Articles from La Gnose (Rene Guenon Berserker Books)+++.pdf

ARTICLES FROM LA GNOSE is “ys P pa RENE GUENON (partie 1)

Articles de La Gnose par René Guénon (1909-1912)

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chapter: "1"

title: "Programme et Principes Fondamentaux de La Gnose"

quote: "Cette Revue s'adresse non seulement à nos frères et soeurs en Gnose, mais à tous ceux qui s'intéressent aux questions religieuses et sont curieux des croyances anciennes."

details:

L'article inaugural de la revue *La Gnose* (novembre 1909) définit clairement son objectif et son public. La publication se présente comme l'organe de l'Église Gnostique Universelle et s'adresse à la fois aux initiés et aux chercheurs. Son programme est de publier les écrits de Jules Doinel, restaurateur de la Gnose au XIXe siècle, ainsi que des traductions d'œuvres fondamentales comme les *Philosophumena* et la *Pistis Sophia*. Elle se propose d'étudier les croyances, symboles et pratiques religieuses gnostiques. Une position doctrinale ferme est affirmée : la revue refusera toute polémique et n'insérera que des communications correctement rédigées et d'un développement limité, centrées sur l'intérêt pour la Gnose. Cette déclaration d'intention établit le ton sérieux et exclusivement doctrinal de la publication, se démarquant des débats contemporains pour se concentrer sur la transmission d'un savoir traditionnel.

Dans un éditorial ultérieur intitulé "À nos lecteurs" (mars 1910), Guénon, sous le pseudonyme de la direction, précise et approfondit la définition de la Gnose. Il la présente comme la Connaissance intégrale et la Synthèse universelle, racine commune de toutes les traditions particulières. La revue se consacre donc à l'étude de la science ésotérique, une et immuable comme la Vérité elle-même, en laissant de côté l'exotérisme, les sciences expérimentales et les systèmes philosophiques analytiques. Il insiste sur l'impossibilité d'atteindre la Synthèse par l'analyse, erreur fatale de la science occidentale moderne. La Gnose est distinguée du gnosticisme historique, qui n'en est qu'une adaptation particulière. Enfin, la revue prend ses distances avec les courants occultistes, théosophistes et spiritualistes expérimentaux, les jugeant travaillant sur un plan différent, voire inférieur, et parfois dangereux par leur ignorance.

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chapter: "2"

title: "La Doctrine du Démiurge et l'Origine du Mal"

quote: "Si Deus est, unde Malum? Si non est, unde Bonum?"

details:

Dans la série d'articles "Le Démiurge", Guénon aborde le problème métaphysique de l'origine du Mal. Il rejette la création *ex nihilo* comme absurde et contraire au principe de causalité. Partant de l'idée d'un Principe suprême unique, infini et parfait (l'Un), il explique que l'imperfection ne peut en émaner directement. La dualité (Être/Non-Être, Bien/Mal) est produite par l'Un, mais cette opposition n'est qu'apparente. Le Non-Être n'est pas le néant, mais la possibilité de l'être, le non-manifesté supérieur au manifesté. La distinction entre Bien et Mal n'existe que d'un point de vue fragmentaire et analytique ; du point de vue universel, elle est illusoire. Ce que nous appelons le Mal n'est que le relatif, un fragment de la Vérité totale. C'est l'illusion du dualisme qui réalise le Bien et le Mal en substituant la Multiplicité à l'Unité.

Guénon identifie ensuite le Démiurge non à une puissance extérieure, mais à la volonté de l'homme lui-même en tant qu'elle réalise la distinction entre Bien et Mal. Par cette distinction, l'homme crée l'individualité, se revêt de formes et s'enferme dans l'Empire du Démiurge, le "Prince de ce monde". Ce domaine est le monde inférieur, séparé du monde principiel, mais cette séparation n'est jamais absolument réelle. Le Démiurge est un reflet ténébreux et inversé de l'Être, le collectif des êtres en tant qu'individus distincts. Il est identique à l'Adam Protoplaste, le premier formateur. La "chute" originelle est ainsi symbolisée comme la fragmentation de la Vérité totale (l'Adam Kadmon) sous l'effet du Nahash (l'égoïsme ou désir d'existence individuelle).

