérialisme moscovite et porterait un coup fatal au communisme international. Inversement, les obstacles sont tout aussi grands, car Moscou est parfaitement consciente de l'importance stratégique de l'Ukraine et déploie tous les moyens pour écraser son mouvement de libération.
- La réussite de la révolution dépend de sa capacité à mobiliser le peuple ukrainien tout entier dans une lutte décisive. Chaque action, tentative ou même simple adhésion à l'idée de libération est déjà un facteur intégral de la révolution nationale. La lutte doit être menée sur tous les fronts, contre le bolchevisme en Ukraine et contre l'impérialisme russe sous toutes ses formes à l'étranger.
- En conclusion, le document plaide pour une préparation active et planifiée en vue de cette révolution, refusant la passivité. L'OUN et les forces patriotiques doivent travailler à influencer le développement de la situation internationale et, surtout, à organiser et diriger le potentiel révolutionnaire au sein de la nation ukrainienne elle-même, en Ukraine et dans la diaspora, pour être prêts à saisir les moments décisifs.
Pages 1-386 (partie 8)
Analyse de la politique occidentale et des stratégies de libération nationale face au bolchevisme
La politique occidentale et le concept de front uni anti-bolchevique
Le propre raisonnement des mouvements de libération nationale, l'opportunité et le succès de leur lutte anti-bolchevique sont d'une importance bien moindre pour les puissances occidentales que les avantages que leurs politiques et stratégies tirent des actions des mouvements de libération.
- L'analyse critique porte sur la stratégie du bloc occidental, en particulier des États-Unis, vis-à-vis de l'URSS. Cette stratégie est fondée sur le concept d'un "front uni" anti-bolchevique, mais ce front est conçu pour être dominé par des éléments russes anti-communistes (les "Moscovites"). L'objectif principal des puissances occidentales n'est pas la libération nationale des peuples asservis, mais la défaite du système communiste dans le cadre de leur confrontation géopolitique. Les mouvements de libération nationale, comme celui de l'Ukraine porté par l'OUN (Organisation des Nationalistes Ukrainiens), sont donc considérés comme un facteur secondaire, dont les actions doivent servir les plans stratégiques occidentaux, même si cela implique de sacrifier ou de reporter leurs aspirations à l'indépendance.
- Le document souligne la persistance et l'enracinement profond de ce concept dans les cercles politiques américains, malgré son échec à rallier les forces nationales indépendantistes. Les tentatives répétées pour intégrer les mouvements de libération dans un front commun sous direction russe se heurtent à l'intransigeance de ces mouvements sur leurs principes fondamentaux, notamment l'indépendance nationale. La conclusion est que le concept occidental est intrinsèquement adapté uniquement à la participation des Russes et est largement indépendant de la position des forces de libération des peuples asservis.
- L'auteur énumère six conclusions que les planificateurs occidentaux devraient tirer de cette situation. Parmi elles : l'impossibilité de réduire tous les opposants au communisme à une plateforme commune ; la nécessité pour l'Occident de "nourrir" activement le mouvement anti-communiste russe pour qu'il devienne un facteur actif ; la reconnaissance que les mouvements de libération nationale constituent un facteur politique original et viable par eux-mêmes ; et le fait que leur lutte indépendante, même non intégrée au plan occidental, crée un front séparé utile contre l'ennemi commun.
La valeur d'une guerre Occident-URSS pour la libération nationale
La guerre entre les blocs occidental et bolchevique à elle seule n'aurait pas apporté la libération nationale aux peuples asservis. L'indépendance étatique des peuples asservis en URSS ne fait pas partie du concept de l'Ouest.
- L'analyse examine les implications d'un conflit militaire entre le bloc occidental et l'URSS. La conclusion centrale est qu'une telle guerre, si elle devait se produire, ne garantirait en rien l'indépendance des nations non russes de l'Union soviétique. La victoire occidentale sur le bolchevisme n'équivaudrait pas automatiquement à la fin de l'impérialisme russe. Le concept stratégique occidental, tel que décrit précédemment, ne prévoit pas l'émancipation des peuples asservis, mais pourrait même chercher à imposer un nouveau régime russe non communiste mais tout aussi impérialiste sur leurs territoires.
- Cependant, le document reconnaît qu'une situation de guerre créerait des conditions plus favorables à la lutte de libération qu'une situation de paix. Un conflit prolongé et difficile pourrait contraindre la stratégie occidentale à reconsidérer son approche et à accorder plus d'attention aux forces anti-bolcheviques "réelles et respectables" que sont les mouvements nationaux, plutôt que de compter sur le "facteur douteux" des forces russes anti-communistes. La guerre offre un espace pour l'initiative et l'influence des forces de libération nationale.
- Face à ces possibilités contrastées, la ligne directrice pour les peuples asservis est claire : ils doivent utiliser les circonstances militaires pour développer leur propre lutte, y compris armée, avec une vigueur et une ampleur telles qu'ils puissent, le moment venu, déclencher un soulèvement révolutionnaire national. L'objectif est de détruire l'occupation ennemie et de consolider leur indépendance étatique par leurs propres forces, en créant des "faits accomplis" conformes à leur raison d'être.
L'évolution du bolchevisme : une fausse piste pour la libération
Il n'y a aucune base pour fonder des espoirs sur des changements évolutifs du système bolchevique vers une liberté toujours plus grande des peuples et de l'unité humaine.
- Cette section démystifie l'idée que le système bolchevique puisse évoluer de l'intérieur vers plus de libertés et devenir acceptable. L'auteur distingue soigneusement deux types de changements : les changements "évolutifs" initiés ou contrôlés par le régime, qui visent toujours à consolider et étendre la domination bolchevique ; et les changements "forcés", arrachés au régime par la lutte des peuples asservis ou la pression extérieure. Seuls ces derniers, comme la période d'"ukrainisation" ou la NEP (Nouvelle Politique Économique), apportent un réel répit, mais ils sont toujours temporaires et réversibles.
- L'analyse théorique est étayée par l'observation de près de quarante ans de pratique bolchevique. Le Parti communiste est structuré pour exclure toute tendance anti-impérialiste ou favorable aux libertés populaires. Sa doctrine matérialiste et totalitaire, ainsi que ses processus de sélection stricts, garantissent que tous les changements tactiques (comme les périodes d'assouplissement apparent) servent en réalité à tromper les opposants, affaiblir les résistances et finalement renforcer l'emprise du système et son potentiel militaire et impérialiste.
