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Machiavelli, Il Principe, Repubblicanesimo Geopolitico, Geopolitical Republicanism, Massimo Morigi

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Résumé détaillé de la lettre à Vettori et de la dédicace du Prince de Machiavel

La lettre à Francesco Vettori : regrets, conseils et patience

« J’ai retrouvé votre faveur par votre dernière lettre du 23 du mois passé, où je reste très content de voir avec quel ordre et quelle tranquillité vous exercez cette charge publique ; et je vous exhorte à continuer ainsi, parce que celui qui laisse ses propres commodités pour celles des autres perd les siennes et n’en reçoit pas de reconnaissance. »
  • "Écrite de sa villa de campagne le 10 décembre 1513, la lettre de Niccolò Machiavelli à Francesco Vettori, ambassadeur florentin auprès du pape à Rome, est d’abord une réponse personnelle. Machiavelli s’était senti oublié, car son correspondant était resté longtemps sans écrire ; il dit avoir craint d’avoir perdu sa grâce. La lettre reçue le rassure, et il complimente Vettori pour l’exercice « ordonné et tranquille » de sa charge publique. Il lui conseille de continuer ainsi, car celui qui abandonne ses propres intérêts pour ceux d’autrui perd les siens sans en être remercié. Ce préambule révèle l’état d’esprit de l’ancien secrétaire florentin, oisif et exilé, mais toujours attentif aux réalités politiques et aux comportements humains."
  • "Machiavelli développe ensuite une conception de la fortune qui annonce Le Prince : si la fortune veut tout faire, il faut la laisser faire, rester tranquille, ne pas la tourmenter et attendre le moment où elle laisse quelque chose aux hommes. Il se dit prêt à quitter sa villa et à se présenter dès que l’occasion se présentera. Cette patience n’est pas passive : c’est une stratégie d’attente. L’ancien haut fonctionnaire, réduit à la campagne après la chute de la République et le retour des Médicis, espère que son heure reviendra. Ce passage, avec le conseil donné à Vettori de ne pas sacrifier son bien-être, montre une sagesse désabusée, mais aussi un calcul politique fondé sur l’observation des changements de fortune."
  • "Enfin, Machiavelli présente sa lettre comme un échange : puisqu’il ne peut rendre autrement la grâce reçue, il racontera sa vie. Il demande à Vettori si, après ce récit, il estimerait que la vie de la campagne mérite d’être échangée contre la sienne ; si Vettori le veut, il changera. Cette question introduit le long tableau autobiographique qui suit. Il ne s’agit pas d’une simple confidence : en peignant son quotidien, Machiavelli montre comment un homme d’État déchu utilise la lecture des Anciens pour survivre moralement et intellectuellement. La lettre privée devient ainsi un document politique et littéraire de première importance."

