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chapter: "1"
title: "Préface : contexte et intentions de l'ouvrage"
quote: "Lucien Rebatet, fameux journaliste et écrivain, a connu quelques déboires après la défaite de l'Allemagne du fait de son engagement politique."
details:
Le texte présenté est une réédition de deux numéros spéciaux du journal antisémite *Je Suis Partout*, datés du 15 avril 1938 et du 17 février 1939, dont Lucien Rebatet fut le principal rédacteur. L'éditeur souligne que ces articles n'avaient jamais été republiés depuis leur parution initiale, et qu'ils forment une synthèse remarquable sur la « question juive » à la veille de la Seconde Guerre mondiale. L'auteur y développe une analyse historique et politique de l'influence juive en France, en s'inscrivant dans la tradition nationaliste et réactionnaire de l'époque.
Rebatet, condamné à mort en 1946 pour ses écrits collaborationnistes puis gracié, est présenté comme une figure majeure de l'antisémitisme français. La préface insiste sur le fait que son antisémitisme est d'abord une réaction de défense contre ce qu'il perçoit comme une agression extérieure, et qu'il s'inscrit dans la lignée d'Édouard Drumont (La France juive, 1886) et de Louis-Ferdinand Céline (Bagatelles pour un massacre, 1937). Ces trois auteurs, bien que défendant des priorités différentes (l'Église, la culture, la race), partagent une même hostilité envers les Juifs, qu'ils accusent de tous les maux de la société moderne.
L'ouvrage se veut une réponse aux « ignorants, aux imbéciles et aux menteurs » qui croient que l'antisémitisme est étranger aux traditions françaises. Rebatet affirme au contraire que la France, en tant que grande nation blanche et chrétienne, a toujours pratiqué une saine défense contre les Juifs. Il rappelle que l'ancienne France était « antijuive avec une roideur qui laisse loin derrière elle toutes les mesures contemporaines », et que les rois de France, notamment Philippe le Bel et Louis XVI, ont su légiférer fermement contre cette menace.
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chapter: "2"
title: "La grande expulsion médiévale : Philippe le Bel et la suppression de la juiverie"
quote: "Philippe le Bel, appuyé par une popularité immense comme tous les despotes éclairés, était résolu à libérer la couronne et ses sujets des quatre grandes oligarchies financières du temps : les Lombards, les Templiers, l'Église et les Juifs."
details:
Rebatet commence son analyse historique par le Moyen Âge, affirmant que la défense contre les Juifs est inscrite dans tout le passé français. Il cite le chanoine Cochard qui résume l'antisémitisme médiéval comme une triple légitime défense contre un adversaire religieux, une sangsue économique et un ennemi national. Les Juifs étaient alors accusés de déicide, d'usure et de trahison, et les papes comme les rois multipliaient les bulles et les édits pour les contrôler, allant jusqu'aux pogroms et aux bûchers.
Sous Philippe le Bel (fin XIIIe-début XIVe siècle), la situation aboutit à une expulsion massive. Rebatet présente ce roi comme un précurseur des États totalitaires, qui s'attaqua simultanément aux Juifs, aux Templiers (assimilés à la maçonnerie occulte), aux Lombards et à l'Église. L'édit de 1306 expulsa les Juifs de France et confisqua leurs biens, mesure confirmée en 1323. Rebatet justifie cette décision par la saturation économique : les Juifs, enfermés dans leur routine usuraire, étaient devenus nuisibles à un État qui s'organisait et prenait la tête de la civilisation occidentale.
L'auteur note que cet impérieux ressort intervenait à l'apogée politique et spirituelle de la France médiévale, couverte de cathédrales neuves. Il oppose cette époque à la décadence ultérieure, causée par la guerre de Cent Ans et la médiocrité des successeurs de Philippe. Malgré quelques retours temporaires, les Juifs furent définitivement bannis en 1394 sous Charles VI, avec menace de mort pour ceux qui resteraient. La France se trouva alors « libre de Juifs » pour quatre siècles entiers.
