Bertolt Brecht Trommeln In Der Nacht 1922.pdf

Trommeln in der Nacht de Bertolt Brecht

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chapter: "1"

title: "Le Retour du Soldat et la Rupture des Fiançailles"

quote: "Mein Name ist Kragler. [...] Jetzt hat der Leichnam mörderisch Appetit. Ich könnte Würmer fressen!"

details:

La pièce s'ouvre sur la famille Balicke, où Anna, la fille, est sur le point de se fiancer à Friedrich Murk, un homme d'affaires ambitieux. Ses parents, Karl et Amalie Balicke, la pressent d'accepter, arguant que son ancien fiancé, Andreas Kragler, soldat porté disparu depuis quatre ans pendant la Première Guerre mondiale, est certainement mort. Ils évoquent la précarité des temps, la fin de la guerre et la nécessité d'une sécurité matérielle. Le père Balicke est particulièrement véhément, traitant Kragler de "verfault" (pourri) et de "Leichnam" (cadavre), et insistant sur le fait que Murk, qui "kommt auf einen grünen Zweig" (va réussir), est un parti bien plus sûr. Cette scène établit le conflit central entre l'attachement sentimental au passé et les exigences pragmatiques d'un présent chaotique.

Alors que la famille célèbre les fiançailles dans un dîner tendu, ponctué par la musique d'un gramophone jouant des airs patriotiques comme "Deutschland, Deutschland über alles", l'atmosphère est troublée par des nouvelles de troubles révolutionnaires dans Berlin (les Spartakistes). Murk, nerveux, insiste pour que la fête se poursuive dans la Picadillybar, un café moderne, fuyant l'obscurité et l'atmosphère étouffante de la maison. C'est dans ce contexte d'agitation sociale et d'égoïsme bourgeois que fait irruption Andreas Kragler, de retour d'Afrique où il était prisonnier de guerre. Son apparition, en uniforme artilleur sale et épuisé, brise violemment la célébration et jette le trouble dans la famille, annulant symboliquement la décision prise en son absence.

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chapter: "2"

title: "Confrontation à la Picadillybar et la Désillusion"

quote: "Ich bin wie ein altes Tier zu dir gekommen. [...] Und ich bin gewesen wie Milch und Blut. Und dann blute ich immerfort, es läuft einfach fort von mir ...."

details:

La scène se déplace à la Picadillybar, où la fête de fiançailles se poursuit dans une ambiance artificielle. L'arrivée de Kragler provoque un choc. Anna, d'abord terrifiée, finit par le reconnaître et un dialogue poignant s'engage entre eux. Kragler décrit ses souffrances physiques et psychiques : sa peau est "wie ein Hai, schwarz" (comme celle d'un requin, noire), il a "geschwollene Hände" (les mains enflées) et une "Negerprache im Hals" (une langue nègre dans la gorge). Il n'est plus l'homme "wie Milch und Blut" (lait et sang) qu'elle a connu. Ce dialogue lyrique et désespéré contraste brutalement avec le langage cru et matérialiste des autres personnages.

La confrontation dégénère lorsque Murk et les Balicke tentent de rabaisser Kragler. Ils ridiculisent son apparence, son manque d'argent et son statut d'ancien soldat. Murk, ivre, lui propose même d'acheter ses vieilles bottes pour un musée. L'argument décisif, avancé par Balicke, est purement économique : Kragler n'a pas les moyens d'entretenir une femme ("Haben Sie Mittel eine Frau zu unterhalten?"). Face à cette logique implacable et aux moqueries, Kragler, épuisé et dépassé, s'effondre. Son pathétique "Aus dem Grunde meines Herzens" (Du fond de mon cœur) est accueilli par un grand éclat de rire général. La scène montre la victoire cynique du pragmatisme bourgeois sur l'amour et la souffrance authentiques.

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chapter: "3"

title: "La Fuite dans les Bas-fonds et le Discours de la Résignation"

quote: "Schlußmachen ist besser als Schnaps. [...] Verschwinden ist besser als schlafen!"

details:

Rejeté et humilié, Kragler fuit dans les rues nocturnes de Berlin, accompagné de Marie, une prostituée rencontrée au bar. Ils errent dans un paysage urbain désolé, rythmé par le vent, le bruit des canons des combats révolutionnaires et les appels des manifestants. Kragler est au bord du désespoir, envisageant le suicide ("Ich hänge mich auf"). Cette fuite physique symbolise son exclusion de l'ordre social bourgeois représenté par les Balicke.

