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Le Dieu Fumé : Voyage au Monde Intérieur d'après le Récit d'Olaf Jansen

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chapter: "1"

title: "Préface de l'Auteur et Présentation du Récit"

quote: "Je crains que l'histoire apparemment incroyable que je vais raconter ne soit considérée comme le résultat d'un intellect déformé... plutôt qu'un enregistrement véridique des expériences inégalées racontées par un certain Olaf Jansen."

details:

L'ouvrage s'ouvre sur une préface de l'éditeur, Willis George Emerson, qui exprime ses appréhensions quant à la nature extraordinaire du récit qu'il s'apprête à publier. Il se présente comme un simple chroniqueur, relatant les dires d'Olaf Jansen, un vieux Norvégien de 95 ans qu'il a rencontré à Los Angeles. Emerson admet que l'histoire défie toute analyse rationnelle et remet en question les connaissances cosmographiques établies. Il évoque les mystères non résolus du Grand Nord, qui fascinent scientifiques et profanes depuis des siècles, et se demande si la géographie mondiale est incomplète. Il mentionne des références antiques, comme Platon et Hécatée, qui situent la demeure d'Apollon chez les Hyperboréens, au-delà du Vent du Nord, suggérant une ancienne croyance en un monde intérieur.

Emerson raconte comment il a rencontré Olaf Jansen, un homme d'une grande érudition et d'une gentillesse remarquable, vivant seul dans un bungalow. Leur amitié s'est développée au fil de conversations où Jansen, un ancien pêcheur des îles Lofoten, a peu à peu dévoilé son histoire. Le récit culmine lors d'une nuit d'urgence, alors que Jansen, sentant sa fin prochaine, convoque Emerson à son chevet. Là, il lui confie des manuscrits, des dessins et des cartes, lui faisant promettre de les publier après sa mort pour révéler la vérité sur les régions polaires. Jansen, craignant d'être à nouveau persécuté et interné comme fou, insiste pour que l'histoire soit rendue publique après son décès. Emerson accepte, et après avoir rendu les derniers hommages à cet explorateur hors du commun, il se prépare à divulguer son récit.

L'éditeur expose ensuite les grandes lignes de la théorie du monde intérieur selon Jansen. Il compare la Terre à un œuf dont on aurait brisé les deux extrémités, ou à une géode, une pierre creuse. La croûte terrestre aurait une épaisseur d'environ 300 miles (480 km), et la gravité serait centrée non pas au centre de la Terre, mais au milieu de cette coquille. Ainsi, l'intérieur de la Terre serait un vaste espace creux, abritant des terres, des mers et une vie luxuriante. Au centre de cet espace flotterait une immense boule de feu rougeâtre, source de lumière et de chaleur, que les habitants appellent "Le Dieu Fumé". Jansen affirme que le véritable "Jardin d'Éden" se trouve à l'intérieur, sur un haut plateau où prennent source les quatre grands fleuves bibliques : l'Euphrate, le Pison, le Gihon et le Hiddékel.

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chapter: "2"

title: "Le Voyage d'Olaf Jansen et l'Entrée dans le Monde Intérieur"

quote: "Pourquoi ne pas naviguer vers cette bonne terre ? Le ciel est clair, le vent favorable et la mer ouverte."

details:

Olaf Jansen, né en 1811, raconte son enfance et sa vie de pêcheur aux côtés de son père, Jens Jansen, un homme robuste et déterminé. En avril 1829, ils quittent Stockholm à bord de leur sloop de pêche, avec l'intention de se rendre aux îles Lofoten. Après une escale à Hammerfest, ils décident de pousser plus au nord, vers le Spitzberg et la Terre de François-Joseph, où son père avait déjà trouvé des défenses d'ivoire. C'est là, face à une mer libre et un ciel clair, que le père, fervent adepte d'Odin et Thor, évoque la tradition d'une terre magnifique au-delà du Vent du Nord. Emporté par l'enthousiasme, Olaf propose de s'y aventurer, et son père accepte, confiant dans la protection d'Odin.

Leur voyage les mène à travers un labyrinthe d'icebergs et de chenaux étroits. Après plusieurs jours, ils atteignent une île inconnue, puis une mer ouverte où la température est étonnamment douce. Ils subissent une violente tempête de neige qui manque de les submerger, mais ils en réchappent miraculeusement. Après la tempête, ils découvrent avec stupéfaction que l'eau de mer est devenue douce, une aubaine providentielle. Leur boussole devient folle, un phénomène connu sous le nom de "dip of the needle", avant de se stabiliser à nouveau. Ils naviguent ensuite pendant onze jours, observant un soleil bas et une étoile unique au zénith, avant d'apercevoir une lueur rougeâtre et fumée à l'horizon, qu'ils prennent d'abord pour un soleil factice.

