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chapter: "1"
title: "Préface de l'auteur : Une étude scientifique des tempéraments"
quote: "Dans Thérèse Raquin j'ai voulu étudier des tempéraments, et non des caractères. [...] J'ai choisi des personnages souverainement dominés par leurs nerfs et leur sang, dépourvus de libre arbitre, entraînés à chaque acte de leur vie par les fatalités de leur chair."
details:
Émile Zola, dans sa préface à la seconde édition, répond aux critiques virulentes qui ont accueilli son roman. Il affirme que son but est avant tout scientifique : étudier des tempéraments, non des caractères. Il explique que ses personnages, Thérèse et Laurent, sont des "brutes humaines", dominées par leurs instincts et leurs nerfs, sans libre arbitre. Leur amour est la satisfaction d'un besoin, leur meurtre une conséquence de l'adultère, et leurs remords une simple "déréglage organique". Zola se présente comme un analyste, un chirurgien qui dissèque des corps vivants, et non comme un pornographe. Il déplore que la critique n'ait pas compris son intention et l'ait accusé d'immoralité, alors qu'il n'a cherché qu'à appliquer une méthode d'observation et d'analyse, propre à son siècle.
Zola précise que son roman est une étude de cas psychologique, où chaque chapitre examine un phénomène particulier. Il a voulu montrer l'union étrange entre deux tempéraments opposés (sanguin et nerveux) et les troubles profonds qui en résultent. Il se défend d'avoir écrit des scènes licencieuses, affirmant que son seul moteur était la "curiosité du savant". Il oppose sa démarche à celle des "petits livres roses" et des "indiscrétions de boudoir" que la presse recommande. Il espère que les vrais critiques, ceux qui comprennent la méthode moderne et naturaliste, sauront juger son œuvre pour ce qu'elle est : une tentative d'analyse scientifique, et non une œuvre immorale. Il conclut en acceptant d'avance les critiques sur le caractère exceptionnel du cas étudié et le manque de simplicité du style.
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chapter: "2"
title: "Le cadre oppressant du passage du Pont-Neuf"
quote: "Le passage du Pont-Neuf n'est pas un lieu de promenade. On le prend pour éviter un détour, pour gagner quelques minutes. Il est traversé par un public de gens pressés, qui n'ont que le souci d'aller vite et droit devant eux."
details:
Le roman s'ouvre sur une description minutieuse et oppressante du passage du Pont-Neuf, un corridor étroit, sombre et humide, qui sert de décor à l'essentiel de l'action. Ce lieu est présenté comme un antre, une galerie souterraine, où la lumière est blafarde et l'air chargé d'une humidité âcre. Les boutiques, "des trous sombres", sont tenues par des antiquaires et des marchands de pacotille. L'atmosphère est celle d'un tombeau, d'un lieu de passage où les gens se hâtent, sans jamais s'arrêter. Cette description n'est pas gratuite ; elle installe une ambiance de claustration, de malaise et de mort qui va imprégner toute l'histoire. Le passage est le symbole de la vie étouffée et monotone que mènent les personnages.
Au cœur de ce passage se trouve la mercerie de la famille Raquin. La boutique, avec ses vitrines poussiéreuses et ses marchandises jaunies, est un prolongement de l'atmosphère du passage. L'intérieur est long, étroit, meublé de quelques chaises et d'un comptoir. C'est dans ce cadre que Thérèse, la jeune femme au profil grave, passe ses journées, immobile et silencieuse, entre deux bonnets. La description de la boutique et de la vie qui s'y déroule (la mère Raquin qui somnole, Camille qui lit ou parle à voix basse) crée un sentiment d'ennui profond et de routine mortifère. Ce lieu est le théâtre de la lente asphyxie de Thérèse, prisonnière d'une existence qu'elle n'a pas choisie.
