The Postwar Economic Order Albert O Hirschman
Pages 1-291 (partie 1)
Albert O. Hirschman et la reconstruction économique de l'après-guerre
Introduction à Hirschman et son contexte
Albert Hirschman est largement reconnu comme un père fondateur de l'économie du développement et l'un des plus importants et influents scientifiques sociaux du vingtième siècle.
- Ce chapitre introductif présente Albert O. Hirschman et situe son travail à la Réserve fédérale américaine (1946-1952) dans le contexte plus large de sa carrière. Né à Berlin en 1915, Hirschman, un intellectuel juif antifasciste, fuit l'Allemagne nazie, combat en Espagne et en France, et s'installe finalement aux États-Unis. Son expertise précoce sur les économies française et italienne, acquise dans les années 1930, le conduit à être embauché par Alexander Gerschenkron à la Fed, malgré des soupçons du FBI liés à son passé militant. Cette période à Washington, souvent négligée par les chercheurs, est pourtant cruciale car elle le place au cœur des débats sur la reconstruction européenne et jette les bases de sa future méthodologie distinctive en économie du développement.
- Les éditeurs du volume, Michele Alacevich et Pier Francesco Asso, expliquent la nature des textes rassemblés : il s'agit de rapports confidentiels ou restreints rédigés par Hirschman pour la Review of Foreign Developments de la Fed. Ils ont pris soin de préserver le style, la ponctuation et les références parfois erronées de l'auteur, en indiquant leurs propres corrections entre crochets. Cette collection vise à combler une lacune dans la compréhension de l'évolution intellectuelle de Hirschman et à offrir un aperçu de première main des défis économiques de l'immédiat après-guerre.
Les défis macroéconomiques de la reconstruction : France et Italie
Il est certainement curieux de remarquer comment la politique 'orthodoxe' d'Einaudi a en réalité conduit à plus d'intervention et de contrôle de l'État sur la vie économique italienne.
- Hirschman analyse les trajectoires contrastées de la France et de l'Italie. En France, le Plan Monnet (1946) suscite un consensus politique rare, offrant une direction nationale. Cependant, Hirschman critique les politiques économiques françaises pour leur manque de cohérence, notamment une dévaluation différentielle unilatérale et mal expliquée en 1948 qui complique le système de taux de change multiples et mécontente le FMI. La France souffre simultanément d'inflation, d'expansion monétaire et d'une pénurie de crédit, ce qui force un ralentissement des investissements du Plan Monnet.
- À l'inverse, Hirschman salue l'« inventivité remarquable » des politiques italiennes. Il examine en détail le « système des 50% », un mécanisme ingénieux de contrôle des changes qui permet aux exportateurs de conserver ou de vendre la moitié de leurs recettes en devises fortes pour financer des importations sous licence. Ce système offre une flexibilité cruciale dans un contexte de prix volatils. Hirschman analyse également la politique de restriction du crédit et de déflation menée par Luigi Einaudi en 1947, un mélange de mesures orthodoxes et expansionnistes qui, paradoxalement, accroît l'intervention de l'État tout en stabilisant la monnaie et en exposant les malajustements industriels cachés par l'inflation.
La pénurie de dollars et le débat économique
La vérité est que les écrivains allemands prenaient un certain plaisir à montrer que les pays industriels creusaient leur propre tombe en exportant des machines et des techniques industrielles.
- Ce chapitre explore le problème central de la « pénurie de dollars » qui paralyse la reconstruction européenne au printemps 1947. Hirschman résume les débats académiques et politiques virulents de l'époque. D'un côté, des économistes comme Charles Kindleberger voient la pénurie comme un problème structurel lié à la supériorité technique américaine, nécessitant des prêts à long terme et une réorganisation industrielle. De l'autre, des figures comme Fritz Machlup et Roy Harrod rejettent le concept même de pénurie de dollars, l'attribuant à des taux de change inadaptés ou à un excès d'investissement domestique.
- Hirschman propose une analyse nuancée. Il reconnaît que les explications monétaires (ajustement des taux de change) prévalent car elles offrent une solution plus simple que les réformes structurelles. Cependant, il soutient que les déséquilibres présents peuvent paradoxalement offrir une opportunité politique pour mener des réformes structurelles difficiles. Il affine également l'analyse de la relation entre inflation et déficit de la balance des paiements, montrant qu'elle est bidirectionnelle : l'inflation cause des déficits, mais les aides étrangères destinées à la reconstruction peuvent aussi avoir des effets inflationnistes à court terme en créant des goulots d'étranglement et en stimulant la spéculation.
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