Une journée ordinaire à la campagne : travaux, lectures et compagnies

« Levé avant le jour, j’enduais de glu, puis j’allais avec un paquet de cages sur le dos, pareil à Geta revenant du port avec les livres d’Amphitrion ; je prenais au moins deux grives, au plus six. »
  • "Le matin, Machiavelli se lève avec le soleil et se rend dans un de ses bois, qu’il fait couper. Il passe deux heures à examiner le travail de la veille et à discuter avec les bûcherons, qui ont toujours quelque « mésaventure » entre eux ou avec les voisins. Ce tableau champêtre n’est pas idyllique : il est traversé de conflits d’argent. Machiavelli raconte ainsi la querelle avec Frosino da Panzano, qui prétendait retenir dix lires sur le paiement du bois, en rappelant une dette de jeu vieille de quatre ans. Machiavelli, furieux, voulut accuser le charretier du bois d’être un voleur ; Giovanni Machiavelli dut s’entremettre pour les accorder. L’anecdote illustre l’âpreté des relations sociales et le tempérament ombrageux de l’auteur."
  • "Lorsque souffle la tramontane, plusieurs amis et notables florentins, notamment Batista Guicciardini, Filippo Ginori et Tommaso del Bene, viennent prendre des piles de bois. Machiavelli leur en promet à tous, mais envoie à Tommaso une cargaison qui se réduit de moitié, parce que celui-ci, sa femme, la servante et les enfants étaient occupés à la dresser, « pareils à Gabburra quand le jeudi il assomme un bœuf avec ses garçons ». Voyant qu’il n’y a pas de profit, il annonce aux autres qu’il n’a plus de bois ; tous s’en offensent, et Batista compte cette affaire parmi les « malheurs de Prato ». Ces détails, apparemment triviaux, montrent la vie matérielle de l’exilé et son sens du récit comique."
  • "Après le bois, Machiavelli se rend à une source, puis dans son enclos pour prendre des oiseaux ; il porte toujours un livre : Dante, Pétrarque, Tibulle, Ovide ou un poète mineur. Il lit leurs passions amoureuses et se souvient des siennes. Puis il se poste sur la route, à l’auberge, pour parler aux voyageurs, s’informer des nouvelles de leur pays et noter la variété des goûts et des fantasmes humains. Après le dîner, il retourne à l’auberge et joue à la cricca et au tric-trac avec l’hôte et, d’habitude, un boucher, un meunier, deux fourniers ; les disputes y sont fréquentes et les injures grossières, parfois pour un quatrin. Ce commerce avec de « pouilleux » lui sort le cerveau de la moisissure et lui permet de soulager sa mauvaise fortune."

Le cabinet d’étude : la conversation avec les Anciens et la genèse du « De principatibus »

« Le soir venu, je rentre à la maison et j’entre dans mon cabinet ; sur le seuil, j’ôte cette robe de tous les jours, pleine de boue et de fange, et je revêts des habits royaux et curiaux ; et, revêtu d’une manière convenable, j’entre dans les cours antiques des hommes antiques. »
  • "Le soir, Machiavelli change complètement de registre. Il se dépouille de ses vêtements quotidiens pour revêtir des « habits royaux et curiaux », puis entre dans les « cours antiques des hommes antiques ». Là, il est reçu avec bienveillance et se nourrit de cette nourriture qui est uniquement la sienne et pour laquelle il est né. Il n’a pas honte de parler avec ces grands esprits et de leur demander la raison de leurs actions ; ils lui répondent. Pendant quatre heures, il ne ressent aucun ennui, oublie tous ses soucis, ne craint plus la pauvreté ni la mort. Ce passage célèbre est à la fois une métaphore de la lecture et une profession de foi humaniste : l’étude des modèles antiques est pour Machiavelli une consolation et une source de savoir politique."
  • "Il cite Dante, selon lequel « il n’y a pas de science sans retenir ce que l’on a compris ». Fort de cette méthode, il a noté tout ce que la conversation avec les Anciens lui a apporté et a composé un petit ouvrage intitulé Des principautés. Dans ce livre, il s’enfonce dans les méditations sur ce sujet : qu’est-ce qu’une principauté, quelles en sont les espèces, comment elles s’acquièrent, comment elles se maintiennent et pourquoi elles se perdent. Cette énumération correspond exactement au plan du Prince que nous connaissons et montre que l’œuvre a été conçue pendant l’exil, d’après l’expérience des affaires modernes et la leçon des anciens."
  • "Machiavelli précise que cet ouvrage devrait être agréable à un prince, surtout à un prince nouveau ; c’est pourquoi il l’adresse à la magnificence de Julien de Médicis. Il a rencontré Filippo Casavecchia, qui pourra rendre compte de la chose et des entretiens qu’il a eus à ce sujet ; il continue d’enrichir et de polir le texte. Cette mention est précieuse pour la chronologie de la rédaction : dès décembre 1513, le traité existe dans une version encore provisoire, destinée au cercle médicéen, avant d’être dédié finalement à Laurent de Médicis."
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