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chapter: "3"
title: "Les origines et la formation des personnages"
quote: "Thérèse grandit, couchant dans le même lit que Camille, sous les tièdes caresses de sa tante. Elle avait une santé de fer, mais on la soigna comme une enfant délicate, partageant les drogues que prenait son cousin, tenue dans l'air chaud de la chambre occupée par le petit malade."
details:
Le chapitre II et III retracent l'histoire des personnages. Camille, fils unique et maladif, a été élevé dans du coton par sa mère, qui l'a sauvé de la mort à plusieurs reprises. Il en a gardé un caractère égoïste et une faiblesse physique. Thérèse, orpheline, est recueillie par sa tante. Fille d'un capitaine français et d'une femme algérienne, elle possède une santé de fer et un tempérament de feu, mais elle est contrainte à une vie de recluse, partageant les médicaments et le lit de son cousin malade. Cette éducation forcée la rend hypocrite et renfermée, mais ses instincts sauvages et sa passion sommeillent en elle. Le mariage arrangé avec Camille est présenté comme une fatalité, un destin accepté sans passion.
Le déménagement à Paris, dans le passage du Pont-Neuf, est un nouveau coup porté à Thérèse. La boutique humide et sombre lui apparaît comme une tombe. Elle y mène une existence morne, rythmée par les visites des clients et les soirées du jeudi, qu'elle déteste. Ces soirées, où se retrouvent des personnages grotesques et sinistres (Michaud, Grivet, Olivier), sont pour elle un supplice. Elle s'évade en descendant servir les clients, trouvant un répit dans l'air humide de la boutique. Cette vie monotone et étouffante est le terreau sur lequel va germer sa passion adultère. Le portrait de Camille, fonctionnaire médiocre et vaniteux, contraste violemment avec la nature ardente et refoulée de Thérèse.
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chapter: "4"
title: "L'irruption de Laurent et la naissance de la passion"
quote: "Thérèse, qui n'avait pas dit un mot, regardait le nouveau venu. Elle n'avait jamais vu d'homme. Laurent, grand, fort, le visage frais, l'étonnait. Elle contemplait avec une sorte d'admiration son front bas, planté de cheveux noirs et durs, ses joues pleines, ses lèvres rouges, sa face régulière, d'une beauté sanguine."
details:
L'arrivée de Laurent, un ancien camarade de Camille, bouleverse l'équilibre du ménage. Laurent est un colosse sanguin, un ancien peintre raté, paresseux et sensuel, qui cherche une vie facile. Il est immédiatement attiré par Thérèse, qu'il voit comme une proie facile pour assouvir ses besoins. De son côté, Thérèse est fascinée par cette force brute, par ce corps vigoureux qui contraste tant avec la faiblesse de son mari. Leur première rencontre est un choc électrique. Laurent, pour se rapprocher d'elle, propose de faire le portrait de Camille, ce qui lui permet de venir régulièrement à la boutique et de passer du temps seul avec Thérèse.
Leur première étreinte est brutale et silencieuse. Thérèse, loin de se refuser, se donne avec une violence inattendue. Cette scène marque la révélation de sa vraie nature : la femme nerveuse et refoulée se transforme en une amante passionnée et insatiable. Laurent, d'abord surpris et presque effrayé par cette ardeur, devient rapidement dépendant d'elle. Leur liaison se poursuit dans la chambre conjugale, en plein jour, au nez et à la barbe de la mère Raquin. Thérèse, avec une audace et une hypocrisie consommées, organise leurs rendez-vous. Cette période est marquée par une exaltation sensuelle et une complicité dans la tromperie, qui contraste avec la monotonie de leur vie quotidienne.
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chapter: "5"
title: "L'obstacle et la genèse du meurtre"
quote: "— Alors, il faut nous dire adieu. — Non, je ne veux pas ! [...] — Je ne rêve qu'une chose, dit-il, je voudrais passer une nuit entière avec toi, m'endormir dans tes bras et me réveiller le lendemain dans tes baisers... Je voudrais être ton mari... Comprends-tu ?"
details:
La passion des amants est brutalement interrompue lorsque le chef de Laurent lui interdit de s'absenter. Incapables de se voir, ils sont rongés par le désir et la frustration. Leur unique rencontre dans la mansarde de Laurent est un moment de désespoir et de rage. C'est dans ce contexte de privation et de désir exacerbé que germe l'idée du meurtre de Camille. Laurent, dans un premier temps, évoque la mort de Camille comme une solution rêvée, une fatalité qui les libérerait. Thérèse, d'abord effrayée, saisit cette idée. Leur dialogue est lourd de sous-entendus, où la mort est envisagée comme un accident possible, un "hasard" providentiel.
