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Vies des douze Césars, Suétone C. J. César (1/12)

Chaîne : Sergius Magnus · Voir la vidéo source ↗

La vie et la carrière de Jules César, de ses débuts à son assassinat

Jeunesse et premiers périls sous la dictature de Sylla

Et bien vous l'emportez. Soyez satisfaits. Mais sachez que celui dont la vie vous est si cher écrasera un jour le parti aristocratique que nous avons défendu ensemble. car il y a dans César plus qu'un Marius.
  • La jeunesse de César est marquée par un conflit précoce avec le pouvoir établi. À seize ans, il perd son père et est désigné prêtre de Jupiter. Son premier mariage avec Cornélie, fille du consul Cinna, le lie à la faction populaire, ce qui lui vaut l'hostilité du dictateur Sylla. Ce dernier tente en vain de le forcer à répudier son épouse, puis le prive de son sacerdoce, de l'héritage de sa femme et le proscrit. César est contraint de se cacher, changeant de refuge chaque nuit et rachetant sa vie à prix d'argent. Ce n'est qu'après de nombreuses supplications des Vestales et de ses proches que Sylla finit par lui accorder son pardon, non sans avoir prophétisé que ce jeune homme, en qui il voyait « plus d'un Marius », détruirait un jour le parti aristocratique. Cet épisode fondateur révèle déjà l'opiniâtreté de César et la crainte qu'il inspire aux tenants de l'ordre ancien, posant les bases de son futur conflit avec le Sénat.
  • Ses premières expériences militaires en Asie sont ternies par des rumeurs persistantes sur sa conduite. Accompagnant le préteur Thermus, il séjourne chez le roi Nicomède de Bithynie, ce qui donne lieu à des accusations de relations homosexuelles, une calomnie qui le poursuivra toute sa vie et sera un thème récurrent des attaques de ses ennemis. Cependant, il se distingue militairement au siège de Mytilène, où il reçoit la couronne civique, première récompense d'une longue série. Son retour précipité à Rome à la mort de Sylla montre son ambition et son désir de se placer au cœur de la vie politique, bien qu'il refuse de s'associer aux projets séditieux du consul Lépide, dont il ne truste pas le caractère.
  • L'épisode de sa capture par des pirates près de l'île de Pharmacuse illustre son audace et son sens de la dignité. Détenu quarante jours, il se comporte avec une arrogance qui stupéfie ses ravisseurs, promettant même de les faire crucifier. Une fois sa rançon payée, il tient parole : il lève une flotte, les capture et les fait exécuter après les avoir fait étrangler par humanité. Cet acte, mêlant fermeté, rapidité d'exécution et une certaine clémence relative, préfigure sa future manière de gouverner. Il démontre également sa capacité à mobiliser des ressources et à agir avec une détermination implacable pour venger un affront personnel, une caractéristique qui définira sa conduite politique.

Ascension politique : de la questure au pontificat suprême

Par sa mère, ma tante Julie est issue des rois. Parle se rattache au dieu immortel. En effet, Doncus Marcus descendait les Marquis Regut celui de sa mère de Vénus descendant les Jules dans la race et la nôtre. On voit donc uni dans notre famille et la majesté des rois qui sont les maîtres des hommes et la sainteté des dieux qui sont les maîtres des rois.
  • De retour à Rome, César entame son cursus honorum avec une habileté consommée. Élu tribun militaire, il œuvre immédiatement à restaurer les pouvoirs de la plèbe, amoindris par Sylla, et soutient le rappel des partisans de Lépide. Questeur, il prononce l'éloge funèbre de sa tante Julie et de son épouse Cornélie, un discours où il affirme avec audace la double origine divine (par Vénus) et royale de la famille Julia. Cette revendication d'une ascendance héroïque n'est pas une simple vantardise ; elle constitue un pilier de sa propagande personnelle, le plaçant au-dessus du commun des mortels et justifiant ses ambitions démesurées. Son séjour en Espagne ultérieure comme questeur est marqué par un événement révélateur : devant une statue d'Alexandre le Grand à Cadix, il soupire, déplorant de n'avoir encore rien accompli de mémorable au même âge où le Macédonien avait déjà conquis le monde. Ce moment d'introspection, renforcé par l'interprétation d'un songe promettant l'empire du monde, cristallise sa soif de gloire et le pousse à retourner à Rome pour y chercher de plus grandes destinées.
  • Son édilité (65 av. J.-C.) est un chef-d'œuvre de populisme et de mise en scène politique. Il organise des jeux somptueux, orne la ville de monuments et d'expositions, accaparant toute la popularité au détriment de son collègue Bibulus, qui se plaint amèrement. Ces dépenses faramineuses, financées par l'emprunt, le couvrent de dettes mais lui assurent l'affection de la plèbe. Il commémore aussi la mémoire de son oncle Marius, réhabilitant ainsi la faction populaire et défiant ouvertement l'aristocratie syllanienne. Sa tentative de se faire attribuer un commandement extraordinaire en Égypte échoue, mais il riposte en ranimant le culte de Marius et en permettant des poursuites contre ceux qui avaient profité des proscriptions, consolidant son image de champion du peuple contre l'oligarchie sénatoriale.
  • L'apogée de cette phase est son élection au pontificat suprême en 63 av. J.-C., malgré des concurrents plus âgés et plus prestigieux. Conscient du risque financier, il aurait dit à sa mère en partant pour l'assemblée électorale qu'il ne reviendrait que pontife ou en exil. Sa victoire, obtenue par une corruption massive, lui confère une autorité religieuse immense et un prestige inattaquable. Peu après, comme préteur, il se distingue lors du débat sur le châtiment des complices de Catilina. Contre l'avis quasi unanime du Sénat qui prône la mort, César propose la détention perpétuelle, manœuvre habile qui lui permet de se poser en défenseur de la légalité et de la modération, tout en s'attirant les foudres des conservateurs. Son obstination faillit lui coûter la vie, menacé par des chevaliers en armes, et ne fut sauvé que par l'intervention de quelques sénateurs. Cet épisode montre son courage physique et son talent à manipuler les débats pour se positionner en alternative au régime en place.

