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chapter: "1"
title: "Préface et contexte de l'ouvrage"
quote: "De tous les acteurs principaux du grand drame de la Révolution française, il n'y en a probablement aucun moins connu du lecteur moyen de l'histoire que le sujet du présent volume."
details:
L'auteur, Ernest Belfort Bax, présente son ouvrage sur Gracchus Babeuf en soulignant que ce dernier est largement méconnu du public anglophone. Seule une traduction de l'ouvrage de Buonarroti par Bronterre O'Brien existait auparavant, mais elle était épuisée. Bax explique que cette négligence tient en partie au fait que l'activité publique de Babeuf s'est déroulée après les grands événements révolutionnaires, en quelque sorte comme une « suite » de la Révolution. Les principaux leaders étaient tombés ou dispersés, et les levées en masse du peuple des quartiers Saint-Antoine et Saint-Marceau avaient été vaincues et désarmées par les forces de la nouvelle classe dirigeante qui avait pris la place des anciennes autorités royales et féodales. Babeuf, initialement nommé François Noël, ne joua aucun rôle politique important pendant l'apogée de la Révolution. Son nom devint important seulement en l'an IV (1795), avec la formation de la société qui se réunissait près du Panthéon. Le mouvement fut victime de la trahison, tué, comme le croyaient ses promoteurs, à la veille du succès, ce qui explique son oubli rapide. Néanmoins, pour les étudiants des mouvements démocratiques précoces et des précurseurs du socialisme moderne, l'agitation de Babeuf dans la dernière décennie du XVIIIe siècle est d'un intérêt majeur. Bax mentionne que cette monographie répond à un souhait exprimé par son ami William Morris, qui pensait qu'un récit clair et concis de l'incident Babeuf en anglais était nécessaire.
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chapter: "2"
title: "L'arrière-plan intellectuel du XVIIIe siècle"
quote: "Toute forme d'idées appartenant à une période passée de l'histoire, aussi moderne qu'elle puisse paraître, nous pouvons être sûrs qu'elle n'est pas ce qu'elle nous paraît à nous, gens du vingtième siècle, à première vue."
details:
Bax insiste sur la nécessité de comprendre l'arrière-plan intellectuel du XVIIIe siècle pour interpréter correctement les idées de la Révolution française. Il souligne que les mêmes mots ou phrases peuvent avoir des significations différentes selon les époques. Par exemple, l'aphorisme du Dr Johnson « le patriotisme est le dernier refuge des gredins » est souvent mal interprété aujourd'hui. Au XVIIIe siècle, l'antithèse principale était entre le peuple et ses dirigeants, et « patriote » désignait un défenseur des droits du peuple contre les classes dirigeantes, non un impérialiste moderne. L'auteur met en garde contre le danger de « lire dans le passé les conceptions d'une époque ultérieure ». L'arrière-plan mental des hommes du XVIIIe siècle est si différent que le sens qu'ils donnaient aux expressions ne peut être le même que celui qu'elles évoquent chez nous. Il faut notamment éliminer toute conception issue de la doctrine de l'évolution, absente de leur cadre mental. La société était conçue comme le résultat d'un contrat arbitraire, pouvant être modifié à volonté. La pensée classique dominait, comme en témoignent les pseudonymes antiques (Anacharsis Clootz, Anaxagoras Chaumette, Gracchus Babeuf). Le mouvement littéraire français dérivait en grande partie de sources anglaises (Hobbes, Locke, etc.), qui avaient influencé Condillac, Helvétius, Voltaire, Rousseau et les Encyclopédistes.
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chapter: "3"
title: "Les catégories politiques et économiques dominantes"
quote: "La catégorie politique dominante des XVIIe et XVIIIe siècles était celle de Souverain et de Sujet. De même, la catégorie économique dominante était celle de Riche et de Pauvre."
