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title: "L'hypothèse d'une Troisième Guerre mondiale et le contexte géopolitique actuel"
quote: "l'éminent anthropologue français Emmanuel Todd [...] a émis l'hypothèse que la Troisième Guerre mondiale avait déjà commencé."
details:
L'animateur, Demetri Lceris, ouvre le débat en s'appuyant sur l'analyse de l'anthropologue français Emmanuel Todd, qui, dès janvier 2023, a avancé l'idée que la Troisième Guerre mondiale était déjà engagée. Cette hypothèse repose sur l'interprétation de l'invasion russe de l'Ukraine en 2022 non comme un événement isolé, mais comme le point d'ignition d'un conflit mondial plus large, provoqué par des décennies d'« agressions escalatoires » de l'OTAN contre la Fédération de Russie. Lceris souligne que cette guerre est menée par procuration, les États-Unis et leurs « vassaux » occidentaux utilisant le peuple ukrainien comme un pion dans une confrontation directe avec la Russie. Cette perspective cadre avec une vision où l'Occident, en déclin, cherche à maintenir son hégémonie par la force.
Le conflit est présenté comme mondial et multidimensionnel, s'étendant bien au-delà de l'Ukraine. Lceris énumère les autres théâtres de tension : l'Asie de l'Ouest, avec l'occupation israélienne de la Palestine, les tensions avec l'Iran, le Yémen, le Liban et la Syrie ; le Sahel en Afrique subsaharienne ; et la rivalité stratégique croissante entre la Chine et les États-Unis, dont les chefs militaires américains parlent ouvertement. Cette dispersion géographique illustre la nature systémique de la crise, où des conflits régionaux sont interconnectés dans une lutte plus large pour la redéfinition de l'ordre international.
L'analyse identifie la « guerre de 12 jours » entre l'Iran et Israël comme un pic d'intensité particulièrement dangereux dans ce conflit mondial. À ce moment, la guerre en Ukraine escaladait simultanément, et Israël s'est trouvé au « bord de l'oblitération » face à la riposte militaire iranienne. Lceris souligne le risque existentiel que cela représentait, étant donné l'arsenal nucléaire israélien et la propostion historique de ses dirigeants à utiliser des moyens extrêmes. Cette séquence démontre comment une escalade régionale peut potentiellement déclencher une catastrophe mondiale.
Malgré un « répit » apparent suite au cessez-le-feu entre le Hamas et Israël le 11 octobre 2025, Lceris met en garde contre un optimisme prématuré. Il documente les violations quotidiennes israéliennes du cessez-le-feu à Gaza et en Cisjordanie, où la violence contre les civils palestiniens s'est même intensifiée. Il critique également les médias alternatifs qui annoncent prématurément la défaite de l'Occident, arguant que les élites occidentales, disposant d'un pouvoir de destruction immense et ayant fait preuve d'une profonde dépravation, sont capables de recourir aux méthodes les plus drastiques pour éviter une défaite. La conclusion est que tous les signes indiquent une reprise et une intensification du conflit mondial.
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timestamp: "00:03:38"
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title: "La répression de la dissidence et l'importance du journalisme indépendant"
quote: "nous observons de nombreux signes [...] d'une répression générale du journalisme anti-impérialiste qui dit la vérité sur les réseaux sociaux."
details:
Lceris aborde les défis pratiques auxquels est confronté son média, « Reason to Resist », dans le climat politique actuel. Il note une augmentation notable de la suppression de ses vidéos sur les plateformes sociales au cours des six semaines précédant l'interview, coïncidant avec le cessez-le-feu du 11 octobre. Il interprète cela comme faisant partie d'une « escalade générale de la propagande pro-israélienne » et d'une répression ciblée du journalisme anti-impérialiste et véridique. Cet aveu met en lumière l'environnement informationnel restrictif, où les récits dissidents sont activement étouffés pour maintenir un consensus pro-occidental.
Face à cette censure, Lceris en appelle directement à son public pour soutenir le média. Il encourage les téléspectateurs à partager les contenus, à les « aimer » et à s'abonner pour aider à contrer les algorithmes de suppression. Cette interaction illustre la dépendance des médias indépendants vis-à-vis de leur communauté dans un écosystème numérique dominé par des plateformes qui peuvent arbitrairement limiter leur portée. C'est une stratégie de survie pour préserver un espace de discours critique.
Cette section sert de transition pour présenter l'invité, Hamemed Gashgavei, en le contextualisant comme une voix cruciale pour comprendre les dynamiques régionales depuis la perspective iranienne. La présentation de Gashgavei – un chercheur iranien sanctionné par les États-Unis à l'âge de 29 ans pour son travail d'échange intellectuel – est elle-même un acte de résistance contre la narration occidentale qui diabolise toute voix venant d'Iran. Son invitation valide l'importance d'écouter les récits des pays ciblés par les politiques occidentales.