- Par conséquent, toute conception politique qui mise sur une évolution interne pacifique du bolchevisme vers la liberté est qualifiée d'utopique ou fausse, et même dangereuse car elle désarme les forces anti-bolcheviques. La seule voie pour obtenir des améliorations significatives est la lutte incessante des peuples eux-mêmes. Ces conquêtes partielles, bien que précaires, sont des étapes importantes sur le chemin de la libération totale.
La révolution anti-bolchevique : la seule voie vers la libération
La base réelle principale du concept révolutionnaire de libération est la propre force et la propre lutte des peuples asservis par le bolchevisme.
- Après avoir écarté la guerre étrangère et l'évolution interne comme voies principales de libération, le document présente la révolution nationale comme la seule issue. Une révolution est définie comme un processus de lutte global visant à détruire un système hostile et à construire un nouvel ordre. Dans le cas des peuples asservis par Moscou, il s'agit d'une révolution nationale de libération, caractérisée par la participation de toute la nation et visant un changement fondamental de sa condition dans tous les domaines.
- Ce concept s'appuie sur la propre force des peuples opprimés, fondée sur leur désir invincible d'indépendance et de liberté, et sur l'opposition totale entre leurs aspirations et le système bolchevique. Il ne nie pas l'importance potentielle d'une aide extérieure ou d'une guerre, mais les considère comme des facteurs auxiliaires et incertains, ne devant pas constituer le fondement de la stratégie de libération.
- L'analyse aborde également la question du rapport de force apparentément défavorable. Elle argue que la force du régime bolchevique réside dans son contrôle totalitaire d'un appareil d'État immense, mais que cet appareil est en réalité tenu par une minorité. La grande majorité de la population, hostile au régime, constitue un potentiel révolutionnaire énorme mais dispersé et inactif. La clé du succès révolutionnaire réside donc dans la mobilisation et l'organisation de ce potentiel. Lorsque la majorité cessera d'obéir et se joindra activement à la lutte, le mécanisme d'État bolchevique sera paralysé.
Révolution nationale et forces russes anti-communistes : l'impossible front commun
Il n'y a pas de terrain d'entente pour un front commun des forces de libération nationale et des forces russes anti-communistes.
- Cette section analyse la relation complexe et conflictuelle entre les révolutions de libération nationale des peuples non russes et les courants anti-communistes au sein du peuple russe. L'auteur reconnaît l'existence de sentiments anti-bolcheviques en Russie, qui pourraient être un facteur utile en affaiblissant le régime. Cependant, il souligne une contradiction fondamentale : les anti-communistes russes, même les plus convaincus, restent majoritairement imprégnés d'une attitude impérialiste. Leur objectif est de renverser le système communiste tout en préservant l'empire russe, ce qui les place en opposition directe avec les aspirations indépendantistes des autres peuples.
- Il est donc impossible de former un front uni ou un processus révolutionnaire commun. Les objectifs sont diamétralement opposés : indépendance nationale versus préservation de l'empire. Toute tentative de fusion ou de coordination politique et opérationnelle ne pourrait se faire qu'au prix de la renonciation par l'une des parties à ses objectifs fondamentaux, ce qui anéantirait son inspiration révolutionnaire. Le concept de "non-prédétermination" (laisser en suspens la question du futur ordre géopolitique) est rejeté comme étant un produit d'acteurs étrangers, incompatible avec la dynamique d'une véritable lutte de libération.
- La conclusion stratégique est la nécessité d'une séparation complète des deux fronts. Les mouvements de libération nationale et les forces russes anti-communistes doivent mener leurs luttes de manière distincte, sur leurs terrains respectifs (les territoires nationaux pour les uns, la Russie ethnique pour les autres), afin d'éviter les frictions et de concentrer leurs efforts contre l'ennemi principal bolchevique. Cette séparation est dans l'intérêt de la cause anti-bolchevique globale.
Le front commun naturel des révolutions de libération nationale
Tous les peuples luttant pour leur libération nationale contre Moscou impérialiste sont des alliés naturels et leur concurrence crée un front commun.
- Le document affirme que tous les peuples asservis par Moscou partagent le même ennemi mortel : l'impérialisme russe invasif, dont le bolchevisme est la forme actuelle la plus forte. Cette communauté de situation et d'objectifs (renverser la domination russe et communiste, établir des États nationaux indépendants) fait d'eux des alliés naturels. Leur alliance constitue un front commun objectif contre l'impérialisme moscovite, indépendamment de l'existence ou non de liens politiques ou opérationnels formels entre leurs mouvements respectifs.
- Cette alliance "naturelle" est fondée sur l'intérêt objectif de chaque nation au succès des luttes des autres, car chaque révolte affaiblit l'ennemi commun et contribue à l'effondrement de l'empire. L'exemple des relations tendues entre Ukrainiens et Polonais est cité : malgré des différends territoriaux non résolus, les deux peuples ont un intérêt positif aux processus anti-Moscou de l'autre, car la défaite de l'impérialisme russe sert les deux causes.
- L'orientation fondamentale de ces luttes est donc à la fois anti-communiste et anti-impérialiste russe. Toute déviation de cette ligne (comme certaines orientations russophiles historiques au sein des émigrations) est considérée comme marginale et opportuniste. La solidarité et la coordination entre les mouvements de libération nationale des différents peuples asservis sont présentées comme une force logique et puissante dans la lutte pour la destruction du système bolchevique et de la prison des peuples qu'est l'URSS.
Pages 1-386 (partie 9)
Stratégie de la Révolution de Libération Nationale Ukrainienne
Le Front Commun de Libération des Peuples Asservis
A common destiny, the same situation, the struggle against the same common enemy, the consonance of positive goals of the liberation struggle and mutual benefit are factors of natural alliance of all the peoples enslaved by Moscow in their anti-Bolshevik, liberation war.