details:
L'auteur analyse comment la structure sociale de l'époque déterminait les catégories de pensée. L'absolutisme bureaucratique, en face d'un peuple sans droits (paysannerie opprimée et classe moyenne urbaine de petits maîtres), créait l'opposition tranchée entre dirigeants et sujets. Un prolétariat moderne, lié à la grande industrie, n'existait pas encore ; seule une population de compagnons et d'ouvriers, faible numériquement, constituait l'embryon du prolétariat, mais en tant qu'appendice économique de la petite classe moyenne. La classe foncière féodale, souvent absente et appauvrie, conservait ses privilèges et était liée à la cour. Dans ce contexte, l'opposition Riche/Pauvre était fondamentale, mais plus homogène qu'aujourd'hui : les riches étaient une classe relativement homogène (nobles et haut clergé) face à des pauvres également relativement homogènes. Au XXe siècle, la classe capitaliste n'est pas homogène (industriels, financiers, propriétaires fonciers aux intérêts souvent conflictuels), et la classe pauvre recouvre des groupes sociaux distincts. L'antithèse moderne s'exprime mieux par les pôles extrêmes : Capitaliste et Travailleur, définissant le rapport aux moyens de production. Au XVIIIe siècle, la question semblait n'être qu'une question de degré entre le petit maître et le compagnon, sans divorce économique net. C'est dans les campagnes que l'opposition riche/pauvre (paysan contre noble) était la plus directe et la plus aiguë.
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chapter: "4"
title: "La Révolution française de 1789 à Thermidor : un récit des événements"
quote: "Le 14 juillet, croyant imminente une attaque royale contre la ville depuis Versailles, la recherche d'armes fut redoublée, la Bastille fut prise d'assaut et prise."
details:
Bax récapitule le cours de la Révolution française depuis les États généraux de 1789 jusqu'à la chute de Robespierre le 9 thermidor an II (27 juillet 1794). Il décrit les étapes clés : la proclamation de l'Assemblée nationale, le serment du Jeu de Paume, la prise de la Bastille, l'abolition des droits féodaux la nuit du 4 août, la confiscation des biens du clergé, la marche des femmes sur Versailles, l'installation du roi aux Tuileries, la création des départements, la Constitution civile du clergé. Il mentionne l'essor du club des Jacobins et des Cordeliers, l'affaire de Nancy (massacre du régiment suisse), la fuite du roi à Varennes, le massacre du Champ-de-Mars, la dissolution de l'Assemblée constituante et l'élection de l'Assemblée législative dominée par les Girondins. La guerre est déclarée en avril 1792. La journée du 10 août 1792 voit la prise des Tuileries et la chute de la monarchie. La Convention nationale proclame la République en septembre 1792. Le procès et l'exécution de Louis XVI ont lieu en janvier 1793. Bax évoque ensuite la lutte entre la Montagne (robespierristes) et la Gironde, les insurrections fédéralistes, l'assassinat de Marat, la Constitution de 1793 (jamais appliquée), le Comité de salut public et la Terreur. Il décrit ensuite l'affrontement entre Robespierre et les factions : les Hébertistes (extrémistes) et les Dantonistes (modérés). Après l'élimination d'Hébert (mars 1794) puis de Danton (avril 1794), Robespierre instaure le culte de l'Être suprême (juin 1794) et la loi de Prairial, intensifiant la Terreur. Mais après la victoire de Fleurus (26 juin 1794), le prétexte de la guerre étrangère disparaît, et la peur grandit. Le 9 thermidor, Robespierre est renversé par la Convention et exécuté le lendemain.
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chapter: "5"
title: "La réaction thermidorienne et l'émergence de Babeuf"
quote: "C'est maintenant, durant cet automne de 1794, que la grande activité politique de Gracchus Babeuf à Paris commença, et commença dans le sens des Thermidoriens, comme on appelait les artisans de la récente révolution."
details:
Bax explique les conséquences immédiates de la chute de Robespierre : la fin du système de la Terreur, l'abrogation de mesures économiques comme la loi du Maximum, la fermeture du club des Jacobins (novembre 1794), et l'entrée dans une voie de réaction politique et sociale. C'est dans ce contexte que Babeuf fait ses débuts journalistiques à Paris. Il commence par attaquer violemment le régime déchu de la Terreur et tous ses partisans. Cependant, face au caractère réactionnaire du nouveau gouvernement dominé par les Thermidoriens et par les survivants girondins réintégrés, Babeuf évolue. Sa vision s'éclaircit et son amertume grandit. Il en vient à considérer la Constitution de 1793 et les autres objectifs politiques pour lesquels il lutte non plus comme des fins en soi, mais comme des moyens d'atteindre un état de société communiste. Cette conception, propre au XVIIIe siècle, est envisagée sous la seule forme possible à cette époque : une société basée sur la communauté des biens, pensée dans le cadre abstrait des catégories de l'époque (Riche/Pauvre, Peuple/Souverain). L'activité de Babeuf se situe donc à un moment charnière : après l'échec de la Révolution bourgeoise radicale, il cherche à pousser la logique égalitaire jusqu'à son terme communiste, en organisant une conspiration clandestine qui échouera par trahison.
