Discours de Philippe Seguin 1992

Débat sur Maastricht : l'appel à la souveraineté nationale et à une autre Europe

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title: "Irrecevabilité et violation de la souveraineté nationale"

quote: "la souveraineté nationale est inaliénable et imprescriptible, ainsi que le principe de la séparation des pouvoirs"

details:

L'orateur ouvre le débat en déposant une exception d'irrecevabilité contre le projet de loi constitutionnelle, qu'il juge contraire aux principes fondamentaux de la République. Il rappelle que la souveraineté nationale, déclarée inaliénable et imprescriptible depuis la Déclaration de 1789, est le pacte originel de l'État de droit. L'article 3 de la Constitution de 1958 en confie l'exercice au peuple, et aucune assemblée ne peut s'en dessaisir par un blanc-seing général sans conditions de durée ni de finalité. Le projet habilite les organes communautaires à légiférer dans des domaines non encore définis, ce qui n'a jamais été demandé au Parlement français auparavant. Il s'agit d'une rupture avec la tradition constitutionnelle, car on exige des députés qu'ils constitutionnalisent par avance des textes qui n'existent pas et qui, pour la plupart, ne seront même pas soumis à leur ratification.

Au-delà de l'argument juridique, l'orateur critique la méthode politique du gouvernement. Plutôt que de modifier en profondeur neuf articles sensibles de la Constitution, on a préféré un « lessivage » en ajoutant un titre supplémentaire, esquivant ainsi la déconstitutionnalisation de la Déclaration des droits. Il déplore l'absence de recours à l'article 11 (référendum) alors que l'entrée dans l'Europe de Maastricht est un acte historique. Le peuple seul peut défaire ce qu'il a fait. Depuis 35 ans, la construction européenne avance « dans le secret des cabinets, dans la pénombre des commissions », sans que les citoyens aient eu leur mot à dire. Il appelle à un débat public transparent, loin du « terrorisme intellectuel » qui disqualifie d'avance tout opposant au fédéralisme.

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timestamp: "13:33"

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title: "La souveraineté indivisible face au fédéralisme antidémocratique"

quote: "la souveraineté cela ne se divise pas cela ne se partage pas non plus et bien cela ne se limite pas"

details:

L'orateur développe une critique fondamentale du traité de Maastricht, qu'il qualifie de « fédéralisme au rabais fondamentalement antidémocratique ». Il s'attache à démontrer que la souveraineté est un absolu indivisible : on est souverain ou on ne l'est pas, jamais à moitié. Citer le paradoxe de Zénon (Achille et la tortue) pour illustrer que, par renoncements successifs et apparemment minimes, on finit par vider la souveraineté de tout contenu réel. Or le traité organise des transferts définitifs de compétences – monnaie, politique étrangère, défense – rendant inapplicable le droit de veto et imposant des décisions à la majorité, ce qui transforme la coopération en intégration forcée. Les promesses de « souveraineté partagée » ne sont qu'un leurre.

L'orateur rappelle l'histoire récente : le compromis de Luxembourg (1966) avait préservé le veto, mais Maastricht le rend impossible « par la bande » en obligeant les États à ne pas faire obstacle à la majorité qualifiée. Il évoque la doctrine Brejnev de la « souveraineté limitée » pour souligner le danger. Les engagements en matière de politique étrangère et de défense, y compris le siège au Conseil de sécurité de l'ONU, sont présentés comme des transitions vers un transfert à la Communauté. Cessons donc de « tricher, de dissimuler, de jouer sur les mots » : l'alternative est claire, il faut choisir entre conserver sa souveraineté et y renoncer. Rien ne justifie d'abandonner ce principe fondateur issu de la Révolution française.

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timestamp: "25:24"

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title: "L'engrenage juridique et le piège technocratique"

quote: "depuis l'échec de la CED en 1954 les idéologues du fédéralisme et les eurocrates cherchent à dissimuler leur dessin politique sous le manteau de la technique"

details:

L'orateur analyse comment, au fil des décennies, la construction européenne a glissé d'une coopération intergouvernementale vers un système contraignant, sans débat démocratique. Il cite l'exemple de l'Acte unique : censé limiter l'harmonisation aux mesures nécessaires au marché unique, il a permis à la Commission d'imposer 300 directives adoptées à la majorité, grâce à une interprétation extensive validée par la Cour de justice. Aujourd'hui, Maastricht va plus loin : il organise des transferts irréversibles, sans possibilité de sécession, créant un piège d'où il deviendra impossible de sortir sans coût exorbitant. La Cour de cassation et le Conseil d'État admettent déjà la primauté absolue du droit communautaire sur les lois nationales, même postérieures.

Pour l'orateur, c'est l'aboutissement d'une stratégie délibérée : noyer les choix politiques majeurs sous des questions techniques, afin d'éviter le suffrage universel. Les eurocrates et les fédéralistes, depuis l'échec de la Communauté européenne de défense en 1954, ont appris à dissimuler leurs ambitions derrière des arguties juridiques. On prétend que Maastricht est trop complexe pour être soumis au peuple, mais c'est là une « curieuse conception de la démocratie » qui cache une méfiance profonde envers le peuple souverain. Les 80 % du droit interne qui deviendront d'origine communautaire rendront le législateur national impuissant, sauf à dénoncer en bloc des traités de plus en plus contraignants. Le moment est venu de regarder la « vraie nature des choses » : politique, non technique.

