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🇳🇴 Norway - Foreign Minister Addresses United Nations General Assembly 81st Session | #UNGA

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L'ONU face à un défi existentiel : plaidoyer pour une réforme urgente et une application universelle du droit international

Le monde en transition et l'émergence d'une crise existentielle pour l'ONU

Le vieux monde se meurt et le nouveau monde lutte pour naître. C'est maintenant le temps des monstres.
  • Le ministre des Affaires étrangères de Norvège ouvre son discours devant l'Assemblée générale des Nations Unies en citant le philosophe italien Antonio Gramsci, qui écrivait depuis les prisons de Mussolini dans les années 1930 que « le vieux monde se meurt et le nouveau monde lutte pour naître. C'est maintenant le temps des monstres. » Cette référence historique établit immédiatement un parallèle saisissant entre l'époque actuelle et les années sombres qui ont précédé la Seconde Guerre mondiale. L'orateur rappelle que les inquiétudes de Gramsci n'étaient pas infondées puisque son époque s'est achevée par la plus grande catastrophe de l'histoire humaine, la Seconde Guerre mondiale.
  • Le discours rappelle que les fondateurs des Nations Unies avaient traversé deux guerres mondiales, un effondrement économique dévastateur et la montée du fascisme et du nazisme. Ils avaient appris de première main que toutes les nations souffrent de la guerre et des conflits lorsque la coopération internationale échoue. Cette leçon historique est d'autant plus cruciale aujourd'hui car nous vivons également une période de turbulences, mais au moment même où l'organisation est le plus nécessaire, elle fait face au défi le plus sérieux de son histoire depuis sa fondation.
  • L'orateur identifie les symptômes d'une même maladie : une érosion du respect du droit international, une perte de confiance dans les mérites de la coopération, du financement et de l'efficacité, ainsi qu'une croyance grandissante que la puissance compte plus que les principes. La tentation de rechercher des avantages nationaux au détriment des règles communes s'accroît dangereusement. Pourtant, la leçon de l'histoire est simple : quand les règles sont sapées, l'instabilité grandit ; quand la coopération s'affaiblit, l'instabilité se propage inexorablement.
  • Les petits pays comme la Norvège, et en fait la grande majorité des États membres de cette Assemblée, sont particulièrement dépendants des règles internationales communes. Mais l'orateur souligne que tous les États finissent par souffrir si la violence sans frein est déchaînée, car les répercussions des guerres en cours se font sentir à travers le monde entier. Il délivre un message central : ceux qui honorent la Charte des Nations Unies doivent aussi être prêts à prendre des décisions difficiles, car la réforme est nécessaire non pas parce que l'ONU a échoué, mais précisément parce qu'elle importe.
  • Le ministre annonce ensuite que l'Organisation des Nations Unies se trouve confrontée à une triple crise : une crise normative, une crise financière et une crise institutionnelle. Cette annonce structure l'ensemble du discours et prépare le développement détaillé de chacune de ces dimensions dans les sections suivantes, conférant une cohérence rhétorique et analytique à l'ensemble de l'intervention.