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timestamp: "00:06:40"
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title: "Les sanctions comme outil de répression idéologique et la bataille des récits"
quote: "ils nous ont sanctionnés parce que ce que nous faisions était influent et touchait la psychologie du public, ce qui est important."
details:
Hamemed Gashgavei explique les raisons derrière les sanctions américaines qui l'ont frappé, lui et son ONG « New Horizon », en 2019. Il décrit le travail de l'ONG qui consistait à inviter des penseurs et artistes occidentaux indépendants (comme Norman Finkelstein, Anthony James Hall) dans les universités iraniennes pour dialoguer avec la jeunesse. L'objectif était de briser le monopole du récit occidental sur l'Iran, souvent véhiculé par plus de 270 chaînes de télévision satellitaires en persan diffusant une propagande anti-régime 24h/24.
Gashgavei souligne l'impact psychologique et intellectuel de ces échanges. Pour la jeunesse iranienne, souvent méfiante envers tout discours pro-gouvernemental, entendre des critiques de la politique étrangère occidentale venant d'Occidentaux eux-mêmes avait une crédibilité bien plus grande. Inversement, ces invités retournaient dans leurs pays en portant un récit plus nuancé et véridique sur la société iranienne, contournant les médias mainstream. Les sanctions sont donc présentées non comme une réponse à des activités violentes, mais comme une punition pour avoir efficacement contesté le récit hégémonique et exercé une forme de « soft power » inversé.
Il fait référence à la théorie du « soft power » de Joseph Nye pour expliquer l'inquiétude américaine. En facilitant une compréhension mutuelle et en sapant la diabolisation de l'Iran, le travail de New Horizon menaçait l'outil fondamental de l'hégémonie : le contrôle des perceptions. La sanction est ainsi un aveu de faiblesse idéologique, une tentative d'étouffer un contre-récit qui gagnait en influence. Gashgavei et Lceris rejettent également l'accusation selon laquelle les intervenants étrangers sur les médias iraniens seraient payés, Lceris attestant de sa propre expérience de liberté totale et non rémunérée sur Press TV.
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timestamp: "00:16:10"
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title: "Le programme nucléaire iranien : prétexte et enjeu de souveraineté"
quote: "le vrai problème [...] c'est d'être dépendant ou indépendant. C'est la première question."
details:
L'analyse se tourne vers la menace d'une nouvelle attaque israélo-américaine contre l'Iran, évoquée dans un article du *New York Times*. Gashgavei rejette le cadre du débat centré uniquement sur le nucléaire. Il propose une analyse historique et structurelle : le problème fondamental pour l'Occident et Israël n'est pas la bombe, mais l'indépendance et la puissance de l'Iran en tant qu'État souverain depuis la Révolution de 1979. Il cite des documents déclassifiés évoquant des plans américains pour fragmenter l'Iran dès les années 1960.
Gashgavei retrace les multiples tentatives infructueuses pour soumettre l'Iran : sanctions économiques extrêmes, et surtout la guerre Iran-Irak (1980-1988) durant laquelle l'Iran, isolé, a résisté à une invasion soutenue par les grandes puissances (URSS, USA, Europe). Il en tire la conclusion que la résilience iranienne est profondément enracinée. Le programme nucléaire civil est présenté comme une réalisation technologique nationale, maîtrisée de A à Z par la jeune génération, symbolisant cette souveraineté scientifique.
Il souligne l'hypocrisie du discours occidental : l'Iran, signataire du TNP, accepte des inspections (même si elles sont maintenant contestées), tandis qu'Israël, non-signataire et doté de l'arme nucléaire, n'en accepte aucune. L'expérience de l'accord JCPOA (2015) est citée comme preuve de la mauvaise foi occidentale : l'Iran a gelé son programme en échange de levées de sanctions, mais les États-Unis ont quitté l'accord en 2018 et Israël a assassiné des scientifiques iraniens pendant les négociations. Pour Gashgavei, même si l'Iran abandonnait toute activité nucléaire, la demande suivante serait de reconnaître Israël, ce qui est inacceptable car cela signifierait renoncer à son indépendance de jugement et à son soutien aux Palestiniens.
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timestamp: "00:29:14"
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title: "La préparation stratégique de l'Iran face à une agression inévitable"
quote: "nous savions [...] que les États-Unis étaient prêts à attaquer l'Iran [...] L'intelligence du Guide suprême [...] était de reporter cette confrontation à 20 ans plus tard."
details:
Face à la menace perpétuelle, Gashgavei décrit la stratégie de patience et de préparation défensive de l'Iran. Il rappelle qu'après le 11 septembre 2001, le général américain Wesley Clark avait révélé un plan pour attaquer sept pays en cinq ans, dont l'Iran. À cette époque, la puissance militaire américaine était à son apogée. La réponse du Guide suprême iranien, l'ayatollah Khamenei, a été de gagner du temps.
La stratégie a consisté à reporter la confrontation directe tout en développant de manière intensive des capacités de dissuasion asymétrique, notamment un programme de missiles sophistiqué. L'objectif était de rendre le coût d'une attaque contre l'Iran prohibitif. Gashgavei estime que cette stratégie a réussi, citant l'échec relatif de l'attaque israélienne lors de la guerre de 12 jours, où 22 provinces iraniennes n'ont même pas été touchées.