---
chapter: "1"
title: "Influence des missions médiévales et origine du lamaïsme"
quote: "Les travaux des missionnaires contribuèrent puissamment à préparer les prodigieux développements de la civilisation européenne, et laissèrent en même temps dans l'extrême Orient de curieux souvenirs de la prédication catholique."
details:
Les missions catholiques du Moyen Âge en Asie, bien que n'ayant pas établi des communautés chrétiennes durables sur le sol chinois, ont joué un rôle crucial dans la transmission des connaissances entre l'Orient et l'Occident. Les récits des voyageurs et des religieux ont rapporté en Europe des techniques et des produits inconnus, tels que la boussole, la poudre à canon et l'imprimerie, découverts en Chine bien avant leur apparition en Europe. Ces apports ont été ensuite perfectionnés par le génie européen, donnant une impulsion considérable à la civilisation occidentale. L'auteur souligne que les missionnaires, en quête de conversions, furent involontairement les agents les plus efficaces de ce transfert culturel, préparant le terrain pour les grandes découvertes et l'expansion européenne.
Le bouddhisme réformé du Thibet, sous l'autorité du grand lama, présente des analogies frappantes avec la hiérarchie et la liturgie catholiques : monastères, processions, célibat ecclésiastique, chapelets, eau bénite, etc. Ces ressemblances ont été exploitées par des philosophes anti-chrétiens comme Voltaire pour affirmer que le christianisme dérivait du lamaïsme. L'ouvrage réfute cette thèse en démontrant que la hiérarchie lamaïque fut instituée au XIIIe siècle par Koubilaï Khan, qui avait eu des contacts fréquents avec des missionnaires chrétiens. Le grand lama fut créé sur le modèle pontifical, et les emprunts liturgiques au christianisme sont évidents. L'auteur cite la légende de Tsong-Kaba, réformateur du lamaïsme au XIVe siècle, dont le maître fut un étranger venu d'Occident, probablement un missionnaire catholique, ce qui conforte l'origine chrétienne des innovations liturgiques.
---
chapter: "2"
title: "Vasco da Gama et l'arrivée des Portugais en Chine"
quote: "Votre bénédiction, Seigneur ; votre bénédiction ! votre bénédiction !"
details:
Le second tome s'ouvre sur la reprise des contacts entre l'Europe et l'Asie par voie maritime, après l'interruption due aux guerres de Tamerlan. En 1497, Vasco da Gama double le cap de Bonne-Espérance, découvrant la route des Indes. L'auteur décrit le départ des navigateurs portugais comme une expédition chrétienne : prières, messe, communion avant l'embarquement. Leur arrivée à Calicut, sur la côte de Malabar, les met en contact avec des communautés chrétiennes nestoriennes déjà florissantes. La lettre d'un moine syrien, conservée par Assémani, relate les premières luttes des Portugais contre les musulmans et les rois infidèles, avec l'emploi de canons et de fusils. Ce document précieux montre comment les Européens, utilisant la boussole et la poudre découvertes en Asie, imposent rapidement leur puissance militaire et commerciale.
Poussés par le goût du commerce et la recherche du mythique Catay de Marco-Polo, les Portugais envoient en 1518 une ambassade en Chine, menée par Thomas Pirès, avec l'escadre de Fernand d'Andrada. L'accueil initial à Canton est favorable, mais la conduite agressive de Simon d'Andrada (piraterie, fortification) et les intrigues des musulmans auprès de l'empereur font échouer la mission. Pirès est emprisonné, torturé, exilé. Une seconde expédition portugaise en 1522 est repoussée par la force. Malgré ces revers, les Portugais obtiennent finalement l'autorisation de commercer à Sancian, puis fondent Macao en 1557 après avoir aidé les autorités chinoises à réprimer des pirates. Macao devient le centre du commerce et le point de départ des missions catholiques en Extrême-Orient.
---
chapter: "3"
title: "Saint François Xavier et les premiers missionnaires"
quote: "Oh! qu'il est difficile de convertir les hommes!"
details:
Saint François Xavier, apôtre des Indes et du Japon, conçoit le projet d'évangéliser la Chine après avoir constaté l'admiration des Japonais pour la civilisation chinoise. Il espère qu'en convertissant la Chine, il entraînera le Japon. En 1552, il se rend à Sancian, île proche de la Chine, avec l'aide du marchand Jacques Pereira. Mais le gouverneur de Malacca, ennemi de Pereira, fait échouer l'ambassade projetée. Xavier, seul et sans appui, tente alors de s'introduire clandestinement en Chine avec l'aide d'un marchand chinois de Canton, mais celui-ci disparaît après avoir reçu une avance.
Épuisé par la fièvre, Xavier meurt le 2 décembre 1552 sur l'île de Sancian, en vue des côtes de la Chine qu'il n'a pu atteindre. Sa mort marque un tournant : trois ans plus tard, Gaspard de la Croix, dominicain, parvient à pénétrer en Chine et y prêche avec un certain succès, mais il est finalement expulsé. Les Portugais établissent Macao, où un évêché est érigé. Les Jésuites y fondent une maison. En 1579, le P. Michel Roger (jésuite italien) arrive à Macao, chargé d'étudier le chinois. Il se lie avec les mandarins de Canton et obtient la permission d'y séjourner. Le P. Alexandre Valignan, visiteur des missions, envoie le P. Matthieu Ricci pour le rejoindre, préparant ainsi la première véritable mission en Chine intérieure.
