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chapter: "1"
title: "Introduction et accusation de falsification"
quote: "Il peut être, selon le code d'éthique du Cernéisme : mais il n'en est pas ainsi ailleurs."
details:
Albert Pike, Grand Commandeur du Suprême Conseil de la Juridiction Sud du Rite Écossais Ancien et Accepté, rédige ce document en août 1889 pour répondre à une « Lettre Encyclique » publiée par John J. Gorman, chef d'un conseil cernéiste à New York. Pike accuse Gorman d'avoir délibérément falsifié et tronqué une lettre qu'il avait écrite en 1877 au Suprême Conseil du Pérou. Gorman avait cité un passage où Pike semblait affirmer que les Suprêmes Conseils détenaient un droit latent sur les degrés symboliques (Apprenti, Compagnon, Maître), tout en omettant soigneusement les parties suivantes où Pike exprimait des doutes sur cette interprétation et concluait finalement que les Constitutions de 1786 n'accordaient aucun tel pouvoir. Pike qualifie cette méthode de « malhonnête », « injuste » et « méprisable », la comparant à la déloyauté d'un avocat marron.
Le cœur du conflit porte sur la question de savoir si un Suprême Conseil du Rite Écossais a le droit de conférer les trois premiers degrés maçonniques et de gouverner des Loges symboliques, ou si cette juridiction appartient exclusivement aux Grandes Loges. Gorman utilise la citation tronquée pour affirmer que le Suprême Conseil de Pike revendique ce pouvoir, menaçant ainsi l'autorité des Grandes Loges. Pike rétorque que cette accusation est un mensonge éhonté destiné à semer la discorde et à discréditer son organisation légitime au profit de la faction cernéiste, qu'il considère comme illégitime et bâtie sur des fondements frauduleux.
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chapter: "2"
title: "Analyse de la lettre de 1877 et évolution de la position de Pike"
quote: "Je pense qu'il est très douteux que les Constitutions aient voulu que les Suprêmes Conseils gouvernent les Loges Symboliques, ou aient quoi que ce soit à faire avec les Degrés Symboliques."
details:
Dans sa lettre de 1877 au Pérou, Pike analyse minutieusement les Grandes Constitutions de 1786. Il note que si le Préambule inclut les degrés bleus dans l'échelle du Rite, les articles qui suivent ne parlent que de la « Maçonnerie Sublime » et des degrés du 4e au 33e. Il en déduit qu'il n'y a « pas la moindre disposition pour conférer les Degrés Bleus, ou pour leur administration et gouvernement ». Le pouvoir explicite donné de créer des corps des degrés 4 à 29 implique, selon lui, l'exclusion du pouvoir de créer des Loges symboliques.
Pike explique que son opinion a évolué. Avant 1877, lui et son Conseil croyaient posséder un droit qu'ils choisissaient de ne pas exercer par harmonie. Cependant, un examen approfondi l'a conduit à une « opinion claire » contraire. Il affirme que le Rite a été « bâti sur la Maçonnerie Symbolique » mais qu'il n'était « pas essentiel que son gouvernement soit le gouvernement des Degrés Symboliques ». Cette rétractation publique, publiée dans le Bulletin Officiel de son Conseil dès 1877 et redistribuée en 1888, rend d'autant plus malhonnête, selon lui, la citation sélective de Gorman.
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chapter: "3"
title: "Réfutation point par point des accusations de Gorman"
quote: "Le Suprême Conseil pour la Juridiction Sud n'a jamais établi une Loge Symbolique nulle part, ou conféré le degré d'Apprenti, ou celui de Compagnon, ou celui de Maître, nulle part, à aucune personne au monde."
details:
Pike réfute trois accusations spécifiques de Gorman. Premièrement, concernant l'impression des rituels des degrés bleus, Pike explique qu'ils ont été imprimés (à partir de versions françaises centenaires) uniquement pour l'instruction interne des Loges de Perfection, sous sceau de secret. Ces livres, propriété du Conseil, sont fournis aux corps et non vendus aux individus ; ils ne constituent donc pas une « publication » au sens commun. De plus, leur contenu diffère radicalement du travail américain standard.
Deuxièmement, il nie que ses corps ouvrent leurs travaux sur le premier ou le troisième degré pour un travail maçonnique ordinaire. Seules les Loges de Deuil, dont les cérémonies sont publiques, s'ouvrent « au degré de Maître » avec un rituel spécial. Troisièmement, il insiste sur le fait que son Suprême Conseil n'a jamais créé de Loge symbolique ni conféré de degrés bleus en 88 ans d'existence, vivant en paix avec les Grandes Loges. Il souligne même avoir œuvré pour que d'autres Suprêmes Conseils (Belgique, Mexique) abandonnent cette pratique.