La crise normative : l'exigence d'universalité du droit international

Le droit international n'est pas un menu dans lequel on peut choisir à volonté. Il doit être respecté universellement.
  • La crise normative est présentée comme la première et la plus fondamentale des trois crises. Les règles fondamentales qui protègent l'intégrité des États souverains et interdisent le recours à la force, sauf en cas de légitime défense, sont menacées comme jamais auparavant. Le nombre de guerres en cours est alarmant et, fait le plus dramatique, le nombre de guerres entre États est le plus élevé depuis la création des Nations Unies. Cette constatation est d'autant plus frappante que le motif principal de la création de l'organisation était précisément de préserver les générations futures du fléau de la guerre.
  • L'orateur affirme avec force que le droit international n'est pas une charité accordée aux faibles, mais un investissement commun dans un système qui réduit les risques, les frictions et les coûts pour tous, y compris les grandes puissances. Pour illustrer ce propos, il prend l'exemple de la liberté de navigation, principe consacré par la Convention sur le droit de la mer. La remise en cause de ce principe dans le détroit d'Ormuz entraîne la hausse des prix de l'énergie, perturbe les chaînes d'approvisionnement mondiales et freine la croissance bien au-delà de la région, des pompes à essence de Minneapolis à Oslo, du Cap à Mumbai.
  • Le cœur de l'argumentation porte sur l'exigence d'universalité du droit international. Lorsque la communauté internationale condamne la violation claire du droit international par la Russie en Ukraine, il est tout aussi important de dénoncer les violations des mêmes règles par Israël en Palestine. Le droit international n'est pertinent que s'il est appliqué, et il n'existe aucune alternative à la solution à deux États. L'orateur note qu'à cette Assemblée générale, un nombre record de réunions a porté sur la Palestine et que le soutien à un État palestinien n'a jamais été aussi fort, mais que la situation sur le terrain est plus désastreuse que jamais. Il faut agir maintenant avec clarté morale pour que l'année à venir soit une année de mise en œuvre.
  • Le message final de cette section est d'une clarté morale remarquable : ce n'est qu'en appliquant le droit international à tous les peuples, en tous lieux et en tout temps, que l'on peut prétendre qu'il s'agit de règles universelles. Les deux poids, deux mesures se transforment rapidement en une absence totale de normes. Les doubles standards équivalent à l'absence de standards, ce qui sape les fondements mêmes de l'ordre international fondé sur des règles que l'ONU est censée incarner et défendre.

Les crises financière et institutionnelle : la fragmentation menace l'efficacité onusienne

Ceux qui se soucient de l'ONU doivent se demander : améliorons-nous la prestation ou créons-nous simplement plus de fragmentation et de duplication ?
  • La deuxième crise identifiée est de nature financière. Les contributeurs majeurs retiennent ou retardent leurs paiements, ce qui compromet gravement la capacité de l'organisation à mener à bien ses missions. Les guerres et les préoccupations sécuritaires détournent également les ressources de la réalisation des objectifs de développement durable. De plus, lorsque des ressources sont disponibles, elles sont trop souvent assorties d'un fléchage strict qui limite leur utilisation effective. Le ministre appelle les donateurs à moins flécher et à permettre une utilisation plus flexible des ressources pour mieux répondre aux besoins réels sur le terrain.
  • La Norvège, qui demeure l'un des dix plus grands donateurs de l'ONU, s'engage à utiliser son financement pour soutenir et promouvoir la réforme. Le ministre précise que la mise en œuvre active et constructive des réformes de l'initiative UN80 sera un facteur clé lors de l'évaluation des futures contributions volontaires aux agences, fonds et programmes. Cette position constitue une forme de conditionnalité incitative en faveur du changement, démontrant que la Norvège prêche par l'exemple en liant son soutien financier aux progrès réels de la réforme institutionnelle.
  • La troisième crise est institutionnelle et se caractérise par une complexité excessive. Au fil du temps, chaque nouveau défi ou nouvelle idée a donné lieu à la création d'une nouvelle agence, d'une nouvelle convention, d'un fonds ou d'un programme, chacun accompagné de son propre secrétariat, de personnel, de ressources et de bureaucratie. Sur le terrain, un pays en développement moyen accueille pas moins de vingt-trois organisations onusiennes différentes, un chiffre encore plus élevé dans les États les plus vulnérables. S'ajoutent à cela dix organes de traités relatifs aux droits de l'homme et onze secrétariats pour les traités environnementaux mondiaux, créant une architecture institutionnelle redondante et difficile à coordonner.
  • Tout en rendant hommage au personnel dévoué et sérieux qui représente l'ONU dans des lieux souvent très difficiles, l'orateur pose une question essentielle : ceux qui se soucient de l'ONU doivent se demander si ces structures améliorent réellement la prestation ou ne font que créer davantage de fragmentation et de duplication. Les Nations Unies tirent leur légitimité de l'égalité souveraine des États, mais de nombreux États membres peinent à suivre le rythme et à participer pleinement. La simplification, la concentration et l'amélioration de la capacité à agir de manière unifiée sont présentées comme des impératifs. Les États membres doivent guider le Secrétaire général dans la réussite de l'entreprise de réforme, ce qui peut parfois exiger une bonne dose d'amour ferme.
  • Cette section aborde également le coût des guerres qui affecte tous les pays. Les approvisionnements en céréales et en engrais perturbés par la guerre de la Russie contre l'Ukraine compromettent la sécurité alimentaire bien au-delà des côtes européennes. Le conflit dans le détroit d'Ormuz et la guerre en Ukraine enseignent la même leçon : lorsque la force prime sur le droit, nous en payons tous le prix. Le ministre souligne que les conséquences de la guerre finissent souvent par hanter l'agresseur lui-même, comme en témoigne l'opération militaire russe qui était censée durer quelques jours ou quelques semaines et qui entre maintenant dans sa cinquième année.
  • La diplomatie peut fonctionner si on lui en donne la possibilité, comme le démontre l'accord conclu cette semaine entre le Danemark, le Groenland et les États-Unis, qui illustre comment une bonne diplomatie peut aboutir à une solution durable respectant les intérêts de toutes les parties tout en respectant pleinement leurs droits souverains. Cette réussite diplomatique contraste avec les échecs militaires et constitue un argument fort en faveur de la prévention, de la médiation et de la consolidation de la paix plutôt que du recours à la force, comme l'avait déjà théorisé Clausewitz en décrivant la guerre comme la continuation de la politique par d'autres moyens.
  • Le ministre profite de cette section pour réaffirmer le soutien indéfectible de la Norvège à la Cour pénale internationale. La CPI représente l'une des expressions les plus importantes de la quête visant à garantir qu'il ne puisse y avoir d'impunité pour les crimes internationaux les plus graves. La Norvège rejette résolument les appels au démantèlement de la Cour et s'engage, avec de nombreux pays partageant les mêmes valeurs, à renforcer la détermination à la défendre et à la développer davantage.