- Le texte postule une convergence fondamentale entre tous les peuples asservis par l'URSS, pour qui le communisme et l'impérialisme moscovite sont devenus un seul et même ennemi. Cette unité n'est pas seulement idéaliste mais repose sur une rationalité politique froide : la puissance écrasante de la Russie impériale rend la lutte pour l'indépendance de chaque nation individuellement presque impossible. En s'unissant dans un front commun, les peuples divisent les forces de Moscou sur de multiples fronts simultanés, augmentant ainsi les chances de succès de chacun. La libération d'un peuple affaiblit l'empire et facilite la lutte des autres, créant un cercle vertueux de soutien mutuel fondé sur l'intérêt national bien compris.
- Le concept de front commun est soigneusement distingué d'une dépendance envers des États étrangers ou d'une centralisation organisationnelle excessive. Il s'agit d'une alliance naturelle basée sur une situation et un objectif communs, qui ne requiert de personne qu'il renonce à ses buts de libération nationale. Au contraire, le front commun donne reconnaissance et soutien à l'objectif de chaque peuple. L'initiative, la planification et la conduite de la lutte révolutionnaire restent de la responsabilité des forces de libération de chaque nation, préservant ainsi l'autonomie et l'identité des mouvements nationaux tout en coordonnant les efforts.
- Les manifestations politiques de ce front commun incluent des organisations internationales comme le Bloc Anti-Bolshevik des Peuples (ABN), des plateformes politiques concertées, des actions conjointes de politique étrangère, et une coopération entre les mouvements de libération nationaux. La solidarité doit également se manifester par un intérêt actif pour les luttes des peuples alliés au sein de sa propre population. Le texte souligne l'importance de résoudre les problèmes bilatéraux entre peuples voisins de manière à faciliter la coopération dans la lutte anti-bolchevique, jetant ainsi les bases de futures relations amicales entre États indépendants.
Stratégie Militaire et Unanimité de la Lutte Révolutionnaire
The strategy of united liberation struggle will make it impossible for Moscow to deal with each national liberation movement separately and in turn, and will force it to divide its forces on all fronts simultaneously.
- La stratégie impériale de Moscou repose sur la division et l'isolement des peuples asservis, en affrontant chaque mouvement de libération nationale séparément et en créant des conflits internes. Pour contrer cela, la stratégie de la lutte de libération doit avoir pour fondement principal l'unanimité et la simultanéité des actions de tous les peuples. En forçant Moscou à se battre sur de multiples fronts à la fois, la pression de son impérialisme sur chaque nation est réduite proportionnellement. Cette approche rend la lutte de chaque peuple plus facile et augmente ses perspectives de succès, transformant la faiblesse individuelle en force collective.
- Le texte rejette catégoriquement l'idée d'une centralisation organisationnelle et opérationnelle internationale des mouvements révolutionnaires, la jugeant irréaliste et contre-productive. Une telle superstructure, calquée sur le modèle des coalitions militaires étatiques, serait incompatible avec la nature clandestine et décentralisée de la lutte révolutionnaire, mènerait à la paralysie et risquerait de réduire l'intensité de la lutte des peuples individuels qui compteraient sur les autres. L'expérience de l'ABN est citée en exemple, où le fardeau financier et opérationnel reposait de manière disproportionnée sur les épaules ukrainiennes.
- Pour assurer l'unanimité, le texte préconise que chaque mouvement national mène sa lutte de manière indépendante mais coordonnée. Lorsque la lutte d'un peuple atteint une haute intensité, notamment sous forme de soulèvement armé, les autres nations doivent renforcer leurs actions révolutionnaires en réponse. Cette réactivité sert à la fois de soutien et permet de profiter de la situation favorable créée. L'objectif stratégique est d'empêcher l'ennemi de confiner une insurrection à une petite zone en l'étendant sur le plus grand espace possible, idéalement à tous les pays sous domination bolchevique.
Le Problème du Communisme National
National communism is an ideological and political concept aimed at building and maintaining an independent state of a people with a communist system.
- Le communisme national est défini non pas comme une doctrine originale, mais comme une réaction des éléments communistes locaux à l'invasion, au centralisme et à la dictature de Moscou. Ses motivations sont principalement l'ambition et la lutte pour le pouvoir de ces communistes, qui refusent de n'être que les exécutants de la volonté moscovite. Pris en tenaille entre l'impérialisme de Moscou et les aspirations nationales d'indépendance, ils tentent de jouer entre ces deux forces, cherchant un compromis ou utilisant l'une pour consolider leur position contre l'autre.
- Le texte établit une distinction cruciale entre deux variantes du phénomène. La première, potentiellement utile, voit des communistes locaux rompre activement avec Moscou et ouvrir un front de lutte contre l'impérialisme bolchevique, tout en restant attachés au système communiste. La seconde, extrêmement nocive, n'est qu'une manœuvre tactique de camouflage pour s'adapter aux nouvelles circonstances et préserver des positions privilégiées, sans véritable rupture avec le passé. Cette dernière est comparée à un cheval de Troie.
- L'attitude du mouvement nationaliste ukrainien envers le communisme national est fondamentalement négative, le considérant comme contraire aux intérêts de la nation. Cependant, pendant la lutte de libération, une tolérance tactique est envisagée envers les phénomènes du premier type qui mènent une réelle lutte anti-Moscou dans des environnements où le mouvement national n'a pas de prise. L'objectif est alors de tenter de les attirer dans le front national. En revanche, les manifestations du second type, purement opportunistes et nuisibles au front de libération, doivent être étouffées dans l'œuf et radicalement éliminées par des moyens révolutionnaires si elles recourent à la violence.
Les Forces Motrices et le Développement du Processus Révolutionnaire
The three driving forces of the liberation revolution are inextricably linked, so that the absence of one of them fundamentally reduces the effectiveness of the others.
- Le processus révolutionnaire est animé par trois forces motrices interdépendantes : l'Idée révolutionnaire (le nationalisme ukrainien), l'Organisation révolutionnaire (l'OUN - Organisation des Nationalistes Ukrainiens), et l'Action révolutionnaire (la lutte). L'idée est le moteur le plus général et durable ; l'organisation est le sujet conscient qui planifie et dirige ; l'action est la manifestation vitale qui donne dynamisme à l'idée et légitimité à l'organisation. L'absence ou l'affaiblissement de l'une de ces forces compromet gravement l'ensemble du processus de libération.
