PACTE GERMANO-SOVIÉTIQUE : LE MYTHE DE L'ALLIANCE HITLER-STALINE - avec Annie LACROIX-RIZ

Le Pacte germano-soviétique de 1939 : Révision d'un récit historique dominant

---

timestamp: "00:00:18"

marker: "!"

title: "Contexte et enjeux historiographiques actuels"

quote: "On est parvenu à l'idée que si le criminel Staline a fait quelque chose de criminel, c'est bien ça."

details:

La conférence s'ouvre sur une critique virulente de l'historiographie dominante en France, accusée de perpétuer une vision manichéenne et consensuelle de l'histoire, notamment à travers la diabolisation systématique du stalinisme et son assimilation au nazisme. L'oratrice, Annie Lacroix-Riz, dénonce l'influence de cette doxa dans les manuels scolaires et l'espace public, illustrée par la résolution du Parlement européen de septembre 2019 interdisant pêle-mêle les symboles nazis et communistes. Cette approche, selon elle, oblitère toute analyse scientifique et sert des intérêts politiques contemporains, empêchant une compréhension nuancée des événements comme le pacte germano-soviétique.

Elle souligne que le pacte germano-soviétique d'août 1939 est présenté comme l'« abomination » suprême de Staline et, de manière absurde pour l'historienne, comme la cause immédiate de la Seconde Guerre mondiale. Cette interprétation, propagée par des historiens médiatiques comme Annette Wieviorka, persiste malgré l'ouverture des archives et les travaux scientifiques contradictoires disponibles depuis des décennies. Lacroix-Riz cite des auteurs anglophones reconnus (comme Michael Jabara Carley, Geoffrey Roberts, Jonathan Haslam) dont les recherches, souvent ignorées ou censurées dans les bibliothèques universitaires françaises, démontrent que la question centrale n'est pas le pacte lui-même, mais l'échec longuement mûri de l'alliance tripartite (France, Grande-Bretagne, URSS) face à la menace nazie.

L'exposé se propose donc de rétablir une chronologie et une logique politiques fondées sur les archives diplomatiques et militaires. L'objectif est de démontrer que la politique étrangère soviétique de 1932 à 1939 fut avant tout une quête désespérée et constante de sécurité collective face aux agresseurs (Allemagne, Japon, Italie), systématiquement sabotée par les puissances occidentales, France en tête, qui préféraient une politique d'apaisement avec le Reich nazi. Le pacte de non-agression de 1939 apparaît ainsi non comme un choix idéologique, mais comme une ultime manœuvre défensive et réaliste de l'URSS, acculée et isolée.

---

timestamp: "00:18:23"

marker: "!"

title: "La quête soviétique de sécurité collective (1932-1938)"

quote: "L'Union soviétique passe son temps à se traîner à genoux pour essayer d'obtenir quelque chose."

details:

Dès le début des années 1930, l'URSS est menacée sur deux fronts : à l'Est par l'expansionnisme japonais (invasion de la Mandchourie en 1931, guerre contre la Chine en 1937) et à l'Ouest par la montée du nazisme. Face à cette double menace, sa politique étrangère, loin d'être belliqueuse ou expansionniste, est une recherche constante de « sécurité collective ». Cette politique remonte aux premières années du régime soviétique, comme le montre l'ouvrage de Carr et Davies, et consiste à tenter de reconstituer une alliance de revers similaire à celle de la Première Guerre mondiale pour contenir l'Allemagne.

Les avances soviétiques sont précoces et claires. Dès août 1932, le journal de l'Armée rouge *Krasnaïa Zvezda* alerte sur le réarmement clandestin de l'Allemagne. À partir de 1933, les rapports des attachés militaires et ambassadeurs français à Moscou, comme Charles Alphand et le général Palasse, sont unanimes : ils décrivent un développement militaire soviétique spectaculaire, explicitement tourné contre la menace allemande, et soulignent la sincérité des offres d'alliance de Moscou. L'URSS entre même à la Société des Nations en 1934, à l'initiative de Louis Barthou, ministre français qui, bien qu'anti-communiste, comprend la nécessité stratégique d'une alliance avec l'Est.

