Alain Soral Vers la féminisation.pdf

Vers la féminisation ? Démontage d'un complot antidémocratique

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chapter: "1"

title: "La femme existe-t-elle ? Nature, corps et œdipe"

quote: "La nature féminine, difficile objet de pensée... De tout temps (plus exactement depuis les débuts de l'histoire jusqu'au début de ce siècle), ce sont les hommes qui ont pensé la nature et, en son sein, la nature féminine."

details:

Soral commence par interroger l'unité de l'objet « femme », au-delà de la diversité observable. Il rejette le dualisme transcendantal (corps/esprit) pour adopter un monisme dialectique où l'esprit vient d'abord du corps. Il affirme que les aspirations biologico-organiques du corps féminin (la maternité, la passivité, le besoin de plénitude) influencent directement la pensée. Pour le démontrer, il utilise l'exemple de l'anorexie mentale, qu'il interprète comme le refus inconscient, chez une jeune fille, de se soumettre à sa féminité en devenir, conçue comme une régression dévalorisante. Ce refus se manifeste par un rejet de l'ingestion, des formes et des règles, symptômes d'une pathologie œdipienne.

L'auteur expose ensuite la dissymétrie de l'œdipe entre le garçon et la fille. Pour le garçon, l'arrivée du père marque la fin de la fusion avec la mère et l'introduction de la loi, de l'effort et du monde social. Le « meurtre du père » structure son esprit en deux catégories mentales distinctes et hiérarchisées : le psychologico-affectif (monde maternel) et l'économico-social (monde paternel). Pour la fille, l'œdipe est différent : elle n'a pas à rivaliser avec le père, mais est attirée par lui. Son amour évolue de la mère au père sans rupture, la maintenant dans une seule catégorie mentale, le tout psychologico-affectif. Cette absence de meurtre du père explique, selon Soral, la réduction psychologiste propre à l'esprit féminin.

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chapter: "2"

title: "Qu'est-ce que la féminité ? Réduction psychologiste et incapacité politique"

quote: "La réduction psychologiste... se montre donc parfaitement incapable de saisir les mécanismes sociaux (conflit entre Marcel et Josiane, petits commerçants et la grande distribution), où il s'agit toujours de relations d'intérêts économiques entre les divers groupes qui constituent une société donnée."

details:

Soral définit la féminité non comme une essence, mais comme une « loi tendancielle » découlant de la structuration œdipienne. L'esprit féminin, incapable de dépasser le psychologico-affectif pour accéder à la catégorie de l'économico-social, ne peut appréhender les phénomènes politiques dans leur spécificité. Il illustre cette thèse par une critique acerbe de deux penseuses : Hannah Arendt et Élisabeth Badinter. Il accuse Arendt de réduire le totalitarisme à une « obsession du mouvement perpétuel » ou à un « virus », occultant les causes économiques et sociales. Il reproche à Badinter de réduire le siècle des Lumières à une affaire de « délicatesse des mots » dans les salons, ignorant la réalité des 99,9% de la population qui n'étaient pas des nobles de cour.

L'auteur détaille les conséquences de cette réduction psychologiste. Sur le plan éthique et politique, l'absence de meurtre du père empêche la femme d'accéder à une morale universelle, car elle ne peut dépasser l'amour instinctif pour sa propre famille. Elle ressent l'ordre dominant comme indiscutable, ce qui la rend conformiste et sujette à la manipulation. Sur le plan épistémologique, son désir de plénitude et sa logique du « peut-être » (propre à la séduction) s'opposent au désir masculin de conquête et à la logique binaire du « oui/non », fondement de la pensée cohérente. Cela la pousse vers la pensée magique (astrologie). Enfin, sur le plan affectif, son courage (lié à l'enfantement) s'accompagne d'une petitesse de projet et d'une amoralité envers tout ce qui est extérieur à la famille.

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chapter: "3"

title: "Pour en finir avec le féminisme : une pathologie de classe"

quote: "Ainsi la bourgeoise de gauche, par le féminisme, a-t-elle réussi à spolier le travailleur de son unique prestige : le prestige moral de l'opprimé."

details:

Soral attaque le féminisme comme une « vision fantasmatique de l'histoire » qui opposerait un passé de machisme à un présent de libération par la consommation. Il rappelle que la condition d'une femme dépend d'abord de sa position sociale, et non de son sexe. Il dénonce l'illusion que les femmes constituent un groupe social homogène, une illusion entretenue par la réduction psychologiste. Le féminisme est présenté comme une pathologie psychologique et sociale, née de la combinaison d'une pathologie œdipienne (père absent, mère frustrée) et d'une position sociale privilégiée (bourgeoisie du tertiaire). Il permet à la bourgeoise de gauche de masquer son propre parasitisme et de diviser la classe ouvrière.

L'auteur distingue deux vagues féministes. La première, « masculinisante », incarnée par Simone de Beauvoir, est celle de la « flippée » qui refuse sa féminité et idéalise la masculinité. La seconde, « féminisante », incarnée par Élisabeth Badinter, est celle de la « pétasse » qui revendique la « différence » féminine comme une force progressiste en soi. Soral affirme que ces deux courants, bien qu'opposés, servent le même objectif : permettre aux femmes de la bourgeoisie d'accéder aux loisirs culturels et aux postes de communication, tout en justifiant leur arrivisme. Il conclut que les « vraies » femmes (ouvrières, employées) ne sont pas féministes, car elles perçoivent la maternité comme une grâce et le travail comme une obligation.