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chapter: "3"
title: "La France sans Juifs : de la Renaissance à Louis XIV"
quote: "Pour quatre siècles entiers, il n'y a plus de question juive en France. Mais c'est qu'elle a disparu faute de Juifs."
details:
Après l'expulsion de 1394, le souvenir des Juifs reste vivace, et les rois de France veillent à ce que leur peuple n'oublie rien d'essentiel. Louis XII étend l'édit à ses conquêtes. La Renaissance, pourtant cosmopolite, est singulièrement vide de Juifs. Les rares errants qui s'aventurent en France sont soumis à des péages spéciaux, comme « l'impôt du pied fourchu », qui les assimile au bétail. Rebatet donne des exemples de ces tarifs (un Juif mort : cinq sols, une Juive morte : trente deniers) et précise que ces péages resteront en vigueur jusqu'en 1784.
L'Espagne, en 1492, expulse ses Juifs, mais les fugitifs ne cherchent pas à gagner la France, bien verrouillée. Une exception est faite pour une petite colonie de Juifs portugais à Bordeaux, autorisés par Henri II à s'installer comme « nouveaux chrétiens ». Rebatet note que ces Juifs, prétendant descendre de la tribu de Juda sans participation au déicide, sont traités avec plus de faveur, mais restent des étrangers soumis à un statut spécial. Le même Henri II, après avoir conquis Metz, en chasse la plupart des Juifs allemands.
Au XVIIe siècle, la France décourage absolument les Juifs. Louis XIII renouvelle l'ordonnance de 1394 en 1615, commandant à tous les Juifs de quitter le royaume sous peine de mort. Rebatet cite le cas de Samuel Bernard et de Jabach, banquiers de Louis XIV, mais doute qu'ils aient été véritablement juifs. Il conclut que l'époque permet de dénombrer les Juifs de Paris « sur les dix doigts », et que la France d'alors, forte de sa monarchie ordonnée, n'avait rien à craindre d'eux.
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chapter: "4"
title: "Louis XV contre la juiverie : la police et la réglementation"
quote: "Toute cette histoire du XVIIIe siècle indique que les Juifs, volatilisés aussi longtemps que Louis XIV a vécu, ont profité des désordres de la Régence pour esquisser une petite offensive."
details:
Le début du XVIIIe siècle voit un timide retour des Juifs, attirés par les spéculations du système de Law. Rebatet cite des escroqueries fameuses (Samuel et Simon Lévy, Nathan de Morhange, Maurice Cahen) qui ruinent des nobles français. La police parisienne prend alors en chasse ces vagabonds juifs, créant un poste d'inspecteur à leur surveillance en 1721. M. Hérault, lieutenant général, demande à les chasser sans procès, les jugeant « très suspects ».
Les mesures sont strictes : interdiction d'engager des domestiques chrétiens (pour éviter le débauchage des servantes), poursuite impitoyable des rapports sexuels entre Juifs et chrétiennes (le Juif convaincu de séduction peut être brûlé). Rebatet donne l'exemple de Marie Becquart, emprisonnée en 1726 pour avoir été la maîtresse d'un Lévy. L'inspecteur Legrand, en 1747, déplore l'indulgence dont les Juifs ont bénéficié et la recrudescence de leur présence à Paris (environ cinq cents).
À Bordeaux, la colonie juive portugaise, initialement tolérée, passe de cinq cents membres en 1718 à quatre mille en 1733. Rebatet note que des Juifs d'Avignon et d'Allemagne s'infiltrent, provoquant des conflits internes. Un arrêt de 1734 ordonne l'expulsion de tous les Juifs avignonnais et allemands de la province de Guyenne. Il souligne la sagesse de ces règlements qui défendent le chrétien contre le Juif, mais aussi le Juif toléré contre un Juif pire. Selon lui, l'activité juive est fonction de l'affaiblissement du pouvoir politique : elle prospère sous la Régence, mais recule dès que Louis XV règne en fait.
