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title: "Naissance d'une icône : le concept et l'innovation du fenestron"
quote: "L'arme responsable est un appareil léger conçu en France comme simple hélicoptère d'observation. Il s'appelle Gazelle."
details:
L'histoire de la Gazelle débute en 1966 lorsque l'armée de terre française cherche à remplacer son hélicoptère léger Alouette II, devenu insuffisant face aux nouvelles exigences de mobilité tactique. Le constructeur Sud-Aviation (intégré en 1970 dans le groupe Aérospatiale) lance le développement d'un appareil 5 places destiné à des missions d'observation, de liaison et d'évacuation sanitaire, sous la désignation interne SA340.
Le 7 avril 1967, le prototype effectue son premier vol depuis l'aérodrome de Marignane près de Marseille. L'appareil porte initialement un rotor de queue conventionnel emprunté à l'Alouette II et atteint immédiatement les performances escomptées.
L'innovation majeure qui distinguera l'appareil de tous ses contemporains est introduite l'année suivante : le rotor anticouple traditionnel est remplacé par un dispositif appelé "fenestron", breveté par Aérospatiale. Il s'agit d'un rotor caréné intégré directement dans la dérive verticale à l'arrière du fuselage.
Ce système offre trois avantages décisifs : une sécurité accrue pour le personnel au sol qui ne risque plus d'être happé par les pales en rotation, une réduction significative du bruit rendant l'appareil plus discret en mission, et une amélioration aérodynamique qui augmente la vitesse maximale. La Gazelle devient ainsi le premier hélicoptère au monde équipé d'un fenestron, un dispositif qui sera ensuite copié par de nombreux constructeurs internationaux et deviendra un standard de l'industrie.
Les performances de l'appareil dépassent rapidement les attentes initiales. Le 13 mai 1967, un prototype Gazelle bat deux records mondiaux de vitesse en circuit fermé pour sa catégorie : 307 km/h sur une distance de 3 km et 292 km/h sur 100 km. Aucun autre hélicoptère léger occidental n'atteint ces vitesses à l'époque, faisant de cette agilité aérodynamique un des arguments commerciaux les plus puissants de la machine.
En février 1967, la France et le Royaume-Uni signent un accord de coopération industrielle. La société britannique Westland Helicopters obtient le droit de produire la Gazelle sur le sol britannique en échange de la fourniture par Aérospatiale de 40 hélicoptères Puma de transport pour l'armée britannique. Westland produira 292 Gazelles pour les forces armées du Royaume-Uni. Cet accord ouvre également la porte à des productions sous licence : la société yougoslave Soko obtient les droits de fabrication en 1973 et produit plus de 250 exemplaires sous le nom de "Partisan" jusqu'au début des années 1990, tandis que la société Arab British Helicopter Company basée en Égypte assemble une trentaine d'appareils dans les années 1980.
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timestamp: "00:03"
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title: "Versions militaires et certification historique"
quote: "La SA342M version définitive de l'armée de terre française embarque jusqu'à 6 missiles HOT."
details:
Plusieurs versions militaires sont développées pour répondre à des besoins opérationnels spécifiques. La SA341F entre en service dans l'aviation légère de l'armée de terre française en 1973. La SA341M, version antichar, est dotée de quatre missiles filoguidés HOT (Haut Subsonique Optiquement Téléguidé Tiré d'un Tube), développés conjointement par Aérospatiale et Messerschmitt-Bölkow-Blohm dans le cadre du consortium Euromissile. Ce missile possède une portée de 4 km et une charge militaire à effet dirigé capable de percer 800 mm de blindage homogène.
La SA342L, présentée en 1973, reçoit un moteur Astazou XIV plus puissant délivrant 640 kW. La SA342M, version définitive de l'armée de terre française, embarque jusqu'à 6 missiles HOT. Les caractéristiques techniques de la version production sont remarquables pour la catégorie : longueur de 9,53 m, diamètre du rotor principal de 10,50 m, vitesse maximale de 270 km/h, rayon d'action standard de 785 km, capacité d'emport de 5 personnes au total, équipage compris.