- Le développement de la révolution se fait selon un schéma en deux phases. La première est la « révolution permanente » ou prolongée, couvrant toutes les étapes de la lutte dans une situation défavorable à un soulèvement armé général. La seconde phase décisive est le soulèvement armé national, un effort maximal de tout le peuple pour détruire définitivement la domination bolchevique. Le passage à cette phase doit être le résultat d'une maturation soigneuse, car un tel effort, coûteux en vies, ne peut être répété à court terme.
- Le développement pratique suit une ligne ondulée avec des hauts et des bas, mais ce qui compte est la progression des points culminants atteints à chaque étape. Deux processus principaux le marquent : la lutte directe contre l'ennemi et la mobilisation de forces populaires toujours plus grandes pour cette lutte. Ces deux processus se renforcent mutuellement : chaque action révolutionnaire gagne de nouveaux sympathisants, et la mobilisation de nouvelles forces intensifie la lutte.
Facteurs Influençant la Révolution : Situation Internationale et Interne
Revolutionary actions can accelerate and exacerbate the development of anti-Bolshevik tendencies in the international situation, to the extent that these tendencies already exist and come to the fore in the conflict of interests between the USSR and other great powers.
- L'influence de la lutte révolutionnaire sur la situation internationale est reconnue, mais ses limites sont clairement établies. Les actions anti-bolcheviques peuvent exacerber les tensions existantes entre l'URSS et les grandes puissances, mais elles ne peuvent fondamentalement modifier l'attitude de ces puissances ou provoquer seules un conflit militaire majeur. L'expérience historique de l'après-guerre, notamment la non-intervention pendant le soulèvement hongrois, montre que les puissances occidentales peuvent utiliser les mouvements de libération à des fins tactiques mais ne les aident pas sérieusement à vaincre.
- Le texte souligne une interaction constante entre la situation interne en URSS et la lutte de libération. D'un côté, la situation générale dans les pays sous domination bolchevique crée le terrain propice aux processus révolutionnaires. De l'autre, les actions révolutionnaires sont un facteur majeur influençant cette situation, en affectant l'attitude du peuple et en provoquant des réactions du régime qui, souvent, étendent les idées révolutionnaires.
- Le mouvement de libération agit sur la situation interne par deux voies : son activité clandestine propre (propagande, actions, sabotage) et l'utilisation de la propagande révolutionnaire pour déconstruire le narratif bolchevique. Cette propagande doit mettre en lumière les contradictions du système : l'expansion impérialiste au détriment de sa population, la fausseté de la propagande soviétique, le caractère anti-peuple du Parti, les échecs des plans économiques, les purges internes présentées comme des réformes, etc. Le but est de révéler les fissures de l'empire et de saper sa prétendue solidité.
Mobilisation Révolutionnaire : Formes et Cibles Stratégiques
The main and most general method of revolutionary mobilisation of the people is ideological and political mobilisation, which is used in every period of revolutionary struggle.
- La mobilisation révolutionnaire se décline en trois types. La mobilisation idéologique et politique, fondamentale et permanente, vise à disséminer les idées nationalistes et à forger une volonté de combat et de sacrifice. La mobilisation par l'action implique la participation active d'individus et de groupes à des tâches révolutionnaires variées, du sabotage discret à la lutte armée. La mobilisation organisationnelle et en personnel, la plus exigeante, consiste en l'adhésion formelle à l'organisation révolutionnaire (l'OUN), soumettant l'individu à une discipline totale et à des risques extrêmes.
- Le texte identifie un déséquilibre historique dans la mobilisation, le milieu rural (la paysannerie) ayant traditionnellement été la force agissante principale. Pour une révolution nationale victorieuse, la conquête des villes est essentielle, car elles sont les centres du pouvoir ennemi et de la vie moderne. La stratégie doit donc viser à maîtriser la ville de l'intérieur, en développant une activité révolutionnaire persistante parmi la population urbaine ukrainienne, malgré les difficultés (forte présence ennemie, population mélangée, niveau patriotique parfois plus bas).
- Les cibles prioritaires de la mobilisation urbaine sont la jeunesse et la classe ouvrière ukrainienne. La jeunesse est l'élément dynamique naturel de toute révolution. La classe ouvrière ukrainienne, numériquement importante et proche de la paysannerie par ses liens, constitue un réservoir majeur de potentiel révolutionnaire. Le texte insiste sur la nécessité de refléter ces priorités dans le développement idéologique et programmatique du mouvement, et de transférer une plus grande part de l'action révolutionnaire directe vers le milieu urbain pour un impact politique maximal.
Le Rôle Potentiel de l'Armée Soviétique dans la Révolution
The fundamental method of mobilising the troops of the Soviet army for the anti-Bolshevik revolutionary struggle is an initiatory action from the outside.
- Les soldats de l'Armée soviétique représentent un potentiel révolutionnaire immense, car leur défection en masse pourrait être décisive dans l'effondrement du régime. Cependant, mobiliser ce potentiel est extrêmement difficile en raison de la structure même de l'armée, des méthodes de contrôle bolcheviques (mélange des nationalités, commissaires politiques, unités spéciales loyales) et de la discipline militaire. On ne peut s'attendre à ce que l'armée initie d'elle-même des mouvements révolutionnaires en temps de paix.
- Le scénario réaliste d'une implication massive de l'armée se situe pendant une guerre ou au cœur d'un soulèvement général déjà avancé, lorsque le système bolchevique se désintègre. Les soldats pourraient alors déserter individuellement ou par groupes pour rejoindre les forces insurgées, ou des unités entières pourraient se retourner contre le régime.
- La méthode fondamentale pour déclencher ce processus est une action initiative venant de l'extérieur de l'armée. L'existence d'unités militaires révolutionnaires (insurgées) est cruciale, car leurs appels et instructions concrets aux soldats soviétiques provoquent une réaction plus vive que des slogans généraux. Pour être efficaces, ces appels extérieurs doivent être relayés et organisés à l'intérieur de l'armée par des noyaux de soldats conscients et déterminés, capables de prendre l'initiative au moment opportun.