Le consulat et la formation du premier triumvirat

On fit aussi courir les vers suivants. Certains événements a eu lieu récemment, non point sous Bibilus, mais sous César, car je ne me souviens pas que rien soit arrivé sous le consulat de Bibulus.
  • L'année 59 av. J.-C., son consulat, est une révolution. Face à l'opposition systématique de son collègue Bibulus et du Sénat, César agit avec une brutalité et une illégalité flagrantes. Il fait publier les actes du Sénat, rendant la politique transparente pour le peuple. Sa loi agraire, destinée à distribuer des terres aux vétérans et aux pauvres, est passée en force après avoir chassé Bibulus du Forum à main armée. Ce dernier, réduit à l'impuissance, se retire chez lui et ne gouverne plus que par édits, donnant lieu à la plaisanterie célèbre sur le « consulat de Jules et César ». César gouverne seul, cumulant les pouvoirs et usant de l'intimidation : Caton est traîné hors du Sénat, Lucullus contraint de s'agenouiller, Cicéron menacé par le transfert de son ennemi Clodius à la plèbe. Ces actions démontrent sa volonté de briser toutes les résistances par tous les moyens, légaux ou non, établissant un précédent de gouvernement autocratique.
  • Pour consolider sa position, César scelle une alliance décisive avec les deux hommes les plus puissants de Rome : Pompée et Crassus. C'est le premier triumvirat, accord privé (« rien ne se fera dans l'État qui déplaise à l'un des trois ») qui contourne les institutions. Il marie sa fille Julie à Pompée et épouse Calpurnia, fille du futur consul Pison. Cette toile d'alliances lui assure le soutien militaire de Pompée et les immenses richesses de Crassus. Grâce à ce réseau, il obtient après son consulat le gouvernement de la Gaule cisalpine et de l'Illyrie par la loi Vatinia, puis celui de la Gaule chevelue par le Sénat, terrifié à l'idée que le peuple lui accorde encore plus. Ces provinces lui offrent un vaste champ d'opérations militaires et la possibilité de se forger une armée personnelle et dévouée, base de son futur pouvoir.
  • Avant de partir, il doit parer à des tentatives de mise en accusation. Il obtient l'immunité judiciaire pendant son mandat et s'emploie systématiquement à s'attacher les magistrats en place par des services et des prêts, allant jusqu'à exiger des serments écrits de leur loyauté. Cette stratégie de corruption institutionnalisée vise à créer un État dans l'État, une clientèle politique inébranlable. Pour sécuriser son avenir, il convoque Pompée et Crassus à Lucques en 56 av. J.-C. et obtient le renouvellement de son commandement pour cinq ans et leur promet son soutien pour un nouveau consulat. Dès lors, en Gaule, il lève à ses frais des légions supplémentaires, dont une composée de Gaulois (la légion Alauda), qu'il équipe et discipline à la romaine, créant une armée privée dont la loyauté va à sa personne avant la République.