La conception privilégie la facilité d'entretien sur le terrain avec un effort déclaré dès le début du programme pour réduire le nombre d'heures de maintenance par heure de vol. En 1975, la Gazelle devient également le premier hélicoptère au monde certifié pour le pilotage en conditions météorologiques difficiles par un seul pilote, selon les normes IFR de catégorie 1. Cette certification ouvre le marché civil et accélère sa diffusion internationale.
Au total, 1775 exemplaires seront produits jusqu'à la fin de la production en 1996. L'appareil sera adopté par plus de 23 pays sur cinq continents. Mais c'est à l'exportation, dans des conflits inattendus, que la Gazelle révélera ses véritables capacités militaires. Et c'est en Syrie, livrée à la fin des années 1970, qu'elle obtiendra son premier fait d'arme spectaculaire.
À la fin des années 1970, la Syrie commence à diversifier ses sources d'armement. Pendant des décennies, Damas s'est exclusivement approvisionné auprès de l'Union soviétique, mais l'expérience de la guerre du Kippour en 1973 a montré les limites des hélicoptères soviétiques face aux blindés modernes israéliens. Le président Hafez el-Assad cherche à acquérir des capacités antichar aéroportées plus efficaces.
Une délégation syrienne entre en négociation avec Aérospatiale et Euromissile à la fin des années 1970. La France accepte de vendre des SA342L équipés de missiles HOT malgré les protestations diplomatiques d'Israël et des États-Unis. Ces appareils sont livrés à l'armée syrienne entre 1979 et 1981, et des instructeurs français se rendent en Syrie pour former les premiers équipages au pilotage et à la mise en œuvre des armements.
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timestamp: "00:07"
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title: "Le baptême du feu : la Gazelle contre les chars Merkava au Liban (1982)"
quote: "Pour la première fois dans l'histoire, des hélicoptères français contraignent des chars israéliens à reculer."
details:
Le 6 juin 1982, à 11h du matin, l'armée israélienne franchit la frontière libanaise dans le cadre de l'opération "Paix en Galilée". Officiellement, l'objectif est d'éliminer les positions de l'Organisation de libération de la Palestine au sud du Liban. Officieusement, le ministre de la Défense, Ariel Sharon, ambitionne d'affronter directement les forces syriennes stationnées dans la vallée de la Bekaa à l'est du pays. 1240 chars israéliens sont engagés dans l'opération, dont environ 200 Merkava Mark 1, le tout nouveau char de bataille israélien venant d'entrer en service à peine 2 ans plus tôt.
Le 8 juin, l'armée israélienne progresse rapidement vers la vallée de la Bekaa. Une brigade blindée du commandant Avigdor Kahalani avance sur la route de Jezzine en direction du nord. Soudain, sans aucune alerte préalable, les véhicules de tête sont touchés par des projectiles arrivant à grande vitesse depuis l'est. Plusieurs chars sont immobilisés ou détruits en quelques minutes. Les survivants ne parviennent pas à identifier la source du tir.
Les commandants pensent d'abord à des missiles antichar portables soviétiques Saggers, mais la portée et la précision sont anormalement élevées. Ce sont en réalité des missiles HOT lancés par des Gazelles syriennes qui exploitent le terrain montagneux libanais. Les pilotes syriens, formés selon la doctrine française, utilisent les replis de terrain pour s'approcher des positions israéliennes en restant invisibles au radar et aux observations directes.
La tactique est redoutable : les Gazelles s'élèvent brièvement au-dessus d'une crête, tirent un missile HOT à une distance de 3 à 4 km, puis disparaissent immédiatement derrière le relief. Le tireur-opérateur garde la cible dans son réticule pendant les 20 secondes que dure le vol du missile en utilisant un guidage filaire direct. La portée maximale du HOT de 4 km dépasse largement la portée effective de combat des canons des chars israéliens, qui est d'environ 2 km en mouvement.
L'effet psychologique sur les équipages israéliens est immédiat et profond. Plusieurs commandants de char, suivant la doctrine traditionnelle israélienne qui privilégie l'observation à la jumelle depuis la coupole, étaient debout dans leur tourelle au moment des premières attaques. Des officiers sont tués ou blessés par les éclats. Les survivants reçoivent l'ordre de rester à l'intérieur du véhicule, ce qui réduit leur conscience tactique mais préserve leur vie.