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Stratégie et tactiques de la révolution de libération nationale ukrainienne
La préparation des forces révolutionnaires et le travail au sein de l'armée soviétique
Le premier et le plus important est la formation d'officiers qui seront capables de prendre l'initiative en situation appropriée, de devenir organisateurs et leaders d'actions révolutionnaires de libération parmi les militaires, dans les unités de front ou de l'arrière de l'armée soviétique.
- Le texte souligne la nécessité cruciale de former des cadres politiques et militaires au sein même de l'armée soviétique. Ces officiers révolutionnaires doivent être capables de rallier non seulement les simples soldats mais aussi les officiers qualifiés. L'idée centrale est que la propagation des idées révolutionnaires au sein de la nation entière génère automatiquement des éléments favorables au sein de l'armée. Cependant, une prudence extrême est de mise : en temps de paix, toute activité organisationnelle ou propagande directe à l'intérieur de l'armée doit être abandonnée pour ne pas éveiller les soupçons et provoquer l'élimination des éléments actifs par la répression bolchevique. L'activité directe ne doit être lancée qu'au moment d'un soulèvement général.
- La stratégie préconisée est double. D'une part, en période normale, les révolutionnaires conscients servant dans l'armée doivent se limiter à l'étude de leur environnement et à la préparation en vue de tâches futures. D'autre part, un travail de fond doit être mené en permanence en dehors de l'armée pour répandre la conscience et la formation révolutionnaires anti-bolcheviques parmi les futurs et actuels soldats. Cette approche vise à créer un réservoir de sympathisants prêts à agir lorsque les conditions seront mûres, tout en préservant la sécurité de l'organisation clandestine.
Les masses réprimées et les tactiques de la lutte révolutionnaire
Lorsqu'on considère les éléments qui ont les qualifications pour faire partie des forces actives de la révolution de libération, nous devons aussi mentionner les grandes masses de prisonniers politiques, d'exilés et d'autres personnes réprimées politiquement.
- Le document identifie les prisonniers politiques, les exilés et les personnes réprimées comme un potentiel révolutionnaire immense et déjà moralement et politiquement mobilisé. Le défi principal n'est pas de les convaincre, mais de les libérer physiquement pour qu'ils puissent rejoindre la lutte active. Le plan prévoit deux axes : premièrement, lors d'opérations de combat ou d'insurrections, les premières actions doivent inclure la libération des détenus des prisons, camps de concentration et camps de travail forcé. Deuxièmement, une planification stratégique plus large doit inclure la création de départements spéciaux pour assurer la communication, la libération, l'assistance et le ravitaillement de ces personnes dans des régions éloignées.
- Le texte détaille trois tactiques fondamentales de la lutte de libération ukrainienne : clandestine, de guérilla et d'insurrection, avec des formes combinées (clandestino-guérilla, clandestino-insurrectionnelle). La tactique clandestine implique que toute l'organisation et ses activités internes restent cachées, seules ses actions directes (sabotage, terrorisme, publications, tracts) étant visibles. La guérilla, caractérisée par des unités mobiles sans base permanente, peut infliger des coups sévères mais ne mène pas à une solution finale. L'insurrection, forme ultime, vise à la formation de grandes unités militaires et à la conquête et au contrôle durable d'un territoire, marquant le passage à la construction étatique.
Les phases de la lutte révolutionnaire et les forces actives
Dans le développement global du processus révolutionnaire, nous avons distingué deux phases-périodes principales. La première période de lutte révolutionnaire prolongée englobe toutes les étapes précédentes et continue jusqu'au moment du soulèvement décisif de toute la nation.
- La première phase, de lutte prolongée, a pour objectifs principaux de préparer la nation entière au soulèvement final, de défendre les valeurs nationales contre l'offensive bolchevique, et d'arracher des concessions à l'ennemi pour améliorer les conditions de vie. Cette phase utilise successivement ou alternativement les formes clandestines, de guérilla et d'insurrection, en fonction du contexte international et interne, souvent défavorable.
- Les forces actives dans cette phase sont structurées en cercles concentriques. Au centre se trouve l'Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN), force principale inspiratrice et dirigeante, et son bras armé, l'Armée Insurgée Ukrainienne (UPA). Le deuxième cercle est constitué des sympathisants et collaborateurs actifs de l'OUN. Le troisième cercle comprend la partie de la population agissant sous l'influence idéologique de l'OUN sans lien technique direct. Enfin, le quatrième cercle, le plus large, est formé des masses imprégnées de sentiments nationalistes qui pratiquent une résistance passive et un sabotage silencieux du système, constituant un immense potentiel en attente de mobilisation.
Bilan et méthodes adaptées à la situation post-soviétique
Le deuxième succès, d'une importance fondamentale et durable, est la rupture de l'influence paralysante du système terroriste bolchevique.
- Le bilan de la lutte jusqu'alors met en avant deux succès majeurs. Premièrement, les idées du nationalisme révolutionnaire ukrainien se sont largement répandues et enracinées dans toutes les terres ukrainiennes et à travers l'URSS, faisant de l'OUN une force reconnue et influente. Deuxièmement, la lutte a prouvé la possibilité de résister avec succès à la terreur bolchevique, brisant son effet paralysant sur la psychologie des masses. Les actions héroïques des nationalistes dans les camps de concentration sont citées comme une brèche sans précédent dans ce système.
- Pour la période contemporaine (post-soviétique dans le contexte du texte), de nouvelles méthodes de travail politique et propagandiste sont préconisées. Il s'agit d'exploiter habilement les mouvements et campagnes initiés par le régime bolchevique lui-même (changements de méthodes, purges, critiques internes) pour en révéler les véritables buts, les échecs cachés ou les concessions arrachées par la pression populaire. L'objectif est de pratiquer un travail subversif implicite en se servant des faiblesses et contradictions exposées par la propagande soviétique elle-même, pour répandre des sentiments anti-bolcheviques.
Scénarios pour un soulèvement révolutionnaire général
Nous pouvons envisager quatre types de situation dans lesquelles une lutte révolutionnaire générale dans les formes les plus larges et les plus ouvertes d'insurrection peut être réaliste et réussie.