Cette lueur, qu'ils identifient plus tard comme "Le Dieu Fumé", devient leur guide. Ils finissent par atteindre une côte verdoyante et boisée, et s'engagent dans l'embouchure d'un immense fleuve, qu'ils apprendront plus tard être le Hiddékel. Après dix jours de navigation sur ce fleuve, ils sont découverts par un navire gigantesque transportant des centaines de personnes d'une stature prodigieuse, mesurant toutes plus de douze pieds de haut. Ces géants, d'abord amusés par la petite taille des deux explorateurs, les accueillent avec bienveillance. Leur sloop est hissé à bord comme une curiosité, et Olaf et son père sont emmenés vers la cité de "Jehu", marquant leur entrée officielle dans le monde intérieur.

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chapter: "3"

title: "La Vie et les Merveilles du Monde Intérieur"

quote: "Nous avons trouvé une race de géants... aux visages doux et beaux, extrêmement justes, avec des teints vermeils."

details:

Olaf et son père passent plus de deux ans dans le monde intérieur, où ils sont traités avec une grande courtoisie. Ils apprennent la langue locale, proche du sanskrit, grâce à leurs hôtes, Jules Galdea et sa femme. Ils découvrent une société avancée, où l'or est un métal commun utilisé pour la décoration. Les habitants, d'une stature de 10 à 15 pieds, vivent en paix et sont experts en agriculture, architecture, musique et sciences, notamment la géométrie et l'astronomie. Leur espérance de vie est exceptionnellement longue, atteignant souvent 600 à 800 ans. Les enfants ne commencent leur éducation qu'à 20 ans, et celle-ci dure 30 ans, dont 10 sont consacrés à l'étude de la musique.

Le monde intérieur est décrit comme un véritable paradis terrestre. La végétation y est luxuriante et gigantesque : des arbres de 800 à 1000 pieds de haut, des grappes de raisin de quatre à cinq pieds de long, et des pommes plus grosses que la tête d'un homme. Les forêts sont peuplées d'animaux tout aussi imposants, comme des éléphants de plus de 100 pieds de long et des oiseaux à l'envergure de 30 pieds. Le climat est doux et constant, avec une pluie quotidienne et une atmosphère électriquement chargée qui revitalise. La lumière est fournie par "Le Dieu Fumé", un nuage lumineux blanc qui se lève et se couche comme le soleil, créant un cycle de jour et de nuit.

Les explorateurs sont finalement conduits devant le Grand Prêtre, le souverain de tout le continent intérieur, dans la cité d'Éden. Cette cité est située sur le plus haut plateau montagneux, un lieu d'une beauté inouïe où se trouve la source des quatre fleuves : l'Euphrate, le Pison, le Gihon et le Hiddékel. Le Grand Prêtre, d'une taille de 14 à 15 pieds, les interroge longuement sur le monde extérieur. Impressionné par leurs récits et leurs cartes, il leur offre l'hospitalité et la liberté de voyager, mais les met en garde sur les dangers d'un retour. Après avoir visité de nombreuses villes et régions, Olaf et son père, malgré l'accueil chaleureux, décident de tenter le retour vers Stockholm, emportant avec eux des cartes détaillées du monde intérieur et une grande quantité d'or.

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chapter: "4"

title: "Le Retour Périlleux et la Tragédie dans l'Océan Antarctique"

quote: "Mon père jura par les dieux Odin et Thor qu'il reviendrait sûrement dans un an ou deux pour leur rendre une autre visite."

details:

Après avoir préparé leur sloop, Olaf et son père quittent le monde intérieur par l'ouverture sud, profitant des vents et des courants favorables. Leur voyage de retour est marqué par des conditions climatiques de plus en plus froides et la réapparition des glaces. Ils traversent à nouveau la zone où la boussole devient erratique, confirmant le passage de la courbe de la croûte terrestre. Ils doivent naviguer avec prudence à travers un labyrinthe d'icebergs, échappant de justesse à l'écrasement entre deux masses de glace en mouvement. Après quarante-cinq jours de cette navigation périlleuse, ils aperçoivent enfin une mer libre, signe qu'ils approchent de la surface extérieure.

Alors qu'ils se réjouissent de leur succès imminent et de la richesse en or qu'ils rapportent, une catastrophe se produit. Un iceberg massif, près duquel ils naviguent, se brise et se retourne. Le mouvement de bascule projette leur sloop en l'air. Olaf est éjecté et tombe sur la glace, tandis que son père reste empêtré dans le gréement du bateau. L'iceberg, en se stabilisant, s'enfonce brièvement, créant un maelström qui engloutit le sloop et Jens Jansen. Olaf, impuissant, assiste à la disparition de son père et de leur embarcation. Il reste seul, inconsolable, sur l'iceberg dérivant, luttant contre le froid et le désespoir.