L'initiative UN80 et la nécessaire réforme du Conseil de sécurité

La réforme ne réussira pas si nous continuons toujours à protéger le statu quo.
  • L'orateur présente l'initiative UN80 comme un test de la capacité de l'organisation à se renforcer et à devenir plus robuste. La Norvège soutient le niveau d'ambition fixé par le Secrétaire général ainsi que les propositions dans tous les volets de travail, y compris les changements structurels. Le processus UN80 a déjà produit des succès concrets, notamment la résolution sur les mandats qui a jeté les bases de meilleures décisions conjointes. Tous s'accordent sur la nécessité de rationaliser les mandats, de simplifier les rapports et d'organiser le travail pour permettre une participation large et effective de tous les États membres.
  • Des changements structurels sont toutefois indispensables et ne peuvent plus être différés. Certaines organisations onusiennes se chevauchent franchement et devraient être fusionnées dans l'intérêt commun pour éliminer les redondances. Malheureusement, trop souvent, les États membres font preuve d'intérêts particuliers, se livrent à des batailles de territoire et craignent le changement. Le ministre est catégorique : la réforme ne réussira pas si le statu quo est systématiquement protégé. Les États membres sont les propriétaires de l'organisation et non le secrétariat, ce qui implique des responsabilités que nul ne peut éluder.
  • Le rôle du Secrétaire général est présenté comme crucial pour l'avenir de l'organisation. Pour qu'une organisation de 193 États fonctionne correctement, il faut un Secrétaire général fort et indépendant qui défende fermement les principes de la Charte avec intégrité et autorité. Dans un contexte de tensions géopolitiques, la fonction de bons offices devient plus importante que jamais. Le prochain Secrétaire général devra être audacieux et transformateur, capable de bâtir la confiance, de mettre en œuvre les décisions, de mener des réformes significatives et d'améliorer l'efficacité de l'ensemble du système onusien.
  • La réforme du Conseil de sécurité est présentée comme une exigence commune de la majorité des États membres présents dans la salle. L'absence de l'Afrique parmi les membres permanents constitue un exemple frappant de l'illégitimité actuelle de la composition du Conseil. Tout en cherchant à améliorer la légitimité, il faut veiller à ne pas réduire l'efficacité : le Conseil doit être ouvert, transparent et responsable dans ses délibérations, et mesuré dans sa capacité à prendre des mesures significatives face aux crises qui menacent la paix et la sécurité internationales.
  • La conclusion de cette section insiste sur le fait que le processus UN80 doit se poursuivre sous la direction du prochain Secrétaire général et que cette initiative doit réussir, car elle représente un test décisif de la capacité collective des États membres à se réformer. Le temps des demi-mesures est révolu et la crédibilité même de l'organisation est en jeu.

