Wider das Papsttum zu Rom vom Teufel gestiftet von Martin Luther
Pages 1-44 (partie 1)
"Contre la papauté romaine, fondée par le diable" : La réponse polémique de Martin Luther au pape Paul III et à l'échec du concile de Trente (1545)
Le déclencheur : les Brefs du pape Paul III et le concile de Trente manqué
Car je demande, pour l'amour de Dieu, si tu peux comprendre ou concevoir ce que peut être un concile, où l'abominable monstre de Rome, qui se nomme pape, se réserve le pouvoir d'anéantir, de changer et de réduire à rien tout ce qui y serait décidé.
- Luther ouvre son traité en répondant aux deux brefs que le pape Paul III (qu'il désigne ironiquement comme « le Très-Saint Père » ou « Sanct Paulus Tertius ») a adressés à l'empereur Charles Quint. Le pape s'y oppose à la convocation d'un concile par l'empereur, revendique le droit exclusif de le convoquer et de le présider, et refuse la tenue d'un concile en Allemagne. Le concile annoncé à Trente est dénoncé comme un « tour de jongleur » : le pape se réserve le droit d'annuler toute décision qui lui déplairait. Luther souligne qu'aucun document, aucune Écriture ne fonde ce pouvoir tyrannique, et que si le pape possède ce droit, un concile est inutile et coûteux. Il accuse le pape de transformer le concile en une farce de carnaval destinée à tromper la chrétienté.
- Le réformateur souligne que depuis vingt-quatre ans, depuis la Diète de Worms en 1521, l'empereur et les États du Saint-Empire réclament un « libre concile chrétien en terre allemande ». Ces trois mots — libre, chrétien, allemand — sont pour le pape et la cour romaine « un pur poison, la mort, le diable et l'enfer », car ils contraignent à un examen honnête des abus. Les papes (Hadrien VI, Clément VII, Léon X, Paul III) ont constamment entravé cette demande, préférant fabriquer des prétextes : la prétendue insécurité des routes, les guerres entre Charles Quint et François Ier, la nécessité d'un désarmement. Luther analyse ce langage comme une stratégie dilatoire : Rome « fait le jaguar » et répond en « Rotwelsch » (argot des voleurs), détournant le sens des mots.
Le détournement romain des trois mots « Libre, Chrétien, Allemand »
Quand ils disent 'libre', il faut comprendre 'captif' chez nous Allemands ; quand ils disent 'sûr', il faut comprendre 'noir' ; quand ils disent 'Église chrétienne', il faut comprendre le rebut de tous les vauriens de Rome ; quand ils appellent l'empereur 'fils de l'Église', cela signifie 'l'homme le plus maudit de la terre'.
- Luther explique que, dans leur sens simple et allemand, « libre » signifie qu'au concile les langues et les oreilles doivent être libres, que chacun puisse dire, entendre et traiter ce qui sert à l'amélioration de l'Église ; que la Sainte Écriture, c'est-à-dire la parole de Dieu, doit avoir libre cours et servir de norme. Mais la « bande romaine » falsifie ce mot : « libre » doit signifier que le pape et sa cour sont libres de tout contrôle, qu'ils ne peuvent être ni critiqués ni réformés, et que l'ensemble de leurs erreurs soit confirmé. Le concile n'est alors pas au-dessus du pape, mais le pape au-dessus du concile. Cette distinction est capitale pour Luther : le pape veut être « seigneur et juge du concile », ce qui rend toute réforme impossible et transforme le concile en une assemblée d'hypocrites.
- Le mot « chrétien » subit une torsion similaire. Les princes allemands et les États du Reich voulaient traiter des questions brûlantes — les indulgences, le purgatoire, la messe, la foi et les œuvres — selon l'Écriture et non selon la papauté. Le pape interprète « chrétien » comme « papal », c'est-à-dire que seul ce que Rome a décidé est chrétien ; toute proposition contraire est hérétique. Les « hérétiques » — selon le pape — n'auront pas de place au concile, car ils n'ont pas de part avec l'Église. Luther retourne ironiquement cette logique : puisque le Saint-Esprit a ordonné dans l'Écriture la communion sous les deux espèces et condamne la simonie et l'idolâtrie, le Saint-Esprit lui-même est un « hérétique » aux yeux de Paul III et sera exclu du concile. Il en découle que « Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, avec sa sainte Église, sont hérétiques ; seuls le pape et son école romaine sont chrétiens ».
Le précédent de Constance (1415) : la terreur des papes face à un concile supérieur au pape
Là, il fut décidé et établi qu'un concile est au-dessus du pape, et non le pape au-dessus du concile ; et que le concile a le pouvoir de juger, de condamner, de punir et de déposer le pape.
- Luther rappelle le concile de Constance de 1415, tenu en Allemagne, où Jean Hus et Jérôme de Prague furent martyrisés, trois papes furent déposés et Martin V élu. Ce qui effraie le plus les papes, selon lui, n'est pas la condamnation de Hus, mais la déclaration selon laquelle le concile a pouvoir sur le pape, et non l'inverse. Les papes de Rome ont été « brûlés une fois » et ne veulent plus revivre cette expérience. Le pape Eugène IV, pour empêcher le concile de Bâle de renouveler cette décision, est accusé d'avoir provoqué un massacre près de Strasbourg par l'intermédiaire du Dauphin de France, et d'avoir finalement fait chuter le concile après avoir élu l'antipape Félix V (Amédée VIII de Savoie).
- Il détaille le sort des trois papes de l'epoque : Grégoire XII abdiqua volontairement et mourut de chagrin quand il comprit qu'il ne serait plus réélu ; Jean XXIII vint à Constance espérant être confirmé comme seul pape, mais ses crimes — quarante articles mortels, dont l'empoisonnement de son père, la simonie, la sorcellerie — furent prouvés et il fut emprisonné puis déposé ; Benoît XIII resta obstiné et fut déposé par la force légale du concile. Luther cite la confession de Jean XXIII : « Ah, j'ai fait bien pire que cela », et sa fameuse réponse : « Le pire, c'est que je me suis laissé persuader de quitter Rome et de venir en Allemagne. » Cette peur d'un concile en Allemagne est depuis lors la cause profonde du refus des papes de venir en terre allemande.
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