2015.221238.The Economy.pdf

Pages 1-448 (partie 1)

L'Économie de la Vapeur sur les Routes Ordinaires et son Application à l'Agriculture

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chapter: "1"

title: "L'Importance Fondamentale des Transports"

quote: "« Après avoir donné protection à la propriété et à la personne, un gouvernement ne peut conférer à une nation de plus grand bienfait que l'amélioration de ses ports, de ses canaux et de ses routes. » — M. Storch, Cours d'Économie Politique"

details:

L'auteur établit d'emblée l'importance capitale d'un système de transport terrestre bon marché et régulier pour la prospérité d'un pays. Il cite des autorités comme Adam Smith et l'Abbé Regnal pour souligner que les bonnes routes, canaux et rivières navigables sont les plus grandes de toutes les améliorations, rapprochant les régions éloignées des centres urbains. Le texte décrit l'état déplorable des routes en Espagne, en Écosse et en Angleterre jusqu'au XVIIIe siècle, où les chariots mettaient jusqu'à quatorze jours pour relier Édimbourg à Londres. L'accent est mis sur le fait que toute réduction du coût du transport réduit le prix des marchandises, stimule la production et augmente la richesse nationale, préparant le terrain pour l'introduction d'un agent plus efficace : la vapeur.

Le document illustre les conséquences désastreuses du manque de transport efficace, notamment en Amérique du Sud et en Inde. Des exemples frappants sont donnés, comme l'abandon de lourdes pièces de machinerie minière sur les côtes sud-américaines faute de moyens de transport autres que le dos des mules, ou le coût exorbitant et la lenteur des armées britanniques en Inde pendant la mutinerie de 1857. L'argument central est qu'un moyen de transport simple, économique et efficace utilisant la puissance de la vapeur sur les routes existantes est une solution idéale pour les régions où les canaux ou les chemins de fer sont impraticables ou trop coûteux à construire.

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chapter: "2"

title: "L'Évolution des Infrastructures : Routes, Canaux et Chemins de Fer"

quote: "« Les Romains semblent avoir porté une attention particulière à la construction des routes dans les provinces éloignées ; et celles d'Angleterre, que l'on peut encore tracer dans diverses ramifications, présentent un monument durable de la justesse de leurs conceptions. » — Mr. Pinkerton"

details:

Une section historique détaille l'évolution des infrastructures de transport. Les Romains sont salués comme les premiers et meilleurs constructeurs de routes, leurs voies militaires solides formant le germe de l'industrie nationale. L'état médiéval et post-médiéval des routes en Europe est décrit comme barbare, avec des améliorations significatives n'apparaissant en Angleterre qu'à partir du XVIIIe siècle grâce à des hommes comme John Loudon McAdam. Ses principes de construction de chaussées dures et imperméables, utilisant des pierres concassées, ont révolutionné le réseau routier et donné naissance au terme « macadamiser ».

Le développement des canaux et des chemins de fer est ensuite analysé. Les canaux, bien qu'économiques pour les charges lourdes à faible vitesse, sont limités par la nécessité d'un approvisionnement en eau, leur vulnérabilité au gel et leur incapacité à rivaliser en vitesse. L'histoire des chemins de fer en Grande-Bretagne est retracée depuis les premiers wagonnets sur rails de bois dans les mines de Newcastle jusqu'à la « prophétie » visionnaire de Thomas Gray et au succès du Liverpool and Manchester Railway en 1830. Cependant, le document critique vertement la « folie des chemins de fer » des années 1840, dénonçant le gaspillage de capital, la gestion frauduleuse, les dépenses parlementaires exorbitantes et les dividendes dérisoires pour les actionnaires, présentant le système ferroviaire comme incomplet et trop coûteux pour desservir les zones rurales.

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chapter: "3"

title: "La Comparaison Économique des Systèmes de Transport"

quote: "« Les chemins de fer sont utiles pour la vitesse, et pour la sécurité, mais pas autrement ; tout objectif serait atteint par la vapeur sur les routes ordinaires, qui peut être appliquée à tout usage qu'un cheval peut effectuer. » — Trevithick"

details:

L'auteur procède à une analyse comparative détaillée des coûts et avantages des routes, chemins de fer et canaux. Le grand avantage des routes est qu'elles existent déjà, construites à grands frais par les générations précédentes, et qu'elles permettent un accès direct sans transbordement. Leur entretien est bien moins coûteux : environ 37 £ par mile par an contre 250 £ pour un mile de chemin de fer. Les statistiques de 1856 montrent que l'Angleterre compte 19 942 miles de routes à péage, avec une dette totale de 5,8 millions de livres, mais des revenus de péage en déclin.