- Le document énumère quatre situations catalyseurs potentielles pour un soulèvement général réussi : 1) Une guerre entre l'URSS et d'autres États créant une crise pour les bolcheviks. 2) La massification des actions révolutionnaires clandestines et l'élévation du sentiment révolutionnaire à son paroxysme, combinées à une tension interne dans l'URSS. 3) L'éclatement d'une révolution anti-bolchevique à grande échelle dans d'autres pays sous domination soviétique. 4) Une crise majeure et une désintégration au sein du régime bolchevique lui-même. La deuxième situation est considérée comme la plus réaliste car elle est la plus influençable par les activités propres du mouvement.
- Le déroulement d'une rupture révolutionnaire générale peut suivre deux schémas. Dans un contexte militaire, la lutte armée à grande échelle est immédiatement dominante. Dans un contexte non-militaire (période de paix troublée), la phase initiale privilégie les actions socio-politiques de masse (manifestations, grèves), qui, en s'aggravant, débouchent sur la lutte armée initiée par les unités militaires clandestines. Le facteur psychologique est crucial : il faut créer un état d'exaltation expansive parmi les masses, que l'organisation révolutionnaire doit ensuite canaliser et diriger vers une lutte planifiée pour éviter un chaos exploitable par l'ennemi.
Relations avec les autres peuples et traitement des Muscovites
Les principes des relations avec les forces révolutionnaires et de libération d'autres nations dans une action particulière doivent correspondre aux directives politiques générales.
- Le texte établit des principes stricts pour les relations avec les forces de libération d'autres nations. Trois catégories sont définies : 1) Les relations entre peuples voisins, où la lutte anti-bolchevique commune et le soutien mutuel doivent primer sur tous les différends. 2) Les relations entre forces de différentes nations agissant sur un territoire étranger, basées sur l'égalité, l'indépendance et la coopération étroite. 3) Les relations entre forces d'un pays hôte et des forces alliées opérant sur son territoire, où le pays hôte a le dernier mot sur les opérations, tandis que les alliés conservent une autonomie interne complète.
- L'attitude envers les Russes ("Muscovites") pendant la révolution est catégorisée. La première catégorie comprend les Russes résidant en Ukraine et loyaux à l'État ukrainien et à sa lutte, qui doivent jouir de l'égalité des droits. La deuxième catégorie regroupe les soldats de l'armée soviétique non hostiles, qu'il faut aider à former des unités anti-bolcheviques devant quitter l'Ukraine. La troisième catégorie inclut tous les Russes actifs ou potentiellement ennemis de l'État ukrainien, qui doivent être "détruits et neutralisés" ou expulsés d'Ukraine pour ne pas alourdir l'effort de guerre.
La vision géopolitique de Stepan Bandera : le point de convergence
Car la lutte de libération nationale de ces peuples est 'le point le plus faible, le plus vulnérable de Moscou bolchevique'. Et c'est à ce point que les chemins des peuples libres et des peuples asservis cherchant la liberté peuvent 'converger'.
- Dans un article de 1959, Stepan Bandera analyse la relation entre le mouvement de libération ukrainien et les puissances occidentales. Il critique sévèrement les cercles politiques ukrainiens qui placent tous leurs espoirs dans une intervention extérieure, considérant que la libération par des forces étrangères ne confère pas une véritable indépendance. Il affirme que la condition préalable pour utiliser une aide extérieure est l'existence d'une force propre et d'une lutte autonome. Une nation ne peut être un partenaire que si elle représente une force distinctive et efficace.
- Bandera argue que pour l'Occident, la cause des peuples asservis ne peut être qu'un moyen auxiliaire dans ses plans, et non un but en soi. Par conséquent, la politique ukrainienne indépendante ne doit pas avoir pour objectif suprême de se "greffer" aux plans occidentaux, mais de développer sa propre capacité d'action. Il prédit que plus le conflit entre les blocs s'intensifiera, plus la lutte anti-bolchevique des peuples asservis deviendra importante aux yeux de l'Occident, car elle constitue le point le plus vulnérable de l'empire soviétique.
Analyse de la Guerre Froide et de la menace nucléaire
Ainsi, au lieu d'une coexistence pacifique, une coexistence armée se stabilise. Elle a en réalité existé depuis le début.
- Bandera analyse la Guerre Froide comme une "coexistence armée" permanente, résultat de la nature expansionniste inchangée de l'impérialisme moscovite. Il critique l'illusion occidentale d'une coexistence pacifique, qui selon lui équivaut à des concessions constantes et à une capitulation face à l'offensive bolchevique. L'alternative réelle est entre la guerre froide et une guerre chaude. Il appelle l'Occident à passer de la défensive à l'offensive dans la Guerre Froide, en exploitant les faiblesses internes de l'URSS, notamment les luttes de libération nationale.
- Face aux tensions de Berlin (1959) et à la peur d'une guerre nucléaire, Bandera dénonce les sentiments défaitistes en Occident qui préconisent la capitulation par crainte d'un conflit atomique. Il attribue cette faiblesse à la stratégie militaire occidentale excessivement centrée sur la dissuasion nucléaire, au détriment de forces conventionnelles solides. Il argue que dans un équilibre de la terreur nucléaire, les armes lourdes deviennent une ultime réserve, et que la thèse selon laquelle tout conflit dégénérerait automatiquement en guerre nucléaire est dépassée et affaiblit la détermination occidentale. Il appelle les Européens à se doter d'armées de terre puissantes.
L'organisation, les liaisons et les objectifs de l'OUN (Interview)
Le lien entre la patrie et l'étranger est une des tâches les plus difficiles que l'Organisation doit remplir dans sa lutte révolutionnaire et ses activités clandestines contre le bolchevisme.
- Dans une interview radiophonique, Bandera décrit le fonctionnement de l'OUN. L'organisation agit à la fois en Ukraine et dans l'émigration. La liaison entre les deux parties, vitale, est maintenue par un système de courriers ("liaison vivante") qui traversent le "rideau de fer". Ces groupes armés, composés des meilleurs membres, parcourent plus de mille kilomètres à travers des territoires truffés d'obstacles (zones frontalières minées, clôtures électrifiées, troupes nombreuses). Les pertes sont énormes, environ la moitié des courriers étant tués, mais les liaisons brisées sont sans cesse rétablies.