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timestamp: "40:24"

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title: "La nation et la République, socles de la démocratie"

quote: "la nation ce n'est pas un clan ce n'est pas une race ce n'est pas une tribu"

details:

L'orateur défend une conception charnelle et spirituelle de la nation, distincte du nationalisme. La nation est le produit d'une métamorphose historique qui transforme un peuple en « corps et âme », fondement de la citoyenneté et de la démocratie. Il rappelle que la démocratie est impensable sans la nation, car seule une communauté suffisamment unie accepte la loi de la majorité. Or le projet fédéral européen veut créer une citoyenneté européenne par décret, sans nation européenne, ce qui est absurde. Il s'appuie sur l'exemple du Canada et de la question québécoise pour montrer que le fédéralisme ne fonctionne que lorsqu'il procède d'un État-nation préexistant.

Il exalte la République française, inséparable de la nation et porteuse de valeurs universelles depuis 1792. La République, ce n'est pas seulement un régime, c'est un système de valeurs : souveraineté du peuple, égalité des droits, laïcité, solidarité nationale. L'« exception française » repose sur un équilibre entre l'État et l'individu que menace l'uniformisation technocratique. Il critique la promesse de respecter les « identités nationales » comme un leurre : on parle d'identité quand l'âme est déjà en péril. Le régionalisme promu par Bruxelles (Comité des régions, Europe des régions) conduira au démantèlement de l'unité républicaine, au retour des féodalités et à l'abandon de l'aménagement du territoire au profit d'une concurrence locale exacerbée.

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timestamp: "01:03"

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title: "La monnaie unique : une illusion économique et un frein à l'emploi"

quote: "rien n'impose et puisque rien n'impose à la France cette politique rien ne l'empêche non plus d'en changer"

details:

L'orateur réfute l'argument selon lequel la monnaie unique serait la clé de la prospérité et de l'emploi. Il dénonce les prévisions mirobolantes de création de millions d'emplois, alors que le chômage n'a cessé d'augmenter avec l'accélération de l'intégration européenne. La monnaie unique ne supprime pas les risques de change vis-à-vis du dollar et du yen, et les coûts de transaction invoqués sont largement surestimés. L'indépendance de la Banque centrale européenne, sans contrôle démocratique, est présentée comme un gage d'irresponsabilité, citant l'opposition d'économistes comme Milton Friedman ou Maurice Allais. Il plaide pour le maintien de la concurrence monétaire et de la possibilité d'ajuster les parités, comme le permet le SME.

Il analyse les conséquences économiques concrètes de l'Union économique et monétaire : des taux d'intérêt élevés qui freinent l'investissement, des normes budgétaires (3 % de déficit) qui empêcheront toute politique de relance en cas de récession, et une pression à la baisse sur la protection sociale. La France, déjà contributrice nette au budget communautaire, devra financer l'aménagement du territoire de ses voisins tout en renonçant à sa propre politique économique. Il rappelle que la France a le choix de sortir de la politique du « franc fort » si elle le décide, contrairement à ce que prétendent les partisans de Maastricht. La monnaie unique enfermera le pays dans un carcan monétariste, sans possibilité de politique alternative, ce qui est « l'anti-1789 », un reniement de la souveraineté populaire.

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timestamp: "01:27"

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title: "Pour une Confédération européenne et le redressement national"

quote: "nous entrerons comme convenu dans le marché commun nous y entrerons oui mais debout"

details:

L'orateur propose une alternative radicale à Maastricht : une Confédération européenne où les nations restent souveraines et coopèrent librement, sans transfert irréversible de compétences. Il rejette l'idée d'une Europe fédérale, source de division entre pays riches et pauvres et d'exclusion des pays d'Europe centrale et orientale. Il appelle à ouvrir rapidement la Communauté à ces nations, par un grand marché commun et un système de sécurité collective (Conseil de sécurité européen), respectant les différences historiques. Il critique le projet actuel, qui, sous prétexte de paix, ferme la porte à l'Est et perpétue une logique de Yalta.

Il insiste sur la nécessité pour la France de retrouver sa propre vigueur nationale afin de peser dans les équilibres européens, notamment face à l'Allemagne. Il préconise de restaurer l'autorité de l'État, l'égalité des chances, l'éducation républicaine, et de défendre la langue française et les valeurs laïques. La construction européenne ne doit pas être une fuite en avant technocratique : elle doit être compatible avec la nation et la République. Citant le général de Gaulle, il conclut que la France doit entrer dans l'Europe « debout », en conservant sa souveraineté et sa liberté de décision, pour que l'Europe soit un projet démocratique et non un piège technocratique. L'exception d'irrecevabilité est un moyen de rendre la parole au peuple.