Les chemins de fer, bien que supérieurs en vitesse, sont critiqués pour leur coût de construction faramineux (en moyenne 39 000 £ par mile en Angleterre), leur gestion inefficace et leur incapacité à desservir les trafics locaux et les régions éloignées. Les canaux sont présentés comme économiques seulement à très basse vitesse (moins de 4 mph) pour les marchandises pondéreuses, mais souffrent de nombreux inconvénients (gel, érosion des berges, lenteur). La conclusion est que pour de nombreux trafics, notamment local et agricole, la vapeur sur routes ordinaires serait la solution la plus économique et la plus flexible, capable de revitaliser le réseau routier existant et de servir de « nourricier » aux lignes ferroviaires principales.

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chapter: "4"

title: "La Substitution de la Vapeur à la Force Animale : Avantages pour l'Agriculture"

quote: "« L'agriculture est prospère en proportion de la quantité de produits apportés au marché qui excède la quantité dépensée pour les y amener. » — Colonel Torrens"

details:

Cette section constitue le cœur de l'argumentaire en faveur de la traction à vapeur. L'auteur affirme que la substitution de la puissance inanimée (vapeur) à la puissance animale (chevaux) est la prochaine grande révolution agricole. Il cite J. C. Morton pour souligner que la mécanisation, loin de nuire aux travailleurs, crée plus de travail qualifié. On estime que 1,2 million de chevaux sont utilisés dans l'agriculture britannique, coûtant environ 30 millions de livres sterling par an en entretien, dont une grande partie est improductive car les chevaux ne travaillent qu'environ 2 400 heures par an.

Les avantages de la vapeur sont détaillés : coût moitié moins élevé que la traction hippomobile, puissance constante et inépuisable, capacité à travailler de longues heures et par tous temps, et absence de piétinement du sol qui compacte et endommage les terres arables. Le document compare les deux systèmes d'application de la vapeur à la charrue : le système à câbles (comme celui de Fowler) et la traction directe (comme celle de Boydell). Il critique sévèrement le premier pour ses pertes de puissance dues aux frottements des câbles et poulies, sa complexité et le temps perdu à déplacer les ancrages, arguant que la traction directe est mécaniquement supérieure et plus économique.

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chapter: "5"

title: "Histoire et Principes de la Vapeur sur Routes Ordinaires"

quote: "« Je crois fermement que le temps viendra où les voitures propulsées par la vapeur seront d'usage général, tant pour le transport des passagers que des marchandises, voyageant à raison de quinze milles à l'heure, ou trois cents milles par jour ! » — Oliver Evans (1787)"

details:

L'ouvrage retrace l'histoire des tentatives de locomotion routière à vapeur depuis la première machine de l'ingénieur français Nicolas Joseph Cugnot en 1769, décrite et illustrée en détail, jusqu'aux expérimentations anglaises du début du XIXe siècle. Les pionniers comme Oliver Evans, Richard Trevithick, James Watt et plus tard Walter Hancock et Goldsworthy Gurney sont mentionnés. Le récit souligne le scepticisme et les moqueries constants auxquels ces inventeurs ont dû faire face, malgré des démonstrations de succès pratiques.

Le texte explique ensuite les deux principes mécaniques fondamentaux en jeu : le « poids concentré » et le « poids distribué ». Le premier, où le poids de la machine repose sur une petite surface (roues étroites), est condamné car il endommage les routes et perd de l'adhérence. Le second, où le poids est réparti sur une grande surface via des roues larges ou des systèmes de « chemin de fer sans fin » (comme les patins mobiles de Boydell), est présenté comme le seul viable. Il permet une pression au sol inférieure à celle d'un cheval, protège la chaussée et offre une traction excellente, même sur sol meuble.

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chapter: "6"

title: "La Machine de Traction Boydell et son « Chemin de Fer sans Fin »"

quote: "« La machine de traction apportée par M. Boydell... permet de juger, sans préjudice, des immenses avantages que la méthode de traction directe possède sur son rival compliqué et coûteux. » — The Practical Mechanics' Journal"

details:

Cette section se concentre sur l'invention présentée comme la plus prometteuse : la machine de traction Boydell à « chemin de fer sans fin ». Le système est décrit : des patins en bois ou en fer fixés sur des chaînes sans fin s'enroulant autour des roues motrices, créant une surface portante mobile qui se pose et se relève successivement. Cela distribue le poids, prévient l'enlisement et procure une adhérence exceptionnelle. Des rapports d'ingénieurs et des comptes-rendus d'essais sont cités, notamment ceux de M. McAdam (le fils du célèbre constructeur de routes) et de M. Gibson, un propriétaire de carrières.

Les performances de la machine Boydell sont documentées par plusieurs voyages d'essai concluants, comme celui de Thetford à Londres avec un train de wagons, ou de Manchester à Liverpool. Les témoignages soulignent sa facilité de conduite, sa puissance de traction (pouvant remorquer 60 tonnes), son comportement inoffensif sur les routes macadamisées et son indifférence aux mauvais temps. Des applications pratiques sont envisagées : transport de charbon et de pierre depuis les mines et carrières, épandage de fumier, transport militaire, et surtout, labour agricole où elle surpasse clairement les systèmes à câbles en termes de travail effectué.

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