---
chapter: "4"
title: "L'établissement des Jésuites à Tchao-King"
quote: "Peu importe votre culte et votre volonté d'honorer le Tien-Tchou; on achèvera la pagode et vous mettrez ensuite dedans tel Dieu qu'il vous conviendra."
details:
Après plusieurs tentatives infructueuses pour s'installer à Canton, les PP. Roger et Ricci sont appelés à Tchao-King (province de Kouang-Tong) par le vice-roi en 1589. Ils obtiennent un terrain près de la « tour Fleurie » pour construire une maison et une église. Le premier magistrat, bienveillant, leur promet protection, mais les lettrés et les bonzes leur sont hostiles, les accusant d'espionnage et de vouloir envahir l'empire. Les missionnaires bâtissent une maison de style européen, qui attire les curieux et suscite des jalousies. Le P. Trigault rapporte que les jésuites évitent d'abord de parler ouvertement de religion, se consacrant à l'étude de la langue et des coutumes, et cherchant à gagner l'estime par leur vie exemplaires.
Le premier baptême est administré à un pauvre moribond abandonné, recueilli par les missionnaires. Cet acte de charité, incompris des lettrés, est attribué par eux à la recherche d'une pierre précieuse cachée dans la tête du malade. Les missionnaires publient des ouvrages en chinois, dont un catéchisme et des traités scientifiques. Le P. Ricci, mathématicien, dresse une mappemonde qui flatte les Chinois en plaçant leur empire au centre. Malgré la protection du gouverneur, les persécutions populaires éclatent : jets de pierres, calomnies. Un procès intenté contre Ricci échoue grâce à la découverte des faux témoins. En 1585, le P. Édouard de Sande et Antoine d'Almeida rejoignent la mission, mais l'avenir reste précaire.
---
chapter: "5"
title: "Succès, persécutions et départs des missions de Tchao-King"
quote: "Nous craignons, et non sans cause, que ces barbares ne soient autant d'espions pour surprendre nos secrets et en instruire les leurs."
details:
La mission de Tchao-King connaît une croissance modeste mais réelle : baptêmes de lettrés, conversions de familles importantes. Le P. Ricci, devenu supérieur, développe l'étude des sciences pour attirer les élites. Cependant, l'hostilité des lettrés et des vieillards de Canton, relayée par des mémoires adressés au commissaire impérial, aboutit à un édit d'expulsion en 1590. Le vice-roi, bien que favorable, cède aux pressions et ordonne aux missionnaires de quitter Tchao-King avec une indemnité de soixante piastres. Les missionnaires refusent l'indemnité pour conserver le droit sur leur maison, et obtiennent un certificat de bonne conduite. Les adieux des néophytes sont déchirants.
Après un bref retour à Macao, les missionnaires sont rappelés par le nouveau vice-roi qui, pour se couvrir, les oblige à accepter une compensation. Ricci négocie et obtient l'autorisation de s'installer à Tchao-Tcheou, ville voisine. Il y construit une maison de style chinois, afin d'éviter les soupçons. Il s'attache un disciple illustre, Kiu-Taï-Sse, fils d'un grand savant, qui, après avoir cherché en vain l'alchimie auprès des Européens, se convertit sincèrement au christianisme et devient un apologiste de la foi. Cette conversion attire de nombreux lettrés. La mission de Tchao-Tcheou prospère, mais le P. Ricci, toujours préoccupé par la nécessité d'obtenir une reconnaissance impériale, projette un voyage à Péking.
---
chapter: "6"
title: "Voyage de Ricci à Nanking et installation à Nan-Tchang-Fou"
quote: "Il tourna donc la proue vers la province de Kiang-Si, et recommença de ramer non moins contre le cours de la rivière que contre son désir."
details:
En 1595, le P. Ricci profite du voyage d'un grand mandarin militaire pour se rendre à Péking. Il abandonne l'habit de bonze pour celui de lettré, ce qui le relève dans l'estime des Chinois. Le voyage est périlleux : naufrage sur le fleuve Kan, mort d'un novice. Le mandarin, effrayé, abandonne Ricci, qui continue seul jusqu'à Nanking. Là, il est bien accueilli par un ancien ami, le grand mandarin Hiu, mais celui-ci, craignant les ennuis politiques, lui ordonne de quitter la ville immédiatement et fait fustiger le logeur de Ricci. Contraint à l'exil, Ricci remonte le Yang-Tsé-Kiang jusqu'à Nan-Tchang-Fou, capitale du Kiang-Si.
À Nan-Tchang-Fou, Ricci trouve refuge chez un médecin célèbre et se lie avec les lettrés et le vice-roi. Il publie deux ouvrages qui le rendent célèbre : un Traité de la mémoire artificielle (mnémotechnie) et un Dialogue sur l'amitié. Le vice-roi le protège et l'encourage à s'établir. En 1595, le P. Jean Soërius arrive de Macao avec des fonds. Ricci loue une maison, y installe une chapelle, et la mission de Nan-Tchang-Fou devient florissante. Deux princes de la famille impériale lui accordent leur protection. Cependant, la mission de Tchao-Tcheou est attaquée par des bonzes et des lettrés jaloux ; le P. Cataneo est contraint de démolir l'église trop haute, mais obtient un édit de protection du gouverneur. Le visiteur général décide alors de nommer Ricci supérieur général des missions de Chine, avec pleins pouvoirs, afin de coordonner les efforts.
---
chapter: "7"
title: "Le Voyage Vers Pékin et les Débuts à Nankin"
quote: "Les jésuites allaient donc entrer dans cette capitale du plus ancien et du plus vaste empire du monde. Le but que s’était proposé le P. Ricci, depuis son arrivée en Chine, serait bientôt atteint ; il pourrait se présenter à la cour, voir l’empereur, et obtenir la liberté de prêcher encore l'Évangile."