La libération de l'empire du Démiurge s'obtient par la Gnose, la Connaissance intégrale. Guénon distingue trois mondes ou états de l'être : le monde hylicique (matériel), le monde psychique et le monde pneumatique. Seul le Pneumatique, qui s'identifie à l'Esprit universel (Âtmâ), est sauvé, délivré des naissances mortelles (changements de forme) et de l'action. Il cite abondamment le traité de Shankarâchârya pour illustrer cet état d'union (Yoga) et de béatitude éternelle. La morale n'existe que dans le plan social, domaine de l'action et du changement ; du point de vue métaphysique universel, elle n'a plus de raison d'être. Le Nirvâna est ainsi défini non comme une annihilation, mais comme la plénitude de l'Être, la quiétude immuable du Sage affranchi de l'agitation du monde formel.

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chapter: "3"

title: "Critique des Écoles Spiritualistes et de l'Occultisme Moderne"

quote: "Gnosis, dans son sens le plus large et le plus élevé, est la Connaissance ; le vrai Gnosticisme ne peut donc être une école ou un système particulier."

details:

Guénon opère une distinction radicale entre la Gnose, recherche de la Vérité intégrale basée sur la Tradition orthodoxe, et les diverses écoles dites "spiritualistes" de son époque. Il critique vertement ces dernières (occultisme, théosophie, spiritisme expérimental) qu'il considère comme un matérialisme transposé sur un autre plan. Leur erreur fondamentale est d'appliquer au domaine spirituel les méthodes analytiques et expérimentales des sciences naturelles, ce qui ne peut révéler que des phénomènes, non des principes universels. L'étude des "forces psychiques" n'a pour lui pas plus d'intérêt spirituel que celle de toute autre force naturelle.

Il rejette également les tentatives d'union entre ces écoles, les jugeant vouées à l'échec car basées sur des doctrines disparates et souvent erronées. La seule union possible et réelle est celle des centres initiatiques orthodoxes qui ont préservé la Tradition dans sa pureté originelle. Il met en garde contre les interprétations fantaisistes des textes sacrés et les prétentions de certains courants à être en contact avec des centres initiatiques mythiques (comme au Tibet). Pour Guénon, la véritable connaissance spirituelle ne s'acquiert pas par des moyens extérieurs ou des expériences, mais par une recherche intérieure et l'étude des doctrines traditionnelles authentiques.

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chapter: "4"

title: "Gnose, Franc-Maçonnerie et Orthodoxie Initiatique"

quote: "« La Gnose, dit le T\ Ill\ F\ Albert Pike, est l'essence et la moelle de la Franc-Maçonnerie. »"

details:

Guénon explore les liens profonds entre la Gnose et la Franc-Maçonnerie, qu'il présente comme deux voies initiatiques poursuivant le même but : la Connaissance intégrale. Il cite Oswald Wirth pour expliquer que l'initiation maçonnique comprend trois grades fondamentaux (Apprenti, Compagnon, Maître) correspondant aux trois phases de la découverte, de l'assimilation et de la propagation de la Lumière. Ces grades répondent aux questions métaphysiques essentielles. Il souligne que les "hauts grades" multiples sont des développements factices, l'essence de l'initiation résidant dans la triple structure de base.

Il défend ensuite la notion d'orthodoxie maçonnique, qu'il fait reposer non sur une transmission historique ininterrompue (toujours contestable), mais sur la fidélité à la Tradition, aux symboles et aux formes rituelles. Il critique le "modernisme" qui rejette le symbolisme au profit d'un ritualisme vide de sens ou d'activités purement sociales ou politiques. L'orthodoxie implique la compréhension ésotérique des symboles, qui sont la "forme sensible d'une synthèse philosophique d'ordre transcendant". Il commente la controverse autour du symbole du Grand Architecte de l'Univers (G.A.D.L.U.), affirmant qu'il ne s'agit pas d'un dogme théiste, mais d'un symbole à interpréter rationnellement, acceptable par tous les Maçons quelle que soit leur opinion philosophique.