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chapter: "4"
title: "L'hypocrisie et le passé compromettant du Cernéisme"
quote: "Contrastez les faits indéniables énoncés ci-dessus... avec ses affirmations larges et non qualifiées, que depuis 1808 les Suprêmes Conseils Cernéistes n'ont à aucun moment pendant toute leur existence de quelque manière interféré avec ou conféré l'un des trois premiers degrés."
details:
Pike entreprend de démontrer que Gorman et son conseil cernéiste mentent effrontément en prétendant n'avoir jamais exercé de pouvoir sur les degrés symboliques. Il plonge dans l'histoire du cernéisme, s'appuyant sur les propres publications de Gorman, comme l'« Histoire » du Secrétaire-Général Folger. Il révèle qu'en 1832, le conseil d'Elias Hicks (prédécesseur de Gorman) s'est uni à St. Laurent pour former le « Suprême Conseil Uni de l'Hémisphère Occidental », dont le traité (Point 12) affirmait le droit exclusif de « constituer, contrôler et gouverner toutes les Loges du même Rite » sur son territoire.
Plus tard, sous Henry C. Atwood (1852-1860), le conseil cernéiste a mis cette théorie en pratique. Pike produit des preuves accablantes : les « Règles Générales » de 1859 du Conseil d'Atwood stipulent que la Maçonnerie Écossaise forme un « tout unique et inséparable » incluant les degrés bleus, dont le gouvernement appartient « exclusivement aux Inspecteurs-Généraux ». Ces règles prévoient des chambres symboliques, des taxes pour l'initiation dans les Loges symboliques, et obligent tous les maçons écossais à appartenir à une « Loge Bleue Écossaise » reconnaissant l'autorité du Conseil.
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chapter: "5"
title: "Preuves concrètes : les Loges symboliques cernéistes"
quote: "Extrait du Livre d'Or de la LOGE FOULHOUZE No. 3. 'Or., de New-York, Dec. 12, 5858.'"
details:
La preuve la plus accablante apportée par Pike est l'existence de Loges symboliques créées par le conseil cernéiste. Il cite le journal maçonnique « Le Delta Maçonnique » de La Nouvelle-Orléans (décembre 1858/janvier 1859) qui publie un extrait des procès-verbaux de la « Loge Foulhouze No. 3 », à New York. Cette loge, dont le Vénérable Maître n'est autre qu'Edmund B. Hays (alors Lieutenant Grand Commandeur du conseil d'Atwood, et futur Grand Commandeur), élit comme membres honoraires James Foulhouze et d'autres dignitaires du Suprême Conseil de Louisiane.
Pike établit un lien direct et organique entre le cernéisme de New York et le « Foulhouzisme » de Louisiane. Il révèle que le conseil d'Atwood a été « re-créé » en 1852 par Jacques Foulhouze lui-même, agissant au nom de son conseil de Louisiane qui pratiquait ouvertement la maçonnerie symbolique. Les deux conseils échangeaient des représentants et étaient en alliance étroite. Ainsi, le conseil de Gorman est, selon Pike, la « créature » du conseil Foulhouze de Louisiane et ne peut nier cette filiation sans se suicider symboliquement.
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chapter: "6"
title: "Conclusion : la malhonnêteté systémique du Cernéisme"
quote: "La vérité simple et claire est que le Cernéisme vit de mensonges. Il n'a eu que des mensonges pour fondement, et des mensonges constituent toute sa superstructure."
details:
Pike conclut son réquisitoire en affirmant que le cernéisme est une imposture qui ne se maintient que par la falsification et le mensonge. La malhonnêteté de Gorman, qui en tant qu'ancien juge devrait connaître la valeur de la preuve, est selon lui particulièrement répréhensible. Un dignitaire maçonnique qui énonce des faits le fait sur sa foi et son honneur ; les contredire sciemment est une trahison de la vérité plus grave qu'un parjure en justice.
Il lance un appel aux maçons recevant l'Encyclique de Gorman : après cette démonstration des falsifications et du passé hypocrite du cernéisme (prétendant défendre les Grandes Loges tout en créant des loges symboliques), peuvent-ils encore accorder du respect ou de la confiance à son auteur ? Pike estime qu'une telle conduite l'exclurait de tout cercle d'honnêtes gens et qu'elle jette l'opprobre sur la maçonnerie elle-même. Pour lui, l'âme de la maçonnerie réside dans l'honnêteté et la loyauté ; sans cela, elle n'est plus qu'un corps sans vie.
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