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chapter: "5"
title: "Les Juifs d'Alsace et l'hitlérien Louis XVI"
quote: "Après avoir scrupuleusement étudié le cas des Juifs d'Alsace, il le réglait à la date du 10 juillet 1784 par des lettres patentes qui passent sur bien des points les lois totalitaires du XXe siècle."
details:
L'Alsace, entrée dans le royaume sous Louis XIV, pose un problème juif plus vaste. Strasbourg avait interdit aux Juifs d'y posséder un domicile depuis le XIVe siècle, et le signal du départ (le Kraüselhorn) sonnait chaque soir. Louis XIV avait maintenu ces règlements stricts. Les Juifs alsaciens, dispersés dans les campagnes, pratiquaient l'usure sur les paysans, créant une situation inextricable. Le dernier recensement accusait 19 624 Juifs en Alsace, chiffre jugé exorbitant.
Louis XVI, le plus libéral des monarques, régla le cas le 10 juillet 1784 par des lettres patentes d'une sévérité extrême. Rebatet en cite plusieurs articles : expulsion dans les trois mois des Juifs sans domicile (art. I), interdiction d'admettre de nouveaux Juifs étrangers (art. II), défense de contracter mariage sans permission royale sous peine d'expulsion (art. VI), amende de 3 000 livres pour les rabbins contrevenants (art. VII), interdiction d'acquérir des biens-fonds (art. IX).
Louis XVI souhaitait aussi élaborer un statut général des Juifs français. Selon une anecdote, il aurait été ému par le cortège funèbre misérable de Juifs allemands. Malesherbes présida une commission en 1787. Le projet de Louis XVI stipulait que les Juifs, « nation à part, imperméable », ne pouvaient être assimilés aux sujets français, car cela introduirait « une nation dans la nation, une nation armée dans une nation désarmée et confiante ». Il maintenait toutes les prescriptions les écartant des charges publiques et renforçait les mesures contre leurs exactions financières. La Révolution empêcha la réalisation de ce projet.
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chapter: "6"
title: "La résistance populaire et intellectuelle : Voltaire et la requête des marchands parisiens"
quote: "L'admission de cette espèce d'hommes dans une société politique ne peut être que très dangereuse; on peut les comparer à des guêpes qui ne s'introduisent dans les ruches que pour tuer les abeilles."
details:
Rebatet souligne que le mépris des Juifs n'était pas seulement le fait des rois, mais aussi du peuple et des intellectuels. Voltaire, malgré sa prétention à incarner la « conscience universelle », fulmine contre les Juifs chaque fois qu'il en parle. L'auteur note que le ressentiment de Voltaire trouve peut-être son origine dans une mésaventure personnelle avec un Juif en Prusse, mais il n'en reste pas moins significatif de l'ambiance générale.
Un document particulièrement éloquent est la « Requête des marchands et négociants de Paris contre l'admission des Juifs », datée de 1767. Cette année-là, un arrêt du Conseil autorise les étrangers à entrer dans les corps de métiers français. Les Juifs de Bordeaux y voient une occasion de s'installer à Paris, et les six corps de marchands parisiens réagissent immédiatement. Rebatet cite longuement ce texte, qui compare les Juifs à des guêpes tuant les abeilles pour leur miel, et affirme qu'il est impossible de leur supposer des qualités de citoyen.
Les marchands rappellent que justifier les Juifs reviendrait à accuser de cruauté tous les souverains d'Europe. Cette requête obtint satisfaction : les Juifs furent formellement exclus de l'arrêt de 1761. Rebatet commente : « Les Parisiens de 1767 n'avaient pas encore la mémoire percluse par la démocratie ! » Il y voit la preuve que le bon sens populaire, hérité de siècles d'expérience, savait reconnaître le danger juif, contrairement à la philosophie des Lumières qui prétendait s'élever au-dessus des préjugés pour mieux détruire les véritables principes.