La conquête des Gaules et la préparation de la guerre civile

Il est le premier qui après avoir jeté un pont sur le rein et attaquer les Germains au-delà de ce fleuve et qui est remporter sur eux de grands avantages.
  • Les neuf années de la guerre des Gaules (58-50 av. J.-C.) sont le creuset de la puissance de César. Il soumet un territoire immense, des Pyrénées au Rhin, imposant un tribut annuel de 40 millions de sesterces. Ses exploits sont légendaires : premier Romain à franchir le Rhin sur un pont de son invention, première expédition en Bretagne (Grande-Bretagne). Ces campagnes, souvent lancées contre des peuples alliés ou neutres sous des prétextes fragiles, lui apportent une gloire militaire incomparable, un immense butin pour récompenser ses soldats et soudoyer Rome, et une armée de vétérans aguerris et fanatiquement dévoués à leur chef. Malgré quelques revers (tempête en Bretagne, défaite de Sabinus), le Sénat lui vote des actions de grâces sans précédent.
  • Pendant ce temps, à Rome, il use de sa richesse pour entretenir son influence. Il commence la construction d'un forum monumental, promet des jeux somptueux en mémoire de sa fille Julie, double la solde de ses légions et distribue des cadeaux somptueux à tous les niveaux de la société, des sénateurs aux esclaves. Il se constitue un réseau de clients à travers tout l'empire, offrant des captifs aux rois, envoyant des troupes aux provinces. Cette stratégie de clientélisme à l'échelle impériale fait de lui l'homme le plus puissant du monde romain, suscitant l'inquiétude de ses adversaires.
  • Cette inquiétude se transforme en hostilité ouverte. Le consul Marcellus propose de lui retirer son commandement avant son terme et de l'empêcher de se porter candidat au consulat in absentia. César résiste par l'intermédiaire des tribuns de la plèbe et tente des compromis, offrant de ne garder qu'une seule légion s'il peut conserver son droit à la candidature. Le Sénat, poussé par Caton qui jure de le poursuivre en justice dès son retour, refuse tout accord. Voyant que ses ennemis veulent le réduire à l'état de simple particulier pour le détruire politiquement et judiciairement, César, depuis Ravenne, se prépare à la guerre. Le prétexte sera la défense des tribuns de la plèbe (Antoine et Cassius) qui ont fui Rome après avoir opposé leur veto en sa faveur. Le fossé est désormais infranchissable entre lui et la légalité républicaine.

Le Rubicon et la guerre civile : la marche vers le pouvoir absolu

Allons, dit alors César, allons où nous appelons les prodiges des dieux et l'injustice de nos ennemis.
  • Le passage du Rubicon en janvier 49 av. J.-C. est l'acte fondateur de la guerre civile et le point de non-retour. Après une nuit d'hésitation et un prodige (un homme jouant d'une trompette guerrière traverse le fleuve), César franchit la frontière de sa province avec une seule légion, prononçant la célèbre phrase « Alea jacta est » (Le sort en est jeté). Cet acte de rébellion ouverte contre le Sénat est justifié par lui comme une défense de sa dignité (dignitas) et des droits des tribuns bafoués. Il harangue ses troupes, leur promettant monts et merveilles, et marche sur Rome, qu'il occupe sans résistance. Sa stratégie est claire : vaincre d'abord les légions pompéiennes en Espagne (« une armée sans général ») avant d'affronter Pompée lui-même (« un général sans armée ») en Grèce.
  • La guerre civile révèle ses qualités de stratège et de meneur d'hommes. Après avoir réduit Marseille et vaincu les lieutenants de Pompée en Espagne, il affronte ce dernier en Grèce. Bien que battu à Dyrrachium, il remporte la victoire décisive de Pharsale en 48 av. J.-C. Il poursuit Pompée en Égypte, où ce dernier est assassiné. César s'engage alors dans une guerre difficile à Alexandrie aux côtés de Cléopâtre, qu'il installe sur le trône. Il écrase ensuite rapidement Pharnace, fils de Mithridate, au Pont (« Veni, vidi, vici »), puis les derniers partisans pompéiens en Afrique (bataille de Thapsus) et en Espagne (bataille de Munda). Tout au long de ce conflit, il fait preuve d'une clémence calculée, épargnant ses adversaires vaincus (comme Brutus) pour se les rallier, une politique qui contraste avec sa détermination impitoyable sur le champ de bataille.
  • De retour à Rome, il célèbre cinq triomphes somptueux et comble de bienfaits la plèbe (distributions de blé, d'argent, remise de loyers) et ses vétérans (dons en argent et en terres). Il organise des jeux d'une ampleur inouïe, incluant des combats de gladiateurs, des naumachies et même une bataille rangée. Ces largesses ont pour but de sceller son pouvoir par la reconnaissance populaire. Parallèlement, il entreprend de profondes réformes : il corrige le calendrier (calendrier julien), augmente le nombre de magistrats, admet des provinciaux au Sénat, fonde des colonies pour réduire la plèbe urbaine et promulgue des lois somptuaires. Ces mesures, bien que souvent bénéfiques, sont imposées d'autorité et visent à réorganiser l'État autour de sa personne.