Les combats aériens entre les Gazelles syriennes et l'aviation israélienne deviennent intenses à partir du 9 juin. L'armée de l'air israélienne, qui détient la supériorité aérienne sur le théâtre, déploie des chasseurs F-16 et F-15 pour intercepter les hélicoptères syriens, mais utilise également un nouvel outil tactique : l'hélicoptère d'attaque AH-1 Cobra, livré récemment par les États-Unis. Plusieurs engagements directs entre Gazelles syriennes et Cobras israéliens se déroulent dans la vallée de la Bekaa entre le 9 et le 11 juin, constituant les premiers combats hélicoptère contre hélicoptère significatifs de l'histoire de l'aviation militaire mondiale.
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title: "Bilan contrasté et leçons de la guerre du Liban"
quote: "Le bilan des 5 jours de combat est contesté entre les deux camps."
details:
Le bilan des 5 jours de combat est contesté entre les deux camps. La Syrie reconnaît officiellement la perte de 18 Gazelles abattues, principalement par les chasseurs F-15 et F-16 israéliens, plus quelques-unes par les AH-1 Cobra. Israël reconnaît officiellement la perte de seulement 7 chars détruits par des attaques de Gazelle. Cependant, des sources libanaises et plusieurs analystes militaires occidentaux indépendants évaluent le bilan réel à plus d'une centaine de véhicules blindés israéliens touchés ou endommagés par les Gazelles, dont une grande partie a pu être réparée et remise en service après la guerre.
Le 11 juin à midi, un cessez-le-feu entre Israël et la Syrie entre en vigueur, mais les leçons de la bataille modifient durablement la doctrine militaire mondiale. Après le conflit, la Syrie augmente significativement sa flotte d'hélicoptères d'attaque, passant de 16 Gazelles initiales à 50 exemplaires, complétés par des Mi-24 soviétiques. Plusieurs nations occidentales, dont les États-Unis, accélèrent leurs programmes d'hélicoptères d'attaque dédiés. Le programme américain qui aboutira à l'AH-64 Apache, opérationnel à partir de 1986, intègre directement plusieurs leçons tirées des affrontements de la Bekaa.
Pendant ce temps, dans l'Atlantique Sud, les Gazelles d'autres armées vivent leur propre baptême du feu. Pendant la guerre des Malouines entre avril et juin 1982, les Royal Marines britanniques engagent leurs Gazelle AH.1 dans des missions de soutien aux troupes débarquées. Le 21 mai 1982, jour du débarquement à San Carlos, deux Gazelles britanniques sont abattues par des tirs au sol argentins.
Le 6 juin 1982, dans un drame d'identification, une Gazelle de l'Army Air Corps britannique est abattue par erreur par le destroyer britannique HMS Cardiff. Les militaires à bord avaient confondu sa silhouette avec celle d'un C-130 Hercules argentin. L'équipage est tué. La Gazelle entre ainsi dans l'histoire militaire sur deux théâtres simultanés en 1982 : au Liban comme "tueuse de chars", aux Malouines comme victime tragique des erreurs humaines de la guerre.
Huit ans après le baptême du feu de la Bekaa, le contexte géopolitique international donne à la Gazelle française l'occasion d'une revanche directe. Le 2 août 1990, l'Irak de Saddam Hussein envahit le Koweït. La conquête est rapide : en moins de 48 heures, l'émirat tombe entre les mains des forces irakiennes. L'aviation koweïtienne, qui possédait 16 Gazelles équipées de missiles HOT depuis le milieu des années 1980, parvient à évacuer une partie de ses appareils.
Quinze Gazelles koweïtiennes rejoignent l'Arabie Saoudite par leurs propres moyens en volant à très basse altitude pour échapper aux radars irakiens. Elles seront engagées plus tard dans la guerre au côté de la coalition internationale contre les forces qui occupent leur propre pays. La France décide de participer activement à la coalition mise sur pied par les États-Unis, sous le nom d'opération "Daguet".
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