Laurent, de retour chez lui, est en proie à une fièvre meurtrière. Il analyse froidement les avantages de la mort de Camille : il pourrait épouser Thérèse, hériter de la mère Raquin, quitter son travail et vivre une vie de paresse et de plaisir. Son instinct de paysan prudent le pousse à envisager un crime sans risque, une "disparition simple". Il rejette l'idée d'un meurtre violent et cherche un plan plus subtil. Thérèse, de son côté, est hantée par la même idée. Leur complicité dans le désir se transforme en une complicité criminelle. La promenade à Saint-Ouen, où Camille dort paisiblement, est le théâtre d'une tentation : Laurent lève le pied pour écraser le visage de son ami, mais se retient, jugeant le geste trop risqué. Le meurtre est désormais une obsession partagée.
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chapter: "6"
title: "L'exécution du crime et la mise en scène de l'accident"
quote: "Laurent le secouait toujours, le serrant d'une main à la gorge. Il parvint à l'arracher de la barque avec l'aide de l'autre main. Il le tint en l'air, comme un enfant, dans ses bras puissants. [...] Et lorsque le meurtrier, réprimant un cri de douleur, jeta brusquement l'employé dans la rivière, un morceau de chair resta entre les dents de celui-ci."
details:
Le meurtre est exécuté lors d'une promenade en barque à Saint-Ouen. Laurent, après avoir choisi un endroit isolé, saisit Camille par la taille et le jette à l'eau. La scène est d'une violence brutale et rapide. Camille, dans un ultime réflexe, mord Laurent au cou, lui laissant une cicatrice indélébile. Thérèse, paralysée par l'horreur, assiste à la scène sans intervenir. Laurent, après avoir noyé sa victime, fait chavirer la barque et feint de vouloir sauver son ami, jouant la comédie du désespoir. Des canotiers, attirés par ses cris, le sauvent ainsi que Thérèse, qui a perdu connaissance. La mise en scène est parfaite : l'accident est crédible.
Laurent se rend ensuite chez Michaud, l'ancien commissaire de police, pour lui annoncer la "nouvelle" et solliciter son aide. Il joue le rôle de l'ami éploré avec une habileté consommée. La police, les témoins, tout concourt à valider la version de l'accident. Le crime parfait semble avoir réussi. Laurent, après avoir passé une nuit agitée, se rend à la morgue pendant plusieurs jours pour identifier le corps de Camille. Cette quête macabre est une épreuve terrible pour lui, mais il tient bon. La vision du cadavre putréfié de sa victime le hante, mais il est soulagé que l'identification officielle ait lieu, ce qui enterre définitivement l'affaire. Le meurtre est un succès, mais il laisse des traces psychologiques profondes.
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chapter: "7"
title: "Les conséquences psychologiques : le remords et la peur"
quote: "Laurent, tordu par l'insomnie, irrité par les odeurs pénétrantes que Thérèse avait laissées derrière elle, tendait des pièges, calculait les risques, énumérait les bénéfices qu'il aurait à assassiner. Tous ses intérêts le poussaient au crime."
details:
Après le meurtre, une période de calme apparent s'installe. Les amants, désormais libres, ne cherchent pas à se voir. Leur passion semble éteinte, remplacée par une indifférence et une gêne mutuelles. Ils sont comme hébétés par leur acte. Thérèse se plonge dans la lecture de romans, cherchant une évasion sentimentale. Laurent, de son côté, retrouve une vie de fonctionnaire paisible et entame une liaison avec un modèle, cherchant à oublier. Le crime a tué leur désir. Ils ne sont plus unis que par le souvenir de leur forfait, un souvenir qui les sépare et les glace.