Ils finissent par atterrir dans un bouge, la Schnapsdestille de Glubb. Ici, dans une atmosphère de débauche et de résignation, Kragler raconte par bribes son calvaire en Afrique : la captivité, la faim, la chaleur qui lui a brûlé le cerveau ("unser Gehirn war wie eine Dattel"), le travail forcé et l'humiliation. Les habitués du lieu, des laissés-pour-compte, l'écoutent avec une curiosité malsaine. Glubb, le tenancier cynique, résume leur philosophie : "Dir ist ein kleines Unrecht geschehen. Sage ja und schlucke es." (Un petit tort t'a été fait. Dis oui et avale-le.) Il prône l'acceptation passive, l'engourdissement par l'alcool, face à l'injustice.

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chapter: "4"

title: "La Tentative Révolutionnaire et le Rejet des 'Trommeln'"

quote: "Mein Fleisch soll im Rinnstein verwesen, daß eure Idee in den Himmel kommt? Seid ihr besoffen?"

details:

Les compagnons d'infortune de Kragler, notamment Glubb, Manke (l'ancien garçon de café) et Auguste, tentent de le rallier à la cause révolutionnaire. Ils l'exhortent à les rejoindre dans les "Zeitungen" (les quartiers des journaux, symbole du pouvoir) où se déroulent les combats. Ils voient en lui, le soldat martyrisé, un symbole parfait pour leur lutte. Pour un moment, Kragler semble se laisser entraîner, criant "Her mit euch, an die Brust mit euch, in die Zeitungen mit uns."

Cependant, cet élan est brisé par l'arrivée d'Anna, qui a suivi Kragler. Elle lui avoue être enceinte de Murk. Cette révélation provoque chez Kragler une rage violente et définitive. Il rejette alors catégoriquement l'appel à la révolution. Dans un monologue crucial, il déclare que sa chair n'est pas faite pour pourrir dans le ruisseau au nom de l'Idée des autres. Il oppose la réalité charnelle et immédiate ("das Bett, das große, weiße, breite Bett" - le lit, grand, blanc, large) aux abstractions révolutionnaires. Il choisit le confort privé, même souillé, sur le sacrifice collectif, traitant les révolutionnaires d'ivrognes ("Seid ihr besoffen?").

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chapter: "5"

title: "La Retraite dans le Privé et le Cynisme Final"

quote: "Das Geschrei ist alles vorbei, morgen früh, aber ich liege im Bett morgen früh [...] Jetzt kommt das Bett."

details:

Après avoir repoussé ses compagnons, Kragler se tourne vers Anna. Malgré sa grossesse, fruit de sa relation avec Murk, il décide de la reprendre. Leur dialogue est dépourvu de romantisme ; ils reconnaissent mutuellement leur déchéance. Anna admet avoir tout oublié de lui, et Kragler admet l'aimer ainsi. Il rejette une dernière fois Glubb qui le traite de lâche, lui prédisant qu'il finira par se pendre dans les toilettes.

La pièce se conclut sur une image profondément cynique et anti-héroïque. Alors qu'un "weißes, wildes Geschrei" (un cri blanc et sauvage) lointain, celui des révolutionnaires en train de se faire écraser, résonne dans le ciel de l'aube, Kragler et Anna s'éloignent pour rentrer chez eux. Kragler frappe sur un tambour abandonné, énumérant avec ironie les titres mélodramatiques que pourrait porter son histoire, avant de la résumer ainsi : "ich bin ein Schwein und das Schwein geht heim" (je suis un porc et le porc rentre à la maison). Le choix du confort personnel l'emporte sur tout engagement politique ou idéalisme.

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chapter: "6"

title: "La Ballade du Soldat Mort : Chœur Critique et Postface"

quote: "Und als der Krieg im fünften Lenz keinen Ausblick auf Frieden bot / da zog der Soldat seine Konsequenz und starb den Heldentod."

details:

La pièce est suivie de "Die Ballade vom toten Soldaten", un poème-chanson qui fonctionne comme un chœur critique et un résumé parodique des thèmes abordés. Sur un ton grotesque et macabre, il raconte comment l'armée exhume un soldat pourri, le déclare "k.v." (apte au service), lui fait boire du schnaps et le renvoie au combat, escorté par un prêtre, des infirmières et des patriotes. Cette ballade dénonce férocement l'exploitation cynique des soldats par l'autorité militaire et l'hypocrisie nationaliste.

Le poème, dédié à la mémoire d'un soldat mort en 1918, "der durchgehalten hat" (qui a tenu bon), clôt l'œuvre sur une note d'amertume radicale. Il renforce le message de la pièce : la Grande Guerre n'a produit que des morts, des traumatisés et des profiteurs. Le "héros" n'est qu'un cadavre manipulé, tout comme Kragler, survivant brisé, est une chair à canon jetée puis rejetée par une société qui n'a que faire de son sacrifice. Cette postface ancre résolument *Trommeln in der Nacht* dans le contexte de l'immédiat après-guerre allemand et son désenchantement.