Cependant, ces offres se heurtent à un refus constant et systématique de Paris et de Londres. L'alliance franco-soviétique de mai 1935, signée par Pierre Laval, est délibérément vidée de son contenu militaire concret. Les Occidentaux refusent de la compléter par un accord d'assistance mutuelle automatique, du type de celui de 1892 avec la Russie tsariste. Pire, ils sabotent toute tentative de coalition lors des crises majeures : l'invasion de l'Éthiopie par l'Italie (1935), la guerre d'Espagne (à partir de 1936), où le « comité de non-intervention » sert de couverture à l'aide allemande et italienne aux nationalistes, et l'Anschluss (mars 1938). La guerre d'Espagne est notamment analysée comme une aubaine pour le Reich, lui permettant de tester ses armes et de s'assurer des matières premières stratégiques.

---

timestamp: "00:42:32"

marker: "!"

title: "De Munich à l'échec des négociations tripartites (1938-1939)"

quote: "Si les puissances occidentales permettaient l'étranglement de la Tchécoslovaquie, le gouvernement soviétique romprait la politique collective et se rapprocherait de l'Allemagne."

details:

La conférence de Munich (septembre 1938) constitue le point de non-retroit. Le sacrifice de la Tchécoslovaquie, décidé en réalité dès 1937 par la France et la Grande-Bretagne, est perçu à Moscou comme la preuve ultime du refus occidental de toute sécurité collective. Dès avril 1938, l'attaché militaire français Daniel Lévy rapporte que les Soviétiques, lassés d'être des « Cassandre », menacent ouvertement de se retourner vers l'Allemagne si l'Occident laisse tomber la Tchécoslovaquie. L'URSS était pourtant prête à intervenir pour la défendre, à condition que la France honore ses engagements – ce qu'elle ne fit pas.

Après l'annexion totale de la Tchécoslovaquie en mars 1939, les Occidentaux affichent un soudain « réveil » et entament des négociations avec Moscou pour une alliance tripartite. Mais cette négociation, qui dure d'avril à août 1939, est une « farce » délibérée. Les délégations française et britannique envoyées à Moscou sont de bas niveau (un amiral et un général obscur) et ne disposent d'aucun pouvoir de signature ni de plans militaires concrets. Leur mandat est délibérément limité.

L'obstacle principal, sciemment entretenu par Paris et Londres, est le refus de la Pologne et de la Roumanie de laisser passer les troupes soviétiques sur leur territoire en cas de conflit avec l'Allemagne. Sans droit de passage, toute assistance militaire soviétique devient impossible. Les gouvernements français et britannique, loin de faire pression sur Varsovie et Bucarest pour qu'ils l'acceptent, encouragent même ce refus. Parallèlement, les Occidentaux entament des discussions secrètes avec l'Allemagne pour un « second Munich » aux dépens de la Pologne. Dans le même temps, la répression anti-communiste s'intensifie en France, avec l'interdiction prévue du PCF et de ses publications dès juillet 1939.

---

timestamp: "01:14:11"

marker: "!"

title: "La conclusion du pacte et ses conséquences immédiates"

quote: "L'histoire vraie [...] est l'histoire de l'échec longuement mûri d'une alliance tripartite."

details:

Acculée, voyant les troupes allemandes massées à la frontière polonaise et constatant l'imposture des négociations avec l'Occident, l'URSS n'a plus d'autre choix que de gagner du temps. Le pacte de non-agression germano-soviétique du 23 août 1939 est une décision réaliste et défensive. Il permet à l'URSS de reporter l'affrontement inévitable avec le Reich, de se préparer militairement et de créer une zone tampon à l'ouest (qui sera effectivement établie plus tard). Le ministre Vorochilov le confirmera au général français Doumenc le 25 août : un an plus tôt, l'Armée rouge était prête à secourir la Tchécoslovaquie ; l'échec est celui de la volonté occidentale.

Le pacte fournit surtout le prétexte attendu par les gouvernements français et britannique pour déclencher une répression féroce contre les communistes dans leurs pays, réprimant ainsi l'opposition intérieure à leur politique d'apaisement. En France, les décrets pour interdire le PCF et suspendre les élections sont signés par Daladier fin juillet 1939, avant même la signature du pacte. L'objectif politique intérieur est donc indissociable de la manœuvre diplomatique.

En conclusion, Annie Lacroix-Riz affirme que la chute de la France en 1940 est la conséquence directe de l'échec de l'alliance de revers. L'abandon de la Tchécoslovaquie à Munich et le refus de l'alliance avec l'URSS ont offert à l'Allemagne les mains libres à l'Est avant de se retourner vers l'Ouest. La « vérité historique », étayée par des archives françaises, britanniques et soviétiques, est ainsi systématiquement occultée par une historiographie « bien-pensante » qui préfère un récit moralisateur et anti-communiste à une analyse scientifique des responsabilités et des calculs géopolitiques des années 1930.