Après des heures d'errance sur la glace, Olaf est secouru par un baleinier écossais, "The Arlington". Lorsqu'il tente de raconter son incroyable voyage, le capitaine, Angus MacPherson, le prend pour un fou et le fait mettre aux fers. Olaf, craignant pour sa santé mentale et sa liberté, apprend à se taire et invente une histoire plus plausible pour satisfaire l'équipage. Il est finalement libéré et travaille comme marin jusqu'à ce que le navire atteigne Stockholm. À son retour, il apprend le décès de sa mère. Pire encore, lorsqu'il confie son histoire à son oncle, celui-ci le fait interner dans un asile de fous, où il restera enfermé pendant vingt-huit longues et terribles années.

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chapter: "5"

title: "La Vie après l'Internement et les Réflexions Finales"

quote: "Je n'ai jamais cessé d'affirmer ma santé mentale et de protester contre l'injustice de ma détention."

details:

Après sa libération en 1862, à l'âge de 51 ans, Olaf Jansen se retrouve seul et sans amis. Il retourne à la pêche, d'abord comme matelot, puis comme propriétaire de son propre bateau. Pendant vingt-sept ans, il mène une vie de labeur et d'étude, gardant jalousement le secret de ses découvertes. Il vend son entreprise en 1889 et émigre aux États-Unis, s'installant d'abord dans l'Illinois, puis à Los Angeles en 1901. C'est là, dans la quiétude de son foyer, qu'il se consacre à la rédaction de son manuscrit et à la réalisation de cartes, dans le but de laisser un témoignage pour l'humanité.

Dans sa conclusion, Olaf Jansen réaffirme sa conviction que la science est encore à ses balbutiements concernant la cosmologie terrestre. Il explique que les mystères du Grand Nord, comme les neiges colorées, les courants d'eau douce et les ossements de mammouths, trouvent leur origine dans le monde intérieur. Il émet l'hypothèse que les explorateurs Andrée, Strindberg et Fraenckell, disparus en ballon en 1897, ont peut-être trouvé refuge dans ce monde. Il développe sa théorie sur le magnétisme terrestre, affirmant que l'aiguille de la boussole est influencée par des courants électriques qui font le tour de la Terre, passant à la fois sur les surfaces extérieure et intérieure.

Il propose également une nouvelle définition de la gravité, suggérant qu'elle devient neutre à mi-chemin de la croûte terrestre (à environ 150 miles de profondeur), avant de s'inverser pour attirer vers la surface intérieure. Il compare la Terre à une gigantesque dynamo, dont la rotation génère de l'électricité. Enfin, il conclut que le monde intérieur est le véritable berceau de l'humanité, le "Jardin d'Éden" originel, et que cette découverte devrait révolutionner toutes les théories physiques, paléontologiques, archéologiques, philologiques et mythologiques. Il voit dans les traditions égyptiennes, indiennes et amérindiennes des échos de cette vérité perdue.

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chapter: "6"

title: "Postface de l'Auteur"

quote: "Il est certain qu'il y a beaucoup de choses dans la littérature védique, dans 'Josèphe', l' 'Odyssée', l' 'Iliade'... qui, pour le moins, sont étrangement en harmonie avec le texte apparemment incroyable du vieux Norvégien, Olaf Jansen."

details:

Dans sa postface, l'éditeur Willis George Emerson revient sur les difficultés rencontrées pour déchiffrer et éditer les manuscrits d'Olaf Jansen. Il affirme avoir respecté scrupuleusement le texte original, ne se permettant que de très rares ajustements pour en clarifier le sens. Il refuse de donner un avis définitif sur la valeur ou la fiabilité des déclarations de Jansen, laissant le lecteur libre de se faire sa propre opinion. Il mentionne que les descriptions des lieux, des villes et des rivières correspondent aux cartes et dessins grossiers que Jansen lui a confiés.

Emerson annonce son intention de remettre ultérieurement ces documents, manuscrits et dessins, à la Smithsonian Institution, afin de les préserver pour les générations futures et pour tous ceux qui s'intéressent aux mystères du Grand Nord. Il souligne la cohérence surprenante entre le récit de Jansen et de nombreux textes anciens et traditions culturelles. Il cite notamment la littérature védique, les œuvres de Josèphe, les épopées homériques, les écrits de Flammarion, les traditions chinoises anciennes, et les mythes de la création du monde.

Cette postface sert à la fois de caution et de mise en garde. Emerson ne valide pas le récit, mais il le présente comme un document digne d'intérêt, dont la publication pourrait éclairer des zones d'ombre de l'histoire et de la science. En reliant l'histoire de Jansen à un vaste corpus de mythes et de légendes, il suggère que la croyance en un monde intérieur est un archétype universel, une tradition ancestrale qui mérite d'être prise en considération, même si elle défie la raison moderne. Le livre se termine ainsi sur une note de mystère, laissant le lecteur face à l'énigme du "Dieu Fumé".