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chapter: "6"
title: "Naissance et origines familiales"
quote: "Il naquit d'une constitution si délicate qu'on ne s'attendait pas à le voir vivre."
details:
François-Noël Babeuf, plus tard connu sous le nom de Gracchus Babeuf, est né à Saint-Quentin le dimanche 23 novembre 1760, selon les recherches de M. Victor Advielle. Sa naissance fut marquée par une fragilité extrême, qu'il attribua lui-même dans ses notes intimes aux privations subies par sa mère pendant la grossesse, dues à la pauvreté de ses parents. Son père, Claude Babeuf, était bien plus âgé que sa mère et exerçait la fonction d'« employé des fermes du roy au Faubourg St Martin de la ville de St Quentin ». La famille était originaire de la petite commune de Bobeuf (ou Babœuf) en Picardie, dans l'actuel département de l'Oise. Cette commune, selon les récits, aurait été fondée par un descendant de la famille de Calvin et peuplée de colons protestants réfugiés de diverses régions, entretenant des liens avec d'autres colonies calvinistes de paysans cultivateurs. Ces origines modestes et ce contexte protestant ont profondément influencé la jeunesse de Babeuf.
Le père de Babeuf, Claude, possédait une histoire singulière. Doué de grandes capacités, il fut député dans sa jeunesse par les membres de la colonie protestante pour mener des négociations à l'étranger en vue d'une union des sectes luthérienne et calviniste. Sa mission ayant échoué, il s'engagea dans les troupes de Marie-Thérèse d'Autriche, où il atteignit le grade de major sous le nom de l'Épine Babeuf. Il fut par la suite nommé précepteur des enfants de l'impératrice. Des années plus tard, l'empereur Joseph II, passant par la Picardie, aurait rencontré le fils de son ancien major et lui aurait offert un emploi brillant à la cour de Vienne. Babeuf, déjà animé de principes démocratiques sévères, aurait refusé ces offres. L'auteur exprime des doutes sur la véracité de cet épisode, le jugeant peu probable compte tenu de l'immaturité politique de Babeuf à l'époque.
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chapter: "7"
title: "Enfance, éducation et serment paternel"
quote: "Jure sur cette épée, qui ne s'est jamais écartée du chemin de l'honneur, de ne jamais abandonner les intérêts du peuple."
details:
Babeuf décrit son père comme un homme « aussi fier qu'un Castillan, se croyant toujours riche et heureux au milieu de la plus profonde misère ». Ce père ne fréquentait jamais les cabarets mais aimait, en de rares occasions, revêtir son uniforme de soldat, qu'il conservait précieusement avec son sabre redoutable. Il enseigna à son fils les rudiments du latin, des mathématiques et de la langue allemande. Vers l'âge de quinze ans, François-Noël entra comme commis chez un commissaire aux terriers, qui lui apprit l'arpentage. Deux ans plus tard, il travailla pour un propriétaire terrien près de la petite ville de Roye en Picardie. Son père mourut vers 1781, laissant à la charge de son fils sa mère et ses sœurs, que Babeuf entretiendra pendant plus de seize ans.
Sur son lit de mort, le vieux Claude Babeuf remit à son fils un exemplaire usé des *Vies parallèles* de Plutarque, en lui disant que ce livre avait été sa consolation dans les joies et les peines de la vie. Il exhorta son fils à étudier la vie des grands hommes de l'Antiquité. Il exprima le souhait d'avoir ressemblé à Caïus Gracchus, même au prix d'une mort semblable pour la cause du bien commun. Avant de mourir, il fit jurer à son fils, sur son épée, de ne jamais abandonner les intérêts du peuple et de verser, si nécessaire, la dernière goutte de son sang pour éclairer et défendre cette « race foulée aux pieds ». Ce serment solennel marqua profondément le jeune Babeuf.
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