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chapter: "4"

title: "La féminisation en marche : origines économique, affective et stratégique"

quote: "La social-démocratie néolibérale compte donc tout particulièrement sur elle [la jeune fille bourgeoise 'de gauche'] pour nous éclairer. C'est pourquoi elle encense et promeut la moindre de ses œuvres."

details:

Soral identifie trois origines à la féminisation de la société. L'origine économique est l'extension du secteur tertiaire et le taylorisme, qui ont réduit le champ de conscience du travailleur. En n'accomplissant plus qu'une tâche répétitive et éloignée de la production, l'homme perd la vision globale de son rôle social et ne perçoit plus l'économico-social comme un enjeu. Il devient « féminisé », sa conscience se réduisant au psychologico-affectif. L'origine affective est la dislocation de la famille : la mère, travaillant à l'extérieur, est moins présente, et le père, féminisé par son travail, devient faible. L'enfant, éduqué sans père, ne peut accéder à la morale ni au sens du collectif, restant dans un monde de séduction généralisée.

L'origine stratégique est la plus importante pour Soral. L'oligarchie économico-politique a tout intérêt à promouvoir la féminisation pour maintenir son pouvoir. La femme, par son psychologisme et son moindre intérêt pour le politique, est un relais idéal. Elle est utilisée comme égérie de la consommation (pour pousser à l'achat) et comme exécutante zélée des restructurations (Nicole Notat, Margaret Thatcher). La « jeune fille bourgeoise de gauche », par son inconscience maximale, est l'instrument privilégié de cette manipulation. À l'inverse, le « déclassé », par sa double sensibilité (bourgeoise et d'opprimé), est le seul à pouvoir comprendre le monde dans sa globalité et à incarner l'intérêt général.

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chapter: "5"

title: "Émancipation et progressisme : du désir à la consommation de masse"

quote: "Le génie de la social-démocratie néolibérale aura été de réussir à faire exterminer l'un par l'autre: la solidarité du monde du travail et la conscience de la classe exploitée, par le désir égoïste qui existe en chaque individu."

details:

Soral développe une théorie du « péché originel » : le nourrisson vit dans un état de parasitisme pur, jouissant sans contrepartie. La famille est le lieu de transition vers l'« assumation », c'est-à-dire l'acceptation de l'équivalent-travail. Le père joue un rôle crucial en arrachant l'enfant à la tentation de l'immaturité. L'« inassumé » est la tendance à vouloir revenir à cet état de parasitisme, ce qui est à l'origine de l'exploitation économique. L'auteur distingue le travail authentique (contribution à l'effort collectif) du travail parasitaire (optimisation du parasitisme). La femme, par sa moindre nostalgie de la mère et sa vision intra-œdipienne, a un rôle secondaire dans l'exploitation comme dans l'émancipation.

L'auteur retrace l'histoire de l'idéologie du désir, de la psychanalyse freudienne à la société de consommation. La psychanalyse, en réduisant le père à un rival affectif et en occultant son rôle social, a légitimé le parasitisme infantile au nom du « droit au désir ». Cette idéologie a été reprise par la bourgeoisie « de gauche » (surréalistes, existentialistes, gauchistes) pour justifier son propre parasitisme et déconsidérer à la fois le paternalisme de droite et les revendications matérielles des ouvriers. La société de consommation est présentée comme un « œdipe sans père », où le citoyen est réduit à un consommateur passif et exigeant. Soral conclut que ce système mène à une crise généralisée, où la division du travailleur (entre travailleur et consommateur) conduit à l'absurdité de licencier les consommateurs.

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chapter: "6"

title: "Conclusion : Ni le corps ni l'œdipe ne sont des démocraties"

quote: "Le premier ennemi de la femme opprimée n'est donc pas l'homme, mais ce qu'une femme lucide appelait récemment : l'horreur économique ; soit la dure loi unisexe du Capital."

details:

Soral conclut en réaffirmant que la guerre des sexes est une « psychologisation féminine et bourgeoise de la lutte des classes ». Il rappelle que les femmes font les enfants par nature, non par oppression, et que le respect du père est une structure de représentations issue de la binarité des sexes. L'égalitarisme démocratique ne peut prendre son sens que dans le politique, dont l'essence est la gestion du travail et des richesses. Il souligne que les rentières gagnent autant que les rentiers, et que le premier ennemi de la femme est le Capital, non l'homme. Le second ennemi est le psychologisme qui l'empêche d'identifier ce véritable oppresseur.

L'auteur appelle la femme à une double émancipation : de l'oppression économique (par l'union des travailleurs) et d'elle-même (de sa propre réduction psychologiste). Il rend hommage aux hommes de progrès et aux femmes (mères, épouses, Louise Michel) qui les ont épaulés. Il affirme que si la femme est restée un citoyen de second ordre, c'est d'abord parce que le politique est secondaire dans son esprit. La conclusion est un appel à dépasser le féminisme pour une lutte sociale unie, reconnaissant la complémentarité des sexes et la nécessité d'une conscience politique qui intègre la double détermination (psychologique et économique) de l'existence humaine.