Le dictateur : pouvoir, démesure et mépris des traditions

Il disait que la République était un nom sans réalité, sans valeur que Sila ignorait jusqu'au principe de la science du gouvernement.
  • Le pouvoir de César devient de plus en plus monarchique et ouvertement méprisant envers les institutions. Il accumule les titres : dictateur perpétuel, père de la patrie, grand pontife, imperator. Il fait placer sa statue parmi celles des rois de Rome, accepte un siège d'or au Sénat et un char au cirque. Il nomme des magistrats à sa guise, parfois pour quelques heures, confie des légions à des affranchis et admet des Gaulois au Sénat, provoquant l'indignation des traditionalistes. Son mépris éclate lorsqu'il reçoit les sénateurs venus lui décerner de nouveaux honneurs sans daigner se lever, restant assis devant le temple de Vénus Génitrice. Cet affront symbolique, perçu comme intolérable, radicalise l'opposition contre lui.
  • La question de la royauté devient centrale. Plusieurs incidents (une couronne déposée sur sa statue, Antoine tentant de le couronner aux Lupercales) laissent croire qu'il aspire au titre de roi. Il refuse publiquement, mais ses actes et certaines rumeurs (comme celle d'un projet de transfert de la capitale à Alexandrie) alimentent les craintes. Un sénatus-consulte aurait même été préparé pour l'autoriser à épouser plusieurs femmes et à prendre le titre de roi hors d'Italie, afin de vaincre les Parthes, selon une prophétie. Ces rumeurs, vraies ou fausses, persuadent un groupe de sénateurs, dont d'anciens pardonnés comme Brutus, que la tyrannie est établie et que le seul remède est le tyrannicide.
  • Sa personnalité est dépeinte avec ses contradictions : d'une endurance physique et d'un courage légendaires sur le champ de bataille, il est aussi vaniteux (souffrant de sa calvitie qu'il dissimule), fastueux dans son train de vie, et d'une moralité sexuelle relâchée, entretenant de nombreuses liaisons, dont la plus célèbre est avec Cléopâtre dont il aurait eu un fils. En même temps, on le décrit comme sobre, clément envers ses ennemis vaincus (pratique politique autant que vertu), et d'une fidélité remarquable envers ses amis et clients. Cette complexité fait de lui un personnage à la fois admirable et détestable, dont l'ambition démesurée finit par aliéner jusqu'à ses partisans.

Les ides de Mars : conspiration, présages et assassinat

Oui, répondit l'angure. Elles passées.
  • Une conjuration d'une soixantaine de sénateurs, menée par Cassius et les deux Brutus (Marcus et Decimus), se forme. Leur motivation est de sauver la République d'une monarchie qu'ils jugent imminente. Le choix de l'assassiner dans la Curie de Pompée, lors d'une séance du Sénat aux Ides de Mars (15 mars 44 av. J.-C.), est symbolique : c'est tuer le tyran au cœur même de l'institution qu'il a méprisée. Dans les jours précédents, de nombreux présages sinistres sont rapportés : des oiseaux de mauvais augure, des songes prémonitoires de Calpurnia, le sacrifice d'une victime sans cœur. César, bien qu'averti par l'haruspice Spurinna et ayant reçu un billet dénonçant le complot, choisit de les ignorer, affichant une bravade fatale.
  • Le meurtre est d'une brutalité ritualisée. Cerné par les conjurés qui lui demandent une faveur, Casca porte le premier coup. César, le saisissant, le blesse avec son stylet, mais, submergé, il s'enveloppe la tête de sa toge et tombe au pied de la statue de Pompée, percé de vingt-trois coups de poignard. La tradition rapporte qu'en voyant Brutus parmi les assassins, il prononça en grec : « Kai su, teknon ? » (« Toi aussi, mon enfant ? »). Sa mort, loin de restaurer la liberté, plonge Rome dans un nouveau cycle de guerres civiles. Les conjurés, croyant agir pour la liberté, n'ont aucun plan pour le lendemain et sont rapidement marginalisés.
  • Les funérailles de César se transforment en apothéose populaire. Antoine, en lisant le testament (qui lègue des jardins au peuple et 300 sesterces par tête) et en montrant la toge ensanglantée, enflamme la foule. Le peuple improvise un bûcher au Forum et y jette tout ce qu'il trouve, créant une crémation quasi divine. Peu après, une comète (la « chevelue ») apparaît pendant des jeux, interprétée comme l'âme de César rejoignant les dieux. Le Sénat ratifie cette croyance en le divinisant officiellement. Ainsi, l'homme qui avait brisé la République devient Divus Iulius, un dieu de l'État romain, et son héritier Octavien pourra fonder le Principat sur son nom et son culte. La mort de César, loin de l'effacer, consacre son mythe et ouvre la voie à l'Empire.

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