- Bandera expose les objectifs de Moscou : détruire l'originalité du peuple ukrainien pour le fondre dans un "peuple soviétique" russifié. Pour ce faire, le régime utilise à la fois la terreur (famine, déportations) et, plus récemment, une tactique de séduction visant à associer l'Ukraine à l'impérialisme soviétique (propagande sur la "grandeur" ukrainienne, nomination de cadres ukrainiens loyalistes). Il dénonce particulièrement la politique de déplacement de la jeunesse ukrainienne vers l'Asie soviétique sous couvert de mise en valeur des terres vierges, qu'il interprète comme une tentative de réduire le potentiel démographique et la résistance nationale de l'Ukraine.
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La lutte de libération nationale ukrainienne contre le bolchevisme moscovite
Les objectifs politiques et l'idéologie de l'OUN
Les buts les plus importants de cette lutte sont : 1. la destruction du pouvoir bolchevique ; 2. le retrait de l'Ukraine de l'URSS et l'élimination de l'Empire russe en général ; 3. L'élimination du communisme, du système et du régime communiste ; 4. le rétablissement d'un État ukrainien indépendant dans les frontières ethnographiques nationales avec un système de gouvernement démocratique.
- Dans cet entretien, Stepan Bandera, chef de l'Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN), définit les quatre piliers de la lutte de libération. Il s'agit d'un rejet total et simultané du bolchevisme en tant qu'idéologie et système politique, et de l'impérialisme russe en tant que structure étatique. L'objectif ultime est la création d'un État-nation ukrainien indépendant, démocratique et socialement juste, garantissant les libertés individuelles et collectives. Cette vision s'inscrit dans une opposition frontale à ce que Bandera appelle le « bolchevisme moscovite », présenté comme la forme contemporaine de l'impérialisme russe traditionnel, asservissant les peuples non russes de l'URSS.
- Bandera prend soin de distinguer le nationalisme ukrainien des concepts occidentaux de fascisme ou de nazisme. Il le définit comme un patriotisme démocratique, luttant contre l'impérialisme, le totalitarisme, le racisme et toute dictature. Le « nationaliste ukrainien » est ainsi un patriote prêt au sacrifice suprême pour la liberté de son peuple. Cette distinction est cruciale pour la communication de l'OUN avec le monde libre, cherchant à se positionner comme un mouvement légitime de libération nationale et non comme une idéologie extrémiste. L'idée centrale est l'opposition à l'« internationalisme bolchevique » par l'affirmation du droit à l'indépendance et au développement libre de chaque nation.
Les formes de la lutte : de la guérilla à l'underground politique
La lutte révolutionnaire anti-bolchevique du peuple ukrainien se poursuit sous la forme de l'underground politique. La tâche de l'underground est de transformer la haine latente existante de l'impérialisme russo-bolchevique... en résistance active contre Moscou.
- Bandera décrit l'évolution tactique de la lutte de libération. Pendant la Seconde Guerre mondiale et les premières années d'après-guerre, elle a pris la forme d'une guerre de guérilla massive menée par l'Armée Insurgée Ukrainienne (UPA), impliquant de larges franges de la population. À partir d'environ 1949, les activités militaires directes ont diminué, mais les cadres de l'UPA ont été conservés comme noyau pour des opérations futures. La lutte s'est alors transformée en un « underground politique », visant à organiser une résistance civile et idéologique sourde mais constante au sein de la population.
- Cette résistance souterraine, bien que moins spectaculaire que la guérilla, est décrite comme ayant un impact profond. Elle mobilise les sentiments révolutionnaires, dirige une résistance cachée dans divers domaines (culturel, social, économique) et force même le régime bolchevique à faire des concessions conscientes en faveur de l'Ukraine. L'objectif est de maintenir la flamme de l'indépendance et de préparer le terrain pour un soulèvement futur lorsque les circonstances internationales le permettront. La persistance de cette lutte, malgré une répression féroce, est présentée comme la preuve de sa vitalité et de son ancrage populaire.
La critique de la politique occidentale et l'appel à l'unité
L'attitude indifférente, et parfois même hostile, des politiques des grandes puissances occidentales envers la cause ukrainienne est une conséquence des erreurs fondamentales de ces politiques envers Moscou.
- Dans son discours de 1954, Bandera livre une analyse sévère de la politique des puissances occidentales, notamment des États-Unis. Il accuse l'Ouest de commettre une erreur stratégique en cherchant une coexistence pacifique avec l'URSS bolchevique, ce qui le conduit à négliger ou même à être hostile envers les mouvements de libération comme celui de l'Ukraine. Cette politique défensive et fragmentaire, selon lui, laisse l'initiative à Moscou et abandonne les peuples asservis à leur sort. Il critique également la distinction faite par certains cercles américains entre le bolchevisme et l'impérialisme russe, une vision qu'il juge irréaliste et dangereuse.
- Bandera appelle à la création d'un front uni contre le « bolchevisme moscovite ». Il présente la lutte ukrainienne comme une pièce maîtresse de ce front, car une Ukraine indépendante porterait un coup fatal au cœur de l'empire soviétique. Il plaide pour que le monde libre reconnaisse et soutienne activement les mouvements de libération des peuples asservis, non seulement par idéalisme mais aussi par intérêt stratégique. Il mentionne l'existence de l'Anti-Bolshevik Bloc of Nations (ABN), une coalition de mouvements de libération de diverses nations (Géorgiens, Baltes, peuples du Caucase, etc.), comme preuve de l'existence d'un front commun qui mérite le soutien de l'Ouest.
L'analyse de la menace soviétique et la préparation à la guerre
Aujourd'hui, l'URSS a plusieurs fois plus de divisions prêtes à la guerre que toutes les puissances occidentales réunies... elle constitue une menace directe même pour le territoire américain.
- Bandera dresse un tableau alarmant de la montée en puissance militaire de l'URSS après la Seconde Guerre mondiale. Il souligne l'expansion rapide de l'armée soviétique, sa flotte aérienne et sous-marine, son acquisition d'armes atomiques et thermonucléaires, et le développement d'une économie entièrement tournée vers l'effort de guerre. Il accuse la politique d'alliance et d'apaisement de l'Ouest d'avoir permis cette consolidation du pouvoir soviétique et son expansion en Europe centrale et en Asie (notamment via le soutien à l'agression communiste en Chine).