Climat, intelligence artificielle et démocratie : les défis transversaux et l'appel à l'action

Le temps des rapports est passé. Le temps de l'action est maintenant.
  • Au-delà des guerres et des tensions géopolitiques qui dominent l'agenda, l'orateur insiste sur la responsabilité partagée la plus importante : mieux prendre soin de la planète dont nous dépendons tous. Le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution généralisée menacent la vie, les biens et la prospérité partout dans le monde. Les inondations catastrophiques qui ont frappé l'Himalaya le mois précédent constituent un rappel brutal des risques croissants associés au changement climatique. La bonne nouvelle est que la réduction des émissions et une gestion plus responsable des ressources naturelles sont possibles grâce aux connaissances et aux technologies déjà disponibles, de plus en plus compétitives sur le plan économique comme en témoigne la baisse rapide du coût des énergies renouvelables. Mais la réussite exige une coopération internationale que nul ne peut remplacer par des solutions isolées.
  • L'intelligence artificielle représente un défi majeur de notre époque. Le ministre s'accorde avec le Secrétaire général sur le fait que le danger n'est pas la technologie elle-même, mais la technologie sans responsabilité. Il ne faut pas paniquer mais être déterminé, car rien n'est inévitable dans ce développement : l'IA est créée par les humains et doit rester sous direction, surveillance et contrôle humains. Elle devient partie intégrante des infrastructures et de presque tous les aspects de la société et de l'économie. La Finlande et la Norvège lancent conjointement un appel aux entreprises, aux gouvernements et à l'ONU pour coopérer à une gestion responsable des opportunités et des risques de l'intelligence artificielle, afin de maximiser les bénéfices tout en limitant les potentiels les plus sombres de ces technologies émergentes.
  • Le recul démocratique constitue un autre défi transversal préoccupant. Pendant des décennies, la gouvernance démocratique, le respect de l'État de droit et des droits humains ont progressé, mais cette tendance s'est malheureusement inversée. Le recul démocratique, la polarisation et l'affaiblissement des boucliers démocratiques remettent en cause de nombreuses réalisations passées, et l'augmentation des inégalités économiques au sein des pays exacerbe cette tendance dangereuse. Bien que cela puisse sembler être une préoccupation domestique, la manière dont les États se comportent à l'international reflète leur politique intérieure, et les sentiments autoritaires et exclusivistes au sein des États membres affecteront inévitablement la capacité collective à relever les défis communs.
  • Dans sa conclusion, le ministre élève le débat en présentant l'ONU comme l'une des plus grandes réalisations de l'humanité, non pas parce qu'elle a créé un monde parfait, mais parce qu'elle a épargné à l'humanité un sort bien pire. Pendant quatre-vingts ans, elle a offert un espace où les nations peuvent négocier plutôt que se battre, coopérer plutôt que s'affronter, et construire des règles plutôt que céder à la loi du plus fort. Le monde d'aujourd'hui est plus sûr, plus prospère et plus juste grâce à l'existence des Nations Unies.
  • Les fondateurs de l'ONU savaient que lorsque la loi cède face à la force, tout le monde perd ; lorsque la coopération s'effondre, tout le monde paie ; lorsque les institutions échouent, le chaos suit. Ils n'ont pas construit l'ONU parce qu'ils croyaient que l'humanité était parfaite, mais précisément parce qu'ils comprenaient qu'elle ne l'est pas, et que sans règles, sans dialogue et sans coopération, l'histoire a l'habitude de répéter ses chapitres les plus sombres. La responsabilité appartient désormais aux États membres, qui décident si l'organisation réussit ou échoue, si la réforme avance ou stagne. Le discours s'achève sur un appel pressant et solennel : le temps des rapports est passé, le temps de l'action est venu, et c'est à chacun de faire face aux monstres de notre temps.

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