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chapter: "5"

title: "L'Archéomètre : Clé de la Synthèse Traditionnelle"

quote: "L'Archéomètre [...] est l'instrument synthétique applicable à toutes les manifestations du Verbe."

details:

Guénon consacre une longue étude à l'Archéomètre, instrument synthétique attribué à Saint-Yves d'Alveydre. Il le présente comme un "révélateur cyclique" ou "code cosmologique" permettant de ramener toutes les traditions à leur Principe commun et de les situer dans l'Harmonie universelle. Sa base numérique est le duodénaire, et il met en correspondance rigoureuse les couleurs, planètes, signes zodiacaux, notes musicales, caractères alphabétiques et nombres. Guénon insiste sur le fait que rien dans cet instrument n'est arbitraire ; il est construit mathématiquement et représente la mesure du Principe (Arkheios metron).

Il explique la construction de l'Archéomètre autour de quatre triangles équilatéraux entrelacés (représentant les quatre éléments) inscrits dans un cercle, avec douze couleurs correspondant aux signes du zodiaque. Il détaille les correspondances planétaires, les domiciles diurnes et nocturnes, et les liens avec les métaux et leurs oxydes. Une part importante est consacrée à l'alphabet Watan, considéré comme l'alphabet primitif atlante, composé de 22 lettres (3 mères, 7 planétaires, 12 zodiacales) qui se reflètent dans l'alphabet hébraïque primitif. Guénon montre comment les combinaisons de ces lettres forment des noms sacrés (comme IPhO, IShO, MaRiaH, BRaHMâ) et comment leurs valeurs numériques renvoient à des cycles cosmiques.

L'étude aborde également la division de l'année et des cycles temporels. L'Archéomètre place le début de l'année au solstice d'hiver (15e degré du Capricorne), correspondance perturbée plus tard par Krishna qui le déplaça à l'équinoxe de printemps. Guénon calcule l'âge de l'Archéomètre en se basant sur le cycle de la précession des équinoxes (la "Grande Année" de 24 000 à 26 000 ans), l'estimant entre 25 000 et 30 000 ans, le reliant ainsi à la civilisation atlante. L'instrument est présenté comme la clé de l'herméneutique et la synthèse de toutes les organicités et harmonicités universelles liées au Verbe créateur.

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chapter: "6"

title: "Critique de la Philologie et des Missions Scientifiques"

quote: "Le prétendu progrès de la philologie semble assez douteux, à en juger par l'enseignement officiel des langues orientales encore aujourd'hui."

details:

Sous le prétexte d'un compte-rendu de la mission de Paul Pelliot en Asie centrale (1909-1910), Guénon lance une critique acerbe de la philologie et de l'orientalisme académiques de son époque. Il met en doute la capacité des savants occidentaux à comprendre et traduire les textes sacrés de l'Orient. Il prend pour exemple les traductions du *Tao Te King* par Stanislas Julien, qu'il compare défavorablement à celle de Matgioi (Albert de Pouvourville), cette dernière ayant été approuvée par des sages taoïstes. Il rapporte le jugement cinglant d'un érudit chinois sur la traduction de Julien, la qualifiant de "fabrication grotesque".

Il étend cette critique à l'égyptologie et à l'assyriologie, dont les méthodes (comme celle de Champollion) sont jugées inadéquates pour déchiffrer des langues idéographiques sacrées. Il reproche aux philologues d'interpréter ces langues comme des langues vulgaires alphabétiques, ignorant la pluralité de sens des caractères hiéroglyphiques qui varient selon les plans de l'Univers. Il souligne l'erreur des exégètes bibliques qui, ne comprenant pas la nature idéographique de l'hébreu, donnent des interprétations ridicules des noms divins. Pour Guénon, les Livres Sacrés ne peuvent être "traduits" à proprement parler, mais seulement commentés ou paraphrasés, tâche à laquelle les philologues officiels ont échoué.

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chapter: "7"

title: "Métaphysique des Nombres et Représentation Symbolique"

quote: "« Au commencement, avant l'origine de toutes choses, était l'Unité » [...] « Avant le commencement, avant même l'Unité primordiale, était le Zéro »."