- Il affirme que l'URSS prépare activement une guerre d'agression, ne déclenchant pas un conflit ouvert tant qu'elle peut avancer ses pions par des moyens subversifs (« guerre tranquille »). Les signes de cette préparation incluent la mobilisation psychologique de la population sous le slogan de la « paix », l'entraînement militaire intensif de la jeunesse, et le développement d'infrastructures militaires offensives aux frontières. Pour Bandera, une guerre entre l'URSS et les États-Unis est inévitable, et sa date dépendra de l'efficacité de la résistance occidentale aux avancées soviétiques par d'autres moyens.
Le bilan et l'héritage de l'OUN après 25 ans de lutte
Sans ces grands et lourds sacrifices, l'OUN n'aurait pas pu aller aussi loin et donner une telle orientation à cette période de la lutte de libération.
- À l'occasion du 25ème anniversaire de l'OUN en 1969, Bandera fait le bilan d'un quart de siècle de lutte. Il reconnaît que le combat est loin d'être terminé et se trouve dans une phase prolongée, dépendante de l'évolution de la situation mondiale. Il rend un hommage appuyé aux sacrifices immenses des militants, dont le sang a, selon lui, sanctifié la justesse de la cause et démontré la viabilité de la voie révolutionnaire comme la seule possible pour atteindre l'indépendance dans le contexte ukrainien.
- Il retrace la généalogie du mouvement, issu de l'Organisation Militaire Ukrainienne (UVO) et fondé officiellement lors du Premier Congrès des Nationalistes Ukrainiens sous l'égide de la figure tutélaire du colonel Ievhen Konovalets. Bandera souligne les épreuves traversées : la lutte sur deux fronts contre l'Allemagne nazie et l'URSS pendant la guerre, la proclamation de l'État ukrainien en 1941, et surtout la capacité à maintenir la lutte clandestine après la guerre dans un isolement international complet, sous la direction du général Roman Shukhevych (Tchouprynka). Cette persistance face à une répression totale est présentée comme le plus grand succès et la preuve de la justesse des principes nationalistes révolutionnaires.
Ievhen Konovalets : figure fondatrice et martyr de la cause
Le colonel Konovalets, en tant que leader de la lutte révolutionnaire contre les occupants des terres ukrainiennes... était aussi exposé aux actions destructrices de l'ennemi que les combattants clandestins, et en tenait toujours compte dans son travail.
- Le discours sur la tombe de Konovalets en 1958 érige le fondateur de l'OUN en figure héroïque et martyr. Bandera présente sa vie comme entièrement dédiée à la lutte pour la liberté de l'Ukraine et à l'instauration d'idéaux chrétiens de justice. Son assassinat par un agent du NKVD en 1938 est décrit comme une tentative de Moscou de décapiter le mouvement nationaliste, tentative qui a échoué car l'idée et l'organisation lui ont survécu.
- Bandera attribue à Konovalets le mérite d'avoir préparé l'OUN à poursuivre la lutte après sa mort, en inculquant ses idées et principes à l'ensemble de l'organisation. Il établit une ligne de continuité directe entre la direction de Konovalets, les actions de l'OUN-UPA pendant la guerre, et la lutte clandestine d'après-guerre. La mémoire de Konovalets est ainsi liée à la pérennité de la cause, et son héritage est invoqué pour renforcer la foi et la détermination des militants dans les épreuves les plus difficiles.
L'interview de 1950 : structure, forces et relations internationales
La force de l'OUN ne se mesure pas au nombre de ses membres organisés. Elle réside dans le fait que nous mobilisons, organisons et dirigeons les aspirations indépendantistes et la mentalité anti-bolchevique de tout le peuple ukrainien vers la lutte.
- Lors de son interview secrète avec des journalistes étrangers en 1950, Bandera détaille l'organisation du mouvement. Il explique la structure duale : l'OUN en tant qu'organisation politique et révolutionnaire de direction, et l'Armée Insurgée Ukrainienne (UPA) en tant que branche militaire, toutes deux coopérant étroitement sous l'égide du Conseil Suprême de Libération Ukrainienne (UHVR). Il affirme que la majorité du peuple ukrainien soutient la lutte, estimant que la moitié des 45 millions d'Ukrainiens sont prêts à y participer activement.
- Bandera révèle des détails opérationnels : l'UPA, forte selon les estimations ennemies de 200 000 hommes à son apogée, opère désormais en unités plus petites ; elle s'approvisionne en armes auprès de l'ennemi ; elle mène des actions de propagande au sein de l'Armée Rouge. Il nie tout soutien ou coopération officielle avec les services de renseignement américains (CIA) ou britanniques (SIS), dénonçant au contraire les imposteurs et la surveillance hostile. Il réitère que la libération ne viendra que de la lutte interne, une guerre extérieure ne pouvant être qu'un catalyseur favorable.
La vision géopolitique : l'ABN et les erreurs à éviter
Le concept de contrer le système bolchevique par des méthodes légales, des élections parlementaires... a causé beaucoup de tort au front anti-bolchevique.
- En conclusion de son interview, Bandera énonce une critique stratégique cinglante des approches occidentales. Il rejette catégoriquement trois concepts : 1) La distinction entre bolchevisme et impérialisme russe, qu'il considère comme indissociables. 2) Le soutien au « titisme » (communisme national), un « cheval de Troie » qui finira par se rallier à Moscou. 3) La promotion de méthodes légales et parlementaires pour lutter contre un régime totalitaire, une voie qu'il juge suicidaire et ayant causé la démobilisation des forces anti-soviétiques dans les pays satellites.
- Il présente l'Anti-Bolshevik Bloc of Nations (ABN) comme la seule alternative viable, unissant les mouvements révolutionnaires de libération de plus de quinze peuples asservis (des Baltes aux peuples du Caucase et d'Asie centrale) sur le principe d'États-nations indépendants dans leurs frontières ethnographiques. Il explique l'absence des Polonais par leurs revendications impérialistes sur les terres ukrainiennes et biélorusses. L'appel final est un plaidoyer pour que l'Ouest reconnaisse et s'allie à ces forces révolutionnaires, les seules capables de frapper l'URSS à sa base même et de défendre les idéaux universels de liberté.
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